mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur  ou  La force du vivant "

Le troubadour ressent le monde, le sociologue le réfléchie,
et ensembles, ils le racontent...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. 
Bien manager, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son action et celle de chacun produise la belle œuvre, révélation et fierté de chacun et de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture partagée et de la posture personnelle.
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mardi 20 octobre 2020

Le loup, l'humain, la bouche et la main (20 10)

Je regardais un documentaire animalier dans lequel une louve tentait d'apprendre à son louveteau récalcitrant la posture de soumission, laquelle est faiseuse de paix dans le groupe en permettant d’apaiser les conflits. Elle fait partie de ces rituels facilitant la socialisation et l'apprentissage du petit loup. 

A voir faire cette louve, retournant son petit avec sa gueule, je la voyais l'utiliser comme une main. Nous avons un chat et une petite chienne à la maison. J'ai compris depuis longtemps qu'on ne montre pas de la main ou du doigt quelque chose à ce type de compagnon. Ce geste là ne sert à rien car ces animaux là ne le comprennent pas. Par contre si je regarde dans la direction de cet objet que je souhaite lui indiquer, ou me dirige vers celui-ci, il réagit alors positivement.

Je me suis alors demandé si, les chiens et les chats, animaux qui nous sont si proches n'avaient de main que leur gueule. Une gueule qu'ils utilisent avec autant de douceur que de force selon les nécessités. Réciproquement, je me rendais compte que l'une des particularités des primates et des humains étaient bien constituée par la main. Il convient d'y ajouter que, pour les humains, se joint aussi la parole sortie de leurs bouches. Mais qu'en faisons nous ? A quoi les utilisons-nous vraiment, consciemment ou non ?

Concernant la main, l'observation des primates nous indique que nous ne sommes pas les seuls au monde à l'utiliser, ni même peut être les plus doués... Par ailleurs, j'ai vu des chats user de leurs gueules avec une extrême précision, allant jusqu'à laisser au sol les viscères nettoyés de leurs proies, ceux justement qu'ils ne souhaitaient pas ingurgiter. En cela, nos mains ne sont pas plus habiles que d'autres, et probablement pas plus adaptées que certaines gueules.

Mais notre bouche use d'une autre fonction bien précise. La capacité symbolique du langage va nous offrir d'autres possibilités de compréhension et de reconstruction du monde. Et c'est bien parce que nous symbolisons le réel, c'est à dire le monde dans lequel nous baignons, que la main devient elle aussi un objet de communication, de création. Mais tout ceci est-il un réel avantage ? Regardons de plus près.

De toute évidence, une main ne sert pas uniquement à saisir, à modeler, ou comme le verbe qui en est issu : à manipuler. A me regarder raconter un événement ou à tenter d'expliquer une idée, un point de vue, une analyse, mes mains s'agitent et participent à l'explication, au discours, au dialogue. Très vite, je me rends compte que les fonctions que la linguiste et psychosociologue, Catherine Kerbrat-Orecchioni, attribuait au langage, s'appliquent aussi en la matière à mes mains et je ne suis pas le seul...

La forme référentielle est bien là quand, indiquant quelques chiffres de la main, je veux structurer mon propos. Mais l'argument vaut aussi quand, lançant mon pouce vers l'arrière, je semble montrer tout ceux qui on dit cela avant moi.

Le mode émotif est là quand, par exemple, j'agite mes mains, formalisant ainsi de manière imagée l'émotion que ce dont je parle peut susciter ou a provoqué en moi une autre fois.

La forme conative intervient quand, par exemple, je claque des doigts ou pointe mon interlocuteur de mon index, cherchant à capter son attention.

La forme poétique apparaît quand mes mains commencent à faire de larges mouvements dans l'air comme pour circonscrire le volume ou l'importance des sentiments et sensations que mon propos évoque.

Le mode phatique est bien présent dans mon propos, quand mes mains tournent en rond au niveau de ma tempe tout en interrogeant mon interlocuteur afin de savoir s'il comprend bien ce que je voudrais lui indiquer, par exemple. C'est aussi le cas lorsque mes mains se soulèvent, paumes ouvertes dans un haussement d'épaules comme si, n'attendant pas que mon interlocuteur ait fini de dire ce qu'il exprime, j'acquiesce à ce que je considère comme une évidence. Je le préviens ainsi que je vais réagir, intervenir, et donc lui répondre.

On peut relever aussi le mode métalinguistique quand mimant des guillemets avec mes doigts, je tente de relativiser ce que je suis en train de dire. De cette façon, j'en minore la portée, voire le sens, de l'objet dont je parle, et donc du mot que j'utilise.

Tout ceci ne vaut pas pour les pattes de mon chat et de ma petite chienne...

Ainsi, nos mains, comme tout le reste de notre corps, et même notre corps en entier, disent beaucoup de choses à notre interlocuteur, voire à tous ceux qui même seulement m'aperçoivent. Les communicants ont l'habitude de dire que seulement dix pour cent de notre intention de dire passe par les mots. Tout le reste passe par l’intonation et les mimiques corporelles que l'on nomme le "métalinguistique".

Quand j'observe mon chien et mon chat, je comprends si quelque chose ne va pas ou non. On a parfois l'impression qu'il ne leur manque que la parole. Leur "métalinguistique", si l'on peut dire, nous parle fort. L'expression corporelle bat son plein. Quelques aboiements, miaulements, ronronnements, viennent ponctuer leurs postures comme des "actes de parole" avait écrit Boris Cyrulnik dans l'introduction de son ouvrage "Les nourritures affectives".

Alors oui, cette parole effective ou signée par nos mains (et je trouve l'expression particulièrement juste et parlante) apparaît comme un plus, comme un avantage. Mais regardons ce que nous disent aussi les éthologues sur la conscience animale, tout comme les linguistes et sociologues, les psychanalystes et psychologues sur l'étendue et la portée de notre langage.

Il semble aux spécialistes de la vie animale en société que la question du temps n'existe pas chez les animaux qu'ils étudient. Le temps n'existe qu'au présent, et seul l'immédiat leur sert de cadre au réel. Pourtant on dit que certains animaux ont une mémoire d’éléphant, mais rien ne dit là que le passé soit un temps réel vécu comme tel. Souvenirs et réminiscences se font toujours au présent. Avez vous déjà vu un animal rechercher celui qui l'a frappé un certain jour ? Non, jamais. Seulement quand il le croise à nouveau, il lui règle son compte, mais n'en fait pas "tout un fromage", comme nous disons.

C'est là que je pense voir l'avantage du non-langage chez l'animal et l'inconvénient du langage pour les humains. Le langage, nous disent psychosociologues et psychanalystes, est une symbolisation du réel. Ils nous indiquent que la réalité n'est jamais que la "conscience" ou la construction imaginaire de ce que l'on en pense, en retient, et à partir de quoi nous agissons... Le langage nous permet de rendre présent ce qui n'est pas là et de le traiter. C'est ce que nous faisons là, actuellement par cet article, en le lisant comme en l'écrivant. C'est là ce que l'on appelle aussi l'activité du mental.

Cette pratique nous offre la possibilité de "manipuler" le réel, de le déconstruire et de le reconstruire, d'en extrapoler d'autres réalités. Il se passe la même chose en séance de psychanalyse. Cette fonction est aussi celle par laquelle viennent l’angoisse, la peur, la manipulation, la souffrance mentale, la dépression, voire la folie. 

C'est bien celle-là dont a voulu s'occuper le prince Siddhartha, celui qui devint, après en avoir trouvé la solution, le Bouddha. La solution consiste justement à calmer le mental, à laisser passer ses multiples et incessantes productions (les pensées) comme les oiseaux ou les nuages dans le ciel. Il ne s'agit pas de tenter l'impossibilité, en tentant de les faire cesser, mais juste de s'en détacher. Ainsi, le méditant s'installant temporairement dans le seul et unique présent, les conséquences des pensées s’effacent et la paix revient. 

C'est à partir de ces éléments que Jon Kabat-Zinn construisit la méditation de pleine conscience, celle-là même que le psychiatre Christophe André introduisit comme principe thérapeutique contre la dépression à l’hôpital Sainte Anne à Paris. 

Le flot de nos pensées est comme l'eau d'un torrent, d'une rivière ou d'un fleuve, voire le mouvement des marées. Le flot coule en continu et personne n’imagine devoir l'empêcher, l'arrêter. L'eau, qui est indispensable à nos vies, est aussi ce flot qui, lors des inondations, crée des ravages, des glissements de terrain. Et c'est lui aussi qui creuse les falaises, emportant le sables de nos plages chéries, etc. A l'instar de la langue d’Ésope, l'eau, comme le langage, est la meilleure et la pire des choses, sauf quand la pratique nous permet de la canaliser et de nous en distancer quelques moments, juste avant les inondations et les pluies torrentielles...

Ainsi, depuis nos mains co-inscrites dans le langage, passant par nos corps pensants, nous voici navigant entre symbolique et savoir faire, à la rencontre de l'imaginaire, de l'action créative et du calme mental enfin retrouvé.

Jean-Marc SAURET

Le mardi 20 octobre 2020





mardi 13 octobre 2020

Les quatre voies du chamanisme (13 10)

Le monde bouge. Il semble évoluer vers ce "Meilleur des Monde" que nous décrivait Aldous Huxley. Nous avons eu peine à croire que cette fantaisie de science-fiction soit devenue bien réelle.. et elle l'était bel et bien. Car, pendant ce temps, Edward Bernays, neveux de Freud, depuis le tout début du vingtième siècle instillait la "publics relations". Il s’agit, en l’occurrence, d’une propagande ouverte au service du mieux offrant, et donc des plus riches possédants. Il décrit et développe ainsi une modification de la société qui transforme le citoyen en consommateur avide, voire cupide. En l’espèce, une marionnette favorable au capitalisme libéral, et qui devient, dès lors victime consentante.

Il rejoint ainsi la doctrine néolibérale du journaliste et essayiste Walter Lippmann pour qui la masse populaire n'a pas de pensée rationnelle, qu'il lui faut une élite pour la diriger et lui dire ce qu'il est bon de penser. En voici l'histoire :

Propaganda, la fabrique du consentement

Edward Bernays n'aura ni remord, ni hésitation, ni même compassion pour ceux qu'il a manipulés. Il publiera même un petit livre pratique de 140 pages environs justement intitulé "Propaganda"

Aujourd'hui, un nouveau chamanisme occidental tente de répondre et de réagir à cette manipulation. Il s’efforce de trouver les outils et les moyens de recouvrer notre souveraineté personnelle, notre capacité de décision sur nos propres vie. Il s’agit bien ici de réveiller notre libre arbitre. Ce sont les quatre voies du chamanisme :

1 - Je suis le monde.

2 - L'autre est une porte qui mène à soi.

3 - la beauté libère de la peur.

4 - Danse, la vie danse... C'est la dynamique de l'indien qui marche sa parole.

Une certaine méditation s'impose pour que nous en trouvions la pratique utile et sincère Je reviens à l'occasion sur les quatre variables qui fondent nos actions et réactions : la culture (nos représentations sociales et personnelles du monde, de l'autre et de nous dans ce monde), la nécessité (qu’elle soit réelle ou de désir, et celui-ci la relie à la culture), la peur et l'amour qui croisent les deux premières et sont les déclencheurs irrationnels de passages à l'acte. On les nomme parfois simplement l'émotion...

Bien évidemment, il ne s'agit pas de tenter de se transformer en corbeau, en loup ou en sauterelle, mais de se retrouver soi-même au cœur de soi comme l'indique et le développe Ghislaine Duboc dans son ouvrage ''Les 4 voies du chamanisme'' (Eyrolle, janvier 2017).

"Sociétalement" parlant, il s'agit de retrouver ce qui nous est essentiel et que les Gilets jaunes ont mis en exergue : un lien social coopératif et solidaire dans une souveraineté récupérée. Il s'agit de vivre nos interdépendances, notre vivre ensemble coopératif pour le bien être partagé et simplement depuis le plus profond de soi-même, libéré de toute obligation, pression, contrainte, en toute authenticité et simplicité. Il y a là un changement de paradigme radical...

En effet, ce n'est pas exactement tout. Il s'agit pour cela de prendre la hauteur nécessaire, sans intellectualiser outre mesure, juste de prendre la mesure du temps car, le passé est le passé, le futur n'a encore rien de concret ni aucune existence. Seulement le présent est là, toujours là et fondamentalement là. On dit même qu'il est présent et qu'il est le seul à l'être. "L'instant présent est l'instant plaisant", dit le proverbe bouddhiste. 

Alors, de temps en temps, restons dans cette unique dimension réelle. Mille et une voie nous y conduisent. On les nomme sophrologie, contemplation, méditation, auto hypnose, yoga, promenade… Ce peuvent être aussi le “lâcher prise”, la sieste sans dormir, le savourement, connexion ou même déconnexion. Ce peut être encore l'écoute active du silence, disponibilité, acceptation, écouter son âme, suivre le fil de l'eau, etc. J'ai même entendu l'expression : "Regarder passer le temps". Voilà qui me paraît assez juste après tout.

Quand ceci est fait, que l'on a accepté ce qui est, alors le temps est venu de cultiver son feu intérieur, sa force fondamentale, sa toute puissance et connaitre ce qui l'alimente : la paix d'un sourire, une chanson, l'acte de création, l'accomplissement d'œuvres, etc... jusqu'à la révélation de soi. On comprend alors comment alimenter ce feu intérieur : du dessin des œuvres dont on a besoin, envie, le désir de réaliser, de rendre à la réalité... et un jour, elles sont là, devant soi.


Jean-Marc SAURET
Le mardi 13 octobre 2020







mardi 6 octobre 2020

A propos de spiritualité... (06 10)

La notion de spiritualité est, dans notre société occidentale, entachée d’ésotérisme, de superficialité, d'imaginaire, voire de pratiques hors-sol. C'est là une pensée bien occidentale. Mais cela est en train de changer quelque peu... Mais d'où nous vient cette conviction ?
Chacune de nos pensées, ordinaires ou complexes, repose sur une vision du monde et s'y ancre. Celle-ci est socialement partagée bien que passée à l'aune de nos expériences vécues. Chacune d'elles confirme et ajuste quelque peu la vision sociale. C'est ce que nous appelons la culture. Celle-là nous fonde tout comme elle fonde les groupes sociaux qui par elle se reconnaissent, pensent ensemble, partagent leur vérité, déduisent, projettent, construisent dans ce bac à sable qui "fait monde" et qu'est le monde, c'est à dire tissent leurs liens sociaux.
Nous savons, comme nous l'indique l'ethnologie, que chaque culture s'élabore sur des mythes. Ceux hérités de la Grèce antique reviennent en lame de fond dans notre vie sociale actuelle, comme les psychanalystes Jung et Freud, le sociologue Maffesoli et bien d'autres l'ont évoqué. Ceux-ci ont bâti dessus, eux aussi, leur "vérité" du monde. Des hérauts sont venu les incarner et les confirmer. Ainsi, en va-t-il de Prométhée, Oedipe, Sisyphe, Diogène, Esope, Narcisse, ou Hypnos. Celà reste également vrai pour Thanatos ou Eros, mais également pour le très actuel Dionysos, ou encore la toison d'or, Cerbère et le voyage aux enfers. 
La liste est impressionnante et non limitative, car bien d'autres encore occupent nos visions du monde, assorties de nos représentations, de nos introspections, de nos explorations, de nos recherches compréhensives et de nos "vérités fondamentales". Toutes nos certitudes prennent assurément racine dans des mythes fondateurs. Et c'est justement à cela qu'ils servent : nous parler du réel et construire nos valeurs.
Ces croyances mythologiques font religion. Ce "relegare" devient fond et cadre de notre "vivre-ensemble". Aujourd'hui, le mythe fondamental moderne est que tout est matière et que donc, pour tout comprendre, il nous faut savoir ce qui se mesure et se compte et comment ça se mesure et comment ça se compte. Le mythe fondateur de la modernité est l'histoire de la pomme de Newton qui "l'illumine" lors d'une brève sieste. Depuis la physique newtonienne fait religion. 
Scientifiquement, les lois de la nature reposent sur quelques constantes ou invariants comme l'indice de masse de Planck ou la vitesse de la lumière. Si un chercheur remarque et relève, comme Rupert Sheldrake, que la vitesse de la lumière s'est ralentie durant quelques années au cours des années trente, alors, loin de voir l’effondrement du mythe pourtant évident, les "savants" font une moyenne et perpétuent leurs démarches, leurs calculs, leurs croyances, leurs convictions... (R. Sheldrake, "The rebirth of nature", 1991) 
Il y a donc bien un phénomène de croyance dans cette dite démarche scientifique, laquelle repose sur le mythe affirmant que tout n'est que matière quantifiable et mesurable, que tout relève de la physique mathématique et que tout ce qui ne se mesure pas n’existe pas. C'est là comme une évidence. Ce que l'on appellera le mythe d’Archimède.
Ce qu'a montré R. Sheldrake dans ses ouvrages, à propos du comportement des scientifiques durs, est que dès lors que la réalité sort des clous de leur "représentation", ils redressent ladite réalité pour qu'elle y retourne. Nous nous rappelons cette célèbre phrase du psychosociologue Serge Moscovici : "Les lois de la nature sont celles que la culture lui trouve".
Mais alors qu'est-ce donc que cette spiritualité dont se différencie farouchement la démarche scientifique ? La spiritualité relève de la question du sens du monde et des choses. Elle n'est autre que la conscience du sens, jusqu'au-delà du mystère, jusqu'à butter dessus par les sensations (les sens) et les émotions (résonance avec le vécu). Résolu dans des visualisations, alors un réel surgit qui fait sens aux trois sens du terme : orientation, sensation et raison d'être. Il n'en faut pas plus pour faire réalité...
L'anthropologue suisse Jean-Dominique Michel rassemble sous le vocable de "pratiques psychospirituelles" la méditation, la sophrologie, l'hypnose, la transe, la prière, l'oraison, comme des exercices d'une psychosomatique réversible produisant guérisons et bien-être, permettant de dépasser blocages et maladies. Je dirais que c'est là toute la puissante dimension de la conscience hors langage. Cet anthropologue développe dans son ouvrage sur l'étude du phénomène de guérison ("Chamans, Guérisseurs, Médiums", 2015) ce qu'est la puissance de la relation au monde, aux choses et aux autres, comprenant la conviction dans la pratique d'un tel soin. 
Il y développe nombre de cas où la guérison effective de maladies complexes, infectieuses, dévorantes ou dégénératives, est conséquente de l'engagement du sujet dans le phénomène de guérison. Il montre comment la qualité de la relation praticien-patient est déterminante, combien l'engagement du patient, cette foi, dans la "réalité de la pratique" est tout à fait opérante. Il semble illustrer cette célèbre phrase plutôt partagée parmi ceux que l'on qualifie de mystiques : "Croyez et vous serez sauvés et guéris !"
C'est ce phénomène que l'on identifiera comme une psychosomatique réversible, et qui fonctionne si bien tant pour se rendre malade que pour se guérir. C'est donc bien le patient qui est opérant. Et là, la spiritualité prend dans ces racines-là, déjà, une pleine puissance.
C'est bien parce que la question symbolique est aussi une question sociale qu'elle a cette efficience, parce qu'elle fait "évidence de réalité", dirais-je. Elle fonde le "relegare". La nature de la relation aux autres, sa propre place dans le collectif comme celle de chacune et de chacun, y sont déterminantes. Le sens que cela porte fait réalité. La spiritualité n'est donc jamais que la conscience de cette puissance jusqu'à l'usage de quelques pratiques. Derrière, chaque culture construit un mythe qui la porte.
Ceci confirme, donne sens et forme, au fait que la réalité n'est jamais que la conscience que nous avons de soi, du monde, de l'autre et de soi dans ce monde et dans ses relations. Ce fait trouve ses racines dans le frottement de la mise en commun, qui fait la culture partagée, le collectif, le "relegare".
Nous comprenons mieux alors ce que devient l'intention dans la construction de la réalité : une force primordiale.
Un certain médecin, Christian Bonin, écrivait : "Soigner, c'est aussi dévisager, parler, reconnaître par le regard et la parole, la souveraineté intacte de ceux qui ont tout perdu."  Ils l'ont perdu en "tombant" en maladie, mais ils restent les souverains de leur propre santé et bien être.
Comme l'indiquait Lacan, nous n'existons que de l'autre (et je l'ai déjà largement développé). C'est donc de cette relation à l'Autre que se construit image de soi, des autres et du monde. C'est dans cette représentation cosmogonique que nous vivons et agissons. Elle porte tous nos possibles et tous nos tabous. Mais il n'y a pas d'un côté les gentils peuples premiers pleins de mystique et de l'autre les nobles occidentaux bien scientifiques. L'être humain est inscrit totalement dans ce phénomène de spiritualité, même et d'autant plus si son système de croyances, sa mythologie et sa vision cosmogonique le nient...
Il y a des sociétés, et elles sont des creusets pour chacun. Elles participent à ce processus créatif et symbolique par leurs mythes, leurs récits, leur culture. Les pas en spiritualité, s'ils ne se font jamais vraiment seul, ont le double ancrage social et symbolique, qui sont deux champs totalement interdépendants. La raison en est simple dans la mesure où l'humain est tout autant un animal social qu'une entité symbolique inscrite dans le langage. 
Prendre soin de l'autre est une démarche globalisante et ouverte. Quand une personne prétend avoir raison, et donc décider seule, elle réduit l'autre à une simplification abusée, et abusive. Quand le "sachant" sait qu'il ne sait pas grand-chose, alors la relation s'invite dans la solution. Soigner, guérir, consiste donc plus à "titiller" la symbolique de l'autre qu'à administrer des posologies. Et c'est bien ça qui marche...
Il nous reste alors à penser la conscience. La culture occidentale moderne considère l'unité individuelle de la personne dont la conscience est une production cérébrale. Pour d'autres cultures, comme bouddhiste par exemple, la conscience est universelle et celle de chacun n'en est qu'une émanation. Certaines même, comme les religions du livre, pensent dans leurs fondamentaux que l'esprit, ou la conscience universelle, est à l'origine de la matière. 
En effet, si la conscience est universelle, cela permet alors de penser plus simplement la télépathie, l'intuition, la médiumnité, les “Near Death Expérience” (NDE), traduites en français par Expérience de Mort Imminente (EMI), les voyages hors du corps, et toutes les manifestations et expériences extra-corporelles. Tout cela devient accessible, normal, logique.
Ainsi, à l'instar de la pensée bouddhique, le Kybalion, livre hermétique de l'antiquité, attribué à trois sages dont ledit Hermès Trismégiste, invite à se projeter dans l'état opposé à celui qui nous dérange, à le méditer, à penser l'état dans lequel on souhaite vivre (sagesse, courage, force morale, etc.) et ainsi le réaliser. La transmutation alchimique est tout d'abord celle de nous-même, mais pas seulement car "la vraie transmutation alchimique, nous dit-il, est un art mental", et cela ouvre bien des dimensions. 
Et si l'on réalise que le temps (passé, présent, futur, durée) n'est qu'une conception culturelle du réel, alors le vertige nous prend et notre représentation cosmogonique, désormais chamboulée, accueille bien d'autres réalités...
Et si, au delà de tout ceci, nous réalisons que l'espace est aussi une notion mentale (tout comme l'horizon qui recule quand j'avance, et vice versa), il ne nous reste du paramétrage cartésien de la réalité que la causalité (les causes et les conséquences)... "rien que" et "tout" ce que considère l'hermétisme.
Dans ces conditions-là, la spiritualité se présente comme un véritable chemin vers la connaissance, vers le développement de la personne, la transformation de l'humanité et de son environnement. Cette conception est simple à penser même pour un Occidental. Elle n'oblige en rien à se référer à des entités spirituelles assez dérangeantes, voire incongrues pour certains... On peut citer en cette occurrence et indistinctement, les anges, les guides, les esprits, les ancêtres, les âmes errantes, les démons, etc. 
Ce sont là autant d'éléments qui peuvent apparaître alors comme autant de concepts culturels liés à un ici et à un maintenant. Nul besoin d'y souscrire... Seuls les deux principes de "psychosomatie réversible" et de "conscience universelle" suffisent à penser et pratiquer simplement, directement, efficacement quelconques activités spirituelles avec aisance et pragmatisme.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 6 octobre 2020







mardi 29 septembre 2020

Le travail ! (29 09)

Il me souvient cette assertion : "Le talent sans le travail n'est qu'une mauvaise manie !" Je me l’étais faite mienne. Je me suis toujours efforcé à toujours travailler, dans ce que j'entreprenais avec cette autre affirmation qui me colle toujours à la peau : "Aimer les gens et le travail bien fait !"

Mais qu'est-ce que le travail ? Est-ce l'effort fourni, la souffrance endurée ou le développement du savoir faire, des connaissances, associés à une certaine tendance à la perfection ? Je me souvenais de mon grand-père, compagnon plâtrier qui avait fait son tour de France. Cette image du travail comme tendance à l'excellence m'a depuis toujours habité. Je "travaillais" l'harmonie, les différentes gammes de la musique, leur exécution sur mon saxophone et mes manches de basse ou de guitare. Je "travaillais" les enchaînements de boxe française, ma résistance physique et mon endurance. Je "travaillais" ma pratique littéraire, la pratique de langues étrangères, les modes de recherches, l'approche scientifique ou encore, intuitive. Et tout ceci avec un succès inégal. Il me fallait revenir aux fondamentaux et, par exemple, répondre d'abord à la question de fond : "C'est quoi, le travail ?".

Alors commençons par le sens du mot "travail", son étymologie. Comme chacun le sait et comme le donnent tous les ouvrages dédiés, le mot travail vient du nom latin d'un instrument de torture à trois pieux, sur lequel était empalé la victime : le "tripalium". Voilà le premier usage du mot… Il évolua ensuite afin de décrire ce que font et subissent les femmes lors de l'accouchement. Le mot avait le sens de la souffrance, du tourment, avant de porter celui de l'exécution d'une œuvre. Peu à peu, il se substitua au verbe "ouvrer" dont il nous reste, entre autres, les termes d'ouvrier, d'ouvrage et d'œuvre.

Dès lors le travail se confond avec la réalisation d'une œuvre, voire à sa simple contribution. Travailler signifie aujourd'hui "œuvrer à", quel qu'en soit l'aboutissement, ou le résultat.

Plus tard nous trouverons dans l'œuvre de Marx l'idée d'une valeur d'usage. Cette notion marxiste cible la production de produits et de services, lesquels sont nécessaires à la vie de chacun. Cette notion est extensive et concerne tout produit et service, valant pour boire et manger, dormir et se vêtir ou se couvrir. Cette valeur se doit d'être compensée. A cet effet, elle soit rétribuée à la hauteur de ce qu'elle apporte socialement. Elle se trouve donc dissociée de l’effort fourni pour la produire.

Le socialiste libertaire Proudhon reviendra sur la notion de travail, comme producteur autant d'idées que d'objets et de services. Il aura cette approche scientifique précisant que l'action est première, et que les erreurs qui s'en suivent permettent la réflexion et la correction. Cette activité (bis), permet de concrétiser une nouvelle action réalisatrice. Il pose ainsi le travail comme une démarche productrice de savoirs et de produits. Il est la démarche par excellence des améliorations de quelque nature que ce soit. Il définit ainsi le travail comme une intelligence.

Il ouvre, de cette facon, la porte vers une notion complémentaire qui animera toute la modernité : le travail est une action de réalisation sociale. Aujourd'hui, outre le statut social qu'apporte le métier dans lequel se réalise cette intelligence de travail, le travail lui-même participe à la réalisation de soi. On peut étendre le concept au développement personnel par enrichissement des connaissances. Le travail ne permet pas seulement de construire l'œuvre, mais aussi de se construire soi-même. C’est un peu comme tomber sept fois et se relever huit...

Nous l'avons déjà montré dans le développement du concept d'identation : l'activité s’avère être une action d'auto-vérification de soi dans les représentations sociales en cours. Elle s’assortit d’une vérification de la représentation de soi, dans le regard des autres. Le travail est bien identitaire, et place socialement le sujet dans le tissu collectif, tant pour soi que pour les autres. Ainsi, une compétence identifiée et reconnue “unanimement”, agit sur la qualité du lien social : "Celui-ci a le talent de... Il est utile à... Convoquons le pour... !"

Dès lors, le champ du travail et celui de “ce sur quoi nous œuvrons”, se superposent. On les retrouve aussi associés à cette mise en perspective, en l’espèce, celle par laquelle nous "faisons la promesse" d’œuvrer. Dans ces conditions, le champ de l'action est aussi un champ de pouvoir : il nous faut garder le pouvoir non seulement sur soi-même, mais également, pour tout ce que nous faisons (pouvoir sur ou pouvoir pour). L’argument vaut encore dans toutes les 5 étapes de l'ouvrage, comme nous en parle l'approche d'Herbert Marcuse.

Pouvoir sur et pouvoir pour, est une distinction étouffée dans le monde actuel du travail. La confusion est entretenue dans le néolibéralisme, dans la mesure où celui qui recueille la propriété de l'œuvre, n'est pas celui qui l'a réalisée. Le propriétaire de l'outil de travail achète à bas prix la force de travail, et seulement celle-ci, alors qu'il convoque aussi et en même temps l'intelligence à produire l'œuvre. Le propriétaire agit en obligeant à des pratiques, à des usages et à des comportements, un "œuvreur" qui, de fait, est autonome dans la réalisation. Pourtant, il lui interdit cette faculté. En fait le propriétaire s’octroie un pouvoir "sur" l'ouvrier, alors que c’est lui qui a le pouvoir "pour" réaliser la commande.

L'approche de Marcuse décrit le travail en cinq phases dont l'ouvrier devrait avoir la maîtrise permanente. Pourtant, ce n'est pas vraiment le cas. Ce sont pourtant les conditions nécessaires et indispensables pour l’atteinte de la réalisation de soi.

La première phase est celle du choix de l'objet à réaliser, associée à sa définition. Si la commande reste le domaine du donneur d'ordre, la conception appartient, pour une large part, au réalisateur qui "négociera" sur des critères d'utilité, et de faisabilité. Ces facteurs vont se trouver articulés selon des normes esthétiques, mais aussi de goût et d'imaginaire du demandeur. Dans les organisations, c'est le patron qui décide et parfois c'est là la raison d'être de l'entreprise. L'ouvrier n'est ici pas convoqué. Chez l'artisan et l'artiste, oui.

La seconde phase est celle de la conception de la réalisation. C'est là que sont convoquées et réalisées les processus et méthodes de réalisation. Dans l'entreprise, c'est le bureau de recherche et développement qui s'en charge. L'ouvrier, sauf dans de rares cas, n'y est pas invité. L'artisan et l'artiste passent du temps sur cette phase car elle détermine toute la réalisation de l'œuvre.

La troisième phase est celle de la réalisation de l'objet. Ici, et seulement ici, l'ouvrier en entreprise est convoqué. Il doit se soumettre, non pas à un cahier des charges qui solliciterait son libre arbitre et ses connaissances, mais à un ensemble de règles, d'injonctions et de procédures qui canalisent son exécution. Peut-on parler ici de réalisation sans la participation aux deux phases précédentes ? J'en doute. Pour l'artisan et l'artiste c'est là la partie physique de leur travail.

La quatrième phase, nous dit Marcuse, réside dans la contemplation du réalisé, le moment où "l'œuvreur" fait l'évaluation critique, en effectuant parfois, les corrections requises. Phase importante pour le progrès, la qualité et le développement des connaissances. Dans l'entreprise, ce sont les agents de la démarche qualité, ou le service de contrôle et vérification qui exécutent la tâche. Pour l'artiste et l'artisan, c'est le moment de "savourement" et d'analyse critique, cet instant “rare”, où il ajuste sa pratique et développe sa science.

Puis, dans la cinquième phase, il convient de "socialiser" le produit. Il s'agit de décider ce que l'on en fait, et cette phase dira ce qu'est l'auteur de l'œuvre réalisée. Si le produit est mis en vente, alors son auteur est un artisan, un entrepreneur, un réalisateur, etc. Il sera socialisé ainsi en tant que tel. Si l'œuvre est détruite, brûlée, son auteur sera cantonné au rôle d’un "hurluberlu". Si l'œuvre est exposée, visitée, son auteur sera certainement un artiste. Si l'auteur offre l'œuvre, il devient un bon ami de talent. Si l'auteur, garde l'œuvre, il sera peut-être un bon bricoleur, etc.

Dans l'entreprise c'est le service commercial et le service de livraison qui exécute cette phase. Seul l'artisan et l'artiste auront touché aux cinq phases de la réalisation. Pourtant Herbert Marcuse nous fait remarquer le caractère indispensable de ces cinq phases. Au nom d'une “efficacité globale”, d'une efficience, elles se doivent d'être dans les mains de l'œuvreur. C'est à cette seule condition que celui-ci va réaliser et se réaliser. Ce n'est qu'à ce moment qu'il va pouvoir en tirer toute la science et les connaissances de sa pratique. Est-il bien nécessaire d'ajouter que le “produit” va s'en trouver grandi, en même temps !

Nous voyons là combien le travail dans l'articulation des cinq phases participe à l'installation sociale de l'acteur et à sa réalisation personnelle, à son développement personnel.

Ainsi, dans ces conditions, le travail apporte à l'individu sa souveraineté et sa place dans un collectif qui, sans cela, le prend dès lors en dépendance. Comment alors retrouver, défendre cette souveraineté personnelle, la liberté de se choisir sa vie et toute ses orientations ? Comment rester patron de ses propres références, de son critérium, et comment se défaire de la dépendance au groupe ? Comment se détacher de la culture, des mythes, des liens sociaux, des interdépendances ? Mais, en fait, cette mise en perspective est-elle réellement possible ? L'être social reste, quoi qu'il en soit, dépendant du collectif dans lequel il évolue. Cet aspect vaut tant pour la part du culturel que pour celle des nécessités.

Nous pouvons constater que le citoyen est aussi “mal traité” que le salarié. Les liens de subordinations liés à l'environnement économique de production ont glissé de l'entreprise à l’État. D'ailleurs, pour l'Etat comme pour l'entreprise, la modalité de gestion devient aujourd'hui la même. Le discours est similaire, comme si l’intérêt de l'Etat était comparable à celui d'une entreprise. Donc le sommet de l'Etat se comporte comme une direction générale. La gestion a bien pris le pas sur l'organisation politique et citoyenne. Il se maintient par la précarité accrue jusqu'à produire un profond sentiment d'impuissance et de dépendance. Nous sommes au bord de la catastrophe sociale, peut être de la révolution...

Alors, pouvons-nous garder en mémoire que "le développement de la connaissance scientifique, comme le rappelle Idriss Aberkane, marche par essais, erreurs, corrections, reproductions." Agir d'abord et regarder ensuite, alors seulement là réfléchir et recommencer. N'est scientifique que ce qui est reproductible. C'est là, me semble-t-il toute la richesse du travail.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 29 septembre 2020