mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur - La force du vivant "

Le sociologue veut comprendre le monde, le troubadour le raconter...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et travaille mieux. 
Bien manager, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son travail  et celui de chacun produise la belle oeuvre, révélation et fierté de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture partagée et de la posture de chacun.
Patron, président, manager, décideur, collaborateur et toute personne désireuse de progrès, ce blog est pour vous. Fouillez ! Lisez ! Partagez !
Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en pas faire commerce.

mardi 7 avril 2020

Rationalité et sensationnel

Pendant ce confinement, quand je sors faire quelques courses de provisions, je vois ces rues quasi désertes et je me replonge dans les années soixante où, à cette période de l'année, il n'y avait pas plus de voitures et de passants dans les rues, où la pollution était peu de chose aussi, où les gens "habitaient" chez eux, où seulement la moitié de la population allait au travail, où le domicile était un grand lieu de vie. Ce qui était raisonnable il y a  plus de cinquante ans, est sensationnel aujourd'hui...
Pourtant, ce titre pourrait paraître ambigu si nous ne précisions pas chacun de ces termes, du moins ce que nous en entendons. Si le premier, la rationalité, ne semble pas offrir de marges à son sens profond (le rapport à la raison et son usage comme outil de connaissance), il n'en va pas de même pour le sensationnel. Celui-ci est communément utilisé pour exprimer ce qui nous surprend, ce qui émerveille nos sens par son intensité, sa dimension, sa démesure, son exception. Et pourtant, le mot ne nous donne qu'un élément. Il précise seulement ce par quoi nous "attrapons" les choses : par les sensations. C'est tout, et c'est évidemment essentiel...
En effet, il y a d'une part les choses que nous comprenons et démontrons par notre réflexion. Mais il y a, d'autre part, celles qui nous "attrapent", et littéralement nous saisissent par l'émotion. Nous sommes bien là dans le domaine des "ressentis", et des effets qu'ils  produisent en nous. 
Nous ne saurions pas expliquer la beauté d'un coucher de soleil, mais nous l'admirons. De même, pour certaines choses, nous "manquons de mots" pour en parler. C'est justement cela qui est en question dans l'atteinte d'un "au delà des mots".
Comme je l'ai déjà évoqué, le monde nous apparaît, voire nous marque et se donne à voir, par les deux voies de notre conscience : la raison et l'intuition. D'autres avant nous en ont exprimé l'importance dans nos vies. Ainsi, Albert Einstein disait avoir "vu" les choses avant de les comprendre, les avoir littéralement, "imaginées". Il disait même en avoir eu l'intuition.
Le mathématicien Henri Poincaré avait indiq, sur la base de son expérience, que "c'est par l'intuition que l'on trouve. C'est par la déduction que l'on prouve."
J'ai développé plus avant comment l'intuition nous "révélait" des choses qui, à l'usage, devenaient des connaissances. Nous avons vu précédemment comment la voie de la méditation nous permettait un accès ouvert au monde par l'intuition, et comment la raison nous permet d'en faire la démonstration. Nous savons que l'évolution des sciences a besoin de ces deux jambes pour se faufiler dans le réel.
Les cultures, dans le monde, relèvent plus ou moins de l'une ou de l'autre de ces voies. Nous arrivons à un temps, dans ce monde occidental, où nous avons besoin des deux. Mais pourquoi ?
Parce que notre société est "malade du sens". Nous pouvons en décrire quelques symptômes. Les enseignants se rendent compte de leur relative incapacité à développer et transmettre la pratique du raisonnement comme voie de connaissance. Nous constatons par ailleurs que le quotient intellectuel est en baisse dans nos populations. Nous voyons que nos sociétés, dans leur développement postmoderne de surconsommation, ont lâché la conscience du monde pour se fondre dans sa jouissance. Nous savons bien, à cet effet, que jouir n'est pas le plaisir, mais l'idée que l'on s'en fait au contact d'un objet, d'une situation. Nous avons déjà traité de tout cela.
Le grand besoin, en l'espèce, consiste à retrouver un certain équilibre entre raison et sensations. Le psychiatre et auteur Christophe André répond à la question du "pourquoi la méditation s'est-elle développée ces trente dernières années dans le monde occidental" par cette remarque : "la digitalisation nous prive de ce contact habituel avec le réel. Elle nous met à distance du monde et de nous-même. Il vient un moment où, intuitivement, on s'en rend compte. Nous avons un besoin crucial de nous retrouver avec nous-même". Il cite alors le philosophe et poète du dix-neuvième siècle, Friedrich Hölderlin : "Là où croît le péril, croît aussi ce qui (nous en) sauve."
Et c'est une aubaine que l'on nous cite ce penseur et auteur, parce que justement il est un de ces personnages qui marchent dans le réel sur les deux jambes : la raison, avec une réelle recherche logique, et l'émotion à travers les poèmes qui ont jalonné son œuvre. Hölderlin est repéré pour cette capacité à joindre l'expression sensible à la démonstration logique, et vice-versa (je m'en réfère à l'analyse critique que fit Heidegger de sa posture).
Pour ma part, combien de fois ai-je reçu cette réflexion : "Tu ne devrais pas mélanger le sociologue et le troubadour !" J'avoue m'y être longtemps soumis jusqu'à ce que, ma vie professionnelle terminée, je fus à même de comprendre que cette séparation était non seulement idiote mais en plus contre-productive (quoi que confortable d'un simple point de vu communicationnel dans la profession).
Méditant sur ce clivage, il m'apparut bientôt qu'il était non seulement contre nature, mais aussi contre-productif, sinon délétère. En effet, si le sociologue veut comprendre le monde, le poète troubadour le ressent et veut aussi le raconter à sa manière. Les deux étaient bien les deux jambes dont j'avais besoin pour poursuivre la mission qui s'imposait à moi : développer un regard critique et constructif sur le monde pour contribuer à ce qu'émergent enfin de nouvelles solutions. Ma démarche était bien de même nature auprès des gens qui me demandaient conseil.
Il en va de même, quand j'écoute les chroniques du philosophe et enseignant Clément Victorovitch. Son décryptage de la rhétorique de discours publics, révèle une partition entre la technique (et donc le domaine du rationnel), et la part "artistique", c'est-à-dire émotionnelle et esthétique dans l'argumentation.
Pour convaincre, dit-il, "ce n'est pas de manipuler, faut-il encore être vrai dans son discours. Et ça, ça ne se résout pas dans des techniques ou des équations".
Alors, pour nous-même et notre développement vers la connaissance, soumettons ces éléments à l'épreuve des faits. Car si nous ne pouvons lâcher la raison au risque de n'être pas "crédibles", nous ne lâcherons pas non plus nos sensations…
C'est bien à ce moment là que nous risquons manifestement de "tomber à côté de la plaque", et donc à côté du vrai, du réel.
Alors, je prend mon sac à provision, je me rédige à moi-même une hallucinante autorisation de sortie, je tourne la poignée de la porte d'entrée, devenue porte de sortie. L'émotion me gagne dans un geste devenu exceptionnel et si dérisoire il y a seulement un petit mois devenu si long... Les représentations qui me gagnent sont faite de logique sanitaire et d'anachronisme social, une sorte de contre-ordinaire. Est-il raisonnable de ressentir de telles sensations ? Mon rapport à mon espace ordinaire, ce qu'est mon espace vital, mon rapport aux autres et à moi même, changent par l'évolution radicale d'un contexte, raisonnable et sensationnel à la fois.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 7 avril 2020


mercredi 1 avril 2020

Changement de date du nouvel an !

La commission européenne, en accord avec le Commonwealth sous la tutelle de la reine Elisabeth II, les états unis d'Amérique et les nations unies, a décrété cette nuit, non pas un changement d'heure, mais le changement mondial de la date du nouvel an : ce sera désormais, comme avant Charles IX, le début du printemps qui marque, en toute logique, le début du retour de la pleine vie. Il s'agit du premier avril !

Jean-Marc SAURET
Le premier avril 2020




mardi 31 mars 2020

Le management n'est pas la gestion

En ces temps compliqués, nous voyons que nous avons le temps de penser, d'analyser, voire de contempler, de chercher du sens, à comprendre les choses. Alors, certains disent que cette crise est peut-être mal gérée, voire que le confinement est mal managé. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Voyons de plus prés.
Nous avons l'habitude d'utiliser indifféremment les deux termes de gestion et de management dans un même champ, celui de la dynamique des organisations. Pourtant, si nous avons deux mots distincts, ce n'est pas pour rien. Effectivement, quoi que nous en ayons fait, ils ne sous-tendent pas la même réalité. Alors, jetons un œil sur leurs étymologies respectives.
Tous les dictionnaires étymologiques s'accordent à dire que le terme de gestion est issu du mot latin ''gestio'' (gestium, gerere) qui renvoie à la notion d'exécution. Il a le sens de porter, d'où le sens de gestation et de toute la chaîne d'actes qui y est associée. Nous partons, en l’espèce, de la “fabrication”, à l’expulsion, en d’autres termes, à la naissance.
Cette même notion concerne aussi toutes les fonctions des... intestins ! Cette même source a aussi donné le mot de ''gester'' (faire, exécuter), en ancien français. C’est aussi de là que partira notre terme ''geste'' et ses dérivés.
Gérer renvoie donc au “faire”, et à l'exécution. De la même façon, la gestion des affaires (comptabilité, commerces et investissement) se retrouve dans la mise en œuvre de ressources pour atteindre les objectifs fixés. Il n'en va pas exactement de même pour le terme de management. Issu de l'expression latine ''manu agirer'' (faire à la main), il va porter des développements de sens assez singuliers.
Nous l'utilisons actuellement dans son acception anglo-saxonne où il porte le sens de ''se débrouiller'', ou ''faire avec''. Il contient cette notion de ''bricolage'' et d'adaptation qui correspond bien à cette culture, surtout dans sa déclinaison américaine.
Il a donné en italien le mot polysémique ''manegiare'' et les mots français de ménage et de manège. Les notions d’exécution, de routines, et de cycles, y sont bien présentes.
Mais revenons un instant au très intéressant mot italien. Il y a trois sens particuliers bien éclairants, plus une particularité linguistique tout à fait originale que nous allons voir.
Dans l'expression ''maneggiare la spada'' (manier l’épée) ou ''maneggiare il coltello'' (jouer du couteau), nous retrouvons le sens premier du ''faire à la main''. Ces éléments renvoient à une expertise, à une habileté, à un savoir acquis singulier.
Par ailleurs, l'expression ''maneggiare una faccenda'' (conduire une affaire) ou encore ''maneggiare soldi'' (brasser l'argent), renvoie à une compétence de gestion, et surtout à l'intelligence, qui permet de le “bien faire”. On y retrouve aussi le sens de ''manipuler'', comme dans l'expression ''maneggiare il mercato'' (''manipuler'' le marché).
Reste l'expression ''manegiare un cavallo'' (conduire, dresser un cheval). Celle-ci convoque la notion de couple ''manager – managé''. Elle pose la question d'une relation interactive entre les parties. Nous voilà insensiblement amenés à l’essentiel : c’est à dire la connaissance de l'autre. A partir de là, nous voici dans l’obligation de porter une attention toute particulière, à la “conscience de la complémentarité”, et plus globalement à l’altérité. Le cavalier sait qu'il a besoin de sa monture pour réaliser ce qu'il veut ou a à faire. Il ne peut en aucun cas le réaliser tout seul. Par exemple, dans un concours d'obstacles, la situation est claire.
Le cheval, de son côté, fera (ou pas), une promenade sur la piste sans autre forme de procès... Mais le couple “cavalier-cheval”, peut aussi prendre un plaisir réciproque dans la co-construction. Il y a alors là tout pour atteindre la performence.
Et puis, il y a cette singularité linguistique : le verbe ''manegiare'' est transitif en italien, et l'expression ''manegiarsi'' signifie ''s'évertuer à''... Intéressant, non ?
Ainsi, autant le terme de gestion relève d'une conception mécaniste des choses, autant le mot management relève, lui, d'une conception organique et vivante de ces mêmes choses. Cette acception est donc tout à fait proche du concept d'humanisme.
Dans une approche de ce type, ''l'autre'' est même bien plus qu'un partenaire. Il est une ''intelligence autonome'', créatrice et contradictoire, invitée dans le débat pour cela. Cette intelligence y est invitée justement par ce qu’elle apporte mais également, pour qu'elle apporte en l’espèce, toute cette richesse (démultipliée), qui se développe dans l'interaction.
La gestion s'en moque : elle est simplement comptable. ''L'autre'' n'y est considéré que comme un outil, un “simple” moyen. Toute l'intelligence investie dans la réalisation n'est que celle du ''Patron'', sorte de ''sachant'' réputé “supérieur”, mais sourd et aveugle. Dans ce cas, la gestion se coupe définitivement un bras. Ce “choix”, fréquent, reste bien handicapant pour atteindre le meilleur résultat. Le management, par définition est donc bien un humanisme comme nous l'indiquions en 2014*.
Nous avions montré alors en quoi l'humanisme était efficace en termes de management, dans la mesure où, justement, une organisation est faite d'humains réfléchissants. Dans ces conditions, ce ''partenariat'' dont relève le management ne peut qu’être le bienvenu.
Nous avons montré en 2017, dans ''Management Humaniste - les raisons de la métamorphose'', que ce management là était devenu incontournable avec l'évolution sociétale.
Nous pouvons voir, à travers tous les articles de ce blog, qu'il est aussi incontournable dans le développement de soi, et que ce dernier est tout aussi indispensable à la construction d'un management efficient.
Alors, suis-je en train de dire qu'une société efficiente est une organisation sans chef ? ...où tous et chacun sont à “considérer” comme des personnes libres et efficientes ? Il semblerait bien...
Alors, c’est dans ces conditions que chaque individu apportera son intelligence et ses savoirs au service d'un objectif commun, et ce dans l'écoute et le respect de chacun. Ce n'est peut-être que ça, le management, voire tout ça !  Mais la réponse appartient en pratique à chacun…
Jean-Marc SAURET
Le mardi 31 mars 2020
* Chroniques pour un management humaniste – Vers l’autonomie fertile. Collection Logiques Sociales. L’Harmattan, Paris 2014

Lire aussi  "Le management, une question de sens, de sens et de sens"




Licence Creative Commons







.

mardi 24 mars 2020

Le langage est une activité pleine de conséquences

Effectivement, nous nous accordons tous à dire que le langage est une activité humaine. A cet effet, nous regardons les langues comme des "objets", disposant d'une vie propre, associées par ailleurs à des évolutions spécifiques.
Les langues ne sont pourtant pas des objets. "Elles ne se fossilisent pas" : c'est ce que disent les linguistes, malheureux de ne pas trouver trace de nombre de langues anciennes, voire de "la" langue originelle. Une autre forme de la quête d'un Graal ?
Les langues sont en fait, des activités conséquentes du vivre ensemble. On n'utilise pas une langue ; on la pratique. Dans sa mise en œuvre, cette activité renvoie à une autre : en l'espèce, à la symbolisation du monde.
Cela consiste à "rendre présent ce qui n'est pas là. Le mammouth que l'on a vu, la salade à partager, ou à échanger contre un silex.
Ce peut-être aussi le projet que l'on forme, comme celui, par exemple, de partir à plusieurs à la chasse. Ce pourrait être également une perspective de cueillette dans un temps donné, etc.)
Certains psychanalystes diront que ce qui est, "n'est que parce qu'on l'a dit". En un mot, le mot, en lui-même, est créateur.
C'est ainsi qu'apparaît la magie du langage. Mais il n'est un objet que pour celui qui en use !... En soi, et "en tant que tel", il n'en est pas.
Le paradoxe n'est qu'apparent, car en effet nous ne pouvons pas traiter les langues comme de simples objets. C'est pourtant ce que font les linguistes, indissociables de leur fantasme qui consiste à tenter, et toujours vainement, de retrouver la langue originelle. Vaste programme, associé à cette tentative d'emprunt au modèle de la généalogie, ou à l'évolution animale).
La tentation, comme la tentative sont vouées à l'échec. C'est un peu comme si nous cherchions le loisir premier des humains, voire la sieste, la contemplation, les câlins des anciens. Non, même si cela peut flatter le curieux, cela n'a évidemment aucun sens.
Il en va ainsi de toutes les sciences : elle ne sont science qu'à partir de l'objet et des faits. Qu'elles soient histoire, sciences humaines, botanique, mécaniques, mathématique ou chimie, elles cherchent toutes la preuve de leur objet. Sans cette démarche, il n'y a pas de science. Or, si la réalité est toujours issue d'une conscience, d'un regard, on la trouve nécessairement adossée à un mythe associé à des dogmes.
Elle est aussi étayée d'une liturgie qui la fait vivre (l'argument vaut pour une civilisation).
Le "dogme" de la la science, si je peux dire, c'est la réalité, c'est a dire, un fait, un objet. La recherche est sa liturgie.
Mais il faut se détacher aussi du concept de fait, pour qu'émerge enfin la réalité des choses : une réalité d'un "monde" pour des gens qui le regardent.
Il en va de même pour le langage, il s'agit en l'occurrence d'une forme d'interaction. Cela signifie que nous sommes en présence d'une activité convenue entre pratiquants. Citons ici l'exemple des enfants sourds, scolarisés dans un établissement spécialisé, près de Managua, au Nicaragua. 
Dans les années soixante-dix et quatre-vingt, ces enfants ont inventé entre eux une langue des signes, propre à eux et tout à fait efficace. Ce phénomène a beaucoup intéressé les linguistes car ils avaient là le "moment de la naissance d'une langue" (sic). C'est pour "rendre présent ce qui n'est pas là", que ces enfants communiquent en accordant interactivement des gestes, des signes et des pratiques signifiantes pour eux, et simplement pour eux.
Nous faisons la même chose, pour rendre compte de sensations, de sentiments, de jugements, tous éléments propres au domaine de l'immatériel. Quand le mots n'existe pas, on l'invente. C'est un "glouglou" ou un "shmol", une onomatopée ou un néologisme qui parle haut et fort.
Il devient alors signifiant et éventuellement convenu. Du fait qu'il a existé, il est devenu actif, et cet actif constitue maintenant une références à laquelle se rapportent tous les usages suivants.
Nous avons sous nos yeux un autre exemple. Une manifestation que nous ne semblons pas voir, et qui pourtant dérange quelque peu la société institutionnelle : ce sont les langages de bandes. En l'espèce, ces groupes restreints, dans les marges de la société, et que nous affublons du mot "Banlieues". Il s'y crée lentement et progressivement un langage local et pragmatique, collant à la réalité des sujets qui en usent et qui l'activent. 
Que dire aussi des langages techniques qui vivent d'emprunts et de créations de mots singuliers ?
Il me souvient avoir passé trois semaines dans une chambre d’hôpital avec deux ouvriers allemands dont je ne connaissais pas la langue. Au bout de quelques jours, nécessité oblige et désir de "vivre ensemble" poussant, nous pratiquions un jargon efficace et bien propre à nous trois. Peut être un "sabir" improbable, et pourtant tout à fait efficace !
On retrouve ce phénomène chez les voyageurs et aventuriers.
Oui, la langue n'est pas un objet qui évolue en soi, mais une activité dépendante de praticiens pour des objectifs pratiques. Elle n'est pas un objet, ni un fait. C'est son usage qui en est un. Et il intrigue par son caractère vivant, soit évolutif et dynamique.
Je vais vous consoler : il en va de même pour l’identité des gens. C'est aussi une activité qui consiste à vérifier en permanence l'image que l'on a de soi, des autres et du monde.
J'avais à ce propos créé le mot de "identation" dans la rédaction de ma thèse de sociologie. Il indiquait ainsi, que l'identité n'est pas un "objet en nous" (ni "en soi"), mais une activité constante dans le champ social et en perpétuel devenir.
Si la phrase raconte, et si le mot crée la chose, il y a là un espace de liberté et d'autonomie bien plus large qu'imaginé. Nous comprenons que la marge de créativité (individuelle, sociale et collective) des personnes est particulièrement puissante. Il y a donc un champ d'opportunité immense à saisir. Certains le font.
Cela nécessite à l'évidence, une prise de conscience générant un changement de représentation de "soi dans le monde avec d'autres". L'exercice n'est pas des plus simples à mettre en œuvre,... et pourtant !
En revanche, si l'on comprend la place et la puissance du mot dans le vivre ensemble, et son impact sur les faits de société, alors la co-création de langage qui est dans nos mains devient une puissance "révolutionnaire" redoutable. Elle en devient particulièrement créatrice et génératrice de réalités...
C'est de cette façon, sur nos territoires, sans l'avoir conceptualisé, que nombre de personnes, dans les populations, créent leurs structures sociétales locales en totale autonomie. 
Nous sommes sur le "fait", sur "l'entre soi", dans une confrontation à trois points : soi, l'autre et l'environnement (le contexte). C'est là un "girondisme libertaire".
En toute autonomie, naissent ainsi, un peu partout dans des villages, des associations économiques et culturelles de type proudhonien. Les gens se réunissent et co-créent d'abord l'idée qu'ils sont co-propriétaires de leur "local", de leur "ici", et maintenant...
A partir de là ils rêvent d'un monde meilleur possible là et tout de suite. Alors, ils le réalisent.
Nous retrouvons là, le libertarianisme proudhonien, défait par le massacre de la commune de Paris. C'est lui qui a laissé, sur cet effondrement, la place à l'ascension du marxisme.
Perdu par la violence, ce type de socialisme bien français revient par les pratiques, sur les territoires. Il est vraiment temps d'en parler...
Jean-Marc SAURET
Le mardi 24 mars 2020