L'Humain au cœur  dans  La force du vivant

- "La vision guide mes pas ! " -

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. 

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Luc et le pouvoir (28 06)

En ces chaleureux jours d'été, je voudrais aborder un tout autre sujet. L'économiste et prêtre jésuite Gaël Giraud indiquait lors d'un entretien sur une plateforme du web que le christianisme (et encore moins le catholicisme) ne pouvait absolument pas être ni royaliste, ni totalitaire, ni privatif contrairement à l'erreur qu'il avait commise durant une longue histoire. A ce propos, il invitait à relire les dernières pages de l'évangile de Luc, "la bonne nouvelle". Dans ce moment où l'évangéliste raconte l'ascension, il fait remarquer que les apôtres demandent à Jésus si c'est maintenant qu'il va s'assoir sur le trône de David et restaurer la souveraineté judaïque. Jésus leur répond qu'il n'est pas venu pour ça, qu'il est là pour le lien entre dieux et les hommes et que la direction d'un peuple ne lui appartient pas. Et il s'en va... 

Le sens qu'en donne Gaël Giraud est que le "Christ", mentor et raison d'être des chrétiens, laisse vide le trône du pouvoir de manière à ce que les gens s'en emparent, apprennent à construire ensemble et en fassent quelque chose de juste et de bon au service des plus humbles conformément à son enseignement. Ici, nous n'avons même plus besoin du mot "démocratie", juste d'amour fraternel. C'est d'ailleurs là son dernier testament : "Aimez-vous les uns les autres !"  Réalisme ou utopie ?...

Ceci me fait penser à la construction de la société au sortir de la horde, selon Freud : la fratrie dépossédée du père défunt, ne le remplace pas mais apprend à construire en commun un nouvel ordre social par leur fraternité sous l'image totémisée du père.

Gaël Giraud prolonge en montrant que le christianisme œuvrant auprès des plus faibles et des plus pauvres, invite chacun à se libérer des jougs des puissants pour le bien de tous. Pour preuve, l'économiste fait référence à la théologie de la libération développée par le franciscain brésilien et prix Nobel alternatif, Leonardo Boff. Il nous fait remarquer qu'elle a été largement revendiquée par l'avocat dominicain Henri Burain des Roziers, dit l'avocat des "sans terres", ces gens dépossédés par la junte militaire brésilienne. Selon Gaël Giraud, le christianisme, tourné vers les plus humbles et les plus modestes, est une expérience de libération qui a des conséquences politiques.

Il poursuit en posant fermement que "L'évangile a quelque chose à voir avec la démocratie et qu'elle n'est pas compatible avec l'idolâtrie de la monarchie". Etre chrétien aujourd'hui c'est être fondamentalement démocrate, c'est être favorable à la séparation de l'Eglise et de l'Etat, c'est aussi être fondamentalement écologiste." Il répond à cette injonction messianique d'amour réciproque, humble et universel.

Ainsi il développe que, pour les chrétiens, "Le Christ a refusé de s'asseoir sur le trône. Il a donc laissé le lieu du pouvoir vide de manière à ce que nous puissions apprendre à construire ensemble les figures du lien social qui vont occuper le lieu du pouvoir". Redisons-nous le testament de ce Jésus : "Aimez vous les uns les autres". Idolâtrer le roi est donc incompatible avec l'évangile. Abandonner, durant cinq ans et plus, les pouvoirs à un président l'est tout autant.

Cette bonne nouvelle est le récit qui donne du sens à ce que nous vivons. C'est là toute sa raison d'être. Son récit porte un sens qui pense raconter une vérité, voire la vérité. Il questionne le quidam sur son propre sens à être là, à vivre ce qu'il vit, à dire si et comment cela en vaut la peine.

Dans sa thèse "Composer un monde commun", Gaël Giraud invite à partager entre tous le pouvoir de créer et organiser le vivre ensemble. Ce n'est ni à quelqu'un ni à personne de faire ce travail seul, dans son coin. C'est à nous tous ensemble. Il voit dans le christianisme une réflexion de libération de tous contre la servitude des pouvoirs politiques.

Nous sommes ici très loin d'une religion de l'obéissance à des lois extérieures, éditées d'un "en haut". Nous sommes aussi très loin de la soumission aux classes supérieures, à un clergé dominant, judicateur et inquisiteur.

Alors je me demande pourquoi tous les chrétiens ne sont-ils pas dans la rue à imposer la fraternité universelle, le bonheur pour tous, la solidarité et l'égalité des droits, la répartition des richesses, la liberté d'être, la fin des mensonges et des manipulations, la solidarité, la bienveillance et la compassion, l'amour de leurs évangiles contre l'usage de la peur ...

Il est vrai que les docteurs de l'Eglise ont développé, après les grandes peurs de l'an mille, une nouvelle stratégie de la peur, peur de l'enfer et des damnations rachetables par quelques indulgences. Elle me semble avoir eu deux conséquences. D'une part l'émergence de la rébellion protestante, et d'autre part une certaine apathie silencieuse de "fidèles", qui toléraient la confiscation de l'esprit politique évangélique et l'acceptait jusqu'à la faire sienne. C'est ce que nous revivons actuellement dans un retour du syndrome de Stockholm.

Je me demande pourquoi tous ces gens de culture chrétienne se détournent de leurs devoirs sur l'impôt, de contribuer à la société en paix. Je me demande pourquoi ils favorisent l'enrichissement des leurs aux dépends des populations, aux dépends des plus modestes qu'ils ont déontologiquement le devoir d'aimer plus qu'eux-mêmes. Je me demande pourquoi ils développent ces réactions d'exclusion, d'ostracisme, de haine, d'anathème, de domination, de mépris et de compétition. Auraient-il perdu le sens de leurs évangiles ?

Je me demande pourquoi ils se réclament de valeurs qu'ils ont eux-mêmes trahies et abandonnées, comme s'ils ne les avaient jamais connues, comme si elles ne leur étaient pas propres. Pourtant, on ne trie pas dans les textes que l'on pense "sacrés", c'est à dire "fondamentaux et fondateurs". On ne s'arrange pas avec son identité sociétale, ni avec son éthique, ni avec sa conscience.

Quand ces riches chrétiens aisés et gouvernants condamnent les gilets jaunes, se souviennent-ils que leur Messie les avait chassés du temple avec les marchands ? Ils ont, comme leurs pairs, un devoir de bonté, de fraternité, et d'amour universel. Alors, que la conscience revienne !

Jean-Marc SAURET
Le mardi 28 juin 2022

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Maman donne la vie et papa la socialité (21 06)

Nous venons de célébrer la fête des pères et j'avais envie de me pencher un petit peu sur ce rôle et fonction que l'on vient d'honorer. et ce en quelques mots courts : Qu'est-ce qu'être père ?

Si une femme devient maman en donnant la vie, méthodiquement, papa le devient de ce fait là et c'est lui, en donnant le nom qui accorde la lignée, l'histoire, la socialité au bébé. C'est un peu comme cela que ça se passe chez nous, bien que les familles monoparentales se multiplies et le père disparait à la marge. Mais, revenons à nos considérations... La part des rituels sociaux est donc immense. Si ceux-ci sacralisent la naissance, alors elle existe. Si non, c'est une autre réalité qui devient de fait la vérité sociale.

Il n'a échappé à personne que, sans l'une de ces deux fonctions, l'autre n'est pas (quoi que des pratiques intervenantes modifient parfois ce processus). Effectivement, j'ai moi aussi entendu des raisonnements en forme de polémiques tentant de démontrer que ces rôles et fonctions ne tenaient pas à la naissance. Certains les lient au seul accomplissement du rôle, d'autres au seul désir. D'autres encore les détachent du "qui l'a fait". Ils en font des fonctions purement symboliques. Mais le fait est que sans la naissance du bébé, ces titres et fonctions n'existent pas.

Je pense aussi à ces grand-mères, tantes, sœurs, belles mamans ou adoptives et autres qui sont des mamans par procuration et en assument longtemps toutes les fonctions, voire toute leur vie. Aussi, on pourrai, comme d'autres le font, deviser sur la nécessité ou pas de la proximité du nouveau né pour avoir le titre. Il en va de même pour les papas. Bien des histoires singulières nous en parle. Et, l'humain étant inscrit dans le langage, la symbolique passe à chaque fois devant le réel. Parce que, en effet, sans représentations, pas de réel attrapé ! Pas de réalité ! Ce sont nos références, nos cadres sociaux, nos critériums, qui font nos réalités, les structurent et les "réalisent".

De toute manière, sans bébé, pas de papa ni de maman. Voilà un fait sur lequel tout le monde peut s'accorder, quoi que... Intérêts et nécessités président, comme je l'ai plusieurs fois écrit. Je me contenterai donc d'éviter les polémiques et, sans tenter l'exhaustivité, de rappeler quelques éléments ethnographiques ou historiques qui pourraient nous être indicateurs. 

Si la maman donne la vie, dans notre culture le père donne le nom et ainsi inscrit le bébé dans une lignée. Ceci est possible parce que l'inceste est interdit. C'est d'ailleurs là, la véritable raison de cette interdiction. Sans elle, nous serions dans une société du type de celle des chats où les lignées se croisent et s'entrecroisent, au point que le grand père peut être en même temps le neveux, le gendre, le frère et bien d'autres titres encore, mais pas la sœur. Quoi que... C'est bien là une observation de la symbolique humaine qui regarde des structures qui ne sont pas. Si les chats s'en moquent, car non inscrits dans la symbolique du langage, pas nous !

Mais aussi, bien des rites sociaux viennent compléter la construction de l'identité du bébé. Ce sont par des accueils dans la communauté de type baptême, circoncision, scarifications, excision, des rites de passage et d'appartenance qui viendrons scander la vie sociale du sujet, modulant son (ses) rôle, sa (ses) fonction et son rang et statut social. Le monde n'est qu'un miroir dans lequel nous nous contemplons...

Ainsi, être maman et être papa sont des rôles et des fonctions que le "vivre ensemble", propose, voire réclame à ses membres jusqu'à parfois en faire des objectifs sociaux auxquels adhèrent (ou pas) les postulants, tout comme la communauté les accueille pour eux. Certains y verrons la force du groupe, d'autres la pression sociale, selon nécessités et enjeux.

On a vu qu'au moyen âge, il arrivait dans certains groupes sociaux, que le nouveau père se couchât et les autres membres de la collectivité venir le plaindre. Ce rite surprenant de nos jours avait sa raison d'être que l'on ne jugera pas, que l'on ne peut d'ailleurs pas juger, sinon pour se rassurer que nos représentations sociales actuelles sont plus justes, meilleures et sures. D'ailleurs, juger ne sert qu'à ça : confirmer ou infirmer ce qui est "vérité en deçà des Pyrénées".

Dans d'autres cultures, à l'image de la structure familiale romaine, le père (pater) s'occupe de la survie matérielle du bébé, quand le frère de la maman (ovonculus) s'occupe de son éducation, et le frère du père (papater) de la pérennité du système. On use de ces termes pour comprendre d'autres structures familiales comme en Afrique de l'ouest. Ainsi les sociétés structurées perdurent. C'est aussi le cas de nombre de sociétés animales, avec ou sans conscience de soi, qui se perpétuent dans des structures complexes. Les éthologues, d'Aristote à Boris Cyrulnik, en passant par Karl Lorenz et Nikolaas Tinbergen, en ont parlé longuement.

Dans d'autres cultures familiales, le "parrain" du bébé devient le "comparse" du père, ou "compère", et donc de ce fait prend une place sociale et familiale importante.

Les rites sociaux, la culture groupale, les célébrations, sont autant de marqueurs nous faisant prendre conscience que les rôles et fonctions que nous vivons sont des constructions sociales dans le temps et dans l'espace. Relevant de représentations sociales du monde, de cosmogonies particulières, elles répondent aussi à des nécessités symboliques et pratiques. Ces représentations sont aussi utilisées pour juger du monde entier, qui, comme le disait Jung, économisent ainsi au sujet de réfléchir et de comprendre. 

Nous nous en accommodons, et nous les perpétuons au grès de nos postures dans nos rôles et fonctions sociales, au grès de nos intérêts et nécessités. Sur ce, joyeuse fête des pères, qui n'a donc pas qu'une fonction commerciale, certes...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 21 juin 2022

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Débat ou polémique ? (14 06)

Certains confondent débat et polémique, voire anathème et questionnement, jugement et réflexion. Nous l'avons déjà largement posé et commenté : il se trouve que c'est là une conséquence néolibérale de la postmodernité. L'émotionnel, l'a priori, le préjugé fondé sur des intérêts, des pensées courtes, voire des peurs, prend un pas décisif sur les démarches de raison. C'est ainsi que se construisent des vérités douteuses mais peut-être populaires.

Le souci majeur qui m'apparaît est la confusion réelle que fait une grande partie de la population entre le débat et la polémique. Certains même, parce qu'ils lâchent un jugement court, voire une émotion ou une insulte, prétendent de toute bonne foi qu'ils débâtent, qu'ils discutent, affirmant même qu'ils ont bien le droit de dire ce qu'ils veulent, voire ce qu'ils pensent. C'est un fait !

Il m'est même arrivé de lire dans un grand quotidien du soir quelques bordées d'insultes et jetées d'anathèmes sur quelques chercheurs et intellectuels en marge de la pensée "officielle". Ce qui m'attriste et me gène ne sont pas les expressions mensongères, néfastes, calomnieuses, mais le fait que des gens y succombent.

Ainsi, de ce fait-là, nombre de personnes polémiquent, jugent et "anathémisent" les uns ou les autres, sans jamais tenter la curiosité de comprendre ce dont l'autre parle, ni d'où il le fait. L'aveuglement que cela produit est une perte tant pour l'entourage que pour la personne qui médie. Pourtant, c'est souvent de toute bonne foi...

Il est vrai que nombre de puissants et de manipulateurs, de psychopathes et de gouteux du pouvoir savent profiter de ce type de situation sans jamais reverser de bénéfice, sans que jamais rien n'en ruisselle. Je crois que c'est là la bonne raison d'alerter le quidam lambda de cet état de perversion mortifère, de cette "mécanique" destructrice et privative de tout, de biens et de libertés, d'autonomie et d'intelligence.

Je n'ai pas la prétention de donner un enseignement pour détourner et combattre ce type de conséquences malheureuses. Je me contente, pour ma part, de lâcher prise et de rester vigilant. Un pas de retrait suffit parfois à détecter le malaise, la supercherie. Rester aligné dans un regard bienveillant globalisant, c'est-à-dire "embrassant" la totalité de ce qui se passe sans oublier aucun détail. Car c'est dans les détails que le diable se cache, comme nous le précisait Nietzsche dans "Ainsi parlait Zarathoustra". C'est ce que l'on peut appeler la vigilance.

Pour observer les détails, il ne faut croire aucun jugement des uns et des autres, et juste observer les faits pour, comme le dit la sagesse populaire, "se faire sa propre opinion". Je dirais même plutôt "construire son point de vue", ce que l'on peut voir et comprendre depuis là où l'on se trouve, où nous sommes. Cultivons ainsi nos postes d'observation.

Nous serons attentifs aux "vérités" parcellaires, aux omissions, aux fausses évidences, aux incohérences et changements de discours. Pour cela, nous garderons une mémoire vigilante. Nous porterons attention aux petites dyslogies. Nous serons des désobéissants vigilants qui ne prennent rien pour argent comptant, des rebelles à la pensée dominante par simple souci de bon sens et de vérité.

Alors seulement, sans émotion ni parti pris, nous saurons débattre et répondre simplement aux injonctions qui nous viennent d'ailleurs, aux vérités et jugements distribués à la ronde avec certitude et ostentation, aux manigances tortueuses de quelques désireux de régner plus que de faire vivre la réalité.

Il s'agit donc de cultiver une prudence sur ses propres emballements émotionnels, sur ses propres certitudes directrices en gardant une posture haute, détachée, et une vision globale, attentive.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 14 juin 2022

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Le moi ou le nous ? (07 06)

J'ai beaucoup écrit sur la posture qui fait ce que nous sommes. Que ce soit aux yeux et consciences du commun des mortels, ce fameux "grand Autre" de Lacan. Mais cette notion se heurte à celle de Rimbaud quand il écrit à son ami Georges Izambard que "JE est un autre", exprimant que parfois le "grand tout" nous traverse et vient déposer sur la page que l'on s'apprête à noircir les quelques mots qui nous dépassent. Mon philosophe de frère me faisait remarquer que la "dimension du nous" était certainement prépondérante. Au prime abord, j'en comprends que, comme dans une phénoménologie Husserlienne, nous ne sommes que le fruit d'un rapport à un environnement dans un contexte. Alors poussons le bouchon plus loin, le mystère mérite l'exploration...

La pyramide de Maslow, pourtant datée (1954), montre aussi la dépendance de l'individu au groupe, le désir profond d'appartenir et d'être reconnu (3e et 4e niveau) avant même de penser à se réaliser. Le psychosociologue Serge Moscovici a relaté que toute la théorie de l'influence qui donna lieu à sa science, reposait sur cette phénoménologie. Mais se réaliser n'est-il pas encore en relation à une autre chose, à un désir autant social qu'intérieur, voire intériorisé ?...

Si mon moi est aussi quelque chose de social, du construit collectif, alors, ce n'est pas le moi qui parle, décide, aime et apprécie. C'est quelque chose du "nous" qui s'invite là.

Il y a dans les sagesses anciennes quelque chose qui s'en apparente fortement. Je pense aux écrits de Saul de Tarce, dit St. Paul, dans sa première épitre aux Corinthiens, où il aborde l'imbrication et l'interdépendance de tous dans la force du "nous".

Je pense aussi à quelques pratiques artistiques comme la danse, la musique, le théâtre où l'action d'un, ou d'une, n'existe et ne prend tout son sens que dans l'accomplissement de l'œuvre en commun, tous ensemble, dans un environnement singulier, pour une (voire des) finalité...

La construction d'une identité, d'un ego, s'effectue dans une interaction collective. Nous sommes avant tout le désir, l'attendu, voire l'emmerdement que quelqu'un ou de quelques-uns, voire un peu de tout ça. Ensuite, ce sera la relation à ces quelques-uns qui commencera, sans commercer, à élaborer cette sensation d'être, et ce avec des qualités et des caractéristiques particulières. Cependant, nous gardons en tête que les pensées bouddhiques, indouistes, taoïstes et zens, considèrent le moi dans un "au-delà", dans un universel, et conçoivent ce "moi occidental" comme un "ego", cette agitation cérébrale.

Je fais une fois encore référence à "l'expérience interdite" qui nous montre, dans chacun et tous ses développements singuliers, combien nous ne sommes que des êtres socialisés, que sans communication humaine le bébé meurt. Nous savons, parce que les éthologues l'ont observé, que l'oisillon, sorti de l'œuf, suit la première chose ou être qu'il voit, comme étant son "parent".

Ainsi, ce qui a fait et fait que nous sommes, nous suit tout le long de notre existence, incorpore la dimension de nous-même, participe à tout ce que nous sommes. Notre "identation", comme je l'ai plusieurs fois évoqué, est une activité de vérification constante de cet "être là", de ce "qui sommes-nous ?" 

Ceci convoque tout ce qui y participe dans un "creuset", voire "melting-pot" où se retrouvent nos mythes et légendes, notre environnement immédiat, notre histoire et les valeurs et identités qui la fondent. Ce sont nos relations historiques et actuelles, nos projections, nos rêves et nos aspirations, mais aussi toutes ces projections que celles et ceux de l'environnement, les "collectifs", fondent sur nous. Alors "Je" ou "Nous" ?

Mais aussi, la sensation d'être se confond avec l'idée que nous nous faisons de nous mêmes. Sommes-nous nos pensées, notre réflexion ou notre corps, voire notre égo, notre dit "esprit" ? Ne faut-il pas alors, ici aussi, lâcher prise sur cette "identation" qui nous gouverne, qui nous impose à nous-mêmes ? Ne faut-il pas méditer (voire contempler) cette sensation d'être jusqu'à la "révélation" de l'être ? Mais ceci est encore une toute autre question, je crois... Nous y reviendrons certainement.

Mais encore, je convoque, aussi ici, la notion d'égrégore qui donne force et vigueur aux actes que nous posons, aux convictions qui nous habitent, voire auxquelles nous participons. Rien de nous n'existe et ne se fait sans l'environnement, le collectif et l'histoire qui nous a porté jusque là. C'est toujours là dans nos sensations d'être. Alors devons-nous dire "je" ou bien "nous"... D'ailleurs, le pouvons-nous ?

Jean-Marc SAURET
Le mardi 7 juin 2022

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Benveniste et la mémoire de l'eau (31 05)

Le médecin immunologue Jacques Benveniste, découvreur et chercheur sur la mémoire de l'eau, fut plus que décrié pour cette découverte. Il fut combattu, calomnié, piégé et discrédité. Il est vrai aussi qu'il est mort de cette cabale destinée à le détruire. Il avait travaillé en militant après avoir constaté que l'eau conservait la trace exacte de substances auxquelles elle avait été en contact. 

La substance, comme une bactérie, un virus ou un antibiotique, n'y est plus mais ses caractéristiques y restent inscrites. Il avait constaté que l'eau émettait alors les fréquences électromagnétiques de ce corps étranger longtemps après son départ, ce qui est un paradoxe...

Comme toute vérité et comme l'avait donné Schopenhauer, son travail fut d'abord ignoré, puis vertement combattu jusqu'à la malhonnêteté. Il sera peut-être bientôt reconnu comme une évidence.

Puis le prix Nobel Luc Montagnier, décédé le 8 février dernier, a été un des rares scientifiques à réclamer qu'on le laissa travailler et à accueillir simplement son travail en éventuellement reproduisant ses travaux pour les vérifier. Il s'est intéressé à cette caractéristique de l'eau pour tenter de trouver quelque chose qui soignerait efficacement le sida à moindre coût. En association avec d'autres laboratoires et chercheurs dans le monde, il a pu montrer que les expériences de Benveniste fonctionnaient bien et que la trace mnésique de l'eau était bien une piste à investiguer pour la science en général et pour la médecine en particulier.

D'autres chercheurs ont alors emboité le pas, confirmant que la fréquence électromagnétique de corps et substances ayant été en contact avec l'eau était bien émise, contre toute attente, par l'eau défaite de tout contact avec ladite substance. Ils confirmèrent que ladite fréquence recueillie dans l'eau pouvait permettre de reconstituer l'ADN de la substance mise antérieurement en sa présence. Dès lors, l'idée qu'une fréquence pouvait produire l'ADN et les caractéristiques d'une substance devenait une hypothèse d'une nouvelle voie pharmaceutique, et à moindre coût.

Ainsi, la voie d'une médecine électromagnétique s'ouvre. Mais aussi, elle ouvre la possibilité d'étudier toutes ces médecines parallèles dont on constate les effets et dont on ne comprend pas comment elles pourraient fonctionner d'un simple point de vue mécanique. Je pense à tous ces guérisseurs, magnétiseurs, coupeurs de feu, ou autres dits mages qui soignent par des prières depuis la nuit des temps, comme le font les chamans, homes médecine et animistes de toutes régions du globe.

Les travaux de recensement et de description qu'a effectué l'anthropologue Jean-Dominique Michel, trouveraient là un chemin de recherche : les fréquences émises par l'intention, voire la prière et des chants, auraient une efficience sur les corps constitués de 90% d'eau.

Ce qui est une évidence pour les guérisseurs populaires trouverait là un chemin de recherche scientifique qui pourrait en révéler la "mécanique". Alors, tout un chacun pourrait se soigner et accompagner chacun à se soigner par la seule émission d'intentions.

Ceci rejoint les travaux révélés par la journaliste scientifique Lynne McTagguart dans son ouvrage "La pouvoir du huit" (Ed. Ariane, 2017). Elle y révèle que des chercheurs en laboratoire invitant des internautes à adresser des intentions et pensées bienveillantes à une plante que les chercheurs cultivent, constatent qu'elle se développe mieux et plus vite qu'une autre "plante témoin" dépourvue de cette attention particulière. Lynne McTagguart indique aussi que des groupes de huit personnes, assemblées pour produire une intention bienveillante à l'encontre d'une personne malade, ont un effet thérapeutique.

Jean-Dominique Michel relate aussi que les intentions de patients de guérir et leur "foi" dans la capacité d'un thérapeute ou démiurge, fabriquent des guérisons que la science ne sait pas encore expliquer.

Nombre de pratiques animistes et chamaniques, voire dans nos campagnes, reposent sur l'émission de "mots sacrés" ou magiques. Je pense aux guérisseurs, sourciers et coupeurs de feu. Les praticiens indiquent qu'ils ne sont pour rien dans leur efficacité, que ce sont les mots eux-mêmes qui guérissent, que l'on y croit ou pas. Certains parlent d'un don qui ne leur appartient pas, qui les traverse, qu'ils convoquent par les mots et gestes, et ce, guidés par une intention pure, dépourvue d'intérêts cupides et personnels...

Bien des approches populaires "savent" que la prière et l'intention ont une incidence sur la santé, les événements et le développement des personnes et des projets. Rien n'indique pour l'instant le rapport entre ces sources et les comportements des cibles. Ces travaux sur la mémoire de l'eau pourraient apporter non seulement une explication mais aussi les moyens de développer ces pratiques qui en découlent. Benveniste pensait à l'homéopathie de Samuel Hahnemann. Luc Montagnier y voyait un réel progrès scientifique.

Il est vrai que la croyance est déterminante dans l'accueil d'une pratique. C'est ce que nous indique la cabale menée contre Jacques Benveniste, puis contre Luc Montagnier, voire contre les professeurs Raoult, Péronne, Toubiana et les docteurs Fouchet et Toussaint, etc. Dès lors que ceux-ci quittent les chemins de la doxa dominante, ils sont "déréférencés", discrédités, "démonétisés". Ceux-ci ont pourtant, de par leurs métiers, les ressources nécessaires, indispensables et reconnues.

Pourtant, la science est une pratique du doute et de la vérification. Pour sa part, l'intelligence est une pratique du doute et de la convocation la plus large de variables, comme l'ont montré nombre de chercheurs iconiques et respectés. Je pense à Aristote, Socrate, à Léonard de Vinci, à Galilée, à Poincaré, Einstein, Tesla, et bien d'autres encore. Je garde en tête la description de Schopenhauer du chemin d'une vérité nouvelle d'abord ignorée, puis décrié et combattue, et enfin accueillie comme une évidence...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 31 mai 2022

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Le Minotaure et le Labyrinthe (24 05)

Les légendes anciennes autour du Minotaure et du labyrinthe sont multiples et variées et leurs apparitions couvrent une période allant de près de 1500 ans avant notre ère au deuxième siècle de notre ère. Au-delà des évocations d'Homère et de Plutarque, d'Ovide et Sénèque, il y a de nombreuses versions aux multiples points communs. Ainsi, le roi de la très puissante Crète, Minos, colérique et ambitieux, avait enfermé le fils illégitime que son épouse Pasiphaé avait eu avec un magnifique taureau blanc que Poséidon avait offert à Minos pour le sacrifier en son hommage. Minos, admiratif du trop bel animal, n'avait pas exécuté le sacrifice. Poséidon, pour se venger de cette parole non tenue, inspira à Pasiphaé une passion irrépressible pour le magnifique taureau. Elle en accoucha d'Astérios, ledit Minotaure, que Minos, furieux, enferma dans un palais dont il voulait qu'on ne puisse sortir et que construit Dédale à cet effet : le labyrinthe.

Minos, qui avait dominé Athènes lors d'une guerre précédente, lui imposa de lui livrer tous les neuf ans sept jeunes hommes et sept jeunes filles pour nourrir le Minotaure. Thésée, fils du roi athénien Egé, décida d'affronter le Minotaure et parti pour la Crète avec les treize autres victimes. Ariane, l'une des filles de Minos, éprise par la beauté et le charme de Thésée, décida d'aider celui-ci et lui offrir le moyen de ressortir du labyrinthe. Contre une promesse de mariage, elle lui confiait une pelote de laine dont elle garda une extrémité à l'entrée du palais.

Thésée, dirigé dans le labyrinthe par les grognements du Minotaure, le trouva endormi et le perça de toutes parts de son épée. Grace au fil d'Ariane, Thésée et les treize autres compagnons d'infortune sortirent du labyrinthe et s'échappèrent en mer avec la belle Ariane. Mais chemin faisant, Thésée l'abandonna sur l'ile de Naxos, et poursuivit sa route vers Athènes où, Egée, son tendre père l'attendait avec impatience. Ils avaient convenu qu'au retour de l'expédition, Thésée, s'il était vivant, hisserait des voiles blanches pour annoncer la bonne nouvelle. Mais Thésée oublia et s'approcha d'Athènes avec des voiles sombres ordinaires. Ce voyant, Egée se jeta de douleur dans la mer qui désormais porte son nom. Thésée épousa Phèdre, sa sœur, et devint roi d'Athènes.

Toute cette légende, fondée sur la séduction, l'ambition orgueilleuse et égoïste, mais aussi l'imperfection ordinaire de tut un chacun, ses cotés sombres, et aussi l'ordre des choses du pouvoir, a dès lors un sens profond que la mythologie nous livre. Le mythe témoigne tout d'abord de l'absence de héros dominant, mais d'une multiplicité d'acteurs interdépendants. Tout d'abord, nous comprenons que le sens profond se trouve tout autant au fond de soi, dans l'instant présent, celui là même qui ne se situe pas entre le passé et le futur, mais entre les regrets et les envies... Il ne reste plus qu'à fouiller et c'est ce que nous allons faire.

Quand on s'éprouve à voyager dans un labyrinthe, la sensation de se perdre est plus forte que le fait de se perdre vraiment. Dès lors se posent à "l'expérimenteur" ou "expérienceur", les trois questions spirituelles fondamentales : D'où vient-on ? Où sommes-nous? Où est le but, la finalité, la sortie ? Comme ce qui nous nourrit parcourt le labyrinthe de notre tube digestif, notre connaissance parcourt celui de notre moi intérieur, mêlé de conscient et d'inconscient. 

Le psychanalyste Karl Gustav Jung nous a dégrossi la fonction archétypale que construisent ces récits mythiques pourtant si anciens. Ainsi, le labyrinthe est aussi celui de la construction de la vérité, du réel à travers les méandres de la conscience. On pourrait davantage dire "la labyrinthe", symbole du ventre féminin de la procréation où l'être se construit avant de naitre. Analogiquement, il s'agit du même processus de création et de découverte.

Dans le mythe du Minotaure et du labyrinthe, les sept personnages de l'histoire semblent être les facettes de la personnalité humaine, en phase avec les éléments de la vie. Dans l'archétype de ce mythe, Ariane représente la muse, séduite et inspiratrice des solutions, le féminin en soi, laquelle est trahie, abandonnées, par le héros masculin guerrier égocentré qu'est Thésée, l'oublieux de ses promesses. Celui-ci est le héros parce qu'il va au plus profond de lui-même vaincre son animalité instinctive que représente le puissant Minotaure, dictat des pulsions sur la personne (Dans le mythe grec, il est l'ancien et le nouvel ennemi, soit la Crète puis la Perse, tous deux successivement vaincus par les Grecs). 

Le roi Minos représente la loi intériorisée du père, en lien direct avec les autres puissances divines tel Poséidon. Il incarne toutes les puissances qui nous transcendent, nous dépassent et avec lesquelles nous devons faire sans nous y opposer. Elles sont les forces de la nature, tout ce sur quoi nous n'avons pas la main. Pasiphaé, l'épouse adultère de Minos, porte toute la force charnelle de l'imaginaire émotionnel, laquelle est créatrice de nos chimères et de nos mythes. Dédale, l'architecte du labyrinthe et l'instigateur de la pelote de laine auprès d'Ariane, représente toute la science humaine, la sagesse de la connaissance et surtout la capacité à en faire quelque chose, c'est-à-dire de se mettre au service des causes justes ou recevables.

Nous n'oublions pas les sept jeunes hommes et les sept jeunes femmes qui sont le mieux de nous-même, les entités complémentaires dans leur perfection, l'absolu "in-sacrifiable", essentiel, le plus profond de soi qui doit pouvoir retourner chez soi.

Dans ce mythe, le fil d'Ariane permet la renaissance, la sortie du labyrinthe comme d'une matrice originelle. Plus tard Icare montrera que l'on peut s'échapper directement du centre du labyrinthe par le haut, par les airs. Il y a bien de manières de sortir du labyrinthe, soit par la chair, soit par l'esprit. Ces voies-là ne sont pas opposées ni complémentaires. La sortie est simplement double. Pour chaque histoire, il existe une voie, soit intuitive, féminine, par la patience intérieure, soit par l'esprit et l'élévation directe. La première invite à l'expression matérielle artistique, créatrice quand la seconde invite à la spiritualité, comme la méditation ou la contemplation. 

Ici, le mythe raconte Icare s'envolant par le haut et comment ses ambitions prétentieuses le tuent. Il n'y a plus rien à ajouter : l'orgueil et la prétention ne font faire que des bêtises forcément malheureuses.

Ainsi, dans bien des cathédrales, se trouvent des labyrinthes que le pèlerin peut parcourir du regard, comme une méditation hypnotique à la découverte du chemin qui mènera en son centre. Le labyrinthe est bien tant le parcours que l'exercice de le parcourir, sans lequel il n'a plus de sens. Le pratiquer nous conduit à ressortir par la voie qui nous interpelle selon nos choix et priorités. Alors, le labyrinthe est bien plus que le chemin et son parcours. Il est aussi l'âme humaine dans toute sa complexité qu'il nous faut découvrir et parcourir pour s'en détacher, voire renaitre ou s'envoler par son centre. Ainsi va la vie...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 24 mai 2022

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Ma préoccupation est la juste réception du propos (17 05)

Lors de la rédaction de ces articles, ma préoccupation est la juste réception du propos pour sa parfaite compréhension. Je ne souhaite ni affrontement ni emportement émotionnel. Juste partager une approche qui certainement produira du débat, en évitant toute anathémisation de l'autre, toute "émotionalité déconstructrice" dudit propos. C'est là une démarche de recherche de ladite "vérité" et rien de plus, mais rien de moins.

Ecrire est une activité de connaissance car, comme le disaient Platon et même Aristote, au fond de soi se trouve le chemin vers l'universel et les dieux. Coucher sur le papier permet donc de donner forme à la pensée. Dès lors elle devient concrète et débarrassée des scories de conformité, de pollutions mentales. On rassemble ainsi les éléments d'une réalité dans un "donner à voir" compréhensible et recevable en toute logique.

Dès que nous ne nous situerons plus dans ce cas, et pour quelques raisons que ce soit, internes ou externes, alors je me tairai...

Si l'introspection est ma méthode, comme une méditation profonde, à la recherche des formes rationnelles qui la rendent intelligible et recevable, l'écriture est bien l'un de mes outils, comme le sont la contemplation, l'observation et la méditation. Ces outils-là me nourrissent en permanence. Il m'arrive d'ailleurs de vivre des périodes où j'écris des articles à paraître jusqu'à six mois à l'avance. L'argument vaut pour des sujets très divers qu'ils m'occupent. L'important, c'est l'idée et sa venue à la conscience

De fait, j'écrit tout d'abord pour comprendre, comme il m'est bien souvent arrivé de répondre aux personnes me consultant : "Pourriez-vous me l'écrire ?". Et ce à simple fin pédagogique. Bien des fois, à la fin ou au sortir de leurs écrits, les personnes me disaient : "Ca y est ! J'ai compris !" et elles n'avaient plus besoin d'alter égo pour clarifier leurs préoccupations.

Voilà toute ma démarche d'écriture. Et donc, si un jour cette démarche ne donnait plus le lien d'intelligence avec le lecteur critique, si "l'émotionalité" prenait le dessus, alors j'intrromprais ces parutions. Je vois bien, dans les échanges sur les réseaux sociaux (le temps court de ce type d'écriture efface cette intelligence de débat) ce temps où les opinions prennent le pas sur les points de vue. Dans ces conditions, alors je cesserai de publier et n'écrirai plus que pour moi-même.

Mais pourquoi ne le ferais-je pas déjà ? Parce que j'ai besoin, pour passer à cette action exigeante, parfois douloureuse et toujours difficile, d'avoir à l'autre bout de la page un alter-ego destinataire, présent en face de moi et qui toujours relit par-dessus mon épaule. Une sorte de Jimini Cricket toujours quelque part avec moi dans ma réflexion, comme un relecteur critique. 

Il en est de même quand j'écris une chanson, la compose, je parle à quelqu'un, un destinataire équivalent, critique et exigeant. Je me demande alors comme dans un réflexe ce qu'en penseraient certains de mes amis que je sais talentueux et réceptifs, comme feu Daniel Clark, Tony Ballester, Daddy Dan et voire quelques-uns de mes anciens professeurs.

Voilà aussi pourquoi, j'ai sollicité mon généreux ami Jacques Campargue comme relecteur. Il l'avait fait déjà occasionnellement et spontanément avec tellement de bienveillance et de constructivité que je lui ai confié cette fonction tellement utile. Il est bien arrivé que nous ne soyons pas d'accord, mais sa tolérance bienveillante nous a gardés toujours très proches, sa critique avouée au coin du regard : un relecteur alter ego. Combien de fois m'a-t-il cité la célèbre phrase de Saint-Exupéry : "Si tu diffères de moi, mon frèreloin de me léser, tu m'enrichis !"

Jean-Marc SAURET

Le mardi 17 mai 2022

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