mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur - La force du vivant "

Le sociologue veut comprendre le monde, le troubadour le raconter...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et travaille mieux. 
Bien manager, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son travail  et celui de chacun produise la belle oeuvre, révélation et fierté de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture et de la posture de chacun.
Patron, président, manager, décideur, collaborateur et toute personne désireuse de progrès, ce blog est pour vous. Fouillez ! Lisez ! Partagez !
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mardi 25 février 2020

L'autorité, de quoi s'agit-il ?

Nous avons tous un rapport constant à l'autorité. Mais si nous nous interrogeons mutuellement, nous assistons à une prolifération de définitions, et le point focal de chacun est parfois bien éloigné de celui d'autres personnes. Alors, instinctivement nous ouvrons nos dictionnaires et nous y référons comme à un juge de paix. 
Issu du mot latin "auctoritas" (droit de possession, garantie qui impose la confiance, voire influence et prestige), il apparaît au moyen age (1119 ou 1121 selon les sources) où il exprime alors "la force obligatoire de ce qui est jugé, décidé". C'est un terme juridique qui dit que "ça ne se remet pas en question", ou en d'autres termes que ça ne se discute plus. L'autorité est alors la force de la loi. Et gare à qui transgresse...
Dans nos différents dictionnaires actuels nous trouvons aussi plusieurs notions, comme celle d'"insurmontabilité", mais aussi de levier de développement ("L'autorité est comme la montagne qui se dresse devant vous, indépassable. Ou vous l'évitez, ou vous grimpez à son sommet pour voir le monde" M. Godeau). 
On trouve aussi dans ces définitions, la manière de faire vivre ensemble toute une collectivité de personnes : c'est la voie légale. 
Mais nous voyons l'autorité associée, également, à l'idée de coup de force, de violence. Il est loisible encore de la rapprocher de cette notion : en l'espèce l'influence par la connaissance ou la manipulation, etc.
Il n'y a pourrant pas que cela. Nous voyons que l'autorité tient, dans une large mesure, par "l'acceptation" de ceux qui la subissent. En d'autres termes, celle qui fonctionne est celle où "ceux qui subissent", sont "adhérents" au système d'autorité. S'ils n'adhèrent plus, alors l'autorité s'effondre. C'est le phénomène que nous constatons dans les écoles et les lycées où l'autorité des professeurs est mise en cause par les élèves. (J'ai indiqué sommairement pourquoi dans un précédent article)
L'autorité n'est donc pas une chose en soi. Il s'agit bien d'un phénomène interactif, à l'instar de l'identité ou de la langue : ces "choses" là n'existent que par les acteurs qui les vivent.
On a constaté que les systèmes autoritaires ne tiennent que par la reconnaissance par tous les membres de l'autorité comme valeurs structurante. Si celle-ci vient à disparaître, le système s’effondre. L'autorité du "chef" ne vaut que par la ligne hiérarchique… et donc elle est celle que ses subalternes lui reconnaissent (et ce pour des raisons de culture ou de nécessité)
Il en va ainsi de tout système interactif. Il repose sur des représentations communes (la culture) et des intérêts pratiques (la nécessité dans tous les sens du terme). Ainsi, culture et nécessité (selon et par les acteurs) sont les deux "aimants" de tout système interactif. Il en va de même pour l'identité, pour la langue et l'autorité. Pour mieu comprendre, il me semble juste d'étudier l'ensemble du système social à l'aune de ces deux "aimants".
Dès lors, les questions qui se posent sont : sur quelles représentations des acteurs se bâtit le système ? Et en fonction de quelles nécessités ?
Tous les systèmes sociaux sont, me semble-t-il, des systèmes interactifs. Il nous faut donc inventer une sociologie de l'interdépendance et de l'interaction. C'est bien ce à quoi je m'attache depuis des années. J'ai juste enfin... trouvé le "mot".
C'est donc bien cette approche qui nous indique que tout système social est "dé-constructible", à partir de la mise à plat des représentations et des nécessités (voire intérêts). C'est à partir de là, que la rhétorique des différents acteurs peut être dévoilée.

Poursuivons notre exemple sur l'autorité. Si l'on rassemble les différentes "interprétations" du terme émises par les personnes que nous avons interrogées, nous voyons bien les différentes représentations apparaître. Les "images" de soi, de l'autre, du vivre ensemble, dans tel ou tel environnement structurent l'ensemble.
Nous retrouvons nos trois champs habituels, traduisant les différentes perceptions de sa propre puissance, de sa propre autonomie, de sa place dans la hiérarchie sociale adossée aux valeurs qui la fondent.
Ainsi, pour l'un, sa propre puissance repose, (toujours à ses yeux), sur ses capacités physiques naturelles ou parce qu'il s'est bâti une corps d’athlète. Il ne craint, dans ces conditions, aucune opposition quelle qu'elle soit. Cette puissance physique relève de représentations sociales développées notamment par le sport, ou la violence. Elles sont fonction du positionnement de l'acteur : "Ici, je peux tirer mes marrons du feu". Ce dernier pourra reconnaître l'autorité de plus fort que lui, comme sa propre autorité sur plus faible que lui.
Pour un autre, c'est sa propre capacité de persuasion qui lui confère, (à ses yeux), une meilleure façon de retirer ses marrons du feu. L'usage mental de rhétoriques et de stratégies paraissent plus importants dans les combats et les régulations. C'est bien dans (et par) des représentations sociales partagées, que le compétiteur détermine son adhésion. Elles sont véhiculées notamment, par les débats télévisés ou familiaux. Il y a dans tout système, et singulièrement dans celui-ci, une question d'efficacité.
Pour un autre encore, il aura acquis le sens de la compétence, de la nécessite de connaissances, dans un parcours de vie pragmatique et créatif. Il trouvera qu'il n'y a d'autorité que par la connaissance car c'est elle qui donne la maîtrise du monde, le pouvoir sur les choses et les événements. Il pourra penser que tous les autres n'ont rien à faire à la place qu'ils ont indûment prise, et qu'ils y sont illégitimes. Il les méprise, alors pour leur étroitesse de vue. Il n'y a, en l'espèce, d'autorité que du savoir, ou de la raison.
Nos protagonistes se sont construits socialement et différemment, selon leur rapport à leur environnement  Un contexte qui, justement,  les a reconnus comme tels : ils se sont, à partir de là, déterminés puis orientés. 
Nous sommes venus et reviendrons plusieurs fois sur cette immense variable des représentations sociales, largement développées par Serge Moscovici et Denise Jodelet depuis les années soixante-dix. 
Elle traverse tous nos systèmes sociaux. Son principe peut se trouver ramené à cette seule formule : "La vision guide nos pas".
Alors finissons de regarder notre exemple. Il y a la seconde variable, celle de la nécessité. Il s'agit d'abord de l'usage que les gens vont faire du système, à quoi il leur sert. Puis de la corrélation avec leur vision du présent (usages), du passé (craintes et leçons) ou de l'avenir (intérêts imaginés). Cette variable est particulièrement déterminante.
Ainsi, pour nos personnages, l'idée qu'ils y seront "à l'aise" et dominants dans un champ, peut déjà constituer un intérêt actif. Mais selon ses propres tropismes, l'un privilégiera le fait de vivre tranquille dans une certaine indépendance solitaire. Il préférera se défendre de tout ce qui pourrait y porter atteinte (menaces aux biens et aux personnes, tentatives de domination, de mise au pas, etc.). Il usera donc de sa force ou de sa stratégie et rhétorique, ou de sa science pour esquiver les coups et s'en protéger. Cest bien dans ces conditions qu'il se sentira en capacitéd'éloigner, voire de détruire, le cas échéant, la source de la menace. C'est ce que certains nomment "l'art de la muleta". On laisse l'autre développer ses attaques sur des leurres. Ne feront autorité à ses yeux, que les stratégies qui serviront cet objectif.
Selon que l'un préfèrera profiter de la vie, en étant très socialisé, il développera une autre stratégie, celle de l'intégration rivale, que certains nomment "la stratégie du jeu". Cela se traduira par une plus forte tendance à voir où se trouve le système d'autorité qui lui est favorable, à le reconnaître et à y souscrire pour un bon usage.
Pour un autre, corrélativement, cela se traduira par un intérêt de possession démesuré, il ne reconnaîtra d'autorité que celle servant son but. Un "objet", bien en correspondance avec cette capacité dans le champ qu'il perçoit favorable. L'autorité par la force, l'autorité par le verbe et le relationnel, l'autorité par les connaissances lui paraîtront justes et il s'y inscrira à sa mesure. 
La partition se jouera selon l'appréciation de son propre niveau, et l'intensité des forces en présence.
Non seulement nous voyons, dans ce trop court exposé, combien les systèmes d'autorité sont des systèmes vivants et interdépendants, mais combien ils sont aussi "dé-constructibles".
Il reste, à l'évidence, à travailler sur les deux variables : celles des représentations (culture) et des intérêts (nécessité) des acteurs.
Si chacun prend conscience de la réalité de ces systèmes, ils deviendront bien moins prégnants et les acteurs reprendront le pouvoir sur leurs vies.
C'est ce qu'a su faire le libéralisme marchand, en transformant les citoyens en consommateurs. C'est bien en jouant exactement sur les deux variables de leurs cultures et de leurs nécessités que le système précité est arrivés ses fins.... S'il lui a été possible de le faire, il est bien sûr possible de le défaire. C'est bien à cela que je voulais aboutir.
Commençons par garder en mémoire qu'il n'y a d'autorité que celle que l'on reconnaît. C'est ce qu'ont proclamé les résistants de tout poil et de tous champs.
Maintenant, c'est a nous de "jouer", et la partie ne fait que commencer...
Jean-Marc SAURET
Le mardi 25 février 2020

Lire aussi  "La vision guide mes pas"



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mardi 18 février 2020

Notre rapport à la loi

J'accompagnais une personne en voiture. C'est elle qui conduisait et qui me dit, soudain : "Regarde cet abruti qui se faufile entre les autres voitures !". Puis elle ajouta : "Et, en plus, il roule trop vite !". Je lui fis remarquer qu'elle conduisait au delà de la vitesse autorisée. La réponse ne se fit pas attendre : “Moi je peux, parce que je sais faire, je maîtrise bien le sujet...''
Je m'en étonnais et la questionnais sur ce à quoi pouvait bien servir la loi. Elle me répondit qu'elle était faite pour ceux qui ne savaient pas faire, pour les maladroits. Pour preuve, elle m'indiquait le comportement de ce "chauffard" qu'elle venait de fustiger.
Il y avait donc les "sachants" et les autres à qui la loi s'appliquait...
Je lui demandais donc comment elle allait faire si la gendarmerie lui demandait des explications sur la vitesse à laquelle elle conduisait. Elle haussa les épaules...
Apparemment, elle ne partageait pas cette conception selon laquelle la loi restait un "outil" pour le vivre ensemble, quelque chose qui permettait à tous de vivre et partager l'espace et le temps commun.
"Et si tu te fais prendre ?" lui demandais-je. "Je ne me ferai pas prendre... J'ai ce qu'il faut pour ça !" et elle me m'indiqua un petit boitier posé contre le pare-brise. "On dirait de la triche !" lui dis-je. "Qu'est-ce que tu crois ? C'est le jeu ! S'ils nous cherchent, il faut juste ne pas se faire prendre..."
je crois comprendre que la loi apparaît ainsi comme une limitation à sa propre liberté et non comme un élément favorisant le bien-vivre ensemble,... qui pourtant me paraît être sa finalité.
Je me rappelais alors cette phrase que j'avais entendue, en conférence. C‘était celle d'un président de syndicat patronal. Il disait à propos de management : "Si vous mettez de la contrainte, vous aurez des tricheurs. Si vous mettez de la confiance, vous aurez de l’efficience !"
Il m’apparaît donc que la loi, comme tout élément du lien social, fait partie d’un système interactif. Son sens, sa raison d'être, sa finalité, dépendent de la manière dont les acteurs voient les choses, et se voient dans la situation. La vie de la loi et ses applications ne font pas exception.
Ainsi, le regard que portent sur la situation les responsables du respect de la loi s’avère tout aussi déterminant. S'ils considèrent le commun des mortels comme des tricheurs et des coquins, alors ils les invitent à l'être. C'est bien ce qu'ont constaté les sociologues constructivistes, comme Paul Watzlawick.
En optant a priori, pour une attitude répressive, vouée à contenir des débordements, les forces de la loi invitent ce commun des mortels à se comporter comme comme “on” les imagine : c'est-à-dire des tricheurs...
La boucle est ainsi bouclée, et le “cercle vicieux” peut se mettre en marche.
Si les forces de la loi considéraient le commun des mortels comme des gens bienveillants et bien intentionnés (ce qu'ils sont dans leur très grande majorité), alors ils privilégieraient une forme pédagogique adaptée. Il me souvient à ce propos une très ancienne rencontre faite avec un duo de gendarmes à moto, alors que je roulais moi-même en deux roues. Un comportement de ma part quelque peu compétiteur sur la route les avait incité à me poser quelques questions.
Je m'étais piégé tout seul, imaginant que les deux phares qui me suivaient étaient comme moi deux motards ordinaires. Ainsi, j’accélérais et ils me suivaient. Jusqu'au moment où je décidais de lâcher prise. Alors, ils me doublèrent et c'est là que je vis qui ils étaient vraiment : deux gendarmes à moto.
Je m’arrêtais à leur injonction et enlevais mon casque en souriant de ma bévue. L'échange fut des plus cordiaux et je n'esquivais pas ma responsabilité. Nous échangeâmes sur le comportement routier bien différent de celui qu'on peut avoir sur la piste, les conséquences, la différence d'environnement protégé sur piste et ouvert sur route, etc... De fait, je prenais une leçon en toute bienveillance.
Il est vrai que je n'ai, dès lors, plus jamais tenté de faire la course sur la route, jeux dont j'avais jusqu'alors un petit peu pris l'habitude...
Peut-être que si nos comportements, ce jour-là, avaient été en opposition, voire en affrontement, peut être leur réaction aurait été plus répressive, et le mien plus rebelle… Quant aux conséquences sur mes comportements futurs, nous en imaginons bien les différences.
Ainsi, nos rapports à la loi s'inscrivent ils dans une histoire interactive. Il importe qu'un échange ouvert sur nos représentations soit bien présent, et que nos a-priori contextuels, en termes d’intentions réciproques supposées, tombent.
Bien des violences s’alimentent sur des a-priori malvenus. Telle cette affaire où un "grand frère", dans une "cité", était à la recherche d'une gamine disparue. Il appelle la police pour aider à la retrouver, laquelle arrive alors qu'il venait de rejoindre la fillette. Il se présenta et s'excusa de les avoir dérangés. Mais les policiers, pensant avoir affaire à un "petit loubard" ordinaire, et le suspectant a priori de trafic, commencèrent une fouille au corps bien en règle et, sur ses protestations, l’embarquèrent en garde à vue... Nous pouvons aisément en imaginer les tristes conséquences.
De la même façon, lors des différents épisodes des "gilets jaunes", les policiers reçurent ils des ordres ayant pour conséquence le "nassage" et la mutilation de manifestants pacifistes a priori. Depuis le gouvernement doit faire face à une radicalisation des comportements sociaux. Les gestes et actions font sens...
Nous voyons que les pensées toutes faites, les a priori, les stéréotypes, ont des incidences bien souvent malheureuses sur les événements et comportements postérieurs. Nous voyons aussi que, dans ces interactions, la part de chacun dans la considération, l'écoute et la pédagogie, est déterminante.
Nous comprenons, afin que ce rapport à la loi devienne un rapport au bien-vivre ensemble, que nous avons, en l’espèce, besoin d'échanges et de relations constructives au quotidien, entre les parties prenantes.
Nous avons ainsi besoin de modes et de lieux démocratiques, d'échange et de partage comme l'ont été lesdites "polices de proximité" et autres terrains de sport où tous se croisaient, se connaissaient et se reconnaissaient.
L'écoute active, l'abandon d'a-priori toujours contre-productif et la considération respectueuse réciproque s'imposent. Ils nous sont indispensables. Le rapport à la loi est avant tout, là aussi, un rapport à l'autre bienveillant, humaniste et ouvert.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 18 février 2020


mardi 11 février 2020

La liberté n'est pas l'absence de contraintes

Parmi les divers fondamentaux à la liberté, il en est un qui prime peut-être sur les autres, par son caractère "essentiel". En l'espèce, en effet, j'ai avant tout besoin de savoir quels sont mes buts et objectifs réels et profonds : pouvoir les poursuivre, pouvoir tendre à les atteindre est le fondement de ma liberté. Corrélativement, bien sur, si les actes que je mets en oeuvre servent bien ces finalités là, la liberté n'est plus l'absence de contraintes, mais leur gestion, au regard du monde à défendre. Si je ne le fais pas, je deviens la victime d'une illusion qui, de fait, me soumet. Elle me met en esclavage, et me réduit en dépendance...
La liberté c'est plutôt l'art de faire vivre ses valeurs et de construire une vie, voire un monde, à son image. La manière dont vous concevez la liberté dit qui vous êtes. Si pour vous, la liberté est de pouvoir choisir, il faudra regarder les variables et autres éléments que vous considérez, et que vous avez à classer. Mais il faudra aussi regarder les critères discriminants dont vous usez. Ce n'est qu'après, seulement, que la question de la liberté pourra être considérée.
Quels sont les "détails" qui accompagnent les éléments soumis à vos choix ? Quelles caractéristiques, privilèges, avantages, biens, sont-ils liés ou pas à chaque élément de votre choix ?
Mais aussi, quel est l'environnement dans lequel vous faites vos choix ? Quelle pression extérieure, quel environnement de valeurs, quelle cosmogonie fait "monde" dans cette prise de décision ?
En cette occurrence, si vous faites un choix le pistolet sur la tempe, ce n'est pas la même chose que si vous le faites sous le sourire charmeur d'une ou d'un autre, peut être partie prenante... Il se trouve, par ailleurs, que personne ne fait de choix hors contexte. Il y en a toujours un autour de chaque prise de décision. Le tout est de le connaître et de la caractériser, afin d'apprécier le poids de l'environnement intérieur et extérieur sur cette prise de décision.
Imaginons, par exemple, l'exemple bien connu du choix de Sophie : l'officier nazi lui demande de choisir celui de ses deux enfants qu'elle va sauver ? L'autre lui sera retiré et sera abattu. Soit elle fait le choix, soit elle ne le fait pas et renvoie l'officier nazi a sa responsabilité. Mais qui condamnerait Sophie dans ce type de choix ou de non-choix ? Personne, bien sûr... Ce prétendu choix est une arnaque, une illusion. L'objectif principal (le droit de vie et de mort sur les prisonniers, renvoie inéluctablement à leur destruction programmée). Rien en l'espèce n'est négociable. Ce qui est affirmé dans ce pseudo choix, c'est la domination absolue des nazis. C'est tout.
Alors, sur quoi Sophie peut faire son choix, ou pas ? Uniquement sur ses valeurs fondamentales, attachées à sa conception du monde? Est-elle en réelle position de choix ? Le contexte le lui dit clairement. De fait, il n'y a pas de choix hors contexte, hors valeurs, hors vision du monde, ni hors objectif. Ces quatre variables sont toujours là comme le socle de la liberté de choix. S'ils n'y sont pas, elle n'y est pas...
Quand je fais un choix, je sauve quelque chose, je mets en exergue une notion d'importance pour moi, même quand j'ai l'impression de me battre pour rien. Je peux prétendre avoir fait tel ou tel choix " parce que j'en ai envie !" et la seule réponse, le seul critère de choix est réduit à cette seule notion : "parce que j'en ai envie !".
Hé bien, ce qui se défend dans cette prise de décision c'est la sensation d'avoir le choix, la sensation d'être libre de choisir... Le candidat au choix est là dans une sensation de choix, pas dans une réalité de choix. Tout ce qui importe est que l'impression du choix soit sauve.
Sur un marché de produits quelconques, l'illusion du choix est grande parce que le nombre d'objets à disposition est pléthorique. Mais qu'y a-t-il derrière tout cela, derrière cette offre pléthorique ? Il y a juste que vous allez acheter, n'importe lequel de ces objets, mais vous achèterez. Alors le choix de l'achat ou pas disparaît sous l'offre pléthorique, voire inutile.
Ici, le choix est muselé par l'offre. Il n'y a de fait qu'un choix particulièrement restreint. Alors, le sage dit : "En as-tu réellement besoin ?"
Quand le jeune dit : "Si j’obtiens cette moto, je serai heureux". Le sage répond : "Sois heureux et ensuite vois si tu as besoin de cette moto". La liberté est soumise au désir, lequel est soumis à l'illusion et à la frustration, lesquelles sont directement liées au marché. Il convient d'observer, à cet égard, que ledit marché est soumis au désir de plus grandes richesses des vendeurs... Il n'y a là que bien peu de liberté, juste une soumission tant aux envies qu'aux images et "valeurs" véhiculées par le contexte.
La question est donc de savoir quel monde je veux voir se développer, dans quel univers je veux vivre et évoluer. Avant d'effectuer quelque choix que ce soit, j'ai besoin d'être sûr des valeurs que je veux défendre, du monde dans lequel je veux vivre et dont je suis de toute façon partie prenante... Je ne veux pas dépendre d'un environnement qui me ''presse'' mais bien en rester le maître.
Ensuite, j'ai besoin de savoir quels sont mes buts et objectifs réels et profonds, et si les actes que je privilégie servent ces finalités-là. Ainsi, la liberté n'est pas l'absence de contraintes mais leur gestion eu égard au monde à défendre. Si je ne le fais pas, je suis victime d'une illusion qui, de fait, me soumet. Elle me met en esclavage, et donc en dépendance. Ce n'était pas exactement l'objectif !...
Jean-Marc SAURET
Le mardi 11 février 2020


mardi 4 février 2020

Oser vivre intuitivement

Notre éducation occidentale nous amène à considérer notre "raison" comme le "poisson pilote" de nos vies. Il s'agit bien de rationalité, voire de sagesse rationnelle, dont nous usons pour faire l'analyse causale de la situation et des phénomènes, bien résolus à comprendre ce qui s'est effectivement passé. La logique mathématique nous accompagne tout au long de ce processus d'analyse compréhensive, puis de construction du projet de réponse aux phénomènes observés.
Il s'agit de ne pas se laisser emporter par la passion, comme la colère, réputée mauvaise conseillère, le dégout ou la séduction. Il s'agit bien de prendre une conscience profonde des tenants et aboutissants pour agir efficacement sur le registre des causes. On constate alors qu'avec la logique mathématique, la dictature du chiffre s'installe : ce qui se compte est pris en compte, comme le poids, la taille, la durée, la force, etc. mais ce qui ne se compte pas ne l'est pas, et donc n'existe pas. Il s'agit en l'espèce de ces aspects dits plus ''informels'', comme la sensation, l'émotion, la douleur, le plaisir, etc.
Il me souvient de cette affaire criminelle où l'évidence factuelle accusait l'amant. L'officier de gendarmerie qui conduisait cette enquête ne "sentait" pas cette évidence, comme l'on dit. Quelque chose le "chiffonnait", avait-il dit. Il était incapable de dire ce dont il s'agissait, ni de donner les symptômes invitant à ce doute. Cependant, il continuait à investiguer le champ des proches du mari, décédé de manière très étrange. C'est à ce moment qu'il eut l'intuition qu'il y avait là une seconde affaire. Effectivement, une question d'héritage croisait une marginale affaire de cœur. Le véritable coupable en avait fait l’alibi opportun. Celui qui allait "justement" le servir pour construire son forfait, comme un crime parfait.
Dans tout autre chose, il me souvient aussi de cette déclaration d'Albert Einstein dans laquelle il affirmait qu'il avait d'abord eu l'intuition de la relativité avant d'élaborer sa théorie sur la relativité générale. Le calcul seul ne faisait pas le résultat. La logique seule n'emporte pas la vérité, ne permet pas du moins de l'atteindre.
Ainsi, combien de fois avons-nous regretté des décisions, des gestes ou des attitudes, emportés par la logique des choses. Bien des fois, nous disions que le "cœur" nous aurait conduits autrement. Et comment ne l'écoutons-nous pas autant, celui-là ?
Il se trouve qu'à l'inverse de Saint Thomas, nous ne croyons pas ce que nous voyons, mais nous voyons ce que nous croyons. Or, la logique nous fait, non pas office de raison, mais de vérité. Effectivement nous confondons assez vite "raison" et "vérité". Là où la déduction a permis à Einstein de faire la démonstration de ce dont il avait eu l'intuition, nous avons tendance à mettre la démonstration comme chemin de la vérité. Mais, comme me disait un médecin de mes amis, "les chiffres avouent tout sous la torture..."
Combien de fois avons nous regretté de ne pas avoir suivi notre cœur ? Il me souvient d'autres histoires qui m'ont été rapportées par mon père et d'autres "anciens". J'en ai déjà relaté les faits ici. Je repense à cette histoire où l'épouse du médecin du village vint la nuit voir mon père pour lui dire qu'il fallait aller au village d'à côté où son mari venait de se rendre. La logique voulut que mon père la fit attendre le temps que le médecin ait fini sa consultation et puisse rentrer. Mais le temps logique écoulé, mon père et l'épouse se rendirent en voiture au village voisin et trouvèrent à l'entrée de celui-ci la voiture du médecin encastré dans un arbre.
Au moment de l'accident, l'épouse avait eu la sensation de l'horreur et était accouru voir mon père, le seul, dans le village, avec son médecin de mari, à posséder une voiture : prémonition ? Non, sensation, ressenti ! Nous ne sommes plus, là, dans le domaine dudit rationnel mais bien dans celui de l'accès direct aux choses intuitivement.
J'ai, dans d'autres articles, relaté ce type d'histoire qui montrent que nous avons une perception de la réalité qui dépasse les canaux de la raison. On appelle aussi cela l'intuition, une sorte de perception extrasensorielle, inhabituelle, incompréhensible mais si prégnante.
On dit, dans les connaissances populaires autour des rebouteux et autres coupeurs de feu, que tout le monde peut avoir accès à cette dimension considérée comme "surnaturelle", c'est-à-dire perçue au-delà de ce qui nous semble "raisonnablement" naturel.
Moi-même sensible à cette dite intuition (je m'en suis ouvert dans un autre article), me suis longtemps posé la question de ce qu'elle était, de ce qu'était sa nature. Ce propos ici, résume mes modestes conclusions. Je ne sais pas d'où elles viennent, ni par où elles passent, mais elles me rappellent cette sensation dont les artistes parlent à propos de l'inspiration. Comme disait Rimbaud, "JE est un autre", ou comme racontait en interview le guitariste Eric Clapton : "La musique nous traverse et arrive sous nos doigts, et nous ne savons pas d'où elle vient..."
Avons-nous besoin de connaitre les "mécanismes" de l'intuition pour l'accueillir, en user et la prendre en compte ? Certainement pas ! Ce n'est seulement là qu'une demande expresse de notre rationalité. C'est tout !
Alors, quand nous débattrons sur l'intelligence rationnelle et l'intelligence intuitive, voire sur les caractéristiques de leurs manifestations, sur ce que nous en faisons ou pas, etc., ce n'est là que donner du grain à moudre à notre "besoin de rationalité".
Ce que je crois avoir compris c'est qu'il ne s'agit pas d'intelligence émotionnelle. Cet "élément" fait bien partie de l"intelligence intuitive" que l'on peut retrouver dans nos classifications raisonnables. Mais j'ai cru comprendre que c'est là que se situe la vraie force profonde de nos connaissances, et donc la réalité de ce type d'intelligence "irrationnelle"... celle que justement reconnaissait Einstein...
Dès lors, pourrions-nous oser vivre intuitivement, comme l'ont fait quelques illustres savants par le passé, même proche ?
Jean-Marc SAURET
Le mardi 4 février 2020