mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur - La force du vivant "

Le sociologue veut comprendre le monde, le troubadour le raconter...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et travaille mieux. 
On manage sa vie comme celle des organisations : toute la question est celle de raisons d'être, de l'être là et du lien social. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture et de la posture.
Patron, président, manager, décideur, collaborateurs et toute personne, ce blog est pour vous. C'est une bibliothèque thématique de ressourcement. Ma raison d'être est de vous accompagner.
Vous trouvez ici des indications, des analyses, des ressources sur le managementdes principes de fond, des postures, et des leviers pour mieux faire. Pour mieux voir l'impact des évolutions de notre société, et voir autrement la vie au travail.
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- Prochaine publication le mardi 3 septembre -

samedi 10 août 2019

"L'invention du capitalisme" par Yasha Levine


L’invention du capitalisme :
comment des paysans autosuffisants ont été changés
en esclaves salariés pour l’industrie



La doctrine économique de notre culture stipule que le capitalisme est synonyme de liberté individuelle et de sociétés libres, n’est-ce pas ? Eh bien, si vous vous êtes déjà dit que cette logique était une belle connerie, je vous recommande la lecture d’un livre intitulé The Invention of Capitalism (L’invention du capitalisme, non traduit), écrit par un historien de l’économie du nom de Michael Perelman, contraint de s’exiler à Chico State, une université perdue dans la Californie rurale, pour son manque de sympathie envers l’économie de marché. Perelman a utilisé son temps d’exil d’une des meilleures manières possibles, explorant et fouillant les travaux et la correspondance d’Adam Smith et de ses contemporains afin d’écrire une histoire de la création du capitalisme allant au-delà du conte de fées superficiel qu’est La Richesse des nations ; il nous propose ainsi de lire les premiers capitalistes, économistes, philosophes, prêtres et politiciens dans leurs propres mots. Et ce n’est pas beau à voir.

L’étude de l’histoire expose clairement le fait qu’Adam Smith et ses amis partisans du laisser-faire étaient en fait une bande de crypto-étatistes, qui avaient besoin de politiques gouvernementales brutales pour contraindre la paysannerie anglaise à devenir une main d’œuvre capitaliste docile prête à accepter l’esclavage salarial.

Francis Hutcheson, duquel Adam Smith apprit toute la vertu de la liberté naturelle, écrit : « c’est un des grands desseins des lois civiles que de renforcer les lois de la nature par des sanctions politiques… La populace doit être éduquée et guidée par les lois vers les meilleures méthodes dans la gestion de ses affaires et dans l’exercice de l’art mécanique. »
Eh oui, au contraire de ce qui est souvent suggéré, la transition vers une société capitaliste ne s’est pas faite naturellement ou sans douleur. Les paysans anglais, voyez-vous, n’avaient aucune envie d’abandonner leurs communautés rurales et leurs terres afin de travailler pour des salaires plus que précaires dans d’atroces et dangereuses usines, installées par une nouvelle et riche classe de propriétaires terriens capitalistes. Et pour de bonnes raisons. Selon les estimations fournies par Adam Smith lui-même, avec un salaire ouvrier dans l’Écosse d’alors, un paysan d’usine devait trimer plus de trois jours durant pour pouvoir se payer une paire de chaussures produites commercialement. Autrement, il pouvait fabriquer ses propres chaussures traditionnelles en utilisant son propre cuir, en quelques heures, et passer le reste du temps à s’enivrer à la bière. Quel cruel dilemme.

Seulement, pour faire marcher le capitalisme, les capitalistes avaient besoin d’une main d’œuvre peu chère et abondante. Que faire alors ? Appeler la Garde Nationale !

Face à une paysannerie qui ne voulait pas être réduite en esclavage, philosophes, économistes, politiciens, moralistes et hommes d’affaires commencèrent à plébisciter l’action gouvernementale. Avec le temps, ils mirent en place une série de lois et de mesures calibrées pour forcer les paysans à se soumettre en détruisant leurs moyens d’autosuffisance traditionnels.
« Les actes brutaux associés au processus de dépossession de la capacité d’une majorité de la population à être autosuffisante apparaissent bien éloignés de la réputation de laisser-faire de l’économie politique classique, écrit Perelman. En réalité, la dépossession de la majorité des petits producteurs et la construction du laisser-faire sont étroitement liés, à tel point que Marx, ou du moins ses traducteurs, donnèrent un nom à cette expropriation des masses : « l’accumulation primitive ». »

Perelman souligne les nombreuses politiques qui forcèrent les paysans hors de leurs terres — de la mise en place des Game Laws (lois sur la chasse) empêchant les paysans de chasser, à la destruction de la productivité paysanne par la division des communs en parcelles plus petites — mais les parties les plus intéressantes du livre sont incontestablement celles où le lecteur découvre les complaintes et autres gémissements des collègues proto-capitalistes d’Adam Smith se lamentant de ce que les paysans sont trop indépendants et à leurs affaires pour pouvoir être efficacement exploités, et essayant de trouver un moyen de les forcer à accepter une vie d’esclavage salarial.

Ce pamphlet de l’époque illustre bien l’attitude générale des capitalistes envers les paysans autosuffisants et prospères :
« Posséder une vache ou deux, un porc et quelques oies exalte naturellement le paysan… À flâner après son bétail, il devient indolent. Des quarts, des moitiés, voire des journées entières de travail sont imperceptiblement perdues. La journée de travail devient repoussante ; et l’aversion augmente avec la complaisance. Enfin, la vente d’un veau ou d’un porc à moitié nourri donne les moyens d’ajouter l’intempérance à l’oisiveté. »

Tandis qu’un autre pamphlétaire écrivait :
« Je ne peux pas concevoir de plus grande malédiction pour un groupe de personnes que d’être jeté sur un terrain où la production des moyens de subsistance et de la nourriture serait principalement spontanée, et où le climat ne requerrait ou n’admettrait que peu de vêtements ou de couvertures. »

John Bellers, « philanthrope » quaker et penseur économique, considérait les paysans indépendants comme une menace l’empêchant de contraindre les pauvres dans des usines-prisons où ils vivraient, travailleraient et produiraient un profit de 45% à destination des aristocrates propriétaires :
« Nos Forêts et grands Communs (poussent les Pauvres qui y habitent à devenir presque des Indiens) et sont une menace à l’Industrie, ainsi que des Berceaux d’Oisiveté et d’Insolence. »

Daniel Defoe, écrivain et commerçant, notait quant à lui que dans les Highlands écossais, « on était extrêmement bien fourni en provisions […] gibier à foison, en toute saison, jeune ou vieux, qu’ils tuent de leurs pistolets quand ils en trouvent ».
Pour Thomas Pennant, un botaniste, l’autosuffisance gâchait une population paysanne sinon parfaitement correcte :
« Les mœurs des indigènes des Highlands peuvent être résumées en quelques mots : indolence maximale, sauf lorsqu’ils sont stimulés par la guerre ou par quelque amusement. »

Si avoir un estomac bien rempli et une terre productive constituait le problème, alors la solution pour bien dresser ces faignants était évidente : virons-les de leurs terres et affamons-les !

Arthur Young, auteur populaire et penseur économique respecté par John Stuart Mill, écrivait en 1771 qu’il « faut être idiot pour ne pas comprendre que les classes populaires doivent être maintenues dans la pauvreté, sans quoi elles ne seront jamais laborieuses ». Sir William Temple, politicien et patron de Jonathan Swift, était d’accord et suggérait qu’il fallait taxer la nourriture, autant que possible, afin de sauver les classes populaires d’une vie « de paresse et de débauche ».

Temple défendait également le travail des enfants à l’usine, dès quatre ans, arguant « qu’ainsi, nous espérons que la nouvelle génération sera si bien habituée à l’emploi permanent qu’il lui sera, à terme, agréable et divertissant. » Pour d’autres, quatre ans, ce n’était pas assez. Selon Perelman, « John Locke, souvent vu comme un philosophe de la liberté, défendait le travail dès l’âge de trois ans ». Le travail des enfants excitait également Defoe, qui se réjouissait de ce que « des enfants de quatre ou cinq ans […] pouvaient chacun gagner leur propre pain ». Mais trêve de digression.

Même David Hume, le grand humaniste, vantait la pauvreté et la faim comme des expériences positives pour les classes populaires, et blâmait même la « pauvreté » de la France sur son climat favorable et ses sols fertiles :
« Les années de pénurie, à condition qu’elle ne soit pas extrême, on observe toujours que les pauvres travaillent plus, et vivent réellement mieux. »

Le révérend Joseph Townsend croyait que restreindre l’accès à la nourriture était la voie à suivre :
« Contraindre [directement] et juridiquement [au travail] […] est reçu avec trop de protestations, de violences et de bruit, […] tandis que la faim est non seulement un moyen de pression paisible, silencieux et incessant, mais en tant que meilleure motivation naturelle au travail, elle appelle les plus puissants efforts […]. La faim dompterait les plus rebelles des animaux, elle inculquerait décence et civilité, obéissance et assujettissement aux plus brutaux, aux plus obstinés et aux plus pervers. »

Patrick Colquhoun, un marchand qui monta la première « police de prévention » privée d’Angleterre pour empêcher les travailleurs des docks d’arrondir leurs maigres salaires avec de la marchandise volée, fournit ce qui est peut-être l’explication la plus lucide sur la manière dont la faim et la pauvreté sont corrélés à la productivité et la création de richesse :
« La pauvreté est l’état et la condition sociale de l’individu qui n’a pas de force de travail en réserve ou, en d’autres termes, pas de biens ou de moyens de subsistance autres que ceux procurés par l’exercice constant du travail dans les différentes occupations de la vie. La pauvreté est donc l’ingrédient le plus nécessaire et indispensable de la société, sans lequel les nations et les communautés ne pourraient exister dans l’état de civilisation. C’est le destin de l’homme. C’est la source de la richesse, car sans pauvreté, il ne pourrait y avoir de travail ; et il ne pourrait donc y avoir de biens, de raffinements, de conforts, et de bénéfices pour les riches. »

La formule de Colquhoun est si juste qu’elle mérite d’être répétée. Car ce qui était vrai à l’époque l’est encore aujourd’hui :
« La pauvreté est donc l’ingrédient le plus nécessaire et indispensable de la société […], c’est la source de la richesse, car sans pauvreté, il n’y aurait pas de travail ; et il ne pourrait donc y avoir de biens, de raffinements, de conforts, et de bénéfices pour les riches. »
Yasha Levine

Traduction : Alice Tréga
Édition : Nicolas Casaux


Mis en ligne le samedi 10 août 2019

mardi 30 juillet 2019

Nature et culture

Sans refaire le grand débat de l'inné et de l'acquis, dans la conception ethnographique de ce thème, il est loisible de considérer d'une part les images du bon sauvage et d'autre part, celles liées à  la horde originelle. Cela ne revient pas à opposer les représentations de Rousseau et de Freud, mais deux représentations sociales. Celles  que donnent justement,  les conclusions de leurs travaux. Elles incarnent deux conceptions différente. Elles peuvent même se voir opposées, selon l'idée intrinsèque que l'on se fait de  l'être humain. Pour mieux comprendre, pour mieux appréhender le concept, en en devenant acteur, en fonction de la réalité des organisations, et leur dynamiques, il va nous falloir nous approprier un certain nombre de connaissances...
Nous comprenons bien  que s'opposent ici une conception individualiste et moraliste, celle du bon sauvage rousseauiste, qui va venir en antagonisme à la "sociologique", c'est à dire celle de la horde sauvage originelle. Cette dernière peut être qualifiée aussi de fondatrice des individus vivant en société. En d'autres termes on peut la retrouver à l'origine de notre "société moderne", celle qui suit la disparition, voire la mort du père totémisé.
Autant la première représentation relève d'un "credo" moral et idéologique, autant la seconde relève du principe des interactions fondatrices d'un être identifié dans et par  son "vivre ensemble". En dehors du "collectif" précité, il n'existe aucun possible.
A ce propos, nous nous souvenons de l'expérience interdite que j'ai déjà évoquée et qui atteste que, sans relations humaines, sans socialisation primaire, des enfants nouveaux nés meurent. Ceci fonde le principe d'un sujet social inscrit dans une culture et un langage qui le structurent (nous nous souvenons de l'hypothèse de Sapir et Worf à ce sujet).
Mais de quelle nature et de quelle culture parlons nous ?
Il ne s'agit pas de prendre ici modèle sur une nature que l'on a totalement interprétée, ni même de poursuivre dans une culture construite par et pour des élites. Il s'agit, en mode bouddhiste, de "faire" sans retenue et collectivement.
Je renvoie à mon approche descriptive des alternants culturels*. Il s'agit, bien entendu, de faire ensemble (car on ne peut pas faire grand chose tout seul), de réaliser en apprenant et en débattant. Toute cette "procedure" s'entend en réseaux et en mode interactif.
Ainsi le monde avance aujourd'hui en "marchand par dessus" (en passant outre) les organisations officielles. Il nous faut revenir voir ce qui se passe chez les "indiens Navajos", ou encore dans les chefferies du centre ouest africains, voire chez les Yakis, les bushmens en Namibie, ou les nénetts en Sibérie, etc... Ils constituent autant de références.
A propos de vivre ensemble et de co-construire, il est incontournable de revenir à l'idée de la démocratie, quand le peuple décide de son avenir, et de son "comment s'y prendre. "La démocratie, écrivait Francis Dupuis-Déri, professeur de sciences politiques à Québec, est un marketing politique pour les pauvres". Comme nombre de sociologues l'indiquent, elle n'est pas née en Grèce, comme l'école classique et la littérature nous le répètent, mais aux quatre coins du monde dans les lieux à civilisations orales.
Je pense à celle, exemplaire, des Navajos et à un grand nombre d'autres ethnies chez les amérindiens, au Ladack ou en Sibérie, comme dans un grand nombre d'ethnies en Afrique, tels les Igbos, par exemple, etc. Il s'agit de société sans propriétés privées où les décisions sont prises dans le débat partagé.
Quand on aborde ce champ de la démocratie, on pose aussi la question du temps et celle des usages, et aussi celle du travail. Pour qui travaille-t-on ? Pour soi ou pour quelqu'un d'autre ? Comment se régule cet échange ?
Quand j'étais à l'école, contrairement à ce que j'ai pu voir ailleurs, on ne nous a pas appris à voter, ou à élire des représentants. On nous a appris à débattre, à s'écouter, à s'enrichir, à co-construire nos représentations, comme autant de prémices pour, ensuite, savoir s'engager et décider ensemble. C'était, c'est vrai, une école exceptionnelle, animée par de vrais humanistes.
Si l'on considère, maintenant, la conception de la démocratie décrite par Francis Dupuis-Déri, bien des caractéristiques singulières émergent. Dans le vivre ensemble de notre société post-moderne, il nous faut prendre en compte "l'agora-frayeur" des élites, assoiffées de pouvoir et de confiscation des bénéfices. Corrélativement, et réciproquement, on va retrouver l'élite-bashing des populations qui va jusqu'au rejet des systèmes, dont ils sont les perdants, les victimes, voire les proies. Ceux-ci ne vont plus voter et se replient sur les petites consommation télévisuelles, ou autres alimentations par les réseaux sociaux.
Les protagonistes (et cela vaut pour les tenants de cet "ordre des choses" ou pour leurs opposants ou détracteurs) prennent leurs références dans l'ordre de la nature pour justifier ou défaire cette dite structuration sociale. Certains évoquent un monde "normalement violent, fait de proies et de prédateurs", quand les autres invoquent le modèle d'un monde de complémentarité, de coopération, d'harmonie et de biodiversité.
Ce qui est certain, c'est que cette invocation de la nature, quelle qu'elle soit, fait culture dans ces groupes sociaux, au point d'en constituer un "sacré", un évident indiscutable (justement parce qu'il est un sacré). Toute la vision du monde et les actions conduites à partir de là, relèvent de ce socle d'évidence.
La nature ne serait donc qu'une relecture, un aperçu passé au filtre des enjeux et des intérêts. On pourrait ajouter, si cette posture était réellement consciente, que "la fin justifie les moyens". Pourtant, ce n'est pas tout à fait le cas : il y a des phénomènes de croyance qui s'installent et abolissent toute discussion, tout débat, toute conversation.
La  confrontation quotidienne au "réel", en revanche, fait bouger les lignes. Un certain pragmatisme remet en cause certains chemins choisis et éclaire nos lanternes. On réalise que "le monde" n'est pas totalement comme cela et que quelque part, "Il y a une partie de vous qui, dans le fond, a toujours connu la vérité", comme le dit l'adage..
C'est un peu comme s'il y avait une conscience plus profonde, plus "réelle", ou comme si nous avions un lien direct avec... la vérité de notre "nature". 
Cette phase relève plus de l'intuition que de la raison, mais l'on sait la part de l'intuition dans les découvertes et l'évolution des développements scientifiques.
Par ailleurs, nous avons déjà développé précédemment l'idée que la réalité ne s'impose pas à nous comme un fait, mais qu'elle est bien une conscience que nous avons du monde. Il s'agit d'un "construit" individuele et social à la foi, comme nous l'indiquait Paul Watzlawick.
En effet, "Ce ne sont pas les choses que l'on voit, mais le sens qu'on leur trouve". Lorsqu'on regarde "comment nous voyons les choses", alors nous sommes plus près du réel. Sans ce travail d'introspection, rien ne peut défaire la culture et la coutume qui fondent notre regard.
Alors, en guise de développement, je vous propose juste une petite collection de sentences, de phrases méditatives, issues soit de ce qu'on nomme le bon sens commun, soit d'autres cultures ou même de réflexions singulière à la marge de notre culture.
« L'esprit est un bon serviteur mais un mauvais maître » (Védantique)
« Nous voulons le bonheur sans la tristesse. Nous voulons le bien être sans la douleur. Mais l'ombre existe avec la lumière. C'est le contraste qui est. Pourquoi désirer l'un au détriment de l'autre ? Ce à quoi l'on résiste existe alors davantage. Nous créons intellectuellement la dualité dans laquelle quelque chose ne nous va pas. C'est notre posture qui nous invite à l'une ou l'autre vision du monde, sans étiquettes ni références »
« Crier pour avoir le silence n'est que faire plus de ce que nous ne voulons pas. Nous voulons être libres et nous élisons des personnages qui nous soumettent. Nous voulons une vie meilleure et nous consommons des choses faites par des esclaves. Si nous faisons des esclaves, nous posons le fait que nous en serons aussi. » (Le troubadour Tyo BAZZ)
« Nous peinons pour trouver du sens à un monde où nous peinons pour un avenir qui n'arrive jamais » (Albert CAMUS)
« Le connais-toi toi-même a été remplacé par le désir de ressentir les formes du monde extérieur. Depuis nous sommes perdus dans nos propres frustrations » - « Nous cherchons moins le sens de la vie que le sentiment d'être vivants ».
Sous forme de conclusion, toujours provisoire, nous pouvons affirmer qu'il n'y a donc pas de réalité absolue, il n'en est que de relatives. Elles sont notre culture, notre vision. Notre compréhension de la nature, n'est jamais que l'image de ce que notre culture lui indique, et qui l'amène à s'y soumettre. Le réel nous est toujours inaccessible. Peut être n'y en a-t-il pas... Mais de fait, culture et nature ne s'opposent que dans nos discours et représentations.
Alors, dans nos prospectives politiques et organisationnelles, Il nous faudra accepter que nos représentations ne soient que des déclinaisons de nos conceptions du monde, toujours culturelles.
Cette approche vaut même si l'expérience et l'analyse viennent en modifier le contour. Il y a des dogmes sociaux qui apparaissent et disparaissent avec le temps, au fur des événements ou des modes qui nous bousculent. Elles sont et restent liées aux orientations que nous donnons à notre "vivre ensemble".
Ultime retour sur cet exemple que j'ai pris plusieurs fois : il ne faudrait pas que le féminisme  et les discriminations de genre effacent les autres discriminations sous prétexte que celle là est "de notre sacré".
Dernier exemple, les discriminations des laids, des moins-diplômés, des gros, des trop petits ou des trop grands, des trop mal-voyants que l'on nomme ordinairement des "bigleux", ou encore les "têtes à claques", ne sont pas aperçues. Ces discriminations sont quelque peu effacées du champs social, occultées par la présence à forte légitimité d'autres qui focalisent l'attention sociétale.
Il ne s'agit donc pas de faire une sélection dans les discriminations et d'en défendre ces seules victimes, mais de s'attaquer à toutes les discriminations, les visibles comme les inaperçues. C'est la raison pour laquelle on pourrait préconiser de ne pas s'attaquer à une seule discrimination, déterminée en tant que telle, parce que l'effet induit, et involontaire, serait d’effacer, ipso facto, toutes les autres.
Plus generalemenr, il ne s'agit pas non plus de considérer la discrimination comme une méchanceté volontaire faite à certains pour des raisons apparentes, mais de comprendre qu'il s'agit là de réactions le plus souvent mécaniques ou émotionnelles, liées à des représentations culturelles et personnelles, qui, comme dans le mythe de la caverne de Platon, nous fait mal voir la réalité du monde.

Il s'agirait donc simplement d'humaniser davantage nos perceptions, en s'attaquant notamment, à l'irrespect de la personne, quelle qu'elle soit, sous toutes ses formes, sans catégorisation. Voilà le chemin tracé : il nous reste à l'emprunter en toute connaissance de cause.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 30 juillet 2019


mardi 23 juillet 2019

Un monde prédictible n'est pas réel...

Ce titre peut paraître parfaitement surprenant, voire décalé. Et pourtant nous allons voir à quel point il dit une chose essentielle qui peut avoir des répercussions dans bien des choses de nos vies, de nos managements, de nos organisations.
Lors d'une interview, il me souvient avoir entendu le philosophe Fabrice Midal proposer ceci : « Les emmerdes en sont quand on se voit victime dans la situation. Elles sont des questions et des opportunités quand on se sait lecteur-écoutant du réel et puis acteur du présent. ». La phrase peut paraître quelque peu absconse mais regardons ce qu'il nous dit là. Comme l'écrivait Marc Aurèle, et comme nous l'avons déjà rapporté, ce ne sont pas les choses qui nous gênent mais le regard qu'on leur porte. J'ajouterais, comme j'aime à le faire, que ce ne sont pas les choses que l'on voit, mais le sens qu'on leur trouve... La phrase est en dédicace à l'intérieur de la pochette de mon sixième CD enregistré à la maison, "Regards".
La réalité, comme je l'ai bien souvent écrit et montré, n'est que la conscience que nous avons du monde, du réel, de ce qui se passe, etc. Je n'y reviens pas ici. J'en ai déjà beaucoup traité. 
Dans ces conditions, ce que l'on considère comme des "emmerdements" n'est autre que la projection émotionnelle et d'intérêts que nous faisons de ce qui se passe sous nos yeux. Changez de posture et le côté "emmerdement" disparaît. Sous d'autres postures , voire sous d'autres angles d'approche commandés par l'avantage et l'intérêt, il pourrait bien devenir même intéressant... C'est tout ce que nous indique le philosophe. Si vous êtes un citoyen lambda, une contravention prise par un radar est une vraie "emmerde", mais si je suis un gendarme affecté à la sécurité routière, elle est un vrai outil pédagogique qui va certainement sauver des vies plus tard.
Mais il est vrai aussi, que nous ne sommes pas que des individus et que l'environnement, la culture, le lien social, font aussi action de sens sur nos perceptions et postures. A ce propos, le psychosociologue Serge Moscovici écrivait que "La volonté de chacun est de rendre le monde prédictible". C'est à dire, que nous voulons être en capacité de savoir ce qui va se passer, ce qui va arriver après (que ce soit après un tsunami, un mariage, une claque ou un baiser, un lever de soleil, ou une douce pluie fine). Nous voulons être informé de la suite. Le monde doit être prédictible et s'il ne l'est pas, nous râlons. Ainsi, que disent les voyageurs revenus d'un retard important du train qui les amenait ? "Nous n'avons eu aucune information ! C'est lamentable..."
Cette posture est sociale et tous s'accordent tellement dans ce sens là que l'on finit par penser qu'il est normal d'avoir besoin de ces informations sur "l'après". Nous croyons alors pouvoir affirmer que la posture est "innée", ou inhérente à la personne humaine, et que si la nature a horreur du vide, la nature humaine a horreur du vide de sens, etc. Cette posture n'est de fait que culturelle, mais qu'importe. De là, l'idée que la gestion permettrait de mettre tout cela sous contrôle et prédiction, il n'y a qu'un souffle...
Mais que se passe-t-il quand le monde est totalement prédictible ? Je pense à ces clubs de vacance, hôtel de plage, où tout est organisé, contrôlé, sécurisé. Si on le savoure quelques jours, voire une seconde semaine, on finit vite par s'ennuyer. On cherche l'aventure, l'émerveillement, la surprise, l'étonnement. 
Que demandons nous à notre partenaire ? Qu'il nous étonne et nous surprenne, non ? Et que tentons nous à son égard ? De le surprendre, de l'étonner... On se rend vite compte donc que dès que le monde est totalement prédictible, on est malheureux. Non seulement, on s’ennuie, mais on souffre de cet enfermement dans un "tout tracé", "tout normé", "tout sécurisé". On ne supporte pas le meilleur des mondes.
Mais, alors, pourquoi ça ? Parce qu'il est vrai que, plus nous voulons tout mettre sous contrôle et plus nous perdons le champ d'expérimentation : on quitte le bac à sable, on perd sa créativité tout en risquant d'y laisser aussi son intelligence.
C'est comme en économie, plus on norme les choses et moins bien cela se passe. Alors on rate davantage les opportunités et les chances de réussir. Tout semble "bien géré" mais plus rien ne bouge. Les innovations sont muselées, les bonnes idées nouvelles meurent dans leur œuf, les prises de risque sont anéanties, et le changement se trouve enterré. Le monde sous contrôle est une tombe. Il n'y a plus rien de vivant, plus rien de dynamique.
Nous devons nous sortir de la normativité extrême qui est en train de nous tuer par étouffement. Nous savons que la multiplication des normes restreint considérablement nos latitudes et nos espaces de vie. Certes, il ne s'agit pas exactement d'éviter tout contrôle. Jean-François Zobrist, patron de la société FAVI, expérimentateur forcené de l'entreprise libérée, disait que la meilleure personne pour contrôler un travail est celle qui l'a réalisé. Les logiques d'honneur et de fierté font plus que toutes les pressions. La correction est alors immédiate et le gain de productivité aussi. Il s'agit plutôt, donc, de se rendre compte que le développement exponentiel du contrôle et de la dictature du chiffre ont produit une "hystérisation" des comportements sécuritaires. C'est du désherbant sur un champ de salades.
On a fini par entendre dans les couloirs des organisations des absurdités du style "La confiance n'exclut pas le contrôle !" Eh bien si, justement. Normes et contrôles absolus tuent la vie. L'obsession fanatique de l’efficacité rend justement les gens inefficaces car la dynamique du vivant et la créativité ne sont plus là. Normalisation et vivant sont antinomiques.
En effet, si nous étions toujours et tout le temps dans le contrôle, Einstein n'aurait jamais existé. C'est en rencontrant ses inconforts que l'on trouve les nouvelles manière de faire, d'aboutir, de vivre.
Nous savons par l'expérience que c'est le "réel émotionnel" qui nous révèle à nous même et à notre réalité. Ce réel émotionnel est notre moteur, c'est lui qui nous permet de trouver, de résoudre, et de développer...
Mais ne vous inquiétez pas, plus on bétonne les projets, plus on coule des "chapes de normalisation", plus la gestion du chiffre devient totalitaire, corrélativement tout ceci sautera sous la pression du vivant et des plantes qui poussent. Regardez comment résistent à la vie les maisons abandonnées : elle se font ronger, elles cèdent, s'écroulent et la plupart du temps disparaissent sous la force de la végétation.
En développant ce qu'était le "temps d'après", ce temps sociologique succédant à la post-modernité, j'indiquais l'émergence de ces nouveaux acteurs que je nommais les "alternants culturels". Pragmatiques intuitifs, engagés, "réseauteurs" connectés, ils sont délibérément tournés vers l'oeuvre et l'intemporalité. J'indiquais à leur propos qu'ils étaient totalement autonomes, "mal obéissants", et que l'entreprise était pour eux un terrain de jeux.  A leur propos, j'indiquais aussi que si les managers ne faisaient pas avec eux et leur dynamique vivante, comme la nature sur les ruines, ceux-là reprendraient rapidement leur droit et leur marcheraient dessus...
A tous ces "alternants culturels", je voudrais dire : Chaque fois qu'on vous dit non, qu'on vous ferme la porte au nez de vos enthousiasmes ou qu'on vous affirme que ce n'est pas possible, attendez quelques minutes que le monde change... et dites, en attendant, pourquoi vous êtes là, ce qui vous y a amené, quelles sont vos intentions et vos valeurs profondes. Toute personne a une âme et peut entendre depuis le vivant qui sommeille en lui. Réveillez le par contamination de votre propre vivant !
Ne vous inquiétez pas de l'impossible et des barrières. C'est dans la situation que l'on trouve les ressources, les réponses, les solutions et les voies de progrès. Faites, comme Einstein, confiance à votre intuition. Il dit lui-même qu'elle lui a tout montré. Elle est l'intelligence du cœur.
On ne peut pas mettre longtemps nos vies sous cloche. A ce propos, le petit prince demande à la rose s'il n'y a pas un grand risque pour elle de lui retirer la cloche qui la préserve des chenilles. La rose lui fit remarquer que si elle ne rencontre pas quelques chenilles, elle ne verra jamais de papillon.
On ne peut pas éviter les risques car on se priverait alors de l'émerveillement, des surprises, des émotions, des bénéfices qui en résultent et des aventures dont on apprend tant. La vie et l'évolution sont à cette condition.
Alors ne regrettons rien ! La consommation a fait de nous des "larbins improductifs", jusque dans nos loisirs. Nous jouons de plus en plus rarement de la musique, que ce soit au piano, à la guitare, à la guimbarde ou avec tout autre instrument, même de notre invention... nous pourrions chanter nous-même sur ces musiques... Mais non, nous payons pour que quelqu'un d'autre le fasse à notre place. 
Au lieu de prendre du plaisir à fabriquer nous même des objets dont nous avons besoin, comme un habit, du pain, une sonnette pour la porte, ou un rafraîchisseur d'air, on paie pour en avoir un tout fait. Pourquoi ? Parce qu'on pense ne pas en avoir le temps. Et le temps, à quoi le passons nous ? A gagner de l'argent pour acheter tout ce qu'on ne prend plus le plaisir de faire... Ce monde est non seulement irréel, mais pervers et vicieux à la fois...
Ce monde prédictible vers lequel notre culture nous fait tendre inexorablement comme un papillon vers la lumière, n'est pas réel. Comme l’ampoule électrique n'est pas le soleil, le monde ordonné sous les cloches des contrôles et autres normes, n'est pas la vraie vie, ni même le réel. Il est juste une réalité pour losers et pour les zombis.
Managers, vous voulez réussir vos projets, atteindre des objectifs lointains, développer votre organisation ? Alors lâchez prise à la dictature du chiffre, à la pression du contrôle, lâchez l'obéissance aux normes et la soumission aux processus tout faits. Faites confiance, à l'expérience qui s'offre à vous dans les situations particulières et vivez les pleinement. Faites le pari que l'autre est un autre soi-même. Si vous ne faites pas cela, vous raterez d'être peut être un jour Einstein.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 23 juillet 2019


mardi 16 juillet 2019

Un mouvement "convivialiste"

En regardant le mouvement des gilets jaunes, toujours présent mais dont les médias ne parlent plus, j'entends dans les analyses diverses qu'une majorité de gens ne fait plus confiance à la politique ni à ses représentants élus ou nommés. Il y a une défiance réelle du pouvoir. Le philosophe Michel Onfray déclare à son tour qu'il ne vote plus, qu'il "ne participe plus à cette mascarade de démocratie", parce que ça ne sert plus à rien. Il s'agit toujours d'après lui, de la même politique libérale dogmatique. Seuls les acteurs changent, ceux là même, et les seuls, qui sont soumis à nos suffrages.
En lisant les différentes pétitions qui circulent sur le net et différents articles à disposition du plus grand nombre, je crois voir que ce rejet ne concerne pas que l'organisation politique mais bien toute la civilisation libérale, tous les lieux de pouvoirs, toutes les zones confisquées par des intérêts privés et transformées en marchés.
Ici, pour celui-ci, il s'agit de reprendre le droit de propriété de sa propre santé. L'auteur se rend compte qu'il a passé son temps à déléguer ce champ totalement personnel, à des lobbys et autres "spécialistes". 
Là, pour celui-là, il s'agit de reprendre possession de son habitat, de se défendre des contraintes et obligations qui viennent nous installer des appareils de mesure qui nous mettent sous surveillance... ( et que de surcroît nous devons financer). 
Ailleurs, c'est le champ de la croyance, des représentations du monde et de l'univers que les auteurs se réapproprient, réclamant une laïcité de fait sur toute la longueur du champ des représentations. Il s'agit de sortir du dogme religieux et sectaire du libéralisme à tout crins, du dogme de la croissance, du dogme du progrès linéaire, du dogme des échanges monétaires, du dogme de l'universalisme sociétal, etc. 
Ici, on réclame le droit à la diversité, prenant conscience que nous sommes sur une planète où se côtoient plus de cinq cents ethnies différentes, avec chacune ses représentations cosmogonique, ses fondamentaux et son sacré.
Ce dont se rend compte cette multitude d'auteurs et contributeurs est que cette civilisation planétaire nous installe dans un monde dont personne ne veut, un esclavage de production et une dictature de la consommation. Ici, chacun n'est même plus un client, mais une marchandise dont les morceaux se revendent à profit. "Quand c'est gratuit, c'est que c'est vous le produit !" indique un auteur à propos des services sur la toile. Ce monde structuré par le commerce et le profit ne connaît plus qu'une seule logique : la gestion dans une dictature du chiffre pour le profit monétaire. Ici, l’égoïsme est le principe même de la vie sociale
Eh bien, de ce monde là, plus personne ne veut. Même ceux-là même qui en profitent tentent de s'en éloigner, voire de s'en exonérer. Les plus riches, ceux qui "justement" développent les productions qui détruisent la planète et accélèrent son réchauffement, achètent des propriétés au Canada, en Suède ou en Nouvelle Zélande, pensant que, là, le réchauffement sera bien moins insupportable... Les impôts et les taxes sont à la charge de la masse dont ils vivent, et non pas à leur propre charge. S'il y a un marché de la santé, eux se réservent des accès à d'autres soins et développent des philosophies individuelles du bonheur. Méditations, théories quantiques ou de l'intention, viennent se substituer aux principes mutualistes, de co-construction, de résistances et de constructions collectives. 
Le social, le collectif, disparaissent sous la primeur de l'individu. Et si, par la même occasion, même si ces théorie ont un fondement réel, ce serait bien que ces solipsismes effacent le sens du collectif dans la population, et donc dans l'ensemble de la masse. Le "peuple" serait bien mieux utilisable et exploitable ainsi...
Seulement voilà, le peuple, intelligent de son côté aussi, ne voit pas la manœuvre du même œil, et se retire du système, petit à petit, radicalement, inlassablement. Un monde alternatif, voire des mondes alternatifs, sont en train de se développer à côté de ce système holistique décadent, déjà perdu et perdant.
Ce que veulent tous ces gens qui se réveillent, qui font sécession, c'est de l'humanité, de la convivialité, du lien social, de la solidarité, du vivre ensemble. Alors s'oppose actuellement le réveil humaniste à la dictature du chiffre que l'on nomme aussi "libéralisme", "logique de marché" ou encore, quoi qu'abusivement, "mondialisme".
Nous n'avons jamais vu autant d'associations de vie locale, de bars et épiceries communautaires, de groupes d'entraide, de festivals, d'événements co-organisés, etc. Le monde a faim et soif d'humanité, d'un retour au réel, à l'essentiel, au fondamental : c'est à dire "Nous" !
Ce monde libéral est caduc. S'il semble trop fort encore, il tombera parce que plus personne n'y croira. Plus il y a de monde qui pense "alternatif", plus il y a de monde qui se "rend compte" que ce type de changement est possible. Comme le disait Louise Michel à propos du déclenchement de la commune de Paris : "Cinq minutes avant, ça paraissait totalement improbable. Cinq minutes après, cela était totalement évident !"... Et je crois que nous approchons des cinq minutes...
Mais, il ne s'agit pas que de mouvements populaires. Les intellectuels s'y mettent avec enthousiasme. Lors d'un repas entre intellectuels, le sociologue Alain Caillé, directeur de "la revue du MAUSS", affirmait : "Il faut lancer un mouvement convivialiste !". Il a donc lancé un "Manifeste convivialiste" que nombre d'économistes, sociologues et intellectuels, dont Edgar Morin, ont signé. En juillet 2010, il ouvre un colloque à Tokyo, autour des idées d’Ivan Illich et de la convivialité.  
L'économiste et participant, Serge Latouche va plus loin encore et publie plusieurs ouvrages majeurs comme "Comment réenchanter le monde" ou "Le pari de la décroissance" ou encore "Postcroissance ou décroissance". Il nous indique que les structures politiques et les organisations religieuses sont de même nature et de structures identiques.  Il reprend là ce que l'ethnologue Claude Rivière développait en 1988 dans "Les liturgies politiques". 
Il nous indique que c'est en les considérant ainsi que l'on saura déconstruire dogmes et valeurs de ce libéralisme totalitaire. Il n'échappe à personne que le rite suprême, son Eucharistie, en est la consommation, le sacré en est la croissance, le dieu en est le bénéfice que matérialise l'argent, et l'évangile, cette "économie" devenue, comme l'écrit Serge Latouche, "la science de la valeur objectivée". Ce qui se vend existe. Le reste n'a pas de sens.
Il s'agit alors de remplacer ces valeurs par celles qui nous tiennent à cœur pour que nous installions, en lieu et place du "tout économie", ce dont nous rêvons et dont le manque nous épuise : l'humanisme et la convivialité.
Il s'agit donc pour ce mouvement convivialiste de "décoloniser de l'économie les imaginaires", c’est à dire de sortir de l’économie telle qu'elle nous est présentée aujourd'hui, c'est à dire comme une évidence, et donc comme un incontournable, comme une "réalité vraie", une fonction fondamentale qui assurerait la pérennité de l'homme. Il s'agit en effet de sortir de ce mensonge et de le déconstruire plus que de le dénoncer d’ailleurs. Ainsi, nous ferons autrement et sans "lui"...
Alors, nous devrons aller plus loin encore, et penser l’illimitation caractéristique de la modernité, avec ses notions totalitaires de progrès, et de rationalité. Nous n'attendons pas éternellement des lendemains qui ne chanteront jamais. Il nous faudra apprendre à nous méfier de la démesure, sortir de l’hubris qui nous déroute, et de la recherche illimitée du pouvoir et de l’argent qui nous épuise, et enfin retrouver l'amour de l'autre.
Alors seulement nous saurons construire ce temps d'après qui nous est indispensable. Et ceci, assurément, est en marche.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 16 juillet 2019