"Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Sur cela, nous avons la main et c'est là toute la puissance de notre pensée ! " Après avoir durant des années posté ici réflexions et conseils sur le management des organisations, je livre aujourd'hui une vision de la réalité, au plus profond de soi même sur l'être et l'univers. Profitez ! Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : à l'expresse condition d'en indiquer chaque fois la source et de ne pas en faire commerce, chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite.

Changer de société (17 03)

L'époque que nous vivons n'a rien à envier à celle de l'inquisition. Depuis la crise de confiance sur les traitements sanitaires, les comportements politiques de nombre de dirigeants, en France comme ailleurs, me font penser à cette ère du grand saint Dominique venu d'Espagne pour "défendre" la foi catholique. En effet, la confiscation de la liberté d'expression se fait sous le dogme d'une théorie scientiste à la couleur scientifique et d'ordre religieux. Les pressions excluantes sur les dissidents, les condamnations professionnelles, le développement d'une pensée unique (voire inique) et le traitement totalitaire des points de vue questionnant, disqualifiés en complotisme, tout ceci rappelle la période dominicaine du traitement des dites hérésies, Gnostiques, Albigeoises, Pauliciennes, Bogomiles, réformées et autres

L'effacement de toutes contradictions, de tout questionnement des dites "évidences" derrière la pensée scientiste dite scientifique, me font penser à celle qualifiées de vérités pures par l'adoubement dans les propos des prélats cléricaux et autres. Je repense à la manière similaire dont ont été traités l'astronome Galileo Galilei, le philosophe Baruch Spinoza et plus récemment les professeurs Raoult, Péronne, Montagnier et bien d'autres. Il ont été discriminés, attaqués par le conseil de l'ordre et autres autorités instaurées pour ce que les "détenteurs de la vérité" considéraient comme de la dissidence. Elles ont calomnié, insulté et professionnellement empêché, voire condamné ces diffuseurs de pensées libres et d'analyses, et ce par pure idéologie d'un "relégare" officiel et dogmatique. Le phénomène se répète inlassablement en fonction des intérêts financiers, de pouvoir, ou autres.

La puissance d'un système "dogmatique religieux" réside dans le doute, la douleur, la culpabilité et les peurs qu'il instaure depuis son enfermement, mais aussi dans la panacée obligatoire qu'il prodigue pour se soigner du mal qu'il a lui-même élaboré et propagé. C'est là un système qui s'auto promeut pour se maintenir. Il vit de lui-même au dépend de ce (ou ceux) qu'il prétend "éclairer".

Nous voici face à un système sociétal toxique, totalitaire, discriminant, mais aussi manipulatoire. Il en est simplement inacceptable et insupportable. La première réaction qui nous vient est de pratiquer une rupture violente, une déconstruction, voire une révolution. Mais comme la violence génère de la violence, nous y risquons aussi notre vie, celle de nos proches et bien sûr notre avenir, autant que celui de la vérité à comprendre et à défendre. Par ailleurs cette démarche tend, par réaction, à perpétuer ce paradigme violent qui nous est insupportable. Ainsi nous installerions les moyens de sa pérennisation.

En fait, la solution durable commence dans la prise de conscience de ce qui se passe. Il s'agit simplement d'un lâcher prise total. Je repense à un amis pacifiste de plein cœur qui lors de son service militaire, fut envoyé en éclaireur lors d'une manœuvre. Surpris par un bruit dans les fourrés, il y a braqué son arme et a réalisé que si quelqu'un était sorti, il aurait tiré. Bien que chargé à blanc, confronté à sa conscience, il a rejoint son bataillon, à planté le canon de son fusil en terre et a dit à la troupe et aux officiers qui étaient là : " Je ne joue plus..." Et il s'est assis par terre avec un tel aplomb que les gradés l'ont laissé là et ont poursuivi l'exercice.

Je crois bien que si, nous aussi, nous arrêtions de jouer, il n'y aura personne pour nous contredire. C'est d'autant plus vrai que nous sommes les plus nombreux. Mais ce n'est pas tout ! Comme il l'est évident dans la pensée bouddhique, la vérité libère et renverse les mensonges qui la condamnent. Elle triomphe toujours. Il suffit d'un peu de patience, laquelle est aussi utile que nécessaire. C'est aussi ce que proclame le proverbe sud-africain : "Quand le mensonge prend l'ascenseur, la vérité prend l'escalier. Elle finit par arriver et s'impose toujours." Car si la vérité est la lumière, elle dissout l'ombre dès qu'elle apparaît.

Je pense souvent à cet ami et à son histoire. Ma réflexion, en l'espèce, me conduit davantage à déterminer le “comment arrêter de jouer”, plutôt qu'à envisager les réactions de ceux qui tiennent les rênes de cette société. Une société qui décidément ne nous convient pas. Comme l'avait dit Schopenhauer, toute nouveauté est d'abord dénigrée, puis combattue et enfin acceptée comme une évidence. Je crois que l'influence des minorités actives, comme l'a développé Serge Moscovici, [le père de Pierre et l'un de mes professeurs à l'EHESS], est aussi déterminante que puissante.

La vérité n'est pas la pensée ou la vision d'un groupe, un récit plus "juste", mais la conviction de ce qui la pense (une conscience universelle), plus et au delà de "ceux qui la pensent", c'est à dire la consistance de cette conviction du réel.

Dans sa description, le professeur Moscovici montre comment la consistance d'un groupe minoritaire fait trembler les bases de certitudes de la majorité jusqu'à ce qu'elle soit "contaminée" et commence à intégrer les éléments de valeurs du groupe minoritaire. Mais je dois aller plus en profondeur : est-ce l'individu qui réagit et révolutionne, même sous influence ? Ou est-ce quelque chose qui relève d'une autre dimension ?

Quand je dis que nous sommes une parcelle de l'univers, j'invite à considérer l'univers comme une ruche ou une fourmilière. Ce n'est pas l'abeille ou la fourmi qui constitue l'entité de base. De la même façon, ce n'est pas nous, comme individus, mais la ruche et la fourmilière qui la sont. Donc ne vous considérez pas comme l'individu de base mais comme une parcelle de l'univers. C'est lui qui est l'entité de base. Nous ne sommes, en tant que personne, qu'une cellule de l'univers comme le sont chaque cellules (endogènes et exogènes) de notre corps, comme l'est chaque goutte de l'océan. Nous relevons d'une entité globale qui nous dépasse, une entité transcendante. C'est d'elle et par elle que nous sommes, que nous pensons, agissons et réagissons.

Alors, est-ce bien “nous-mêmes” tels que nous nous concevons qui agissons et interagissons?... À moins qu'il ne s'agisse que de quelque chose d'autre qui nous dépasse et nous transcende ? Je pencherais pour cette seconde hypothèse et que ce soit la conscience universelle, dont nous sommes quelques parcelles. Nous voilà parvenus à la “cause" et donc à la raison pour laquelle nous avons la sensation de la providence qui subvient et répond à nos besoins. Voilà pourquoi nous avons la sensation de l'intuition, et donc de la conscience universelle. Voilà ce qui fait que nous "sentons" ce qui va se passer, que nous ressentons “qui” est cette personne que nous rencontrons pour la première fois. Et si l'égo s'en mêle, nous pouvons certes nous tromper, ou nous abuser nous-même.

Voilà pourquoi nous sentons comment va être cette journée qui commence à peine alors que nous sommes encore dans notre lit. Voilà pourquoi nous avons cette sensation de "réalité vraie", d'une évidence quand une problématique complexe se présente, etc...

Ainsi, avons nous à nous soucier de ce qui se passe, de quand devrons nous agir pour que changent les choses, pour la résolution plutôt que la révolution, savoir ce que nous aurons à faire ? Non, nous avons juste à être conscient de ce qui est et de persévérer dans nos sensations, dans la certitude de ce qui est là et de ce qui va se passer, dans la certitude de nos intuitions profondes, de nos sensations du réel. Elles sont, comme les synchronicités chères à Jung, des fragments venues de l'univers, quelques échos "entre les temps", des messages de la transcendance, l'entité fondamentale dont nous sommes

Toutes ces informations, sensations, intuitions, sont des parcelles de l'univers qui "est aussi nous-même". Ainsi, nous les entendons si nous sommes à notre place, c'est-à-dire à l'écoute du plus profond de nous mêmes, là où se trouvent l'univers et les dieux. Ainsi, la société change tant parce que nous en ressentons l'utilité, ou l'urgence, que parce que nous la vivons et la ressentons. Et ce puisque nous sommes "parcelles de l'univers", là où tout se décide, se choisi, se produit. Nous en sommes !...

Si nous gardons en mémoire que "le tout est dans la partie", comme le propose le Kybalion ou la sagesse bouddhiste et d'autres encore plus anciennes ou actuelles, alors, ce qui se produit dans la conscience individuelle participe à la conscience collective. Ainsi, si je me rends compte de quelque chose de particulier, ceci participe à l'incrémentation de la conscience universelle redistribuée à toutes et à tous, et à plus encore. De même si je m'enferme dans mes croyances, elles seront ma réalité. Paracelse avait écrit : "L'homme est ce qu'il pense et la chose qu'il pense devient réalité."

Penser librement, de manière sincère et indépendante, devient donc une obligation tant éthique et philosophique que pratique. C'est là quelque chose du devoir de chacun. Je pense à la maîtrise de toutes contraintes, comme la peur, susceptibles de modifier notre conscience. Et je pense aussi à la responsabilité de chacun dans la construction de notre réalité partagée. Assurer sa propre protection d'influences perverses ou néfastes devient donc une obligation, voire une nécessité, pour l'humanité, mais aussi un devoir de sagesse incontournable afin de sauver l'interaction entre chaque personne et l'univers. Répétons le : chacun est la parcelle contenant le tout. C'est ainsi qu'adviendra ce monde qui nous occupe, voire nous "préoccupe" et que rendra réel la paix retrouvée de nos âmes.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 17 mars 2026

Lire aussi : " Comprendre, ressentir et donner à voir " 


Nouvelle publication de Jean-Marc SAURET (12 03 26)

 


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Jean-Marc SAURET

jeudi 12 mars 2026

Le néolibéralisme et nous ... (10 03)

Et si la problématique du néolibéralisme était simplement son "comment" et son "pourquoi", c'est à dire qu'elle s'épuiserait dans l'objet "argent-consumérisme" ? Nous touchons là, me semble-t-il le cœur du problème : l'accumulation sensorielle et matérielle. Il semble bien, selon les travaux de Sébastien Augé, que ce "consommable" soit prispar une élite pour un outil indispensable. Par cette “manière”, elle organise sa propre rareté et crée ainsi en chacun une certaine appétence pour ce moyen,... qu'elle tend à confisquer par ailleurs. 

Cette élite dominante a posé son point de vue comme un absolu de vérité. Nous savons que l'argent cumule, en tant que tel et en lui-même, des conditions de tensions sociales, porteuses de bien des soucis de notre fin de civilisation. C'est comme si l'argent produisait le néolibéralisme ou si le néolibéralisme était l'esprit de l'argent. Je m'explique.

La finalité du néolibéralisme ne semble pas être autre chose que la consommation au bénéfice sans limite du vendeur. Elle a pour conséquence une accumulation desdites "richesses", associée à la dissolution de l'esprit dans la matière, quand ce n'est pas dans son usage. Nous savons que ce qui compte vraiment dans notre "pulsion à agir" est la perspective d'un réel atteignable (d'où par exemple l'idée d'un "rêve américain"). Si un objet est en perspective d'un projet, si cet objet est séduisant, alors les gens se lèvent et marchent vers le succèsque promet cet objet, fût il immatériel. 

Je pense ainsi à l'idée de "l'éveil" chez les bouddhistes ou à celle de la "résurrection de la chair" chez les chrétiens, voire à celle de "la lumière" chez les philosophes antiques. Ce fut aussi le cas de la richesse, avec la perspective d'un enrichissement personnel, ou celle de la jouissance matérielle dans le néolibéralisme. Le fait est, pourtant, que ce qui constitue la pierre angulaire du bonheur n'est pas ce que l'on a, mais ce que l'on est (voire l'idée que l'on s'en fait).

Ici, l'argent est devenu un système en soi qui s'autorégénère. Il est devenu le moyen indispensable à la vie de la société néolibérale. Certains arguent qu'avant la monnaie existait le troc et que c'était là le premier moyen de réguler et d'organiser les échanges. Le système sous-entend que le primat de la propriété personnelle, associé à la régulation des échanges serait le fondement de toutes sociétés. 

Mais les sociétés premières nous rappellent le contraire : c'est bien l'individualisme moderne qui est à l'origine de la compétition et de la concurrence, et donc de la propriété individuelle. Souvenons nous de ce concept d'Ubuntu qui régit les sociétés bantous sud-africaines et qui signifie que sans les autres nous ne sommes pas”. Nous dirions "moins que rien".

Le néolibéralisme nie ce type d'organisation sociale et ne le comprend pas. Comme si une société était forcément individualiste, concurrentielle et compétitive. C'est, cependant là toute la dimension fondamentale du néolibéralisme, voire même sa définition qu'elle pose comme une vérité réelle. Sans ce fondement là, la société humaine serait bienveillante, solidaire et fondée sur l'entraide. 

L'anthropologue Margareth May n'avait elle pas signifié que la première preuve d'une société humaine civilisée était un fémur réparé ? C'était là, selon elle, la preuve d'une entraide, d'une solidarité entre des membres d'un groupe, soignant et aidant celui qui ne pouvait pas subvenir à ses besoins ni se défendre, simplement du fait qu'il était un autre "soi-même", un membre de la tribu, de la famille...

Ceci nous indique que la preuve de l'existence d'une société humaine réside dans les traces de bienveillance, d'entraide et de solidarité. Justement ce que le néolibéralisme ne connait pas. Ainsi, pourrions nous dire que le néolibéralisme est une régression sociétale, un appauvrissement des valeurs humaines, sinon la marque d'un effondrement social et humain. Ce qui semble porter le fondement d'une société humaine serait donc bien des valeurs qui la transcendent, comme la bienveillance, l'altruisme et la solidarité, c'est-à-dire la recherche d'un monde meilleur qui constituerait un objectif de vérité.

Un jour, j'ai recueilli cette confession apparemment tout à fait sincère : "Après trente cinq ans en maçonnerie à travers deux rites, deux obédiences, plusieurs ateliers et de nombreux voyages en loges, en guise de recherche de la vérité qu'on y affichait comme une socle déontologique, j'ai plutôt rencontré des certitudes d'avoir raison, tout en proclamant une saine et pure volontés de recherches de sagesse ou de vérité." Je dois avouer que c'est la particularité de bien des groupes humains. Ma carrière de sociologue me l'a tant de fois confirmé. Tous ces groupes sociaux qui voudraient se singulariser et se distinguer, ne sont que néolibéraux.

Ainsi, dans ce néolibéralisme dominant, il s'agit de renforcer une confiance en soi, indispensable et totalement déficiente. Cela se fait par la dissolution personnelle dans la masse des individus et de la matière. La fierté d'être se dissout dans le pansement des incertitudes. Ici, la fragilité identitaire se fonde dans un individualisme clivant. Ainsi, nous nous rendons bien compte que lorsque l'objet en point de mire se délite, la perspective tombe et l'action s'arrête dans une dissolution sociétale.

Nous pouvons dire alors, que le néolibéralisme produit et reproduit ses propres chapelles de perpétuation. “On” en tire et “il” en tire le système cloisonné qui les caractérise, nécessairement individualiste et matérialiste, tout en se colorant des vertus d'un absolu transcendant. Donner l'impression d'un retour des valeurs fondamentales de la société humaine (la solidarité, la bienveillance et l'altruisme) tout en les évitant soigneusement, perpétue au sein de la société un néolibéralisme mortifère pur et dur. 

Je ne dis pas qu'il est impossible à des personnes de bon sens d'exister en marge du néolibéralisme. Je dit juste qu'il n'est pas cela et qu'il combat et détruit toute tendance à vivre ces valeurs essentielles de bienveillance, de solidarité et d'entraide altruiste parce que le néolibéralisme les considère extérieures à la réalité sociale, voire même excluantes et disjointes…

Voici juste un “petit” exemple, pour conclure, un marqueur témoin, celui de la protection sociale collective. Depuis sa création, que l'on peut qualifier de géniale, en cet après-guerre de 1945, le système année après année n'a de cesse, sous le sacro-saint couvert budgétaire, de limiter ses extensions… Elle fut pourtant, un temps, qualifiée de “Universelle”... nous en sommes bien loin aujourd'hui !

Jean-Marc SAURET
Le mardi 10 mars 2026

Lire aussi : " Comprendre, ressentir et donner à voir " 


Les différents "moi" (03 03)

"Pouvez-vous me dire qui vous êtes ?" Voilà une question non gênante mais totalement irréaliste, presque inconséquente, voire piégeuse. Et pourtant, selon les circonstances nous répondons avec entrain et conviction ou avec embarras. Ce peut être "Je suis technicien chez XYZ, j'ai 35 ans et je suis dans cette entreprise depuis sept année à ce jour". Ce peut être aussi " Je suis le père de la mariée. Et vous ?". Voire encore "Je suis un des 550 habitants de ce village. Je participe à plusieurs associations locales". Ce peut être aussi "Je suis docteur en sociologie. J'ai fait ma thèse sur le management dans les centres de tri de la Poste, une commande du directeur général de l'époque. Depuis j'ai exercé plusieurs fonctions de consultant interne à coach, en passant par enseignant en management". Et ce peut être encore bien autre chose... comme "Je suis le suivant", voire "Je suis étonné !" Les réponses sont sans aucune limite.

On se souvient de la réponse de John Lennon adolescent à la question "que voulez vous être plus tard ?" Il avait répondu qu'il voulait être heureux. Son enseignant lui avait rétorqué qu'il n'avait pas compris la question. Ce à quoi le futur Beatles avait réagit par : "Vous n'avez pas compris la vie"...

De fait, il n'y a pas une identité absolue qui surpasserait toutes les autres. Si le contexte dicte certaines réponses, la référence de fond change "là d'où je parle" ou de "là où nous sommes"... Si je suis en fonction de consultant, de père de famille, de militant quelconque, de "sachant" sur un secteur particulier, ma réponse sera différente encore. Et je profite de la situation pour explorer d'autres références encore. Et si je répondais aussi :"Je suis la personne la plus heureuse, ou la plus triste, de cette joyeuse assemblée, ou du monde..." Ca aura aussi du sens et on dirait aussi beaucoup de sa pensée dans cette conversation. 

Disons que selon les circonstances d'homme séduit par mon interlocutrice, de tout jeune veuf dans cette cérémonie de deuil, de vainqueur ou de victime d'une situation, comme d'un procès ou d'une compétition, dans un challenge professionnel ou autre, je peux en profiter pour exprimer mes sensations et sentiments qui me déterminent et me positionnent en la circonstance.

Disons donc qu'il existe trois champ pour dire qui je suis et parfois, voire souvent, voire encore à chaque fois, ces champs s'articulent, se conjuguent. Il y a donc le moi rationnel et social, la place que j'occupe dans ce champ de circonstance. C'est ce que l'on décline lors d'un entretien d'embauche ou lors d'une réunion professionnelle ou politique.

Il y a le moi de circonstance qui déboule avec son vécu, ses émotions, ses avis et ses points de vue, voire ses réactions de circonstance, ses raisons de vivre et de mourir, etc. La nature de la relation impose son récit. Mon monde émotionnel aussi. Mes intentions locales ou de circonstance aussi. Mais il y a autre chose qui répond à mes intérêts à long et courts termes. C'est là que vous vous définissez à votre interlocuteur comme "de gauche", "de Droite", "croyant", "septique", "catholique", "bouddhiste", "musulman", "scientifique", "rationnel", "athée" etc... Et si la référence n'existe pas, vous trouvez d'autres mots pour le dire et imprimer votre vision dans la conscience de l'autre.

"Je suis un extrémiste anti religieux et adogmatique, profondément marqué par les expériences ayurvédiques" par exemple. Et là votre ou vos interlocuteurs, interlocutrices vous dévisagent avec un doute certain dans le regard. Quelques uns font un pas de côté et quittent la pièce tandis que quelques autres, voire très peu, se rapprochent et posent quelques questions surprenantes : "Vous n'êtes pas d'ici ?", "Seriez-vous agnostiques ? Franc-maçon ?", "Avez-vous vécu longtemps à l'étranger ?", "Quelles études avez-vous faites ?" Pour vos auditeurs, il faut combler alors ce vide ou trouble sémantique, disperser un doute perceptible mais raisonnable ...

Il y a donc l'ego, le moi de circonstance et d'autres moi et aucun n'épuise le sujet, aucun ne peut répondre assurément à la fatidique question. C'est pour cela, comme on le prête à certains interlocuteurs, comme les jésuites par exemple, qui répondent par une autre question du type "Que voulez-vous savoir exactement ?" voire "D'où tenez-vous ce postula ?" Il y a en effet des questions qui ne se répondent pas... Tout dépend du contexte !

Mais au delà de çà, il y a des rencontres qui nous bouleversent et modifient profondément notre sensation d'être, l'image que l'on a de soi, ou la confiance que l'on s'accorde. Ce peuvent être des rencontres avec des personnes singulières, avec des ouvrages particuliers, avec des paysages fortement émotionnels, voire des expériences particulières comme la confrontation avec la mort, la prise de risque, l'ayahuasca, un voyage en petit avion, en moto, à vélo, une vie en communauté, un stage de survie, etc... 

Ces expériences nous mettent en face de nous même mais chaque situation a ses particularités, et nous réagissons chacun singulièrement à ces particularités. Certains s'effondrent de peur, d'autres de plaisir et d'autres encore se posent des questions fortes, etc.

Et puis, certains rencontrent la profondeur du soi, font l'expérience du vide et de l'absolu, du grand tout, ou de l'absence profonde. Chacun à ses mots pour le dire. D'autres n'en ont pas mais vibrent profondément à ces souvenirs forts et déstabilisants, voire dérangeants. Ici, les mots ne disent plus rien et s'effacent. "Il faut le vivre !" rétorquent certains et je crois qu'ils ont raison... Et c'est peut être alors qu'ils ont fait l'expérience du "moi profond", là où se trouvent l'univers et les dieux : la conscience universelle.

Mais qu'est-ce que cette dite réalité ? Il n'y a de réalité, en effet, que mon rapport au monde. La "chose" ne préexiste pas à ma relation à la dite "chose". De fait, l'objet est mon rapport à la chose. Rien de plus. Comme l'écrivais Schopenhauer, "la réalité est un objet pour un sujet qui la regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît". Comme le précise la physique quantique, l'observation détermine l'objet. Tout est dans la conscience qui fabrique la réalité. Voilà le fond du "phénomène". Alors, il arrive que quelqu'un propose : "Vous pourriez peut être me parler de vous ..." Mais Jacques Lacan disait que quand nous parlons, nous ne parlons jamais que de nous... Dont acte ?

Jean-Marc SAURET
Le mardi 3 mars 2026

Lire aussi : " La contribution d'autres regards "


Liberté Egalité Fraternité (24 02)

La devise de la République française n'a plus l'impact que ses Pères lui destinaient. Le symbole d'une République une, populaire et unitaire ne fait plus recette. Elle est devenue avec le temps et les trahisons, une illusion trompeuse, un mythe, voire un leurre. Nous en sommes au point de nous demander s'il ne faudrait pas au moins l'actualiser, sans changer l'essentiel bien sûr, ni la trahir, encore une fois. Le sens de cette devise portait pourtant tout un projet républicain, avec son caractère simple et direct. Celui-là même que l'on retrouve aujourd'hui, littéralement dissous dans un néolibéralisme pervers. Pourtant l'intention était bonne, mais l'histoire s'avère complexe.

L'Histoire de cette devise, tout comme ses raisons, peut être qualifiée de “radicale”, mais pas aussi simple et linéaire que l'on pourrait l'imaginer. Tout d'abord Robespierre rêvait d'en faire la devise nationale !... La Terreur toutefois, semble avoir eu raison de son intention. La devise n'apparut en fait qu'en 1880, sur les affiches de la République et sur les frontons des édifices publics. Certains lui accolèrent un quatrième volet : celui de la solidarité.

S'il fallait lui redonner force et vigueur, il me semble que d'autres mots plus “humanisés” seraient davantage propices à sa renaissance. On pourrait ici, trouver des mots qui désignent la même notion, mais peut-être plus adaptés. Je pense sincèrement à des termes plus profonds et sensibles, porteurs de sens, comme l'imagination, la solidarité et la bienveillance. Pour pouvoir l’exprimer, je dois m'expliquer et quelque peu détailler.

Posons nous les questions de fond : après quoi courons-nous véritablement, au-delà de gains matériels et de pouvoirs qui deviennent l'essentiel pour certains ? De fait, ne sommes nous pas en train de nous tromper de cible ?

Et si nous espérions, avec toute la sérénité requise, trouver la paix, l'amour et la joie, tout simplement ? Le choc peut s'avérer brutal, certes !

Je repense aux travaux de Mihály Csíkszentmihály sur la quête du bonheur dans la production et la vie du “flow”. Je pense aussi à ceux de la psychologue canadienne Tara Brach dans ce qu'elle titre "l'acceptation radicale". Ces travaux regorgent de cette recherche spirituelle qui repose sur ces trois dimensions et valeurs.

Certes, quelques personnalités se font remarquer par leur forte tendance néolibérale à se battre seules contre toutes et tous. Pourtant, la majorité des gens n'aspirent qu'à ce cocon que l'on attribue à l'enfance, cette “enveloppe” faite de paix, de joie et d'amour. Ce cocon nous a déjà donné tant de repères ! De fait, ce bonheur est un profond souvenir du beau, du bon et du vrai, comme le désignaient les Grecs anciens.

Au-delà donc du beau, du bon et du vrai, qui dans le fond indiquent la même chose que notre triptyque, on retrouve ce désir profond et intérieuriorisé. Il s'adosse à la "divinité absolue" qui se situe au plus profond de nous même, au tréfonds de notre propre identité admirablement sereine mais aussi belle, et remplie de joie. Disons donc que ces trois valeurs que nous propose la philosophie grecque ancienne, forgent la sagesse ancestrale de la Méditerranée. C'est à leur aune que se construit la réalité du monde que l'on espère et attend. Alors, au-delà de la froideur des termes sociaux et quasi juridiques de Liberté, Egalité, Fraternité, nous ressentons bien ce besoin urgent et profond, cette réalité essentielle d'un regain d'humanité, de cœur et de sensibilité.

Ainsi, le triptyque républicain pourrait-il se voir aménagé en des sentiments meilleurs, des “imaginaires” plus chers à nos âmes et à nos cœurs. C'est ainsi que nous pourrions aller droit au fond de ce qui fonde la liberté, à savoir le désir et la sensation de générer du beau, du bon et du vrai, et, en d'autres termes, du bien. C'est ainsi que la créativité va se dégager et dépasser la dimension solipsiste de la liberté. Nous allons retrouver ainsi ce “savoir faire”, et donc pouvoir mettre en œuvre ce qui nous passe spontanément par la tête, lorsque nous aspirons à quelque chose de bien plus grand et plus profond que nous. L'imagination va devenir, par ce biais, la porte de cette pulsion, le plus souvent refrénée.

Il en va de même pour l'égalité qui se traduit en néolibéralisme par le “souhait, le vœu, que l'autre n'en ait ni plus ni mieux que soi”. Si l'on garde le beau, le bon et le vrai au centre de notre “vivre ensemble”, alors nous retrouvons quelque chose de l'ordre de la solidarité, car le désir du partage du bien commun nous emporte et nous oriente vers une solidarité active. Nous quittons ainsi la consommation pour le développement actif de l'être que nous sommes. Chacune et Chacun est bien le même que soi en termes de besoin, de désir et d’attentes du monde et de la vie.

Il en va de même pour la Fraternité, largement édulcorée dans cette fin de République décomposée. Nous avons besoin de chercher plus profondément au fond de nous-même, là où les mêmes sages grecs pensaient trouver l'univers et les dieux, et la bienveillance : ce sentiment pratique qui se détache des interdépendances et des contraintes… Oui,... juste de la bienveillance !

Que le beau, le vrai et le bon décorent nos regards et nos intentions, et le nouveau monde que nous voulons saturé par le nouveau triptyque « Imagination, Solidarité, Bienveillance » s'en trouvera bien meilleur. 

Avec les mots, avec les actes, ce “demain” est à notre porte, et nous n'hésiterons pas à nous y engouffrer !


Jean-Marc SAURET
Le mardi 24 février 2026

Lire aussi : " De l'incompatibilité entre liberté, égalité et fraternité "

Ce que les gens pensent de toi ... (17 02)

Voilà une sentence qui trône sur la page d'accueil de mon blog, et pour cause : "Ce que les gens pensent de toi ne te concerne pas. Cela ne concerne que ceux qui le pensent". Pourquoi ? Mais parce qu'ils investissent dans leurs jugements, quels qu'ils soient, leurs peurs, leurs frustrations, leurs colères jusqu'à leurs visions d'eux-mêmes dans leur monde. S'y retrouvent ainsi leurs espoirs et quelques attentes personnelles, assorties d’aspirations profondes, de rêves, de vengeances et de frustrations. En cette occurrence, ce n'est pas toi qu'ils jugent, mais bien eux-mêmes... Pourtant, comme l'écrivait le philosophe allemand Arthur Schopenhauer, " Les hommes sont mille fois plus acharnés à acquérir des richesses que la culture, bien qu'ils soient parfaitement certains que le bonheur dépend bien plus de ce qu'ils sont que de ce qu'ils ont ".

Son constructivisme, avant Palo Alto, s'exprimait dans cette phrase profonde, issue de son ouvrage : "Le monde comme volonté et comme représentations" : il y précisait que "La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît !". Il pose là le “fait” qu'il n'y a de réalité que dans une conscience du monde, et que sans conscience, il n'y a pas de réalité. Tout est là, tout est dit ! Voilà une déconstruction de la pensée rationnelle matérialiste dominante, voire déterminante, depuis l'encyclopédie.

Il y avait chez ce philosophe quelque chose de la sagesse bouddhiste dont il s'inspirait. Il avait écrit cette formule : "Ni aimer ni haïr : voilà la moitié de toutes sagesses. Ne rien dire et ne rien croire, voilà l'autre moitié". On entend pleinement ici ce principe du bouddhisme zen et du taoïsme dans son “non agir”. C'est ici au cœur de l'art du Wuwei dans la pensée chinoise. Il s'agit alors, à l'appui du vide ou de la vacuité de toutes choses, de suivre le flux naturel de l'univers. On peut résumer le propos à la forme suivante : un “agir” sans intervenir.

Le non-être est bien la traduction occidentale du vide oriental, il s'avère d'ailleurs peu accessible aux esprits occidentaux : "Non pas rien, mais si peu de chose" disent-ils. Ceci rappelle le "presque rien" de Jankélévitch. Et c'est bien dans ce “presque rien”, que s'anime la création, associée à ce surgissement du réel. Que vais-je bien pouvoir en faire,... si du moins je l'ai aperçu ? Pour le reste, dans une perspective de “moi devant le monde”, “tout” est bien là,... et bien présent !

Alors ne cherchons pas dans le réel les justifications de nos appréciations : elles n'y existent pas. On ne peut y trouver, ni y retrouver un quelconque ancrage. D'ailleurs, ce que j'entends, et peux retenir du jugement des autres, n'est que l'image de ce que je me "reproche", de ce que je me reconnais dans leurs propos. Si ce n'est pas le cas, je n'en retiens rien : et donc, ça n'existe pas !...

Certains me diront que le retour des autres, aide à devenir meilleur. Je veux bien,... mais cela reste un jugement, et donc, pas une confrontation avec le réel. Comme le disait si justement Sartre : "Ce n'est pas ce que les autres font de vous qui importe, mais ce que vous faites de ce que l'on a fait de vous". Encore une fois, c'est bien de soi et de nos actions et agissements qu’il est question.

Je me souviens alors de cette autre sentence de Schopenhauer : "La difficulté n'est pas de voir ce que personne n'a encore vu, mais de penser comme personne d'autre n'a jamais pensé à propos de quelque chose que tous voient !". Ainsi ce n'est pas ce que les gens pensent de vous et qui leur appartient totalement, mais ce que vous faites de ce qu'on a fait de vous,... et ce que vous faites de votre rapport au monde quel qu'il soit et d'où qu'il vienne. C'est bien là que se situe le cœur de la réalité.

Dans ces conditions, le retour sur le jugement des autres devient, et se réduit, à une poussière dans l'univers que le vent de l'interprétation emporte, transforme et déforme à l'occasion…

Il n'y a ainsi d'appropriation, que dans et par l'interprétation. Toute la réalité est dans notre regard et nulle part ailleurs. Ici se trouve sans doute la mise en perspective de nos différents profonds projets de ''Vie” ...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 17 février 2026

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Le néolibéralisme n'est pas libéral (10 02)

J'ai envie d'aller plus loin que mon précédent article et montrer comment, en quoi et pourquoi le néolibéralisme n'a rien de libéral et que pouvons nous y faire. Ce qui caractérise le libéralisme est la logique de marché prédominant dans les échanges sociétaux de types commerciaux. Ils sont fondés sur la liberté de choix et les logiques d'échanges sur des valeurs en miroir (voire communes) d'un groupe à l'autre, d'une situation à l'autre. Et je ne suis pas le seul à le penser.

La philosophe politique Barbara Stiegler, par exemple, montre, dans ses travaux sur le néolibéralisme, notamment dans son ouvrage "Il faut s'adapter ! (Sur un nouvel impératif politique...)" que notre nouveau monde économique est loin d'être libéral. Elle nous rappelle que le néolibéralisme trouve son socle dans les années trente en combattant les totalitarismes de toutes formes et en comprenant que l'homo économicus n'est pas "conforme" à la logique de marché, qu'il convient donc de le façonner pour qu'il y soit. D'où la nécessité d'un état fort omniprésent, jusqu'à être invasif... Il se trouve, comme nous l'avons vu lors de précédents articles, que l'orientation des échanges et partages sociaux ne suivent plus la même logique néolibérale. 

D'une part, les échanges ne profitent plus toujours aux mêmes et voire pourraient déraper, échapper aux "maitres du monde" actuels, ces propriétaires auto-proclamés. D'autre part, dans les années trente, ces nouveaux libéraux réagissent aux totalitarismes récents incarnés alors par Hitler et Mussolini. Ils rêvent d'un monde marchand qui s'autoréguleraient à condition que les gens soient "dirigés" dans ce sens. Il leur faut éviter le retour des dérapages politiques anciens ou récents.

Il se trouve que totalitarisme et néolibéralisme partagent la même propension radicale à user des techniques de "fabrication du consentement", chères à Walter Lippmann et Edward Bernays. Bien que les néolibéraux prétendent combattre les totalitarismes de tout poil, ils sont de la même nature totalitaire, et s'effondrent de la même manière, depuis les mêmes réalités.

L'industrialisation fatale de “la fabrique du consentement” se développe avec les médias, qu'ils soient de masse comme la télévision et le cinéma, ou personnalisés comme par et avec l'internet. Ces deux “modèles” produisent le même effet hypnotique. Cette pratique industrielle déconstruit la personnalité pour lui substituer un comportement social dont les caractéristiques sont l'acceptation et la soumission. Il s'agit bien, en effet, d'une politique totalitaire. Alors, osons l'affirmer : le néo-libéralisme est bien un totalitarisme et on comprendra mieux ainsi pourquoi et comment, comme tout mastodonte, il s'effondre aujourd'hui par sa démesure.

Dans sa propagande, le néolibéralisme se présente et se propose comme un portail de liberté et en favorise la sensation. Le client est roi et tout lui est dû. Nous sommes bien en présence de la fabrique d'enfants de trois ans, omnipotents, directs et gourmands de vie. C'est de cette illusion que vient la trompeuse sensation de liberté. De fait, la culture néolibérale ressemble bien à une soumission totale aux pulsions de désirs et d'envies, leviers de ce nouveau totalitarisme. Ce sont les mêmes stimuli que provoquent et produisent sa propagande.

Il est vrai que notre environnement, duquel nous sommes de fait partie intégrante, participe à ce que nous sommes. A l'instar de la phénoménologie de la perception promue et développée par le philosophe Edmund Husserl (qui considère chaque objet dépendant du fond sur lequel il est vu) ce que nous sommes se met en relief de ce dans quoi nous sommes : notre environnement, notre communauté.

Sans l'avoir bien compris, les néolibéraux l'ont utilisé. Il ont fabriqué industriellement le consentement des peuples via l'appropriation et le développement des communications et du divertissement. Ils ont installé l'idée que penser autrement était dès lors une déviance inacceptable. Ils ont fabriqué les moules du nouveau citoyen devenu consommateur et ont œuvré à ce que chacun reste dans le moule. Ils ont fait de chacun le gardien du système. C'est bien là la forme du totalitarisme, seul contre tous dans la peur, la honte et le désir de plénitude, ce qui conduit directement à la frustration, cet autre moteur de l'obéissance.

Aussi, comme je l'ai déjà évoqué, notre environnement social et sociétal contribue à notre identité. Il en est partie prenante et donc, de ce fait, il la constitue. Mais encore, la plainte que nous formulons à l'encontre de notre cadre de vie insatisfaisant est aussi une formulation de l'environnement qui me constitue. Il devient alors partie intégrante de mon être. J'en suis donc le co-créateur. Je comprends alors que j'ai la main pour changer et faire évoluer mon environnement, c'est à dire "mon fond", cette part de moi, la "référence" dans quoi je bouge et manœuvre : il s'agit donc bien de moi-même. Alors, qu'attendons nous pour le faire bouger ? Nous savons que la réalité est l'échos de ce que nous croyons du monde.

Si le néolibéralisme est un totalitarisme ordinaire doté de sa doxa routinière et mortifère, alors ce n'est pas mon cadre social et sociétal rêvé. Je peux m'en désolidariser, le déconstruire, et m'en défaire, m'en dissocier. Les peuples que nous disons premiers ont construit un monde interdépendant, solidaire et créatif, autant que récréatif. Prenons alors simplement exemple sur eux, et reconstruisons pour nous, ici et maintenant, ce monde meilleur, solidaire et bienveillant dans lequel nous souhaiterions, et voudrions vivre ! Si nous "voulons" vivre, et vivre ce changement, alors, le choix s'impose : il “suffit” d'en prendre conscience et de vouloir la transformation… Ce n'est peut être pas le plus simple, alors, “Raison” de plus ...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 10 février 2026

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