mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur  ou  La force du vivant "

Le troubadour ressent le monde, le sociologue le réfléchie,
et ensembles, ils le racontent...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et travaille mieux. 
Bien manager, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son travail  et celui de chacun produise la belle oeuvre, révélation et fierté de chacun et de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture partagée et de la posture de chacun.
Patron, président, manager, décideur, collaborateur et toute personne désireuse de progrès, ce blog est pour vous. Fouillez ! Lisez ! Partagez !
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mardi 7 juillet 2020

Contre la dictature de la conformité

"Le chaos est mon ami !" clamait le chanteur folk Bob Dylan. "L'imprévu n'est pas ce à quoi je m'attends, mais ce qui m'attend !" proclamait à son tour le psychologue jungien québécois Jean-François Vésina. "Le hasard est cette aspiration dans notre présent d'un futur déjà là !" expliquait le physicien quantique Philippe Guillemant. Toutes ces expressions sont en rupture avec cette pensée convenue, socialement partagée et historiquement élaborée que le hasard est une conjonction de deux causalités indépendantes. C'est exactement ce qui s'exprime en économie depuis plus de cent cinquante ans. Ici, la réalité s'épuise dans le chiffre. Ce qui se compte et se mesure existe, le reste non... Ainsi la réalité, depuis Descartes se comprend selon trois variables incontournables : le temps, l'espace et la causalité. Et nous acceptons cette conception confortable. Plus que la dictature du chiffre, le "fainéantisme du convenu" nous entraîne dans la perte de nous même... et annonce la fin de l'adaptation de l'humain aux contraintes contextuelles et environnementales. Ce sont pourtant ces éléments, en l'expèce déterminants, qui nous ont fait traverser les siècles et les circonstances contraires...  
Tous ceux qui ont fait avancer la science, ou qui se sont fait progresser eux-même, étaient dans une rupture, dans un inconfort et un "inconformisme" salutaire. Il est connu que la disponibilité d'esprit de circonstance a fait découvrir la gravitation universelle à Newton, la relativité à Einstein, ou la "médicinalité" de quelques plantes à nos aïeux. Le même argument vaut pour Rimbaud et la poésie...
La perfection est un concept propre à la vision mécaniste du monde, et à la dictature du chiffre. Pour tous, elle est au mieux une ligne qui recule chaque fois que "je" progresse. De fait, ce qui est figé est mort. Mais il est loisible d'affirmer aussi que ce qui vit bouge en permanence. La perfection reste une notion impossible à appliquer dans un monde alternatif. Elle n'a, de fait,... pas de sens.
Michel Foucault écrivait que "Solidarnosc ne s'est pas battu pour la liberté, pour le droit et la démocratie, mais avec la liberté, avec le droit et avec la démocratie". Il est sûr que changer son propre regard, avec les variables de notre vérité, permet de mieux comprendre notre monde et bien d'autres d'ailleurs. C'est ce qu'exprimait Edward de Bono avec son concept de pensée latérale : changer l'angle de son regard sur les choses, rester disponible à d'autres réalités pour trouver les solutions aux problématiques que l'on rencontre. D'ailleurs, Einstein prévenait que "la solution ne se trouve pas avec les moyens qui ont amené le problème".
Alors, dans ces conditions, comment sortir du fonctionnement catastrophique, erratique, de cette société matérialiste néolibérale ? Eh bien, en sortant de ses dogmes et de son paradigme. Il faudra donc, comme l'ont fait nos ancêtres, accepter de voir le monde autrement, de lâcher les solutions convenues, les outils et les méthodes qui nous ont conduits dans le mur.
Non, la société des humains n'est pas concurrentielle. Elle ne s'affirme pas comme un combat entre proies et prédateurs. Ce n'est pas une jungle d'affrontement au seul profit des plus forts. Les lois de la nature sont peut être tout autre. "Les lois de la nature sont celles que la culture lui trouve", disait le psychosociologue Serge Moscovici. Nous y voyons, une fois de plus ce à quoi, et ce en quoi nous croyons, nos certitudes et nos persuasions. La nature est bien plus coopératrice, aidante, "collaborante" qu'on ne veut le voir.
Alors, face à ladite crise révélée par les gilets jaunes, face à celle "prétendue" du coronavirus (j'y reviendrai), face à l'effondrement du néolibéralisme, face à la déliquescence des théories du progrès et de la croissance continue, nous voilà en présence d'alternatives locales. Nombre de personnes les vivent au quotidien et ce sont les mêmes que corrélativement d'autres ne veulent pas voir. Je ne reviens pas sur les coopératives de production, les bars associatifs, les productions en circuits courts, la permaculture et la culture paysanne, les ressourceries, les monnaies locales, les économies circulaires, les coworking, les organisations sociocratiques, etc. ce serait prétérition inutile... 
Toutes ces pratiques reposent sur l'ici et le maintenant, par les gens pour les gens, et reposent sur un fond d'humanisme intelligent. En fait, j'ai découvert ici que ce à quoi j'aspirais était déjà là. Ce courant convivialiste partageait les idées et les moyens de vivre bien mieux "autrement", bien loin de la postmodernité, consumériste et addictive.
Le convivialisme* n'est pas un programme, il est une posture. En ce sens il s'avère comme étant totalement alternant culturel. L'art, la philosophie humaniste et les sciences humaines invitent à habiter ce modèle, avec "son corps et les corps ensembles". Ce sont les disciplines fondamentales du vivre ensemble, de la société alternante. Il s'agit bien là de changer de culture. Pour le sociologue clinicien Vincent de Gaulejac, le convivialisme est une nouvelle manière de penser le monde, de se penser au monde (voir la vidéo)
Sortir de la culture mécaniste et monolithe postmoderne, permet de s'ouvrir à la pluralité, à l'accueil de la différence de fait constructive. Elle autorise de surcroît à se repenser dans le monde, justement parce que nous le regardons autrement. Dans une pensée latérale, nous remettons l'humain au centre du village parce que la religion du profit individualiste ne marche pas, et n'apporte que frustration, désolation et mort. Le déviant, l'anormal deviennent des singularités avec qui nous pouvons œuvrer. "L'anomique d'aujourd'hui est le canonique de demain", constatait le sociologue Michel Maffesoli.
J'ai, personnellement, été torturé pour que cesse ma dyslexie... Jusqu'au moment ou j'ai compris qu'il s'agissait, comme pour le convivialisme, non pas d'un manque ou d'une tare, mais d'une posture apportant même  savoir et compétence. Elle consiste à déconstruire et reconstruire tout en permanence. Les anglo-saxons raffolent des dyslexiques, que l'on retrouve dans leurs laboratoires de recherche. Ainsi, Vincent de Gaulejac a-t-il construit son parcours dans l'intelligence de la recherche et la compréhension de phénomènes sociaux. Ce sont ceux-là même qui nous permettent de faire évoluer le système, de sortir de la "lutte des places" destructrice pour tous les acteurs. L'argument vaut même pour les prétendus "gagnants". Voilà aussi, peut-être, pourquoi je suis devenu sociologue et troubadour...
La problématique n'est pas de comprendre comment faire fonctionner ce monde délabré, mais de réaliser pourquoi et comment une poignée d'individus s'est approprié le monde et le domine. En fait, tout ceci est vieux comme le monde. La situation relève d'une quadruple logique d'avidité, d'orgueil, de territoire et de puissance. C'est elle qui nous a conduit aveuglément dans le chaos du néolibéralisme.
Cela ne remet pas en cause le fait qu'il y a toujours eu des coopérations et des affrontements. Certains, dans le même ordre d'idée (j'y reviens), prennent pour exemple la nature et montrent la logique de prédateurs et de proies, les chasseurs et les chassés. Mais, la nature n'est pas forcément agressive. Elle ne l'est d'aileurs pas systématiquement, bien au contraire. On la retrouve même comme plutôt coopérative, associative et complémentaire. C'est ce que nous venons de voir. 
Cependant, entre les sédentaires qui possèdent leur territoire, et les nomades pour qui le territoire n'appartient à personne, il y a eu bien souvent des conflits. La cause réside dans leurs différentes visions du monde et d'eux-même dans le monde. Quand le nomade voit le monde comme un jardin naturel, le sédentaire voit le territoire comme sa propriété, celle justement qu'il travaille et cultive. Quand le nomade passe sur les espaces, le sédentaire défend le territoire qu'il considère comme le sien et en interdit l'accès. Ces deux là ont donc du mal à se comprendre.
Quand les "natives americans" vivaient de passage sur une terre à laquelle ils appartenaient, ils ont accueillis des "blancs" venus d'on ne sait où, comme d'autres eux-même. Si les trappeurs français se sont mélangés à la population autochtone, ce ne fut pas le cas des anglais et des saxons. Ceux-ci se considéraient propriétaires de territoires qu'ils avaient confisqués à la nature. Alors il y eut conflit à mort.
En revanche, il n'y a pas sur toute la terre toujours la même relation conflictuelle. Il existe bien des société intégratives et coopérantes, comme ces amérindiens, notamment les Lakotas ou les Navajos dont les sociétés ont été pas mal étudiées. Il y a les indiens Yaki au mexique qui protègent la terre mère. Les Nénet en Sibérie vivent aussi en osmose avec la nature, tout comme les animistes Bushmen de Namibie. Culturellement, ils disposent d'une approche systémique du monde et de la vie. En fait, l'ensemble des civilisations dites premières, que d'aucun nomment "sauvages", sont des organisations complémentaires, solidaires et libertaires.
Mais aujourd'hui, en occident, nous sommes intégrés dans un système néolibéral, totalitaire et globalisant parce qu'il ne conçoit pas d'alternative. Il se pense comme étant et disposant de "la vérité" et donc comme "LE" système civilisé avancé. Parmi eux (c'est à dire nous), il y a les peuples asservis et méprisés, propriétés-objets de quelques dirigeants-prédateurs. En l'occurence, ces acteurs-là, véritablement très présents, exigent l'absence de cadre réglementaire, afin que tous leurs actes soient possibles sans contrainte. La philosophie de ce néolibéralisme tient en six postulats proclamés par des gens comme Thatcher et Reagan. nous les avons vus à l'œuvre et traité leurs alternatives dans l'article "Mythe et Processus" du 19 mai. 
Pour mémoire, dans cette culture-là, il n’existe pas de sociétés mais des individus ; la soif du profit est une bonne chose. L'enrichissement de quelques-uns profiterait à tous par ruissellement. Le seul mode de coordination est le marché libre. Il ne souffre aucune limites vers un toujours plus. Enfin, il n’y a pas d’alternative au néolibéralisme. Ainsi, la catastrophe est promise.
Quand la majorité des personnes cherche à bien vivre, tranquilles dans l'entre soi (un peu à la sauce des animistes), les plus riches sont en compétition entre eux et contre la masse de tous les autres. Chez eux, comme pour les ultra-consommateurs, l’appât du gain est une addiction, une pathologie névrotique, un toujours plus. Comme l'ultra-consommateur cherche le prochain achat dès l'acquisition du précédent, le possédant cherche le "toujours plus". Ce néolibéralisme fait bien système. Ainsi, c'est bien toute la société qui est malade.
Historiquement, il y existe plusieurs alternatives de sortie, c'est-à-dire la révolution violente ou non-violente. Mais là, tout dépend de l'objectif. Est-ce obtenir plus de richesses, ou est-ce partager plus de bien-être et d'entre soi ?
Pour ma part et dans ce que je crois comprendre, c'est que la porte de sortie est constituée par le détachement, le lâcher prise. La passerelle vers un monde meilleur est de le vivre déjà, de le faire maintenant, de le construire dès à présent dans l'entre soi. C'est la démarche libertaire dont je suis quelque peu adepte. Ce n'est là que ma démarche... 
Il y a eu de grands et dramatiques exemples lors de la Commune de Paris, lors de la guerre d'Espagne, lors de la révolution Russe en Ukraine et ailleurs. Tous ces épisodes ont été réprimés dans de violentes répressions et dans le sang.
De la même façon, ou d'une autre manière, il nous faudra sortir de cette société de prédateurs que constitue le système occidental, aujourd'hui néolibéral, afin de laisser place à un système coopératif. Il existe beaucoup d'exemples dans le temps et dans le monde...
Ainsi, à ce propos, voici les quatre concepts du convivialisme : "commune humanité""commune socialité""légitime individuation" et "opposition créatrice". En exergue, dans ce nouvel ouvrage le "principe de commune naturalité" et un impératif : la "maîtrise de l'hubris", c'est-à-dire de la démesure orgueilleuse et violente, responsable notamment de la hausse des inégalités. Selon plusieurs sociologues et économistes, elle se trouve aussi à l'origine de la crise écologique. Il s'agit ici de développer un "art de vivre ensemble", voire même une "philosophie de l’art de vivre ensemble en s’opposant sans se massacrer".
Il ne s'agit pas de monter une nouvelle stratégie, un nouveau processus de société mais de changer de posture, laquelle ouvrira nombre de possibles. Il s'agit pour cela de poser des valeurs, et des représentations sociales à partager. Il ne s'agit pas de créer un modèle de plus de société, un modèle alternatif, mais de se montrer attentifs sur des principes et valeurs partagées. La première pourrait être l'art du vivre ensemble tel que décrit précédemment. C'est juste ça le convivialisme : une posture. Les actes personnels qui en découlent sont alors les bienvenus.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 7 juillet 2020

* Extrait du second manifeste du convivialisme : "Ce sont les contours de cet autre monde possible, d’un monde post-néolibéral, qu’esquisse ce Second manifeste du convivialisme. En 2013 paraissait le premier Manifeste du convivialisme, sous-titré Déclaration d’interdépendance*. Son point de départ était, déjà, la certitude que ce qui manque le plus aux milliers ou aux dizaines de milliers d’associations ou de réseaux, aux dizaines ou aux centaines de millions de personnes à travers le monde qui cherchent à échapper à l’emprise du capitalisme néolibéral, ce qui les empêche de se coordonner et qui les condamne à une forme d’impuissance, c’est l’absence d’un consensus * Le Bord de l’eau, 2013. Ce second manifeste peut être considéré comme une déclaration d’interdépendance renforcée. Second-Manifeste-Convivialiste-INTBAT-2020-02.indd 14 10/01/2020 11:28 15 explicite et clairement partagé sur quelques valeurs ou principes centraux. C’est le manque d’une philosophie politique (largo sensu) alternative au néolibéralisme."
Voir aussi : https://www.marianne.net/politique/qu-est-ce-que-le-convivialisme-cette-ideologie-qui-entend-proposer-une-alternative-au
Mais encore : https://www.actes-sud.fr/sites/default/files/extraits/9782330130923_extrait.pdf






mardi 30 juin 2020

"Seule une affection peut arrêter une affliction"

On pourrait écrire tout un ouvrage sur le sujet de ce jour tant il me paraît large, profond et complexe. Il ne s'agira donc pas, de faire ici une description exhaustive de la problématique mais de poser le sujet, d'ouvrir les champs et d'indiquer des axes susceptibles d'émerger. Le détail des approches et résolutions se trouve et se trouvera dans les différents autres articles de ce blog (notemment), leurs titres nous servant de guides.
En tout premier lieu je me pose la question du sens des mots dans cette assertion en place de titre. A savoir ce que sous-tendent les deux termes d'affliction et d'affection.
L'affliction, si l'on parcourt les différents dictionnaires, porte un ensemble de sens convergents qui va de la peine profonde, l'abattement, la détresse, l'accablement, à l'affectation de l'âme, la grande douleur morale, voire le malheur, la désolation. On entend également, dans son prolongement, les notions de dévastation, de saccage, de ravage et de ruine. Nous voici en présence d’un spectre extrêmement connoté. Ce mot porte autant le sens de la douleur que de la déconstruction. Quand elle est avérée, tout est définitivement défait et sa trace restera, probablement indélébile. C'est bien ce que l'on en comprend.
Dans un champ plus restreint, celui du "spirituel religieux", il contient aussi le sens d'une génuflexion, d'un acte d'humilité, voire de la pénitence. Apparaît alors ici une dimension volontaire, ou du moins acceptée, du concept. Si elle ne l'est pas a priori, alors l'idée de "résoudre l'affliction" devient possible. Bien que l'a simple acceptation des choses qui ne nous vont pas soit un bon moyen de ne pas en souffrirl'élimination, du moins l'amoindrissement, apparaît comme un bien salutaire. En effet, chez les stoïciens, la chose qui est du champ sur lequel nous n'avons pas la main, est à accueillir plutôt qu'à combattre ou à y résister. Si ce n'est pas de l'accepter, qu'est-ce qui pourrait alors réduire l'affliction ? L'affection nous dit le taire. Mais alors regardons de plus près.
Si l'on consulte les doctes ouvrages, on retrouve deux affections : d'une part cet amour lié aux liens sociaux émotionnels, ou ce début d'amour parfois lié à la séduction. D'autre part nous trouvons la maladie qui s'attaque aux corps. On l'utilise notemment quand on parle des affections cutanées ou des voies respiratoires, par exemple...
Pourquoi l'une ou l'autre de ces affections réduirait ou arrêterait l'affliction. Nous connaissons la puissance de l'émotion et l'on en retrouve toute l'ampleur efficiente dans les phénomènes de somatisation, tant positive que négative. Nous savons que les douleurs morales peuvent occuper des parties du corps et s'y manifester sous forme de lésion, de pathologie, soit d'affliction. Nous savons aussi qu'un optimisme fort peut développer le système immunitaire de la personne. C'est justement ce fait qui va la rendre plus invulnérable aux attaques virales ou bactériologiques. 
Alors, l'affection d'un proche ou pour un proche développerait les capacités physiques et physiologiques de la personne. C'est ce qu'affirme la sagesse populaire et nombre de légendes en citent des exemples. C'est l'histoire de ce prince muet de naissance qui, devant l'agression des gardes du château, alors qu'ils s'en prenaient par erreur à sa mère, s'écria : "C'est la reine !".
C'est cette autre histoire d'une mère, lors d'un accident de voiture, qui aurait soulevé l'un  des véhicules parce que son fils se trouvait dessous.
C'est l'histoire d'un autre enfant, fragile celui-ci, (et il est utile de préciser que la famille croyait en lui) et qui, perdu dans la foule, erra durant trois jours dans une ville qu'il ne connaissait pas. Jusqu'à ce qu'il retrouva, à l'issue de cette errance (on dit par intuition) les membres de sa famille inquiète.
Oui, dans ce sens, et sous ces conditions, nous comprenons ce que l'assertion-titre veut dire. L'affection de proches ou pour un proche déconstruit les afflictions.
Mais qu'en est-il de cette affectation physique qui réduirait l'affliction ? Comment la maladie peut-elle résoudre le malheur ?
Nous savons que des altérations de capacités physiques ou mentales provoquent des compensations. Ainsi, quand des neurones sont déficients, le chemin du signal neuronal change. Il me revient ce cas, et j'en parle dans l'une de mes chansons, d'une personne née sans bras qui avait développé une grande "dextérité" de ses orteils, ses pieds jouant parfaitement la fonction des mains. C'est aussi le cas du pianiste de jazz, Ray Charles. Aveugle, il reconstituait "l'image", la représentation, de son environnement seulement à partir des sons qui lui parvenaient. Là où personne ne voyait l'oiseau derrière la vitre, lui l'avait entendu et signalait sa présence. Les exemples ne manquent pas.
Mais il s'agit peut-être d'autre chose. Je pense à ce cas où la personne, lors d'une randonnée en montagne, très préoccupée par son incompétence à se diriger la nuit, forçait sa marche le soir venu alors qu'une cheville endolorie la faisait souffrir. Elle en oublia même cette douleur qui, dans d'autres conditions l'aurait arrêtée, en l'empêchant de marcher.
Il y a donc bien, là aussi, des affections physiques qui stoppent des afflictions. Nous connaissons tous ce type de cas où nous avons dépassé quelques afflictions alors qu'une affection nous tourmentait davantage.
Mais allons plus loin. Ce qui existe au physique existe tout autant au moral. je rappelle cette expression qui m'est si chère : "La vision guide mes pas !" C'est bien, au physique, la vision du but qui me fait avancer alors que j'apprends la pratique du vélo ou autres. Nous savons qu'au plan psychologique il en va de même. La représentation mentale du but, de mes propres capacités et des contraintes environnantes est déterminante dans la décision de mon action et de ma façon de faire.
Hé bien, en la matière, nos affections mentales, comme la peur, l'envie ou le doute, rédhibitoires pour passer à l'acte, peuvent nous être utiles quand les circonstances s'y prêtent. C'est justement le cas quand l'affliction que l'on voudrait résoudre (ou dépasser) se fait trop gênante, trop prégnante, voire obsessionnelle. Une personne, en balade accompagnée en haute montagne, alors qu'elle était affectée de vertiges, associés à une peur panique du vide, se trouva prise dans un orage. Elle fut pourtant en mesure, en dévalant les éboulis, et donc une pente vertigineuse, de montrer à ses collègues la voie à suivre pour s'échapper au plus vite de la zone d'orage. 
Sortis de cette situation dangereuse, chacun lui demanda comment elle avait fait pour se transcender ainsi et inventer cette solution radicale. Elle répondit qu'elle ne savait pas, et avait eu trop peur. Elle s'était revue subitement toute jeune, dévaler des terrils en les "skiant carrément" dans ses chaussures. Elle avait donc, par peur, retrouvé cette attitude et ne se souvenait même pas comment elle avait "skié" ces éboulis.
Mais pour ce faire, il faut des conditions particulières, et il est indispensable que les souvenirs "portent" l'espoir de solutions. C'est à ces moments que l'on trouve, ou retrouve, un savoir-faire atypique. Des occurrences, comme les éboulis, sont là. Elles sont identifiables à du connu... comme la poussière des terrils par exemple.
En fait, comme le disait Marc Aurèle, ce ne sont pas les choses qui nous gênent mais le regard que nous leur portons. En fait aucune affection en tant que telle n'est préjudiciable au succès contre une affliction. Elle peut même constituer une véritable opportunité.
Il n'est pas rare que ce soit, comme dans cette histoire, la faiblesse qui soit la porte du succès. C'est bien à cause d'une irrésistible peur du vide, que la personne, prête à y succomber, vit la solution revenir du fond de sa mémoire : skier le terril !
Oui, nos freins sont le doute, l'envie et la peur, mais ces freins sont aussi des chemins d'opportunités, des passages pour vaincre des afflictions plus grandes encore. Notre héros a bien dit qu'il ne se souvenait pas comment il s'y était pris. Seule la vision du terril l'avait occupé et qu'il avait refait ce qu'il avait fait avec bonheur gamin. Lâcher prise sur le réel actuel permet de laisser monter toutes ses connaissances intuitives. Cela s'appelle aussi de la folie, ou bien de "la sagesse". Lâcher prise et accueillir l'enfant qui est en nous pour qu'il nous indique la réponse à la situation, bien de sages anciens l'ont préconisé...
Alors j'aime à me rappeler que nous n'avons à viser que la sagesse et la beauté sans jamais se faire une obligation de rien... C'est me semble-t-il le vrai lâcher prise : sortir de toute réflexion raisonnable pour laisser monter ce qui sommeille en nous.
Voilà pourquoi et comment une affection peut arrêter une affliction...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 30 juin 2020




mardi 23 juin 2020

"De quoi avons nous donc tellement faim ?"

"Si les gens savaient que, comme l'affirmait Dale Carnegie, les meilleurs interlocuteurs sont ceux qui écoutent. Les autres bavardent, le regard sur leur nombril. Il y a un mot, je crois de Mère Térésa, qui trouvait que celui qui n'a rien a dire parle beaucoup." Voilà des propos de mon frère Alain, philosophe, auteur et enseignant en Pennsylvanie et Virginie occidentale. C'était lors d'un de nos nombreux échanges. Il le synthétisait ainsi : "De quoi avons nous tellement faim ?" Face aux événements sociaux actuels, c'est bien la question sociologique que je me pose aujourd'hui. Alors, regardons de plus près.
Souvenons-nous alors que dans la réponse à nos deux variables que sont la culture (nos représentations) et la nécessité (l'utilité), nous agissons simplement par peur ou par amour. Le tout est effectivement de savoir de quoi avons-nous faim pour ce faire.
Dans le "connais toi toi-même", il s'agit moins pour Socrate de découvrir ce que l'on est, que de le réaliser, de l'inventer, de le décider. Comme le disait Gandhi : "Deviens le monde que tu souhaites voir venir". Il s'agit donc là de se réinventer chaque jour, de se recréer au delà de tout ce qui existe encore et que nous ne voyons pas. Mieux que possible, c'est souhaitable ! Mais quelque chose retient notre spontanéité...
L'Ego est une expression mentale : celle d'une représentation que l'on peut avoir de soi-même. Elle peut être surdimensionnée, et donc alors, le pendant de la peur de ne pas être. L’Ego n'existe pas en tant que tel. Il est la tendance comportementale portée par l'orgueil et la cupidité (avidité). Il dépend bien d'une sensation d'exister ou pas. Il est aussi ce qui est (et représente) la part du mal dans toutes les philosophies spiritualistes.
L'égoïsme est cette porte qui s'ouvre vers les frustrations, avec son cortège de sensations absurdes comme la possession (propriété), la jalousie, la violence, la haine, la colère, etc. Mais on le retrouve quelque peu aussi dans la culpabilité, le remord et la honte, notamment.
La porte de sortie est le lâcher prise pour laisser venir la connaissance, et donc voir ce qui est. C'est une voie vers l'équilibre des passions par l'humilité (ou conscience réelle de soi), la bienveillance, la compassion, l'altruisme, l'écoute, la contemplation, le sens de l'impermanence des choses et de soi-même. “L’Ego-moi” est une illusion. Il n'est en fait que la part sombre de chacun, sa part de dépendance (plus ou moins) volontaire.
En politique, par exemple, il faut "polariser" un démon pour se "sanctifier" ! Le peuple dès lors saura bien choisir... Manipulation ? Il faut bien se distinguer de tout ce qui nous ressemble, ou à quoi l'on ressemble tant...
Pour ma part, je me suis trop longtemps senti, et même encore parfois, le "petit Quinquin", le plus jeune de ma large fratrie, qui avait toujours à prouver qu'il pouvait faire comme ses aînés. Je devais obtenir le Brevet d'Etudes du premier Cycle sans rien rater. Je devais obtenir le baccalauréat du premier coup, et si possible avec mention. Je devais réussir l'obtention du permis de conduire dès la première tentative, et tout ceci comme mes frères et sœurs l'avaient fait. Etc... Réussir consistait seulement à être conforme. Si je ne l'avais pas fait, je n'aurais peut être plus été vraiment de cette fratrie. Et si je le faisais il n'y avait aucun succès, aucune conquête, aucun exploit. C'était juste normal, et nécessaire.
Je me suis donc bien souvent, et trop longtemps, senti un peu comme un usurpateur, pas vraiment à ma place, jamais en position de force ni légitime. Je me suis bien trop senti à la place modeste de l'ordinaire et du banal, seulement assis sur les strapontins de la vie. Le fait d'avoir été élevé dans une culture du péché originel n'a fait qu'accroître cette sensation de mésexistence. Je me trouvais juste engoncé dans le moule de cette bienséance que j'exécrais, parce qu'elle ne m'accordait justement aucun regard bienveillant ni aucune attention. 
J'ai donc fui ce qui ne m'aimait pas, dans la direction d’un territoire neuf qui ne me demandait rien d'autre que d'être et de vivre ma vie. J'étais bien dans le silence du secret et du nulle part. Je pouvais y avoir les relations humaines et "expérientielles" que je voulais, sans pré-jugement, ni place à combler. J'en ai joui au-delà de toutes limites. Car je voulais voir, savoir, connaître, ressentir, vivre et vibrer. Je l'ai fait en passant souvent les lignes... et je ne regrette rien. J'ai vécu cette réalité sur la longueur, comme je l'ai écrite et chantée dans "Tu nesauras jamais qui je suis" :
   J’ai connu la violence la haine et la misère
   J’ai bâti ma patience comme une arme de guerre
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses,
   Tu ne sauras jamais qui je suis
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses…

   J’ai appris des serpents la morsure et des singes les grimaces
   Des abeilles la brûlure et le miel de mon enfance
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses…

   J’ai pris les blessures de la folie et du mépris
   Si l’amour me rassure je me méfie de son cri
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses…

   J’ai perdu des amis que la mort nous arrache
   Je déguste depuis ma vie je défais mes attaches
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses…

   Le visage du monde me glace souvent
   Des bonheurs simples tombent … sous le tragique du temps
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses…

   J’ai vu l’horrible et l’indicible… et le miracle du fait d’y croire
   La solitude n’est pas ma bible … mais le silence est mon histoire
   Quoi que je dise … quoi que tu fasses…
Alors, dans ce long et vif parcours, bien que traînant la posture d'usurpation du petit Quinquin (puisque émancipé de ma place dans "l'ordre des choses"),et bien que trimbalant l'impression d'inutilité, parfois même d’inexistence ou de "pas à la hauteur", j'ai tracé ma route sans lâcher jamais aucune de mes convictions, aucune de mes valeurs, de mes combats, de mes exigences... soit rien de mon essentiel. C'est comme ça que j'ai fait vibrer la vie et vu la lumière. Toujours cette lumière au fond du cœur et un drapeau noir au fond de l’œil, celui des pacifistes libertaires, des fédéralistes humanistes, j'ai appris, travaillé, bâti, sans hésiter, ni jamais me retourner.
Aujourd'hui seulement, je le fais sur ce parcours. Est-ce encore un peu tôt ? C'est possible. Mais je suis heureux d'avoir fait tout cela, d'avoir parcouru tous ces chemins, d'avoir goûté à tous ces fruits, fussent-ils parfois défendus. C'est la somme de tout cela qui m’a permis ces pensées, et donné ces représentations du monde. Elles constituent des réponses à mes propres questions, parfois partagées, et parfois comme des revanches du petit Quinquin.
Alors, en miroir, je me pose la question de fond, même si je crois le savoir pour moi. Mais... “De quoi avons nous donc tellement faim” ? Pour quel type de festin nous levons-nous le matin ? Quel vide voulons nous combler et par quoi, combien et pourquoi ? Merci de cette question profonde, Alain.
Ainsi, rien n'est dit, rien n'est posé, rien n'est certain. Tout est de l'instant, de passage et impermanent... De fait, on pourrait laisser passer l'été, et voir ensuite si je reviens ou pas. Savoir si je reviens continuer ce parcours de partage de ces réflexions qui me traversent et m'arrivent de je ne sais où. Car je sais que je ne sais pas très bien, comme l'expliquait Rimbaud, d'où cela vient et où cela va... et surtout aussi à quoi cela sert et même si cela sert ! Chacun dira pour lui et selon lui...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 23 juin 2020



mardi 16 juin 2020

Nos certitudes font réalité

Je retrouvais quelques connaissances, collègues et amis, sur le parvis d'un établissement où nous attendions de participer à un événement. Et que font les gens qui se retrouvent ? Ils se donnent quelques nouvelles, en demandent à ceux qu'ils ont plaisir à revoir. Ensuite, on attaque les actualités. C'est là que les convergences et les divergences apparaissent.
Plus le sujet est global, ou sociétal, et plus l'investissement en termes de croyances apparaît comme un pilier de la réalité. En l’occurrence, le sujet du jour était l'épidémie du coronavirus, et donc les discussions allaient bon train sur les consignes censées éviter la propagation du virus.
Quelques-uns étaient les tenants d'une pratique rigoureuse des recommandations, quand d'autres s'en détournaient allègrement. Les uns invoquaient les principes de contaminations virales quand d'autres s'attardaient sur la véritable dangerosité du virus. C’est à ce moment qu’un tiers évoqua une étude qu'il venait de lire...
Elle disait que la létalité de ce virus n'était pas plus importante que celle d'un virus d'une grippe ordinaire, que le développement de l'épidémie à Wuhan venait du confinement de toute une population, (qu'elle soit saine ou touchée). C’est dans ces conditions de concentration forcée que tout le reste de la population avait été contaminé.
Un participant affirma, coupant court à la restitution, qu'il n'existait aucune étude crédible, à l'heure qu'il était. La discussion polie continuait, chacun affirmant ses croyances et ses certitudes. Plus la conversation se déroulait et plus apparaissait le fait que l'on commençait à toucher à des "fondamentaux", et donc à du "sacré". Simultanément, et à partir de ce moment, les injonctions et les assertions se firent toujours plus radicales, sinon définitives...
Pour certains, il était évident que le virus présentait une forte dangerosité et de ce fondamental là, découlait tout le reste des raisonnements. Pour d'autres, il ne représentait qu'une faible dangerosité et le gouvernement prenait prétexte de ce phénomène pour effacer les "sujets qui fâchent". Il en allait ainsi des violences policières sur les manifestantes féministes et pacifistes. Le même argument valait pour le passage en force de la loi sur la refonte des retraites, mais aussi pour la perte de vitesse du mouvement présidentiel, etc.
Nous comprîmes assez vite alors, que la discussion se limitait, pour chacun, à ses seuls fondamentaux, à des "croyances" essentielles. Le reste devenait accessoire. Nous vîmes ainsi combien certains pouvaient aller jusqu'à nier les éléments qui étaient défavorables à leurs prémisses. Les mêmes ne manquant pas d’affirmer, fût-ce vainement, que ce qu'ils savaient était vrai, sans autre forme de preuve. Il s'agissait bien de défendre quelques éléments apparaissant alors comme du domaine du "sacré ", et donc, par voie de conséquence, ils devenaient aussi fondamentaux, qu'essentiels...
Ce type d'échange n'est effectivement ni original, ni particulier. Nous en avons connus de semblables lors d'autres conversations. Il apparaît que ce qui s'y "transacte" essentiellement, comme le montrait Rodolphe Ghiglione, ce sont les fondamentaux, les "d'où je parle", peuplés de certitudes et de sacrés. Il ne s'agit pas, en l'espèce de tenter de convaincre son interlocuteur, ce serait vain… Tout au plus, il s'agit d'affiner certains de nos propres sacrés, d'apprécier et mieux comprendre d'où l'autre parle, quels sont ses invariants, ses fondamentaux, ses croyances sacrées, son ''critérium'', comme le nommait Schopenhauer.
Mais la communication sociale a aussi un effet constructeur et bien souvent à notre dépend et contre nos certitudes et nos croyances. Les publicitaires ne le savent que trop... Il y a des constructions de sens passant insidieusement par les termes et les mots qui finissent par habiter nos consciences. Les linguistes Sapir et Whorf indiquaient que la langue donnait forme à la culture. Le sociologue Jerome Bruner en fit un développement très juste dans son ouvrage "Quand la culture donne forme à l'esprit".
Je pense, ici, à la communication gouvernementale durant le confinement, communication qui s'est d'ailleurs poursuivie ensuite… C'est à cette occasion que nos dirigeants nous ont "invités" à une "distanciation sociale". L’objectif annoncé était clair : il fallait que nous ne nous contaminions pas, et que nous ne soyons pas contaminés. Mais de quoi s'agissait il en fait ? Il s'agissait simplement d'une ''distance physique d'hygiène'', suffisante pour éviter les contaminations.
Il ne s'agissait certainement pas de distanciations sociales, celles dont la culture nous habille, lors de nos rapports sociaux : il y a une distance entre les gens qui, si elle est très grande n'indique pas la rencontre, et donc la nécessité de se saluer.
Puis il y a cette distance plus proche où la rencontre est considérée comme ayant lieu. Alors nous nous saluons.
Et puis il y a celle-là, plus proche encore, où la conversation s'invite. D'ailleurs, si vous ne parlez pas, le malaise s'installe jusqu'à ce que les gens, gênés, préfèrent s'écarter.
Et puis, il en existe une autre encore plus proche, que l'on nomme l'intime. Ces distances culturelles changent avec les cultures et les environnements. Certes, la distance intime n'est pas la même pour un Touareg dans le Sahel et pour un Parisien dans le métro...
En nommant et en déterminant la distance physique d'hygiène des corps ''distance sociale'', on indique deux choses :
- que les gens n'ont pas d'identité sociale réelle, qu'ils ne sont que des objets, des individus. Donc il n'y a qu'à les diriger comme un troupeau, ou les rouler comme des cailloux...
- que la logique sociale officielle est une logique mécaniste, celle là même qui tue l'individu pour mieux le comprendre. Il n'y a donc rien à en attendre. Dont acte...
Et si vous ne comprenez ni l'une ni l'autre de ces assertions, vous pouvez avoir un sentiment confus que ces notions vous échappant, vous seriez peut-être trop idiot ou trop inculte pour décider...
C'est peut-être justement ce que veulent ces gens qui nous dirigent... ("Laissez-nous faire ! Nous savons ce qui est bon pour vous"), en d'autres Termes, :"On s'occupe de tout, on s'occupe de vous". Mais ceci est un autre article.
Dans un tout autre contexte, quelques amis s'étonnaient de la très grande disparité de croyances et de la multitude des postures politiques et sociales dans ma famille. Certains me dirent alors que les repas de famille devaient être de vrais spectacles ! Je répondais qu'il n'en était rien, que chacun savait ce qui était du domaine de l'essentiel pour chacun des autres. A partir de là, on les respectait, on les écoutait et débattait avec eux, en fonction de ces éléments. De ce fait, chacun était en mesure "d'attraper" les éléments du discours de l'autre, de les discuter à l'aune des fondamentaux "mis en commun", sans anathème, sans jugement, ni catégorisation de quelqu’ordre que ce soit. C'est une autre façon, aussi, de vivre la tolérance.
Dès que nous avions compris que les fondamentaux de chacun étaient bien du domaine de son "sacré", qu'ils "faisaient socle", voire participaient même à sa construction identitaire (c'est cela aussi le sacré), aucune critique à leur égard, aucune déconstruction ne pouvait être entreprise, envisagée, ni même évoquée. Tout le reste pouvait être discuté et débattu en corrélation avec ces réalités-là.
C'est, chez nous, une pratique ordinaire largement partagée dans notre famille nombreuse. Ainsi le croyant convaincu partage avec l’athée. De même, l'enraciné très à droite sera en capacité d'entendre celui qui se positionne très à gauche. Cela vaut pour le catholique avec le protestant, le lacanien avec l'augustinien, le pragmatique avec l'idéaliste, le saint-simonien avec le libertaire, le jacobin avec le girondin, et tous s'aiment, s'apprécient et s'adorent. Un peu à l'instar de la célèbre phrase de Saint-Exupéry : " Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m'enrichis !"
Il semblerait que, dès lors que l'on applique pour soi le bon sens stoïcien, tout se passe parfaitement bien dans le respect des autres et de soi-même. La philosophie, cet amour de la sagesse, est bien de trouver le courage d'agir sur ce sur quoi nous avons la main, d'avoir l'humilité d'accueillir ce sur quoi nous ne l'avons pas, et d'avoir ladite sagesse de bien faire la différence entre les deux.
Vous avez dit… tolérant ? Ceci me rappelle les quatre accords Toltèques :
- Que votre parole soit impeccable
- Quoi qu'il arrive, ce n'est pas vous
- N'en faites pas toute une fable
- Faites de votre mieux toujours...
Mais, je me demande si nous ne devrions pas compléter ces accords-là par quelques sages propositions populaires vraiment stoïciennes :
- "Ne jamais oublier que nous faisons bien trop souvent partie du problème." (Simon Sinek, conférencier)
- "Toutes les personnes qui ont réussi dans la vie ont eu à un moment donné un rêve." (Proverbe Maricopa)
- "Ne jugez pas votre voisin jusqu'à ce que vous ayez marché pendant deux lunes dans ses mocassins." (Proverbe Cheyenne)
- "La force, même retenue, engendre la résistance." (Proverbe Lakota)
Il est sûr aussi que bien d'autres propositions populaires sauraient être ajoutées. Chacun le fera donc...
Jean-Marc SAURET
Le mardi 16 juin 2020