L'Humain au cœur  dans  La force du vivant

"... car la vision guide nos pas ! "

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. 

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Seulement être (26 07)

Etre ou avoir reste la dualité qui nous partage intérieurement. L'avoir conduit à la concurrence, à l'insatisfaction chronique, à la violence et à la guerre. Etre reste à explorer. Nombre de sages cultures nous y invitent. Ce que contient la notion d'une pleine conscience dans le présent est la force de développement de la vie intérieure, c'est à dire de "contempler le contemplant". Elle apparaît alors comme étant l'aspect le plus important de la vie. On mesure là l'écart avec l'invitation postmoderne, via des médias omniprésents, omni-pensants, déstructurants dans une agitation erratique, qui les "condamne" à n'être plus que des "consommants". 

Après l'effondrement de "l'œuvre nazie", si l'on peut dire, nombre de personnes ont réalisé que tout le projet était écrit dans "Mein Kampf". Aujourd'hui, tout le projet néolibéral est écrit dans "the Great Reset" de Klaus Schwab... Tout ! Jusqu'à la manipulation perverse en marche.

Mais, cette posture "sage", que je qualifierais de "pas de retrait", offre une garantie de libre arbitre et de résistance aux manipulations fondées, comme le proclamait Edward Bernays, sur le désir et les pulsions. Il n'était pas le neveu de Freud et disciple de Lebon pour rien. Aujourd'hui, s'y ajoute l'agitation éphémère et erratique offerte dans les médias actuels. Part ces caractéristiques-là, tout ceci constitue un cadre de pensée abêtissant (baisse de QI, défaut de concentration et d'analyse, pensées courtes, perte de sens et de langage, désincarnation et difficulté à embrasser l'expérience humaine, nous précise l'anthropologue Jean-Dominique Michel. Ce serait ça la fin de ce monde ?...). La spiritualité constitue en l'occurrence une résistance particulièrement efficace.

Comment ça ? Il s'agit simplement d'être là et pleinement soi, conscient de ce qui est, de ce qui nous est présenté. Et ce en pleine conscience, forts d'un libre arbitre actif, loin des subordinations aux désirs et pulsions. Alors nous leur dirons haut et fort : "Nous ne jouons plus !" et nous pourrons prendre les décisions de mise en œuvre du boycott. Tout ceci est non seulement possible mais, je dirais, "naturel". Regardons donc de plus prêt ce qui pourrait ressembler à une approche mystique, dite hors sol. Dès lors, appelons-en à la science. Je vous invite à concevoir un modeste virage conceptuel !

Le biologiste Michel Le Van Guyen nous informe que nous avons en nous autant de micro-organismes exogènes que de cellules qui nous sont propres, à savoir dans les cinquante mille milliards de part et d'autre. Nous sommes donc, à l'intérieur de nous-même autant "autres" que "soi". Il nous rappelle aussi que nous ne sommes que de notre environnement, dans une sorte de biophilie, dépendant de lui comme il dépend de nous dans une symbiose inaperçue. Nous serions alors des êtres hybrides et composites, partagés entre le soi et le non-soi dont les frontières sont inconscientes, inaperçues. Nous serions partagés entre réel et illusion dans une continuité biologique sans limites. La conception individuo-identitaire serait donc une pure fiction.

Le biologiste nous invite à en expérimenter les sensations en nous promenant en forêt, en pleine nature, où la sensation d'un grand tout nous envahit, et nous occupe pleinement. C'est ce que certains nomment l'harmonie avec la nature ou la "connexion". Dès lors, être n'est pas identitaire ni conceptuel, mais de l'ordre du sensitif, du "sensationnel" !

A ce propos, justement il nous rappelle les travaux scientifiques effectués au Japon sur les effets de la promenade en forêt dont les odeurs perçues ont de multiples effets désirables. Il cite, entre autres, la mort par les odeurs de cellules infectées. Voilà un effet récurrent et durable de type immunitaire qu'il rapproche de la démarche spirituelle shintoïste et qui la justifierait. Ce serait là, selon lui, la fonction de particules odorantes.

Il rappelle ainsi que le bain de nature est aussi un bain de multiples bactéries, lesquelles sont en osmose avec celles que nous avons déjà dans le corps. Elles viennent régénérer notre être entier, lui apporter des éléments complexes produisant, dit-il, joie et bonheur. Ce bain de jouvence serait apporteur de sérotonine et autres éléments de bienfaits. Voilà qui parlera aux matérialistes-mécanistes...

Ainsi, l'être au monde serait une osmose du vivant, une interconnexion multidimensionnelle de tout en tout. Ceci rejoint l'idée de l'appartenance à un grand tout de nature dans une multi interdépendance globale par des liens universels. Ce serait donc bien là un phénomène actif, constant et permanent.

Faut il alors penser la nature comme la seule identité collective, totale et globale ? C'est bien, philosophiquement, la déduction que l'on est amenés à faire. Tout est la même nature, la même entité constitutive d'un équilibre autorégénérant, autoéquilibrant, autonourrissant. Pourquoi nous sommes nous efforcés de penser distincts chaque élément, vaux, vaches, cochons, arbres, rochers, vagues de la mer, etc. ? Une erreur ontologique qui nous pénalise tant dans la connaissance du monde et de nous même que dans la conduite de nos vies.

Ainsi, comme les vagues déferlant sur la plage, des cycles de mouvements traversent chaque élément de nature. Ils sont ceux de l'ombre et de la lumière, de la respiration, de l'activité et du repos, du vite et du lent, de la vie et de la mort, etc. Ces cycles sont des respirations du monde.

Dès lors, toutes les approches dites "naturelles" de compétition, d'affrontement et de concurrence tombent du seul fait qu'un organisme global et total ne peut se faire la guerre à lui-même. Peut-être alors devrions nous nous contenter d'être, d'être là, savourant l'instant et la symbiose absolue, riche de sons, d'odeurs, de lumières et d'émotions multiples. Si l'on veut relire Darwin, il faudra s'éloigner de Laplace. "Carpe Diem". Alors je repense aux fondements des pratiques du Falun Gong, à la croisée du Tao, du Qi Cong et du bouddhisme. Ce sont l'harmonisation de sa vie avec les trois principes que cette approche voit constituer l'univers : l'authenticité, la bonté et la tolérance. Dont acte...

Ici, la biologie raconte les raisons d'une spiritualité du grand tout, de l'osmose des éléments de nature. L'approche mécaniste de l'être et du monde nous indique que les démarches animistes n'ont rien de faux ni de "perché", bien au contraire. L'être de nature est bien en lien étroit avec tous les êtres confondus dans un seul "être global", pendant que l'être post moderne se serait perdu dans ses nouveaux mythes scientistes et matérialistes jusqu'à se "mutiler", avide d'un monde meilleur et facile, celui-là même "dans l'écran" dont il n'est pas satisfait, selon l'expression de l'anthropologue Marc Auger. Ainsi l'être postmoderne se dope de ce qui le perd et tente de vivre par procuration dans le reflet de ce qu'il cherche à fuir.

Ailleurs, les liens et connections entre ces êtres dits de nature, aussi multiples que variés, s'avèrent pourtant bien réels. Il suffit de s'y laisser couler, de s'y fondre. Dont acte. Alors, contentons-nous seulement simplement "d'être" et tout le reste ira de soi.

... et je garde en mémoire cette phrase du chef Lakota Sitting Bull : ''Un guerrier n'est pas quelqu'un qui prend la vie des autres. C'est quelqu'un qui se sacrifie pour le bien-être des autres. Son devoir est de protéger.'' Forts de nos puissances intérieures, alors nous cesserons de jouer ! ...

Au delà de ces approches que la science nous accorde de penser, il nous faudra revenir sur notre vision, celle qui guide nos pas vers la connaissance de soi et de ce tout. Repenser notre rapport au monde. Nous y reviendrons, c'est promis...

Jean-Marc SAURET

Le mardi 26 juillet 2022

Publication du prochain article le 6 septembre

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L'Ego, le Soi et l'Ombre (19 07)

Comme le titre le donne à voir, cette présentation relève effectivement quelque peu de la pensée junguienne. Ces trois dimensions sont présentées et décrites plusieurs fois dans l'œuvre de Carl Gustav Jung. Elles sont reprises, interprétées et étudiées par nombre de ses disciples reconnus ou pas, légitimes ou non. Mais qu'importe, la réalité n'est jamais que celle de celui qui parle dans un environnement socialement partagé, ou pas.

Alors, mettons-nous d'accord sur les termes (et peut-être ne le serons-nous pas) et poursuivons notre réflexion.

L'Ego s'apparente à ce que l'on nommerait le "conscient" tant chez Jung que dans d'autres courants psychanalytiques. Je pense à Lacan, qui a fortement pensé et structuré cette approche en France. L'argument vaut également pour Freud dont la notoriété est tout à fait remarquable et remarquée. D'aucuns l'appellent le "moi". Cette représentation que nous avons de nous-même diffère d'une culture à l'autre. Cette construction consciente du moi est dépendante des constructions culturelles, de vision du monde. Elle s'appuie sur des valeurs, et autres principes fondamentaux, de priorités propres à l'environnement dans lequel je pense, je bouge, j'agis, j'évolue.

L'égo, de structure et de fonctionnement très rationnel en Occident par exemple, épouse ici les formes de ce qui s'apparente au bon sens de la personne. Il est ce qui nous tient debout, rassemblés sur nos "importances", sur nos "essentiels" tant personnels que sociaux. Ainsi, dans ma région, les valeurs morales de droiture et de travail s'adossent bien à la transparence et à la modestie : c'est ça le fondamental et le bon sens local, lequel ici va de soi...

Ailleurs, plus au nord ou autre, comme dans quelques régions de montagnes, ce seront la possession et l'importance sociétale, qui diront qui vous êtes. Ailleurs encore, dominera la question du nom de famille qui fait "socle sacré". "Vous en êtes"... ou non. Ailleurs aussi, on mettra en avant la question terrienne et du bon sens. Ici, les questions de solidarités, de bienveillance ou d'hospitalité s'avéreront aussi fortes que déterminantes. Encore ailleurs, ce sera la sociabilité et la capacité à prendre les autres en compte, à vous fondre dans un collectif de valeurs et de priorités, dans une logique du cœur, de bienveillance et de compassion. etc...

Car, vous êtes de fait d'une de ces cultures-là ou d'une autre. Vous y adhérez, vous vous y conformez, même inconsciemment, histoire "d'appartenir" à la communauté, bref, d'en être. C'est là la "mécanique de l'être". Mais ce n'est là seulement qu'une ébauche "du réel et du vrai". Elle n'épuise pas la réalité. La question de la place et du rôle dans ce collectif, dans cette culture, joue aussi sa partition. Ceux qui "en sont" se reconnaissent immédiatement. Les autres, parfois, ont du mal à comprendre ce qui se passe, ce dont il s'agit.

Bref, l'Ego est cette partie de l'être qui réfléchit, avec (et par) les structures sociales, calcule, déduit, comprend le monde et sa propre place dans un "monde" organisé ou pas. Il est cette petite voix qui n'arrête pas dans la tête, qui est perpétuellement en action, qui balance des idées à tout va. Cela va des culpabilités aux jugements divers. Pour nombre de personnes, notamment en Occident, c'est ce que nous sommes. On a tendance à le confondre avec l'orgueil et la radicalité culturelle.

Le "Soi", nous disait Jung, est ce que nous sommes profondément, jusqu'au plus profond de l'univers duquel nous dépendons et auquel nous appartenons, bref : "duquel nous sommes". Le "Soi" s'inscrit dans tout ce qui est, dans tout ce qui appartient au réel, jusqu'aux limites de l'ego. Paradoxalement, plus je prends conscience que je suis partie intégrante de l'universel, plus ma personnalité s'affirme et me distingue. De fait, Jung, qui avait une connaissance certaine du bouddhisme, savait que ce dernier concevait l'identité de toute chose et de chacun, comme élément du tout, de l'univers, comme la vague est à l'océan. Le soi est une sensation d'être, un ressenti profond jusqu'au vertige. On le croise dans le silence et la contemplation.

Et puis, il y a "l'ombre", cette partie de nous-mêmes qui existe comme un complément de l'égo, son alter-égo, voire son miroir, dirons-nous. En effet, il est tout ce que je reproche aux autres, que je ne supporte pas, que je refuse et condamne en conscience et qui pourtant m'habite profondément. Certainement, il s'agit de tout ce que je n'accepte pas de moi-même, mais comme étant aussi une part profonde de moi-même. C'est pour cela que nous parlons de notre part d'ombre. 

Certains n'y voient que les quelques éléments de nos vies en totale contradiction avec l'image que cultive notre ego, ce en quoi les autres nous reconnaissent. Mais l'ombre est tout ce que nous refusons de nous-même et qui vit par-delà notre conscience.

Exister, comme me le suggère mon philosophe de frère Alain, est étymologiquement "sortir du néant" (ex-isterer). Il ne s'agit donc pas seulement de sortir de l'Ombre, ce qui nous est aussi compliqué que de ne pas exister. L'Ombre n'est pas le néant mais la part rejetée de soi-même, certainement "vouée au néant", certes, mais elle est là, bien présente au fond de soi. Dans nos élans quotidiens, elle parle plus fort que notre conscience l'imagine, bien plus présente que le conscient lui-même.

Si l'ego est bien ressenti comme particulièrement présent, jusqu'à y confondre notre identité, le Soi, par contre, est bien rarement ressenti dans sa large dimension, laquelle traverse l'univers et les dieux. Si nous l'accueillons et l'acceptons comme cette large part de soi qui nous relie à l'univers, à tous les autres et au "grand tout", alors seulement nous nous particularisons et commençons une existence distincte. 

Nous voici de retour à cette pensée junguienne : ce que je refuse revient continuellement me bousculer jusqu'à ce que je l'accepte et le prenne en compte. Alors seulement, il peut se dissoudre dans le réel et m'apporter le meilleur. Il ajoutait "Ce que tu nies te soumet. Ce que tu acceptes te transforme." Il avait aussi énoncé cette formule qui nous éclaire : "Tout ce qui nous irrite chez les autres nous conduit à une meilleure connaissance de nous-mêmes... Ce qu'on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l'extérieur comme un destin... Ce à quoi vous résistez persiste". C'est bien là une autre forme du syndrome du boomerang.

Ainsi, accueillir l'Ombre, même si cela est difficile et douloureux, est un chemin vers la reconnaissance de Soi. C'est aussi le seul moyen de remettre l'ego à sa place, partielle, autant que partiale, de notre identité. 

Jean-Marc SAURET
Le mardi 19 juillet 2022

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Ne plus jamais nourrir l'ombre ! (12 07)

Parole de sociologue, avec cette multi-crise que nous avons vécue (et que d'aucun nous promettent encore), le basculement de notre mode de vie s'accélère, mais vers quoi ? ... vers où ? Je repense à cette phrase du Mahatma Gandhi : "Quand l'amour du pouvoir aura été remplacé par le pouvoir de l'amour, alors le monde changera !" Aujourd'hui s'opposent le pouvoir constituant et le pouvoir constitué, comme le dit si bien le sociologue Michel Maffesoli.

Il va bien falloir lâcher prise et revenir au cycle de la vie. Ce n'est pas le triangle de Karman (Bourreau-Victime-Sauveur) qui désormais régit le vivre ensemble, mais le cycle du vivant comme  le "matin-soirée-nuit", l'alternance, le "va et vient" comme la marée et les vagues sur les rivages. Je repense aux cycles des mythes chez Jung qui reviennent en lame de fond porter par périodes un nouveau "vivre ensemble" qui fait société. Aujourd'hui, nous disait Michel Maffesoli, c'est le mythe de Dionysos qui nous porte. Ainsi, dans notre culture, soit notre "vivre avec le monde", nous sommes passés du carré (les jeux d'oppositions) au triangle (la circulation des rôles). Maintenant, nous voilà parvenus au cercle (la dynamique des cycles). C'est là le fond de notre évolution culturelle.

C'est actuellement cette sociologie-là qui s'impose à nous et vient bousculer nos vies. Nous sommes en train de passer du nid douillet et confortable de la raison rassurante et matérielle, de la mécanique de ce qui se compte, à l'intuition de ce qui se ressent, se palpe et s'entretient. Les choses ne sont ni justes ou arbitraires, ni vraies ou fausses, ni blanches ou noires, mais relèvent de l'ambiant et du reliant. La réalité est en même temps la chose et son contexte, l'un et le tout, comme dans une phénoménologie husserlienne. 

Ainsi, nous passons de la raison rassurante à l'intuition intense. On ne déduit pas, on baigne dedans et dehors. On devient ce que l'on ressent. On dévore le grand tout et on s'en nourrit car on est aussi le grand tout. 

Complexe ? Non, on ne peut plus simple. A l'instar de la célèbre phrase d'Aristote "Tu trouveras au fond de toi l'univers et les dieux", nous ne sommes que du grand tout et le sommes aussi entièrement. Socrate nous a rendue la formule plus rationnellement accessible avec son "Connais toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux"...

Ici, la logique déductive n'a plus d'objet, plus de raison d'être justement. Il est mieux de ressentir les choses comme la chaleur et le froid, le doux et le fort, l'humide et le sec, l'acide, l'amer et le sucré, et bien plus encore et jusqu'à l'indicible. Ici, pas de raisonnement, juste la sensation directe. C'est ça l'intuition ! Cet accès direct à la connaissance, au "réel" et à l'univers, à la source de tout et du "grand tout".

Alors, il s'agit de rayonner ce que nous sommes profondément, ce qui est en résonance avec l'univers et non plus en "raisonance" logique et déductive. Je pense à l'univers et aux dieux et ce qui en fait un environnement parfait : la joie ! "Ne plus jamais nourrir l'ombre", ce à quoi nous invitait Jung. Et donc justement se baigner de lumière. Lâcher la proie et l'ombre pour l'air du temps, la douceur de l'instant, le fluide des sensations, la simplicité du réel. Bref, la paix...

Adolescent, période de toutes les sensations dans la découverte du monde, j'avais écrit ce texte sur "Juline" et la contemplation de son ambiant. J'en ai déjà parlé. Elle n'avait (voire n'était) que sensations et atteintes directes, sincères et vraies de "ce qui est" dans son environnement. Elle était à la fois le ressenti et la sensation, mais aussi le réceptacle, la récipiendaire, la "ressentrice", si l'on peut dire.

C'est alors encore plus vrai quand on s'aperçoit que "la réalité est bien cet objet pour un sujet qui la regarde. Que le sujet s'en aille et l'objet disparaît", comme l'écrivait Schopenhauer.

Alors nous plongeons tout entiers dans "l'à connaître" et le connu. A l'instar de l'observé et de l'observateur confondus et interactifs dans la physique quantique, nous sommes à la fois le connaissant, le connu et "l'à connaître".

Il me semble que l'intuition et son monde sont de cet ordre-là. Voilà pourquoi j'ai dit que nous passions du triangle des circulations antagonistes au cercle des cycles renouvelants.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 12 juillet 2022

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L'humanisme est-il une spiritualité ou une philosophie ? (05 07)

Je lisais cette réflexion en titre sur un blog indépendant. L'humanisme, qui nous a été instillé dans le regard et l'analyse, depuis Erasme et le protestantisme, a effectivement inspiré autant les philosophes que les spiritualistes. Il est vrai que si l'on se pose la question en opposant philosophie et spiritualité, c'est bien que nous avons peut-être mal compris le lien qui les unit, l'absence d'opposition et le champ commun qu'elles partagent. Mais quel est le sens de cette démarche-là ? Il s'agit d'une conception du monde qui met l'humain au centre de nos attentions et préoccupations. 

Certains lui reprocheront, comme ils le font aux Protestants, de mettre l'humain comme finalité centrale et exclusive. Ce n'est effectivement pas le cas. Disons simplement que l'humain est la préoccupation première et son bien-être une raison pour agir. 

Il est vrai que nous sommes ici très loin des fondamentaux du néolibéralisme (approche politique), comme de ceux d'une postmodernité d'ultra-consommation (approche sociologique du même objet).

En philosophie, l'humanisme apparaît comme une préoccupation de la place de l'humain dans la conception du monde, voire de l'univers. La philosophie chrétienne l'installe comme la finalité de la création, comme son aboutissement, sa raison d'être et sa visée, parce que l'humain est un être à l'image de Dieu. Dans le bouddhisme, cette philosophie du bonheur, la notion n'existe pas en tant que telle. Elle se confond avec la bienveillance et l'amour universel qui s'adresse à tout ce qui vit. L'humanisme s'y dissout. Dans nombre de chamanismes et animismes, l'humain est une "réalité vivante" comme une autre et ce qui est premier est la réalité d'un "grand tout" universel auquel l'humain participe et fait partie, donc appartient. Ici, la démarche consiste à accompagner et soigner les humains.

Il y a donc un humanisme chrétien qui met l'homme comme finalité de l'univers. Ce projet lui est propre mais ne se distingue des autres postures culturelles énoncées ici, que par la notion de finalité particulière de l'univers.

Aussi, nous comprenons bien qu'il y a d'une part les philosophies de la paix, dites humanistes et coopérantes, et de l'autre des philosophies de la peur, belligérante et concurrentielles. Nous comprenons bien, alors, qu'il n'y a pas de grande différence entre un humanisme philosophique et un humanisme spirituel, mais qu'il y a autant d'expressions de cet humanisme qu'il y a de courants qui l'intègrent à leur pensée, prioritairement ou à la marge. C'est bien là, et seulement là, que sont les différences. Ce n'est là que ma lecture des réalités. Je peux me tromper. Un autre angle de vue dira autre chose.

Ce que j'aperçois est qu'il y a donc une tendance à mettre l'humain au centre des préoccupations soit comme finalité ultime, soit comme une attention indispensable, puisqu'il s'agit de nous-même. Dans le premier cas tout sera sacrifié à l'être humain, y inféodant la nature et l'ensemble du réel. Le néolibéralisme est une conséquence de cet humanisme finaliste, jusqu'à la déraison, jusqu'à avoir abandonné l'humanisme lui-même, jusqu'à créer des catégories de personnes, ostracisant les uns, les dominant et les assujétissant, en "élitisant" les autres, leur accordant tous les pouvoirs et toutes les libertés... Cependant, dans le cas d'une simple attention indispensable, on s'attachera plutôt à ce que les actions et les systèmes ne nuisent surtout pas au bien-être des humains, mais plutôt y contribuent.

Et puis, philosophiquement, il y a cette pensée qui ouvre l'humanisme à tout le vivant comme une bienveillance universelle. On s'aperçoit que toutes les sagesses, comprises ou incomprises, convergent vers cette dimension. C'est ainsi que l'une dira que ce qui est fait aux plus petits des êtres humains c'est à l'essence même de l'univers que l'action est portée (donc à soi-même). Une autre dira que l'interdépendance de toutes choses implique un jeu de cause à effet sur tout ce qui est, depuis la pensée jusqu'à la réalité concrète. 

Si l'on considère l'identité de chaque chose et de chaque personne, comme le fait le bouddhisme et le rappelle Arnaud Desjardins, qu'elle est un élément d'un tout sans singularité, alors, nous pouvons comprendre que l'identité est dans notre regard, dans nos représentations culturelles comme une nécessité. Le psychosociologue Serge Moscovici observait ceci comme une construction sociale. Ainsi, chaque identité est une morsure culturelle dans l'univers. Chaque "morsure" est singulière, et toutes choses ne sont qu'élément du tout, comme une vague est à l'océan.

Par ailleurs, le  médecin et biologiste Jacques Benveniste, injustement décrié pour ses découvertes sur la mémoire de l'eau (et réhabilité entre autres par le Professeur Luc Montagnier) avait déclaré : "Il y a une interaction entre l'objet et son environnement. Toute personne entrant dans une pièce est modifié par la pièce qui elle-même est modifiée par la personne".

Le physicien serbo-américain Nicolas Tesla avait déclaré autour de ses travaux sur la physique quantique que "Si l'on veut comprendre l'univers, il faut considérer que tout est ondes et fréquences". Selon ses travaux, l'univers n'est pas une juxtaposition de matières mais un rapport de fréquences.

Une autre encore précisera que tout étant dans tout, tout est atteint par ce que l'on dit et ce que l'on fait, jusqu'à ruisseler sur l'acteur lui-même. Et puis aussi, une autre dira que tout se ressemble et ce que l'on ressent d'un autre élément de nature est ce que cet élément ressent de nous et du reste. Ou encore, le monde spirituel traversant le monde physique, c'est bien l'esprit des choses et des êtres qui est premier et "agit" le monde. Etc. Nous voici dès lors au cœur d'un animisme. Dont Acte !

Ainsi donc, ce qui me semble devoir être retenu est que l'humanisme n'est pas une pensée molle ou bisounours, mais la conscience que tout ce que nous faisons et pensons, est adressé aussi à soi-même. L'intention de faire du mal à autrui, de dévaster un territoire, nous le tournons aussi contre nous-même. L'intention de sauvegarder l'autre ou le territoire, de les protéger et de les voir se développer harmonieusement, s'adresse aussi à soi-même. Si nous gardons ceci au coin de la conscience, toute notre philosophie de l'action risque de s'en trouver bouleversée, pour le moins nettement redirigée.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 5 juillet 2022

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Luc et le pouvoir (28 06)

En ces chaleureux jours d'été, je voudrais aborder un tout autre sujet. L'économiste et prêtre jésuite Gaël Giraud indiquait lors d'un entretien sur une plateforme du web que le christianisme (et encore moins le catholicisme) ne pouvait absolument pas être ni royaliste, ni totalitaire, ni privatif contrairement à l'erreur qu'il avait commise durant une longue histoire. A ce propos, il invitait à relire les dernières pages de l'évangile de Luc, "la bonne nouvelle". Dans ce moment où l'évangéliste raconte l'ascension, il fait remarquer que les apôtres demandent à Jésus si c'est maintenant qu'il va s'assoir sur le trône de David et restaurer la souveraineté judaïque. Jésus leur répond qu'il n'est pas venu pour ça, qu'il est là pour le lien entre dieu et les hommes et que la direction d'un peuple ne lui appartient pas. Et il s'en va... 

Le sens qu'en donne Gaël Giraud est que le "Christ", mentor et raison d'être des chrétiens, laisse vide le trône du pouvoir de manière à ce que les gens s'en emparent, apprennent à construire ensemble et en fassent quelque chose de juste et de bon au service des plus humbles conformément à son enseignement. Ici, nous n'avons même plus besoin du mot "démocratie", juste d'amour fraternel. C'est d'ailleurs là son dernier testament : "Aimez-vous les uns les autres !"  Réalisme ou utopie ?...

Ceci me fait penser à la construction de la société au sortir de la horde, selon Freud : la fratrie dépossédée du père défunt, ne le remplace pas mais apprend à construire en commun un nouvel ordre social par leur fraternité sous l'image totémisée du père.

Gaël Giraud prolonge en montrant que le christianisme œuvrant auprès des plus faibles et des plus pauvres, invite chacun à se libérer des jougs des puissants pour le bien de tous. Pour preuve, l'économiste fait référence à la théologie de la libération développée par le franciscain brésilien et prix Nobel alternatif, Leonardo Boff. Il nous fait remarquer qu'elle a été largement revendiquée par l'avocat dominicain Henri Burain des Roziers, dit l'avocat des "sans terres", ces gens dépossédés par la junte militaire brésilienne. Selon Gaël Giraud, le christianisme, tourné vers les plus humbles et les plus modestes, est une expérience de libération qui a des conséquences politiques.

Il poursuit en posant fermement que "L'évangile a quelque chose à voir avec la démocratie et qu'elle n'est pas compatible avec l'idolâtrie de la monarchie". Etre chrétien aujourd'hui c'est être fondamentalement démocrate, c'est être favorable à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est aussi être fondamentalement écologiste." Il répond à cette injonction messianique d'amour réciproque, humble et universel.

Ainsi il développe que, pour les chrétiens, "Le Christ a refusé de s'asseoir sur le trône. Il a donc laissé le lieu du pouvoir vide de manière à ce que nous puissions apprendre à construire ensemble les figures du lien social qui vont occuper le lieu du pouvoir". Redisons-nous le testament de ce Jésus : "Aimez vous les uns les autres". Idolâtrer le roi est donc incompatible avec l'évangile. Abandonner, durant cinq ans et plus, les pouvoirs à un président l'est tout autant.

Cette bonne nouvelle est le récit qui donne du sens à ce que nous vivons. C'est là toute sa raison d'être. Son récit porte un sens qui pense raconter une vérité, voire la vérité. Il questionne le quidam sur son propre sens à être là, à vivre ce qu'il vit, à dire si et comment cela en vaut la peine.

Dans sa thèse "Composer un monde commun", Gaël Giraud invite à partager entre tous le pouvoir de créer et organiser le vivre ensemble. Ce n'est ni à quelqu'un ni à personne de faire ce travail seul, dans son coin. C'est à nous tous ensemble. Il voit dans le christianisme une réflexion de libération de tous contre la servitude des pouvoirs politiques.

Nous sommes ici très loin d'une religion de l'obéissance à des lois extérieures, éditées d'un "en haut". Nous sommes aussi très loin de la soumission aux classes supérieures, à un clergé dominant, judicateur et inquisiteur.

Alors je me demande pourquoi tous les chrétiens ne sont-ils pas dans la rue à imposer la fraternité universelle, le bonheur pour tous, la solidarité et l'égalité des droits, la répartition des richesses, la liberté d'être, la fin des mensonges et des manipulations, la solidarité, la bienveillance et la compassion, l'amour de leurs évangiles contre l'usage de la peur ...

Il est vrai que les docteurs de l'Eglise ont développé, après les grandes peurs de l'an mille, une nouvelle stratégie de la peur, peur de l'enfer et des damnations rachetables par quelques indulgences. Elle me semble avoir eu deux conséquences. D'une part l'émergence de la rébellion protestante, et d'autre part une certaine apathie silencieuse de "fidèles", qui toléraient la confiscation de l'esprit politique évangélique et l'acceptait jusqu'à la faire sienne. C'est ce que nous revivons actuellement dans un retour du syndrome de Stockholm.

Je me demande pourquoi tous ces gens de culture chrétienne se détournent de leurs devoirs sur l'impôt, de contribuer à la société en paix. Je me demande pourquoi ils favorisent l'enrichissement des leurs aux dépends des populations, aux dépends des plus modestes qu'ils ont déontologiquement le devoir d'aimer plus qu'eux-mêmes. Je me demande pourquoi ils développent ces réactions d'exclusion, d'ostracisme, de haine, d'anathème, de domination, de mépris et de compétition. Auraient-il perdu le sens de leurs évangiles ?

Je me demande pourquoi ils se réclament de valeurs qu'ils ont eux-mêmes trahies et abandonnées, comme s'ils ne les avaient jamais connues, comme si elles ne leur étaient pas propres. Pourtant, on ne trie pas dans les textes que l'on pense "sacrés", c'est à dire "fondamentaux et fondateurs". On ne s'arrange pas avec son identité sociétale, ni avec son éthique, ni avec sa conscience.

Quand ces riches chrétiens aisés et gouvernants condamnent les gilets jaunes, se souviennent-ils que leur Messie les avait chassés du temple avec les marchands ? Ils ont, comme leurs pairs, un devoir de bonté, de fraternité, et d'amour universel. Alors, que la conscience revienne !

Jean-Marc SAURET
Le mardi 28 juin 2022

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Maman donne la vie et papa la socialité (21 06)

Nous venons de célébrer la fête des pères et j'avais envie de me pencher un petit peu sur ce rôle et fonction que l'on vient d'honorer. et ce en quelques mots courts : Qu'est-ce qu'être père ?

Si une femme devient maman en donnant la vie, méthodiquement, papa le devient de ce fait là et c'est lui, en donnant le nom qui accorde la lignée, l'histoire, la socialité au bébé. C'est un peu comme cela que ça se passe chez nous, bien que les familles monoparentales se multiplies et le père disparait à la marge. Mais, revenons à nos considérations... La part des rituels sociaux est donc immense. Si ceux-ci sacralisent la naissance, alors elle existe. Si non, c'est une autre réalité qui devient de fait la vérité sociale.

Il n'a échappé à personne que, sans l'une de ces deux fonctions, l'autre n'est pas (quoi que des pratiques intervenantes modifient parfois ce processus). Effectivement, j'ai moi aussi entendu des raisonnements en forme de polémiques tentant de démontrer que ces rôles et fonctions ne tenaient pas à la naissance. Certains les lient au seul accomplissement du rôle, d'autres au seul désir. D'autres encore les détachent du "qui l'a fait". Ils en font des fonctions purement symboliques. Mais le fait est que sans la naissance du bébé, ces titres et fonctions n'existent pas.

Je pense aussi à ces grand-mères, tantes, sœurs, belles mamans ou adoptives et autres qui sont des mamans par procuration et en assument longtemps toutes les fonctions, voire toute leur vie. Aussi, on pourrai, comme d'autres le font, deviser sur la nécessité ou pas de la proximité du nouveau né pour avoir le titre. Il en va de même pour les papas. Bien des histoires singulières nous en parle. Et, l'humain étant inscrit dans le langage, la symbolique passe à chaque fois devant le réel. Parce que, en effet, sans représentations, pas de réel attrapé ! Pas de réalité ! Ce sont nos références, nos cadres sociaux, nos critériums, qui font nos réalités, les structurent et les "réalisent".

De toute manière, sans bébé, pas de papa ni de maman. Voilà un fait sur lequel tout le monde peut s'accorder, quoi que... Intérêts et nécessités président, comme je l'ai plusieurs fois écrit. Je me contenterai donc d'éviter les polémiques et, sans tenter l'exhaustivité, de rappeler quelques éléments ethnographiques ou historiques qui pourraient nous être indicateurs. 

Si la maman donne la vie, dans notre culture le père donne le nom et ainsi inscrit le bébé dans une lignée. Ceci est possible parce que l'inceste est interdit. C'est d'ailleurs là, la véritable raison de cette interdiction. Sans elle, nous serions dans une société du type de celle des chats où les lignées se croisent et s'entrecroisent, au point que le grand père peut être en même temps le neveux, le gendre, le frère et bien d'autres titres encore, mais pas la sœur. Quoi que... C'est bien là une observation de la symbolique humaine qui regarde des structures qui ne sont pas. Si les chats s'en moquent, car non inscrits dans la symbolique du langage, pas nous !

Mais aussi, bien des rites sociaux viennent compléter la construction de l'identité du bébé. Ce sont par des accueils dans la communauté de type baptême, circoncision, scarifications, excision, des rites de passage et d'appartenance qui viendrons scander la vie sociale du sujet, modulant son (ses) rôle, sa (ses) fonction et son rang et statut social. Le monde n'est qu'un miroir dans lequel nous nous contemplons...

Ainsi, être maman et être papa sont des rôles et des fonctions que le "vivre ensemble", propose, voire réclame à ses membres jusqu'à parfois en faire des objectifs sociaux auxquels adhèrent (ou pas) les postulants, tout comme la communauté les accueille pour eux. Certains y verrons la force du groupe, d'autres la pression sociale, selon nécessités et enjeux.

On a vu qu'au moyen âge, il arrivait dans certains groupes sociaux, que le nouveau père se couchât et les autres membres de la collectivité venir le plaindre. Ce rite surprenant de nos jours avait sa raison d'être que l'on ne jugera pas, que l'on ne peut d'ailleurs pas juger, sinon pour se rassurer que nos représentations sociales actuelles sont plus justes, meilleures et sures. D'ailleurs, juger ne sert qu'à ça : confirmer ou infirmer ce qui est "vérité en deçà des Pyrénées".

Dans d'autres cultures, à l'image de la structure familiale romaine, le père (pater) s'occupe de la survie matérielle du bébé, quand le frère de la maman (ovonculus) s'occupe de son éducation, et le frère du père (papater) de la pérennité du système. On use de ces termes pour comprendre d'autres structures familiales comme en Afrique de l'ouest. Ainsi les sociétés structurées perdurent. C'est aussi le cas de nombre de sociétés animales, avec ou sans conscience de soi, qui se perpétuent dans des structures complexes. Les éthologues, d'Aristote à Boris Cyrulnik, en passant par Karl Lorenz et Nikolaas Tinbergen, en ont parlé longuement.

Dans d'autres cultures familiales, le "parrain" du bébé devient le "comparse" du père, ou "compère", et donc de ce fait prend une place sociale et familiale importante.

Les rites sociaux, la culture groupale, les célébrations, sont autant de marqueurs nous faisant prendre conscience que les rôles et fonctions que nous vivons sont des constructions sociales dans le temps et dans l'espace. Relevant de représentations sociales du monde, de cosmogonies particulières, elles répondent aussi à des nécessités symboliques et pratiques. Ces représentations sont aussi utilisées pour juger du monde entier, qui, comme le disait Jung, économisent ainsi au sujet de réfléchir et de comprendre. 

Nous nous en accommodons, et nous les perpétuons au grès de nos postures dans nos rôles et fonctions sociales, au grès de nos intérêts et nécessités. Sur ce, joyeuse fête des pères, qui n'a donc pas qu'une fonction commerciale, certes...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 21 juin 2022

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Débat ou polémique ? (14 06)

Certains confondent débat et polémique, voire anathème et questionnement, jugement et réflexion. Nous avons déjà largement posé et commenté ce thème : il se trouve que c'est là une conséquence néolibérale de la postmodernité. L'émotionnel, l'a priori, le préjugé fondé sur des intérêts, des pensées courtes, voire des peurs, prennent un pas décisif sur les démarches de raison. C'est ainsi que se construisent des vérités douteuses mais peut-être populaires. La démagogie n'est jamais très éloignée.

Le souci majeur qui m'apparaît est la confusion réelle que fait une grande partie de la population entre le débat et la polémique. Certains même, parce qu'ils lâchent un jugement court, voire une émotion ou une insulte, prétendent de toute bonne foi qu'ils débattent, qu'ils discutent, affirmant même qu'ils ont bien le droit de dire ce qu'ils veulent, voire ce qu'ils pensent. C'est un fait !

Il m'est même arrivé de lire dans un grand quotidien du soir quelques bordées d'insultes et jetées d'anathèmes sur quelques chercheurs et intellectuels en marge de la pensée "officielle". Ce qui m'attriste et me gène ne sont pas les expressions mensongères, néfastes, calomnieuses, mais le fait que des gens y succombent.

Ainsi, de ce fait-là, nombre de personnes polémiquent, jugent et "anathémisent" les uns ou les autres, sans jamais tenter la curiosité de comprendre ce dont l'autre parle, ni d'où il le fait. L'aveuglement que cela produit est une perte tant pour l'entourage que pour la personne qui médit. Pourtant, c'est souvent de toute bonne foi...

Il est vrai que nombre de puissants et de manipulateurs, de psychopathes et de goûteux du pouvoir savent profiter de ce type de situation sans jamais reverser de bénéfice, sans que jamais rien n'en ruisselle. Je crois que c'est là une bonne raison d'alerter le quidam lambda de cet état de perversion mortifère, de cette "mécanique" destructrice et privative de tout, de biens et de libertés, d'autonomie et d'intelligence.

Je n'ai pas la prétention de donner un enseignement pour détourner et combattre ce type de conséquences malheureuses. Je me contente, pour ma part, de lâcher prise et de rester vigilant. Un pas de retrait,, un pas de côté suffit parfois pour détecter le malaise, voire la supercherie. Rester aligné dans un regard bienveillant globalisant, c'est-à-dire "embrassant" la totalité de ce qui se passe sans oublier aucun détail, permet une tout autre approche. Car c'est dans les détails que le diable se cache, comme nous le précisait Nietzsche dans "Ainsi parlait Zarathoustra". C'est ce que l'on peut appeler aussi la vigilance.

Pour observer les détails, il ne faut croire aucun jugement des uns et des autres, et juste observer les faits pour, comme le dit la sagesse populaire, "se faire sa propre opinion". Je dirais même plutôt "construire son point de vue", c'est à dire ce que l'on peut voir et comprendre depuis là où l'on se trouve, où nous sommes. Cultivons ainsi nos postes d'observation.

Nous serons attentifs aux "vérités" parcellaires, aux omissions, aux fausses évidences, aux incohérences et changements de discours. Pour cela, nous garderons une mémoire vigilante. Nous porterons attention aux petites dyslogies. Nous serons des désobéissants vigilants qui ne prennent rien pour argent comptant : de fait, des rebelles à la pensée dominante motivés et construits par le simple souci de bon sens et de vérité.

Alors seulement, sans émotion ni parti pris, nous saurons débattre et répondre simplement aux injonctions qui nous viennent d'ailleurs, aux vérités et jugements distribués à la ronde avec certitude et ostentation, aux manigances tortueuses de quelques désireux de régner plus que de faire vivre la réalité.

Il s'agit donc de cultiver une prudence sur ses propres emballements émotionnels, sur ses propres certitudes directrices en gardant une posture haute, détachée, et une vision globale, attentive.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 14 juin 2022

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