mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur - La force du vivant "

Le sociologue veut comprendre le monde, le troubadour le raconter...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et travaille mieux. 
Bien manager, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son travail  et celui de chacun produise la belle oeuvre dont tous seront fiers. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture et de la posture de chacun.
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mardi 10 décembre 2019

Notre archaïque civilisation avancée !

Nous nous pensons "la civilisation civilisée" et nous somme persuadés que c'est le cas. Toutes les autres civilisations sont limitées ou archaïques à nos yeux... "fermés". Mais qu'en est-il vraiment ? Il va nous falloir, pour le voir, faire un énorme effort d'humilité, bousculer nos certitudes et nous regarder dans les yeux. Pour y aller doucement, je vous propose de revoir quelques extraits du très beau et très juste film "La belle verte" que Coline Serreau réalisa en 1996. 
Le cœur du message de ce film montre que nos pensées réputées cartésiennes et matérialistes nous éloignent de la réalité. Elles font de nous des handicapés de la sagesse et du savoir. Les plus évolués des êtres sur cette planète sont ici les aborigènes d'Australie,. Il s'avèrent être intuitifs, en lien direct avec la nature, et télépathes et bienveillants. Ceux-là savent que l'essentiel est à l'intérieur de nous.
Notre civilisation "civilisée", quant à elle, a mis la primeur sur la technologie et la possession, sur la force et la domination. De ce fait, elle a développé la violence, la tromperie, le mépris des autres, le matérialisme et sa technologie. Ce qui se compte existe, mais pas le reste. Et nous ne comptons que ce qui contribue à nos désirs d'utilité.
Pour se faire une bonne image de ces références là, il nous faudrait relire les mémoires de Sitting Bull, ce "chef" Sioux Lakota, ce "native american", qui vainquit le général Custer à Little Bighorn le 25 juin 1876. Il y relate comment lui et ses compagnons combattants avaient tué les tuniques bleues : elles se battaient, certes, mais il s'agissait de respecter les guerriers au combat. Il racontait à cet effet, qu'ils n'ont pas tué leurs chiens car ceux-ci n'avaient rien à voir avec le différend à l'origine de cette guerre. Nous sommes bien loin de la caricature de sauvages sanguinaires perpétrée par lesdits "blancs".
Notre civilisation parle plus des choses qu'elle ne les connaît vraiment et qu'elle ne les vit. La démarche est avant tout rationnelle, c'est à dire conceptuelle et déductive. On démontre plus que nous ne montrons, que nous ne donnons à voir. Il nous faut les artistes pour cela. Ainsi, la place pour le mensonge, la divagation ou l'obsession, occupe-t-elle tout l'espace.
Dans l'organisation pyramidale de notre société, il y a ceux qui savent (et théoriquement, pour cela, commandent) et ceux qui s'exécutent. Entre l'un et l'autre il y a toute une échelle hiérarchique. Mais ceux qui savent ne sont pas forcément au service des autres ni du collectif. Je dirais même "pas du tout"...
Alors que dans toutes les civilisations que nous disons "premières", celui qui sait (l'homme médecine, le chaman, le guérisseur, le sourcier, le sorcier ou le druide, etc.) est au service de chacune et de chacun, et donc de la population. D'ailleurs, comme sa "science" n'est pas accessible à l'occidental, elle n'existe pas pour ce dernier. Elle n'est pour lui qu'imaginaire, charlatanisme et superstition. Et pourtant, qu'en savons nous réellement ? L'avons nous étudiée ?... Aujourd'hui, des hôpitaux en France utilisent les services de "coupeurs de feu" pour traiter des grands brûlés et pour soulager des patients en radiothérapie.
Dans cet environnement-là, ce n'est pas parce que le chaman est un être de savoirs qu'il se trouverait exonéré des charges sociales ordinaires. Il est aussi, comme tout un chacun, chasseur, éleveur, agriculteur ou cueilleur. Il n'y a, dans ces sociétés-là, aucun éclatement des fonctions. Celui (ou celle) qui sait est toujours dans la communauté au même titre que chacune et chacun des autres. De ce fait, il ou elle accomplit, en plus de sa vie ordinaire, toutes les charges afférentes au savoir qu'il détient, mais qui ne lui appartient pas. Il ne les monnaye pas. Le savoir est, si l'on peut dire, la "propriété" de la collectivité justement parce qu'il s'agit, en l'espèce, du savoir et de la connaissance.
Du fait de cette "spécialisation" des "sachants" dans notre civilisation, ceux-ci se trouvent  extraits de l'ordinaire du commun des mortels et donc déconnectés des réalités. C'est peut-être de là que nous vient un certain nihilisme Nietzschéen, comme une inconséquence, une irresponsabilité inconsciente loin du quotidien. Chez "nous", le savoir donne le pouvoir. Il est donc la propriété de celui qui le dit et en use. Et pour le sacraliser, nous avons même inventé le diplôme et la propriété intellectuelle... S'instaurent alors des rapports de force autour du savoir et de sa propriété. Des violences, des tricheries, des malhonnêtetés de tous ordre en résultent. 
Je pense à tous ces combats (plus que débats) entre spécialistes en tous genres qui s'anathématisent mutuellement sur les plateaux télé et dans les ouvrages, revues et périodiques. Je repense à toutes ces controverses sur le réchauffement de la planète, par exemple, mais aussi autour des médecines dites douces ou parallèles, sur l'usage de tel ou tel médicament ou thérapie, etc...
De cette hiérarchisation, conséquence directe des spécialisations, se construit une société éclatée en niveaux et en castes. L'inefficacité due à l'isolement des connaissances produit une société fermée, normées, voire totalitaire. Ce n'est pas la nature de la nature qui pose l'organisation sociétale, mais la politique du pouvoir. C'est bien ce que nous vivons actuellement : une décadence abrupte dans le lien social et le vivre ensemble. Seuls ceux de la même caste ont une possibilité de lien. Les autres "ne sont rien".
Mais alors, dans ces conditions, que devient cette société décadente qui a perdu le lien avec les autres et son environnement ? Quand retrouvera-t-on cette simplicité d'être avec des Homes (et des Femmes) directement reliés à la nature et aux autres ? Cela me semble indispensable, et tout autant incontournable.
Ainsi, posons nous la question de savoir si c'est le monde que nous regardons ?... Ou bien seulement la projection que nous faisons de nous-même et de nos connaissances sur le monde, dans une sorte de réflexivité. Les civilisations premières nous invitent à ne pas intellectualiser notre regard sur le monde mais à l' "expériencer"... C'est à dire, à le vivre pleinement dans nos émotions et nos sensations, le sentir résonner en nous sans nous demander à quoi ça pourrait correspondre. Il s'agit juste de ressentir ce que c'est. C'est là une approche intuitive propre à chacune de ces civilisations animistes et, de fait, systémiques.
Quand nous rencontrons une plante, nous voulons savoir quel est son nom, sa classe et sa catégorie. Nous avons le nom latin, nous somme contents parce qu'il nous lie au savoir et à son noble pouvoir. Mais, concrètement, ça ne nous sert à rien.
Pendant ce temps, l'animiste regarde la plante et a déjà compris sa relation avec l'environnement et quelques événements qui ont pu précéder. Il dit alors : "Il y a de l'eau à treize coudées là dessous" ou encore, "Un phacochère est passé ici il y a peu de temps"...
C'est là toute la différence qui existe entre eux, les "expérienceurs", et nous les "conceptualisateurs intellos". Ils ont des savoirs utiles et pratiques et nous avons des savoirs qui ne servent à rien au quotidien, ou alors, seulement à distinguer les "sachants" des autres. D'un côté c'est l’immersion dans la vie, de l'autre c'est la dictature du chiffre et du savoir. Les uns voient le monde sous leurs yeux quand les autres ne voient que ce qui se compte, pour cela mis en listes et en tableaux. Le reste n'existe pas...
Et dans nos campagnes, existent des "cultures" que nous disons "pleines du profond bon sens terrien". Les gens de celles-là vont visiter les coupeurs de feu, les rebouteux, les magnétiseurs et les exorcistes. Ils savent encore à quoi servent la sauge blanche, le thym, la lavande, le calme et la prière. La pollution ne recouvre jamais tout. Il y a de la vie et de l'intelligence un peu partout qui tentent de survivre et de vivre pour rendre service...
Alors qu'une civilisation se regarde le nombril avec orgueil et avec mépris tout le reste qui n'est pas elle, d'autres contemplent le monde et s'en imprègnent. Ils le "savent", le sentent et le ressentent.
L'une détruit la planète et la consomme comme s'ils étaient la finalité, la conclusion de la création... Et, en même temps, ils se vivent comme étant son bénéficiaire propriétaire. Pendant ce temps, d'autres prennent soin d'elle et de chacun. Alors ? ... Qui sont les brutes sauvages, les arriérés, les ignares ?
Jean-Marc SAURET

mardi 3 décembre 2019

Préjugés, dogmes, doutes et réalité

"Nous sommes tellement imprégnés de la force de la science que tout ce qu'elle n'explique pas n'existe pas" disait en conférence le journaliste Stéphane Alix. Effectivement, tout ce qui dépasse l'entendement est rangé au registre des hallucinations, des croyances, des illusions et des chimères. On ne peut se résoudre non seulement à y croire, mais même à les tolérer dans le débat. Le propos est d'autant plus vrai que notre nature humaine a horreur du vide de sens : là même où nous manquons de sens, nous le comblons de "suppositions évidentes", de celle qui résultent de nos paradigmes préférés...  Et notre vie, dans ces conditions, peut ainsi s'écouler tranquillement, sans déranger le calme de nos réalités.
Saurions nous vivre avec le doute ? ... avec l'incertitude sur des pans entiers du réel ? Nous en avons beaucoup de mal et c'est à cause de cela que nous faisons aussi quelques attributions hasardeuses. Il me souvient de cette discussion que nous avions eu, entre amis, sur l'incendie de Notre Dame de Paris. J'évoquais les propos de l'ancien architecte du bâtiment et d'un cadre pompier ayant participé à l'intervention sur le site. Tous deux posaient leur incrédulité sur l'hypothèse d'un incendie accidentel, le premier invoquant le système de sécurité complexe et l'autre l’impossibilité de faire brûler un bois de sept cents ans sans un foyer nourri.
"Donc, me dit l'un de nous, tu crois à la théorie du complot ! Moi, je ne peux pas..." Je reprenais ce que je venais de dire en indiquant précisément que je ne savais pas ce qui avait généré l'incendie tout en évacuant, grâce aux témoignages de ces deux experts, l’hypothèse accidentelle d'un mégot de cigarette ou d'une étincelle électrique évoquées dans les médias, voire même l'improbable hypothèse d'un chalumeau laissé allumé par inadvertance...
"C'est donc pour toi un incendie volontaire !" me rétorqua notre ami. "Je n'en sais rien du tout ! lui redis-je. Je sais juste que ce ne peuvent pas être les causes accidentelles évoquées dans les médias". Et j'ajoutais : "Je reste avec le doute, avec le fait de ne pas savoir". "Mais comment tu fais ?" me demandait l'ami. J'avouais que je pouvais vivre avec le fait de ne pas savoir. Et comme il fallait rendre crédible cette façon d'être, je rappelais que, par mon métier de sociologue, le fait de ne pas savoir était au cœur de nos enquêtes, de nos pratiques et de nos méthodes.
Oui, si la nature a horreur du vide, notre nature humaine a bien horreur du vide de sens. Nous passons notre temps à vouloir résoudre le doute, comme s'il était invivable, irrecevable...
Rupert Sheldrake, ce biologiste anglais iconoclaste, a fait une démonstration à propos des valeurs invariables de la physique, en l'espèce la vitesse de la lumière ou la constante de Planke (le rapport énergie-fréquence d'un photon). On connait leur caractère indispensable à l'équilibre de nos représentations des lois de la physique. Mais qu'en serait-il si elles n'étaient pas forcément constantes. La vitesse de la lumière ayant diminué au cours des années trente, il demandait à ses collègues physiciens ce qu'ils en concluaient car moult lois de la physique qui en dépendaient. "On a fait une moyenne..." lui répondirent ses collègues, avouant ainsi qu'ils savaient que la vitesse de la lumière n'était pas invariable, mais aussi qu'ils ne pouvaient se résoudre à remettre en cause les bases conditionnelles de la physique newtonienne...
Comme l'énonce le dicton, "Il n'y a que la vérité qui dérange", et donc d'en venir au fait que "Toute vérité n'est pas bonne à dire". C'est là que nous rencontrons le principe du dogme... Et à partir de là, c'est toute la "vérité" qui est mise à mal. Nous comprenons bien, dans ces conditions, que la fonction du dogme n'est pas de garantir la vérité mais plutôt le raisonnement qui nous a donné de la penser ainsi. Il ne s'agit là que d'une réalité pour nous...
Ainsi donc, pour continuer d'avancer vers ladite "vérité", il nous faudra donc lâcher les "dogmes" et accepter de ne pas savoir à bien des endroits. Le doute devient donc méthodologique, comme l'exprimait Descartes. C'est ainsi que la raison nous impose le fait qu'elle ne sait pas tout comprendre... Voilà qui va faire des remous dans les directions générales de nos organisations, non ?
Jean-Marc SAURET
Le mardi 3 décembre 2019


mardi 26 novembre 2019

En route pour la démocratie totalitaire !

Le terme "démocratie totalitaire" n'est pas de moi. Il n'est pas nouveau non plus. Il est utilisé une première fois par le juriste, politologue et économiste d’extrême droite Bertrand de Jouvenel dans son ouvrage "Du pouvoir" publié en 1945. C'est le titre du quatorzième chapitre de son livre. Oui, il s'agit d'un militant fasciste qui terminera sa course comme défenseur du libéralisme. Il a fait de la démocratie totalitaire une présentation précise que l'histoire corrobore.
Mais prenons une situation parlante. On sait que le Nazisme a occupé le pouvoir à partir de 1933 en Allemagne, en respectant strictement le processus démocratique. Voilà un exemple parfait et parlant, du fonctionnement d'une démocratie totalitaire. Elle produit une idéologie globalisante contre un ennemi intérieur (hier juif, ce matin musulman). Elle met en place un discours simple, voire simpliste et recevable par le plus grand nombre. Qu'importent les mensonges et les violences puisque "l'axe du bien" a "toujours" raison...
Aujourd'hui, le mal intérieur proclamé est l'islam, et une certaine extrême droite,... laquelle n'a d'ailleurs pas grand chose à envier à l'axe dominant actuellement au pouvoir. Mais l'ennemi est désigné. Tant qu'il est là, la victoire "démocratique" de l'axe du bien est assurée.
A côté de ce montage, tous les autres opposants sont ridiculisés,et traités comme étant constitutifs de l'axe du mal. Ils sont attaqués, calomniés, violentés, et condamnés. Dans des "nuits des longs couteaux", "SA", Gilets jaunes et pompiers sont maltraités, mutilés, violentés, voire pour certains assassinés.
Depuis, on utilise ce terme de "nuit des longs couteaux", pour identifier les mouvements de "purge" dans un ensemble faisant système. La finalité reste à chaque fois le pouvoir, son appropriation définitive et absolue. D'ailleurs, l'idéologie de "l'axe", est porteuse de cette pureté sociétale. Qu'on la qualifie de race arienne ou de "démocrates d'une ère nouvelle", le processus est le même.
On peut aussi utiliser des événements dérivatifs, comme des jeux olympiques, une coupe du monde sportive ou une cathédrale qui brûle fort à propos, et contre toute logique scientifique. Quand une centaine de militants se détachent pour partir, il s'agit alors d'un "mouvement d'humeur d'une pureté idéologique".
Aujourd'hui l'arme au point n'est ni le sabre ni le revolver (quoi qu'ils sévissent autrement dans les rues) mais la propagande, la pression autoritaire, la violence, le chantage et le mensonge. On gouverne par la peur et l'envie, expliquait Machiavel.
Voilà comment, sous couvert de démocratie, l'État avance vers l'exercice d'un pouvoir absolu, totalitaire, avec l'aval d'une trentaine, (quelquefois moins), de pourcentage d'électeurs.
Il s'agit, ici aussi, d'un système féodal où les "copains et les coquins", ont mis en place au sommet du pouvoir celui qui leur est favorable. En d'autres termes, leur serviteur dévoué et redevable sans qui il n'est rien.Il y aurait là comme un ''Robin de l'Elysée''. Et les coquins en vivent, récupérant qui une industrie du jeu, qui une industrie du transport, qui celle de l'atome ou de l'électricité...
Oui, ce monde là n'a rien d'angélique, de bienveillant ou d'humaniste. L'expression "Démocratie Totalitaire" me paraît tout à fait juste. Sous la forme d'une démocratie, le pouvoir est bien confisqué et concentré dans quelques mains avides. Le dessein est caché mais bien clair pour qui sait regarder et veut bien le faire.
Quand le projet politique n'est fait que d'intentions et que le pouvoir tire sur son peuple, alors le pire est à craindre. L'économiste et philosophe libéral autrichien Friedrich Hayek, dans son ouvrage "Droit, législation et libertés" (1979), nomme alors ce type de système une "dictature plébiscitaire". On le trouve associé à un mirage de justice sociale, oubliant les fondements du législatif. Cela revient à une confiscation du bien public au profit d'intérêts privés. Comme je l'ai entendu dire, "1984 était censé être une fiction, pas un mode d'emploi..."
Mais, concrètement, avons nous vraiment besoin de gens pour nous diriger ? Ne savons nous pas déjà où nous voulons aller ? Ce que nous voulons faire de nos vies et de nos relations ? Le vivre ensemble que nous voulons atteindre nous est connu, et nous œuvrons pour le réaliser : voilà qui devrait nous suffire…
Car c'est bien là, en effet, que se trouve le sens et l'essence de la société que nous espérons. Chacun la vit par bribes, dans des moments privilégiés, entre amis, sur un rond point, dans un groupe singulier, dans une communauté, etc. Les exemples ne nous manquent pas et ces groupes "font" identité car la "république", aujourd'hui, n'a plus aucun sens et n'en offre plus aucun.
Alors, nous n'avons besoin ni d'armée ni de police, ni de prêtres ni d’imam, ni de monnaie ni d'économie, ni de croissance et encore moins de bourse, ni de banque... Nous n'espérons que bienveillance et solidarité. Nous n'avons besoin que de liberté, d'égalité et de fraternité, mais nos anciens l'avaient déjà dit. Faudra-t-il refaire une autre révolution pour que cela s'incarne "pour de bon" ?
De fait nous repérons assez facilement ces démocraties illusoires qui flattent les "ego", en nous offrant d'appartenir à quelques groupes d'élites illusoires, uniquement pour mieux les servir ?... Ou pour mieux se voir abandonnés sur le bord de la route, un peu plus tard ?....
Bien sûr que nous voyons venir ces clowns de la démocratie, dont le nez rouge n'est qu'un énorme mensonge. Leurs flatteries ne sont que flatulences. Nous avons tous appris la fable du renard et du corbeau et nous la vivons tous les jours en allumant la télévision. Les médias dominants nous abreuvent de publicités vantant la légitimité de nos envies jusqu'à devenir des besoins obligatoires... et nous savons tous ce qui et ce que cela sert.
Alors, non merci. Construisons dès aujourd'hui, sur les ruines de ce maudit système libéral totalitaire, le monde que nous voulons commencer à vivre dès aujourd'hui : un monde de paix, de reconnaissance mutuelle, de bienveillance, d'entraide, de justice et d'égalité. J'entends une petite voix dire que cela n'existe pas... ne peut pas exister... qu'il s'agit là de "bisounourisme" ?... Allons, petits soldats du vieux monde, il faudra mouiller votre cœur de vos propres larmes pour qu'il recommence à battre. Et vive le soleil qui se lève !
Jean-Marc SAURET
Le mardi 26 novembre 2019


mardi 19 novembre 2019

Ce n'est jamais de notre faute

Ce qui m'agace, c'est d'entendre régulièrement qu'il nous faut changer notre environnement, le monde dans lequel nous vivons... Ce n'est là ni une lubie, ni une pensée superficielle. Il s'agit en fait d'un constat profond. Quand ce qui nous arrive ne nous convient pas, nous avons alors tendance à chercher et à trouver des coupables ailleurs qu'en nous-même. C'est le monde qui est mal fait. C'est la saison qui est mauvaise. Ce sont les gens qui sont méchants, cupides ou mesquins... N'est-ce pas le cas ?
Comme disait mon grand père : "Face aux problèmes, soit tu cherches des solutions, soit tu cherches des coupables"... D'accord, j'ai souvent évoqué ce point là et je voudrais m'y arrêter encore un instant.
Dans ces conditions, qu'est-ce qui nous fait rejeter cette réalité qui ne nous convient pas ? En l'espèce, c'est juste le regard que nous portons sur elle et rien d'autre... Et pourtant, si je n'obtiens pas la bonne place au cinéma, c'est le cinéma qui est "mal foutu" ou les gens qui font n'importe quoi. Si je n'ai pas réussi ma sélection professionnelle, c'est le questionnaire qui était mal adapté ou même les membres du jury qui étaient mal intentionnés. Si mon corps n'est pas du sexe que je souhaite ou dont je me sens, alors c'est la nature qui s'est trompée et il va falloir corriger tout ça ! N'en est il pas ainsi ?
Redisons, encore une fois, avec Marc Aurèle, que ce ne sont pas les choses qui nous plaisent ou nous gênent, mais le regard que nous leur portons. Répétons-nous encore une fois que ce ne sont pas les choses que nous voyons, mais le sens que nous leur trouvons. Tout ceci est détaillé dans la théorie des représentations sociales, dans "le monde comme volonté et comme représentation" de Schopenhauer, dans "l'invention de la réalité" de Paul Watzlawick et consorts, etc. Mais ça a encore du mal à rentrer dans nos consciences...
Ainsi, nous oublions là que nous sommes du monde, comme une particule de celui-ci, Sans lui, nous n'existons pas, tout comme sans les autres nous ne sommes pas. Il nous faut bien bien être conscients que sans leur considération nous ne serions même pas vivants... Que j'existe ou que je disparaisse, le monde continue. En revanche, si le monde change, c'est peut-être bien moi qui vais disparaître... Pire encore, à l'instar de cette constatation de Schopenhauer (plusieurs fois citée et commentée), si elle est réversible, quand l'autre s'en va, je disparais...
Oui, j'ai l'impression de reprendre toujours la même problématique par des bouts différents. C'est peut être le cas. Mais tant pis, continuons à traiter ce bout là.
Pourquoi à chacune de mes insatisfactions, voudrais-je que le monde s'adapte à mes attentes, ou à mes désirs ? La réponse, somme toute, est assez simple… c'est parce que je suis un consommateur du monde commercial qui m'entoure, celui dans lequel je baigne. Oui, je suis très bien socialisé. Je suis ce "client" bien gentil qui dépense ses sous en comptant en être heureux. C'est très bien pour le marché... Et comme il m'a été très souvent répété que le client est roi, je me comporte comme tel et j'exige que le monde s'adapte à mes désirs... Génial !
Il en va de même dans mes représentations, largement sollicitées par les médias mercantiles et la publicité : si mon désir n'est pas comblé, j'ai raté quelque chose, peut être même ma vie. Alors, comme un enfant de cinq ans, il faut que rien ne me résiste car mon désir est tout puissant.
L'enfant de cinq ans se pense comme étant le centre du monde, nous expliquait Freud. Et le monde de l'ultra-consommation compte bien sur le développement de ce sentiment pour que les caisses de quelques bénéficiaires se remplissent. Il n'y a, dans ce monde, personne ! Il n'y a que des individus dont la latitude des comportements se réduit à l'aune de la consommation.
A l'évidence, des démarches de transformation de l'environnement sont en cours, cela vaut pour son esthétique, et celle de l'ensemble du monde,. A quoi bon tenter d'assumer ou "dépasser" un détail, une incongruité, puisque tout ce qui ne me va pas n'est pas moi... Grossière erreur, je crois, en cette occurrence...
Ce n'est pas parce que nous, occidentaux, descendons culturellement des religions du livre (judaïsme, christianisme et islam) qu'il nous faut nous sentir les destinataires dédiés des fruits de l'univers. Je crois que nous n'avons pas bien compris ces textes là. Nous y reviendrons... Mais c'est à cause de ces représentations erronées, et parce que nous y sommes accompagnés, que nous nous comportons en enfants de cinq ans.
Et si nous n'étions, de fait, que de simples éléments du grand nœud de nature ? Alors tout ce qui est élément du monde, de notre univers, de l'univers, ferait partie intégrante de nous même comme nous faisons partie du "grand tout". Vouloir l’effacer serait "ne pas comprendre qui nous sommes". Pire encore, ce serait une mutilation.
Cela me fait penser à la pomme de terre qui déteste la terre, à la fleur qui déteste les abeilles, au yuka qui déteste le papillon, au poisson qui a horreur de l'eau, à l’oiseau qui rechigne au contact de l'air, etc.
Oui, toutes les hérésies, les véritables hérésies, pas les religieuses, sont des fractures dans la représentation de soi, des choses et du monde. Je me sens femme et je refuse mon corps d'homme, alors l'opération s'impose... Ah bon ? Et si tout ce qui me "fait" constituait le projet de ma vie ? Si je me coupe, si je touche aux éléments du projet, alors je passe à côté d'une transcendance, d'un quelque chose de plus grand à vivre, d'un dépassement, d'une aventure singulière. Désolé, je ne suis plus un enfant de cinq ans...
Ce n'est pas mon corps, ni mon environnement, ni les autres, ni même le monde qui doit changer, mais mon regard, ma vision, ma conception de moi, des choses et du monde. Dès lors, il m'est offert un plus à vivre ! Je pense au petit prince de Saint-Exupéry devant la rose, le renard, l'aviateur, le Roi, le vaniteux, l'ivrogne, le businessman, etc... Ce ne sont jamais les univers qui sont à changer mais le cœur à l'ouvrage et la manière de concevoir le réel.
Oui, il y a parfois, dans nos postures et nos comportements, des fractures nécessaires, que l'on se doit de considérer comme obligatoires (ou comme un réel qui s'impose). Je pense à la nécessité de donner du sens au vide, car si le mot circonscrit et délimite un morceau de réel, au delà du mot se trouve quelque chose à saisir. Mais avant de traiter de la conscience de "ça", il nous faudra d'abord regarder le réel comme il se présente et non comme on lui impose qu'il soit.
"Les lois de la nature sont celles que nous lui trouvons" disait Serge Moscovici. "la réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît" écrivait Arthur Schopenhauer (phrase à laquelle je fais allusion plus avant). "L’entendement, écrivait Emmanuel Kant, ne puise pas ses lois dans la nature mais les lui prescrit". "Les faits, écrivait Bruno Jarosson, dépendent aussi de l’observation et de ses croyances, et toute perception est liée à une intention". Le philosophe Thomas Khun nous indiquait que "Les paradigmes déterminent la façon d’élaborer les faits". C'est comme cela que nous élaborons nos rapports au réel : depuis nos représentations et certitudes.
Il est loisible d'ajouter encore, que "Le succès d’une action ne dépend pas des outils, ni des moyens, ni de la stratégie mise en œuvre, mais uniquement de l’identité que le sujet projette dans l’action". C'est ce que disait mon grand père gendarme, ancien compagnon du tour de France... Et pour terminer cette courte réflexion, voici ce que disait l'humoriste Pierre Dac dans un de ses sketchs, "L'idée que l'on se fait de la situation dépend du point de vue où l'on se place"... et tout le monde riait. Et pourtant, c'est tellement ça notre réalité... Mais qu'en ferons nous ?
Jean-Marc SAURET
Le mardi 19 novembre 2019