L'Humain au cœur et la force du vivant : "Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Et sur cela, nous avons la main. C'est là toute notre puissance et toute ma pensée ! " (JMS) Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, plus dynamique et plus humain, où l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. Il nous faut comprendre et le dire pour agir. Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en faire pas commerce.

Vieillir, clap de fin ? (11 06)

Le général de Gaulle avait dit que la vieillesse était un naufrage. Il est sûr que vécu de l'intérieur, c'est bien ce que l'on peut ressentir. Par ailleurs, j'entends bien l'adage selon lequel la vieillesse ou la jeunesse serait "dans la tête", comme l'on dit. Bien sûr, quand les empêchements et les altérations physiques ou mentales s'accumulent, il se peut et il arrive alors que l'on capitule, que l'on se résigne à les accepter comme autant d'éléments de notre présent. Ainsi, dans ces conditions, il arrive que et que celui-ci devienne pire encore, et s'inscrive dans la perspective du futur que l'on craignait. 

C'est ainsi, que dans un dernier lâcher prise, on devienne vieux, définitivement vieux. Les projets sont alors à très court terme. Les œuvres s'amenuisent et il arrive même que l'on doute d'elles. On fait une sorte de bilan de la vie, de sa vie. Ai-je donné le meilleur de moi-même ? Et puis d'autres idées traversent la tête, si on l'a encore. On s'interroge alors en continue : ai-je bien fait ? Aurais-je pu faire mieux ? Ai-je été celui que l'on attendait ? Ai-je assez aimé ? Voire encore, ai-je bien profité ? ou encore, ai-je eu tout ce que j'aurais pu avoir ? Etc...

Les questions d'accomplissement viennent à la surface, comme un bilan d'intentions et ce que nous sommes se révèle froidement, d'un coup, sans équivoque. Suis-je assez ? Ai-je fait assez ? Ai-je eu assez ?

La question de continuer ne se pose pas, c'est celle d'arrêter, ou pas, qui nous taraude, avant d'arriver à un "à quoi bon", désabusé. Un peu comme si la question de l'utilité surgissait alors, comme celle de l'efficience. En d'autre termes cela revient à "ce que nous sommes ou ce que nous faisons"...

Eh bien, cet article pourrait bien être le dernier. Peut-être que pas grand monde ne le lira... Est-ce le clap de fin ? Possible, bien sûr, mais de fait pas du tout ! Nous avons tellement de choses encore à nous dire !

Alors avant de tenter de conclure trop vite, il reste un brin d'étude à finir : comment vivent et ont vécu cela ceux qui marchaient devant ? J'avoue ne pas savoir, ni avoir consacré de temps à une étude exhaustive en la matière. Je me fie alors à mes propres observations réflexives. A ce moment, d'autres questions me viennent, liées à ma représentation du phénomène. Parce que la vision guide mes pas, tout ce que nous vivons et faisons est lié aux notions de représentations du monde et de soi dans ce monde, à des questions d'intérêts, d'enjeux et de contraintes. Celles-ci soulèvent de l'amour (et donc de la sérénité) ou de la peur.

Les habitants de l'archipel japonais d'Okinawa ont la réputation de vivre centenaires, d'éviter plus que d'autres la dépression, la sénilité et bien des maladies du vieillissement. Ce qu'en disent les scientifiques ? Il s'agirait pour certains, du mode d'alimentation alliant fruits de la terre locale et fruits de la mer sauvage. Pour d'autres, il s’agirait de leur pratique philosophique ancestrale de l'Ikigaï : une réflexion sur le projet de vie croisant ce que l'on sait faire, ce que l'on aime faire, ce qui est utile pour tous et ce qui permettra d'en vivre. D'autres encore indiquent que les liens sociaux locaux se construisent en communauté. Les "Moai", par exemple, sont des groupes d'entraide locaux qui se réunissent dans des lieux de convivialité où chacun retrouve chacun, discute et déguste de bonnes choses simples. Cette solidarité, teintée de plaisirs simples partagés, aurait une fonction de bonheur et petmettrait d'augmenter la sérénité des pratiquants, et ainsi la vie.

Chez nous, il me revient ce message de mère Teresa disant que "la plus grande maladie, aujourd'hui, n'est ni la lèpre ni la tuberculose, mais le sentiment d'exclusion." Nombre de témoignages auprès de thérapeutes en occident témoignent de ce sentiment profond et troublant de n'être pas à la hauteur, de risquer le rejet, de ne pas faire partie de "la famille". Déjà, dans nombre de familles, l'enfant n'est souvent qu'une incarnation du désir des parents. Ceux-ci décident jusqu'à comment les habiller. L'argument vaut pour ce qu'ils vont manger, les lectures qu'ils doivent faire ou les divertissements auxquels ils peuvent ou doivent s'adonner. L'enfant devient alors un objet des parents, et non pas un sujet dans la famille. Cela revient à considérer que ni les désirs, ni les goûts de l'enfant n'avaient de valeurs, ni d'importance.

C'est ainsi, que, dans les cabinets des thérapeutes, le discours de l'incompétence, et de l'incomplétude se répand. Voilà des adultes qui doutent d'eux-mêmes, quand ils ne se haïssent ou ne se détestent jusqu'à l'auto-rejet. Ces malades du bonheuront alors tendance à mal vieillir, à se déliter au fil des ans, en totale perte de confiance en eux, abandonnant les compétences qui sont les leurs et dans lesquelles ils n'ont jamais cru.

Par ailleurs, j'ai vu, chez nous, des anciens être là, "en attendant" ! Il est vrai que nous n'avons pas la main sur le réel. Certaines croyances disent que notre destin "appartient à dieu", que lui seul en décide. Mais qu'est-ce que dieu ? Une autre représentation peut nous permettre d'affirmer que nous ne serions que notre physique, et notre matière. Être, et exister, se réduirait seulement à nous incarner dans cette matière qui nous constituerait. Poursuivre serait la seule et unique opportunité. Ainsi on ne pourrait qu'attendre, afin que ça se passe.

Au décès du père d'une amie, je parlais avec un de ses amis tibétain et bouddhiste. Il n'affichait aucune tristesse. Mon amie non plus d'ailleurs et cependant j'avais entendu sa difficulté à affronter l'absence de son père. Mais dans cette représentation du monde, dans cette culture, la mort est un passage, une transformation, et pas une fin. Il s'agit juste d'un moment dans un cycle. Alors celui qui se trouve face à cette éventualité de passage ne s'inquiète de rien et continue sa vie jusqu'en au-delà. Il y a aussi ceux qui croient en la continuité de l'âme et ils s'abandonnent dans les mains du "divin". Ce qui tient le destin, dans ces conditions, est et reste notre moi profond.

De ce fait, vieillir revient à s'approcher du changement. Certes, celui-ci comporte un caractère quelque peu définitif dans la culture qui est la nôtre. Ainsi, certains choisissent, d'autres subissent ou se soumettent, d'autre encore vont décider en fonction de représentations, d’enjeux, intérêts et contraintes. Si vieillir peut être difficile, mourir est simple comme un bonjour, ou plutôt un au revoir et merci. Je ne traite là que la posture de sérénité, pas de celle de la peur, dont on peut se détacher personnellement et simplement dans la contemplation. D'ailleurs, celle-ci nous appartient en propre.

Mais, vieillir est-il aussi synonyme de handicap, de manques, de régression ? Peut être pas, même si dans notre environnement néolibéral, la vieillesse est devenu un marché lucratif. Mais mal vieillir serait-il incontournable ? Pour être entré dans de nombreux Ehpads, il m'a sauté aux yeux et au cœur, l'état d'abandon dans lequel se trouvent nombre de nos anciens, sans activité de plaisir, ni d'utilité ou de lien social réel. Il semblent passer le temp dans l'inutilité la plus totale. Je comprends, dans ces conditions, que la déchéance rôde, donnant raison à notre général favori. J'ai connu aussi des familles et des villages où les anciens vivent chez eux en pleine activité pour eux-mêmes et pour les autres, dotés de fonctions pour le groupe, et la famille. Il me revient l'image de ces anciens quand j'étais enfant, qui assumaient la fonction de sages, de sachants, d'expérienceurs avisés. Certains étaient les gardiens du jardin, d'autres les responsables de la vaisselle et d'autres encore de certains desserts. Il est vrai que si l'on empêche nos anciens de vivre, bouger, créer, alors ils dépérissent et combien ai-je constaté cela dans les "mouroirs pour vieux" ?

Bien sûr, il existe avec l'âge une limite à notre autonomie et qualité de vie. Mais combien la repoussent avec vitalité et passion tant leur activité volontaire reste vigoureuse... C'est encore de liberté et de moyens ordinaires, de lieux et de considération empathique, qu'il est question ici. On retrouve là ces notions d'abandon et de représentations limitantes. Ce sont pourtant celles dont nous avons le plus grand besoin pour bien vivre notre temps et bien finir notre parcours physique et moral. Alors, en toute bienveillance, et en toute Amitié, je souhaite bonne route à chacune et à chacun ! Yes, we can”, en bon français….

Jean-Marc SAURET
Le mardi 11 juin 2024

Lire aussi : " Chanter pour changer " 

Vers un nouvel humanisme (04 06)

On sait que la violence produit la violence, et l'augmente jusqu'à la destruction totale. A partir de ces prémices, nombre de démarches de type non violent, comme la CNV (communication non violente), et des associations, souvent internationales, proposent et promeuvent des réponses à la violence du monde sur ce registre là. Aujourd’hui, elles ne se comptent plus. Je repense notamment à celle-ci : "Pressenza", qui a développé un concept autant postural que relationnel. Ses auteurs et concepteurs le nomment le "nouvel humanisme". En cherchant un peu, on s'aperçoit qu'il y a derrière cette appellation toute une philosophie portée par des principes et des préceptes. J'ai relevé ceux-ci : leur site fait de longs commentaires qui me semblent superflus, tellement la posture rejoint ces sagesses qui ont pignon sur rue. On peut citer en l'occurrence, le Bouddhisme, les accords Toltèques, le Wu Wei, le christianisme essentiel et bien d'autres. On retrouve aussi des “invitations à faire” que l'on a déjà rencontrées, y compris en philosophie, par exemple, dans les propos de Carl G. Jung. Mais je préfère vous les donner en lecture et vous en ferez vous aussi votre miel, votre essence, voire même la critique, ou encore votre contribution à cette alternative d'un monde autrement déjà en marche.

Principes du nouvel humanisme (Pressenza)

1. Aller contre le courant des choses, c’est aller contre soi-même (principe d’adaptation).

2. Quand tu forces quelque chose vers un but, tu produis le contraire (principe d’action et de réaction).

3. Ne t’oppose pas à une grande force. Ne combats pas. Esquive ou recule jusqu’à ce qu’elle s’affaiblisse. Alors, avance avec résolution (principe de l’action opportune).

4. Les actions sont bien lorsqu’elles marchent ensemble et non isolément (principe de proportion).

5. Si pour toi le jour et la nuit, l’été et l’hiver sont bien, tu as surpassé les contradictions (principe de l’accord).

6. Si tu recherches le plaisir, tu t’enchaînes à la souffrance. Mais, tant que tu ne nuis à personne ni à ta santé, tu peux jouir sans inhibition quand l’occasion se présente (principe de jouissance du plaisir)

7. Si tu poursuis un but, tu t’enchaînes. Si tout ce que tu fais, tu l’accomplis comme une chose en soi, tu te libères (principe de l’action immédiate)

8. Tu feras disparaître tes conflits lorsque tu comprendras les forces jusque dans leur racine et non pas lorsque tu voudras les résoudre (principe de l’action comprise)

9. Lorsque tu portes préjudice aux autres tu demeures enchaîné. Mais si tu ne portes pas préjudice à autrui, tu peux faire ce que tu veux avec liberté (principe de liberté).

10. Lorsque tu traites les autres comme tu veux qu’ils te traitent, tu te libères (principe de solidarité)

11. Peu importe le clan dans lequel t’ont placé les événements ; l’important est que tu comprennes que tu n’as choisi aucun clan (principe de négation des contraires).

12. Les actes contradictoires ou unitifs s’accumulent en toi. Si tu répètes tes actes d’unité intérieure, rien ne pourra plus t’arrêter (principe de l’accumulation des actions).

On peut voir combien, une fois de plus, toutes ces approches sont convergentes et réaffirment des principes vieux comme la philosophie dans ce monde.

Mais qui est "Pressenza" ? Cette association internationale se présente comme étant un espace médiatique ouvert à l’expression de la base sociale. Elle privilégie un point de vue humaniste universaliste et impulse des partenariats avec d’autres agences, ainsi que des liens de réciprocité avec des portails, des plateformes, des médias, des communautés et cultures spécifiques. PRESSENZA fait partie d’un large réseau de nouveaux médias qui donnent une visibilité mondiale à leurs thématiques locales tout en enrichissant leurs informations avec les contenus que l’agence fournit. 

Pressenza présente des informations, initiatives, propositions et possibilités liées à la Paix, à la Non-Violence, au Désarmement, aux Droits Humains et à la lutte contre toute forme de Discrimination. Elle place l’être humain comme valeur et préoccupation centrale et valorise la diversité. C’est ainsi qu’elle propose un journalisme actif et lucide qui respecte ces préalables essentiels, visant la résolution des crises et conflits sociaux sous toutes les latitudes.

L’équipe de Pressenza regroupe des volontaires qui possèdent une vaste expérience en communication, en militantisme social, et dans des domaines culturels et académiques. L’agence est indépendante de tout intérêt économique, condition essentielle de son autonomie. Y participent des chroniqueurs, des reporters, des photographes, des vidéastes et des traducteurs, sur les cinq continents. Ils offrent un travail professionnel à titre gratuit.

Créée à Milan, Italie en 2009, elle obtient le statut juridique d’agence internationale à Quito, Équateur, dès 2014 (SNC-DAL-2014-0011-O Accord N°037 du 4 Juin 2014 du Ministère de la Communication) et s’organise en équipes et rédactions décentralisées. Présente dans 24 pays, elle émet quotidiennement son service d’informations en anglais, italien, espagnol, français, portugais, allemand, grec et catalan.

Voilà, juste pour se dire que le monde bouge par son socle et que nous ne sommes ni seuls, ni invisibles, à la limite juste ignorés mais tellement présents, efficaces et même puissants. Et dire que cela dépend de nous...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 4 juin 2024

Lire aussi  " L'imaginaire plus puissant que la réalité "

Aimer et être aimé (28 05)

En se regardant dans nos émotions du passé, jusqu'au creux de l'enfance, on découvre que l'essentiel de notre désir profond reste essentiellement d'aimer et d'être aimé. Même si nous avons joué à avoir peur ou à nous faire peur, ce n'est que parce qu'il s'agit là juste de ce qui est l'ombre opposée de l'amour : la peur. Elle est, comme nous l'avons déjà dit, l'outil de la manipulation, de la prise de pouvoir sur l'autre, de la destruction de la réalité, voire parfois vers une "vérité dogmatique d'un seul discours", fût-il officiel.

Pourquoi certains succombent-ils au miroir de cette "vérité" là ? Probablement pour être de ceux qui sont du camp du bien, du camp de la vérité, afin d'y être aimé et se sentir protégé. Bien des gens ont souffert des blessures de l'abandon, du rejet, de l'humiliation, de l'injustice ou de la trahison. Elles produisent des réactions de sauvegarde de soi-même, de défense provisoire, d'évitement, d'effondrement ou de reconstruction. Ce sont là des démarches qui épuisent la personne plus qu'elles ne solutionnent le problème. Elles ne comblent pas le manque. Ces blessures sont toutes des blessures du manque d'amour. Les cicatriser, les réparer, consiste à plonger dans un amour immense, inconditionnel, comme le rencontrent les "expérienceur" d'EMI.

Mais il y a aussi l'illusion de cet amour qui apparait sous les traits de la soumission et de l'appartenance. Mais ce n'est nullement de l'amour. C'est juste la construction d'un cocon où l'on pense ne plus être atteint, ni même atteignable, ou blessable, voire abandonnable, ou encore trahi, rejeté, humilié, victime d'injustice et autres blessures. Mais en est-il réellement ainsi ? Jamais !...

Il se trouve aussi que l'on quête à l'extérieur de soi les remèdes d'un mal intérieur : la blessure. Par ailleurs, celui qui a vécu le rejet ne réagit pas ni n'agit comme celui qui a vécu la trahison, ni comme celui qui a vécu l'abandon ou l'humiliation. Ces maux, en effet,  sont différents dans la manière et la nature de ce que chacun a vécu. La réponse est bien à l'intérieur de chacun de nous. C'est bien là que le bon remède se trouve. 

Peut être que chaque souffrant ne se sent pas assez puissant pour résoudre lui-même sa souffrance. Peut être, pour se préserver ou se rassurer, parce qu'il en a externalisé la cause. Il ne peut alors voir que la réponse est encore en lui. Nombre ont déjà constaté que des solutions externes que le sujet pensait résolutoire s'avèrent si peu conséquentes et la douleur est toujours là. Alors, il arrive parfois qu'il en vienne à nier sa propre souffrance : "même pas mal !". Mais le mal ronge comme un crabe...

Je repense à la pratique des arts martiaux de combat : la blessure ne vient pas essentiellement de l'attaque qui nous est portée mais de notre incapacité à éviter ou accompagner la frappe. Nous sommes toujours responsables de ce que nous n'avons pas fait, ni pu ou su faire pour éviter le choc. Il ne faut pas aller dans un combat que l'on ne connait pas, que l'on ne maîtrise pas. Nous avons toujours le choix de la situation, même dans les contextes les plus complexes.

Par ailleurs, nous savons profondément que l'on aime les personnes "aimables", celles qui attirent l'amour à elles, que les grincheux et les agressifs ne suscitent pas cette propension à les aimer. Oui, chacune et chacun attire ce dont il "vibre". On aime les aimables aimants. On rejette les nerveux agressifs, les égocentriques, les pleurnicheurs, etc. Par contre on aime ceux qui relèvent la tête, qui affichent un désir de passer par dessus, de vaincre, voire de résister, ou au moins de se réveiller. On dit qu'ils ont de la lumière en eux ! Alors nous-même, ne pourrions nous pas commencer par accueillir ce mal qui nous a rongé, le mettre dans la "muleta" comme le fait le torero face à la puissance du taureau ? (Ma référence et mon illustration par la corrida s'arrêteront là.) 

En effet quand quelque chose de négatif nous arrive sur lequel nous n'avons pas la main, nous pouvons éviter de le prendre en pleine poitrine, et le mettre plutôt dans une muleta imaginaire, qui n'est pas nous, qui nous est extérieure... On s'y prépare et on l'y accueille à chacune des fois suivantes. Mais si cette pratique participe du soin, elle n'est pas le soin lui-même.

Alors vivre au fond de soi un amour pour l'univers et les gens, pour le travail bien fait, pour l'accomplissement d'une œuvre lumineuse par exemple, pour ce qui nous passionne, devient la source de notre plus fort médicament. Comme le suggèrent les stoïciens, nous accueillons ce sur quoi nous n'avons pas la main, nous faisons ce qu'il faut sur ce où nous avons la main et faisons sagement la différence entre les deux situations. Il nous importe que notre préoccupation première ne soit pas de nous défendre (ce qui attire aussi l'agression), mais d'adresser à toutes, tous et tout, une puissance d'amour. Et pour le reste, on se pardonne...

Dès lors, respirant la dynamique d'un amour puissant, comment voudriez-vous ne pas en recevoir en retour ?... Simple et logique ! Par ailleurs, nous vivons dans le paradigme d'un monde comme somme d'individualités, de singularités et dont l'éventuelle coopération fait une harmonie, où les conflits sont incontournables, les combats pour la survie naturels et nos failles toujours là. 

Cette représentation suscite l'idée d'oppositions, de concurrences naturelles, de compétitions nécessaires, voire salutaires. Or, si l'on se rend compte que ces singularités, ces individuations, ne sont que parcelles d'un même ensemble cohérent, alors toutes ces oppositions concurrentielles et compétitives disparaissent pour ne laisser place qu'à une complémentarité naturelle faite de coopération dans le développement harmonieux de l'ensemble. De fait, si dans le premier paradigme, la peur domine, dans le second, c'est l'amour...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 28 mai 2024

Lire aussi : " L'Amour comme porte du progrès ! " 

De l'invasion des migrants vers quel grand remplacement sociétal (21 05)

Les mots de ce titre sont forts et ces mots font peur à qui ne les déconstruit pas. Ils semblent d'ailleurs avoir été choisis pour ça : faire peur et susciter des réactions attendues. De fait la peur est mauvaise conseillère et produit toujours des réactions néfastes, pouvant même aller à contre sens. Mais que nous disent ces mots ? Qu'il y a d'une part des étrangers qui menacent notre terre de civilisation et que d'autre part, du fait de leur nombre, ces migrants produiront un grand remplacement civilisationnel. Corrélativement, il est rappelé à l'envie, que ce phénomène est historique et se répète de civilisation en civilisation. Mais revenons sur le sens de nos peurs...

Il me revient que chez les romains, l'étranger était un barbare. Il était ainsi nommé pour signifier qu'il n'était pas romain. Pour certains il représentait en effet une menace pour l'empire. Mais souvenons nous qu'à l'époque romaine, lesdits romains ne connaissaient pas les limites de leur empire. La notion de frontière en effet n'existait pas. Par ailleurs nombre d'empereurs romains étaient des barbares, en l'espèce des gens venus d'ailleurs. Je pense à Septime Sévère qui fut empereur romain de 193 à 211, bien qu'il soit né sur les côtes de l'actuelle Libye. Je pense aussi à Flavius Stilicho, dit Stilicon, né vers 360 près de Constantinople, et mort le 22 août 408 à Ravenne, il fut lui-aussi empereur romain de 379 à 395. Etc.

Ainsi, un citoyen né en dehors de l'empire romain pouvait accéder au "cursus honorum", c'est-à-dire à la magistrature. Ce fut, et c'est un autre exemple, le début de la dynastie des Sévères à compter du troisième siècle. Je pense aussi à Scipion l'ancien, dit aussi l'africain, qui vainquit Hannibal, etc... Et la liste n'est pas exhaustive.

Je pense aussi à tous ces termes locaux désignant l'étranger, comme "gabatch" en catalan, "gadjio" chez les manouches ou encore "aubain" en notre moyen-âge, et plus récemment "allogène" ou "aulochtone", désignant une personne ne faisant pas culturellement ni identitairement partie du groupe et avec lequel, par définition, ceux-là n'ont rien en commun. 

Il faudra attendre la philosophie des lumières pour considérer une base commune à toute personne humaine, revenant ainsi à de lointaines sagesses transformées à dessins politiques, comme le christianisme passant de la valorisation du partage et de l'altruisme à la rédemption par l'obéissance et la souffrance.  On a largement dépassé ici le seul glissement sémantique !

Si chaque groupe se pense des origines singulières, chacun se sait étranger des autres dès lors qu'ils le lui manifestent. Ainsi, bretons, chtimis, gascons, arvernes, basques, corses et catalans (etc.) devinrent indifféremment peuple français dès lors que, sous l'impulsion de Jules Ferry, ils lâchèrent leurs "patois" pour le français. Il ne s'agissait donc pas d'une quelconque acculturation ou intégration, mais d'une soumission-assimilation à la culture locale dominante. Pour souvenir, Dante Alighieri écrivit son œuvre en italien, son dialecte florentin natal, car il ne parlait ni ne pratiquait l'occitan, la langue littéraire de l'époque. Il donnait ainsi ses lettres de noblesse au florentin, dés lors devenu l'italien.

On peut en déduire que chaque langue, chaque culture, est un dialecte d'une autre culture. Des mots arabes occupent la langue française depuis le moyen âge, période où les maures musulmans commerçaient dans le sud ouest et guerroyaient dans le sud-est. Ce sont eux et les disciples d'Averroès qui apportèrent en Occitanie les connaissances philosophiques autour d'Aristote, de Platon et de Socrate.

On constate que chaque culture, chaque civilisation est la fille d'autres, comme notre civilisation occidentale est la fille de l'empire romain en droit, structure et finalités, comme elle est aussi la fille de la culture gréco-arabe en termes de philosophie et de mode de pensée, laquelle est pourtant si proche de la pensée indoue...

Finalement, l'apport de nos visiteurs du soir peut se résumer à un partage critique de manières de voir le monde et de se voir dans ce monde. Elles dérangent la tranquille centration d'une culture pensée ancienne et première. Néanmoins, le pire n'est pas l'arrivée de nouvelles cultures mais la révélation de l'absence de fondements réels à sa propre culture, supposée ancienne, solide et éternelle.

Par ailleurs la rhétorique guerrière, quant à elle, relève de ce seul l'intérêt d'y avoir quelque chose à perdre et à défendre. Or, il ne s'agit là que de biens communs, issu de mixs, de pollinisations et d'hybridations continues. Ainsi, la culture chrétienne de l'empire romain, celle construite par l'empereur Constantin autour du concile de Nicée, n'est jamais qu'une reconstruction politique de l'idée que se faisait Saul de Tarce de cette religion araméenne, descendante de la culture essénienne. Elle venait de Mésopotamie, élaborée lors de l'exil des juifs à Babylone. L'histoire est enchevêtrée et bien loin d'être simple et courte...

Alors, que défend-on lorsque l'on veut préserver une religion, une culture locale ? ... sinon l'hybridation d'un hybride d'autres cultures qui les ont précédées ? On ne défend jamais que l'idée que l'on se fait de cette culture et non la culture elle-même toujours en mouvement et en mutation...

Mon ami et relecteur Jacques, partenaire de mes réflexions, me rappelait ce conte des Gremlins de Joe Dante en 1984. Celui-ci nous montre combien nous attribuons à l'étranger les raisons de nos dysfonctionnements. Il devient la matrice de nos peurs et nous indique combien nous sommes coupables des turpitudes dont nous les affublons. On retrouve bien ici celles que nous leur attribuons et que nous nous condamnons à les perpétuer. Le mythe du yucca venu de l'étranger avec sa mygale mortelle dans sa motte de terre relève de la même pensée : la mort et les périls viennent de l'étranger, lequel est porteur de tous nos maux.

L'image que nous avons construite de nos migrants sont ces Gremilns du conte de Joe Dante dont l'origine réside dans une représentation écossaise populaire chez les premiers aviateurs. Il s'agissait de petits être facétieux qui mettaient les avions en panne. Comme plus tard dans le film de Dante, leurs singularités sont celles que nous projetons sur eux. Nous ne sommes effectivement pas prêts à accueillir ces Gremlins aux capacités de mutations totales, tout comme nous sommes les producteurs de ces créatures que la lumière révèle et détruit. On retrouvera bien ici l'idée de la sagesse, celle qui justement les fera définitivement disparaitre à jamais. 

Il me semble bien que tant que nous aurons peur de ces étrangers, nous les maintiendrons dans une posture de défense. Celle qui, de fait, les radicalise en, justement, ce dont nous avons peur... Quand notre sagesse sera assez lumineuse, alors les douleurs et furieuses peurs que nous aurons générées à leur propos se dissoudront dans la lumière d'une sagesse retrouvée...

C'est bien parce que nous avons perdu le cœur de notre culture que nous nous enfermons dans une prison qui se veut sécure et dont les murs nous enferment. On retrouve là les frontières au delà desquelles nous bouterons l'anglais hors de France... Une culture défaillante est faite de peurs quand une culture forte semble plutôt construite sur des valeurs, comme l'humanisme, la bienveillance et l'amour de l'autre. Tiens, n'était-ce pas cela le cœur des évangiles, de la culture du fameux Joshua, dit Jésus ?

L'auteur de l'universel et grandiose "petit prince", Antoine de Saint-Exupéry, nous a laissé en héritage cette fabuleuse assertion : " Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis ! " Je souhaiterais bien que ce petit ouvrage devienne le fondement de notre large culture, jusqu'à l'universel. Alors, nous repensons à Camus et à cet "Etranger" si précis et si peu singulier.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 21 mai 2024

Lire aussi  " La philosophie de la nouvelle auberge "

Comprendre, ressentir et donner à voir (14 05)

Je développe ce propos aujourd'hui car je me reconnais cette propension à vouloir toujours, et depuis bien des années, comprendre et ressentir le monde pour le dire. Je pense à toutes ces postures qui consistent à contempler, méditer, ressentir ce qui se passe sous nos yeux et le donner à voir clairement. Ce sont peut être là les verbes de ma vie. Il y a tout d'abord cette sensation du réel que la raison peut mettre en mots. Il s'agit là d'un passage de l'intuition au mental. Sans les mots, il n'y a que l'expression artistique qui soit capable de  transmettre des émotions, de les faire résonner dans le cœur d'autres personnes.

Si l'émotion est la vie, la raison est son récit. On peut aussi dire avec Jung, que le psychopathe est celui qui a peur de ses émotions parce qu'il ne les maîtrise pas et donc il s'en coupe de manière à maîtriser "le cours de sa vie", ce dont il s'est coupé... Il s'agit bien là d'un paradoxe ! Alors les mots pour le dire s'adossent aux propos et parcours d'autres qui ont marché devant, qui nous ont précédés. C'est ce que l'on appelle s'asseoir sur les épaules des géants qui nous ont devancés. Je pense notamment à Nietzsche quand il a écrit que "Ce n'est pas le doute qui rend fou mais la certitude." On peut remarquer qu'il fut assez bien placé pour le dire.

Je continuerai donc mon propos sur ce modèle... Il y a une pensée bouddhiste qui nous invite à considérer que l'on ne peut pas revenir en arrière et changer le début d'une démarche, d'un parcours, d'une aventure, mais que l'on peut partir de là où l'on en est et changer la fin. Voilà une posture pratique, simple à envisager, relativement facile à mettre en œuvre si tant est que l'humilité nous accompagne, c'est à dire l'ombre de notre cœur.

Mais partager le résultat de nos études et observations ne fait pas mettre au débat des éléments d'approche de la vérité. Pourtant nous le faisons dans cet esprit là. Nous nous heurtons à des stratégies d'influence, voire de mensonges soumis à des intérêts inavoué. Malheureusement, comme le dit ce proverbe africain, quand la vérité prend l'escalier, le mensonge prend l'ascenseur. Certes, elle finit toujours par arriver, mais après combien de dégâts ? Erasme disait à ce propos que "L'esprit de l'homme est ainsi fait que le mensonge a cent fois plus de prise sur lui que la vérité."  Peut être parce que le mensonge agit sur les peurs et des intérêts. Les derniers événements dans notre vie politique et sociale semblent bien confirmer ce point de vue.

Hier, un couple d'amis dînait chez nous. Nous vînmes à évoquer les propos et discours qui revalorisent les femmes. Se tournant vers moi qui restais silencieux, l'homme du couple me demanda ce que j'en pensais. Je ne pus que dire que ces propos partaient de l'idée que la gente masculine serait coupable de discriminations sexistes, et que cette représentation était  très actuelle et déconnectée de l'histoire. J'ai cru alors avoir dit un gros mot telle la réaction du couple fut de m'exonérer sur le champ de toute légitimité à débattre. Je me trouvais "anathèmisé"...

Il est pourtant vrai que les rôles sociaux des hommes et des femmes sont exactement les mêmes dans les sociétés matriarcales et patriarcales. L'homme s'occupe des relations extérieures traitant de la sécurité, de l'approvisionnement et des entrées de richesses. La femme s'occupant de l'intérieur, de l'entretien du cocon familial, de la nourriture et de la qualité et de la douceurs des liens sociaux. Mais si le pouvoir est à la guerre, il sera celui du père et s'il est au monde intérieur il sera celui de la mère.

Ce n'est donc pas le discours qui fait la valeur ni la discrimination mais les rôles sociaux dans la culture du clan où les rapports s'équilibrent. La déconstruction est une négation de la réalité sociologique. Mais aussi, le discours de revalorisation du féminin installe une opposition entre des fonctions sociales alors que la dégradation des états des uns et des autres relève davantage de la dégradation du niveau de vie : le néolibéralisme a transformé les citoyens en consommateurs, déconstruisant les rapports de fonction, détruisant les moyens des peuples à gérer leur rapport au monde et installe une nouvelle zone de conflits qui détourne le regard des causes réelles du mal-être dans la dégradation des masses en troupeaux de consommateurs, vaches à lait du système.

Nous avons donc la nécessité de revenir à une compréhension profonde de nos réalités économiques et sociales, aux forces réellement agissantes dans notre vivre ensemble. Pour des gestionnaires dirigeants néolibéraux, il est mieux que ce soit le peuple qui s'occupe du mal être issu du néolibéralisme dans une représentation qui les met en cause et les oppose entre eux. La vision réelle de nos réalités sociales nécessite d'autres regards.

Cela nous oblige à une sincérité et honnêteté absolues devant un regard élargi, "défocussé" sur la problématique. Sans quoi, nous ne sommes ni crédibles, ni audibles. Warren Buffet a écrit à ce propos que "L'honnêteté est un cadeau très cher. Ne t'attends donc pas à le recevoir de personnes bon marché." Et cela n'efface pas l'ignorance féconde parmi les entendants agissants. On prête à Saint François de Sales de nous avoir indiqué que "Une grande misère parmi les hommes, c'est qu'ils savent si bien ce qui leur est dû et qu'ils sentent si peu ce qu'ils doivent aux autres."

Alors ce n'est pas faire une révolution active qui pourra changer le monde si les visions des causes restent faussées, mais, comme l'a dit l'auteur et conférencier sur l'auto assistance, Wayne Dyer, c'est "Quand vous changez votre regard sur les choses, (que) les choses changent."  "Rendons à César ce qui est à César", disait un autre sage... Voilà ce qui me semble être "comprendre, ressentir et donner à voir" !

Nous ne manquerons pas d'indiquer que l’Université de Barcelone, conduite par Aparicio Terrés, a constaté la synchronisation de la pensée avec une musique ou un rythme entendu. Ainsi la pensée peut aller jusqu'à la perte de conscience. Nous savons que les tambours chamaniques produisent des changements d'états de conscience, qu'une intervention extérieure comme une pratique intérieure (je pense à la méditation, contemplation, sophrologie, etc.) modifie la conception et la perception, soit toute la pensée.

Mais que faire de tout ceci et de bien d'autres approches, visions, réflexions sinon de les mettre en forme pour que les mots en témoignent sans trahir les perceptions ouvertes et ajustées ? Il est vrai que croire est bien souvent plus important que de savoir. Jung disait que les gens préfèrent croire et juger que de comprendre et connaître, que c'est plus simple...

Je me souviens que mon père avait une confiance absolue dans la providence et le ressenti de ses expériences de vie n'ont fait que l'inviter davantage à le faire. Sur cela, le penseur oriental Deepak Chopra déclarait que chaque chose vient en son temps et qu'il ne nous appartient pas de savoir ni de tenter d'influer sur le quand et le comment elles arrivent. Il suffit d'être sûr de ce que l'on sait et que l'on vise. Ensuite ce n'est qu'une question de confiance.

Je ne sais toujours pas si c'est vrai mais cela rappelle à ma mémoire l'invitation de Marc Aurèle à accueillir ce sur quoi nous n'avons pas la main, à agir sur ce sur quoi nous l'avons et à développer la sagesse de bien faire la différence entre les deux. J'ai l'impression alors que le résultat de lâché prise revient au même comme l'acceptation de ce qui est en toute conscience. Question de sensations. De ce fait il me revient cette définition de ce qu'est l'acteur critique dans notre société : un "renifleur" du monde (selon le terme de Maffesoli), celui qui ressent la réalité, à mon sens avec toute la double dimension raisonnable et intuitive...

Bienveillance (07 05)

La bienveillance, voilà un sentiment bien souvent associé socialement à ce que l'on pourrait appeler "le monde des bisounours" ! On pourrait aussi se poser la question : "la bienveillance, pour quoi faire ? "  Peut être s'agit-il simplement de prioriser ce qui nous occupe, et de donner de la force, de la vigueur à ce qui nous importe : la personne humaine par exemple. Bien trop souvent, la priorité va plutôt à l'abondance de richesses et à la puissance personnelle. C'est  du moins ce que bien des gens mettent en avant, notamment sur les réseaux sociaux. A voir le nombre de podcast et de vidéos sur "comment obtenir l'abondance" peut laisser rêveur...

Saint François de Sales disait que "une grande misère parmi les hommes, c'est qu'ils savent si bien ce qui leur est dû et qu'ils sentent si peu ce qu'ils doivent aux autres..."

Aujourd'hui encore, nous en revenons à la culture néolibérale qui privilégie les biens et sa propre personne en conflit de possession et de pouvoir avec le reste du monde. Ca ne peut pas marcher ! Nous ne ferons pas ainsi un monde meilleur, mais plutôt un univers de frustrations et de désolations.

"Les gens pensent qu'ils sont la personne la plus importante et pourtant ils dépendent de ce que les autres pensent d'eux". Voilà ce que nous dit la sagesse bouddhiste. Ce que nous pensons, nous disent les sagesses modernes et plus anciennes, détermine profondément le monde que nous vivons. Mais qu'en est-il vraiment (Bien que j'aie plusieurs fois développé ce thème) ? Une fois encore, regardons de plus près, mais, si vous le voulez bien, depuis un nouvel angle.

Mes pratiques, observations et analyses m'ont montré bien d'autres réalités. Ce n'est pas ce que nous faisons qui compte, mais comment nous sommes perçus. Les praticiens des réseaux sociaux l'ont bien compris et en sont devenus de dépendants promoteurs. Ce n'est pas parce que nous avons fait de bonnes actions que nous entrons dans le cercle des gens du camp du bien, mais bien parce que nous y appartenons que nos actions sont considérées comme bonnes. La vision guide plus que mes pas, mais aussi ceux des autres dès lors que nous partageons le même point de vue. Comment s'en défaire ? La réponse est simple : en s'aimant réellement soi-même autant que l'on aime les autres.

Paul Watzlawick indiquait dans son principe de "prophétie réalisante" que ce que l'on pense de l'autre influence, voire détermine, ses postures et comportements. Si vous pensez vos voisins fourbes, ils finiront par le devenir. Si vous pensez vos élèves doués et travailleurs, ils finiront par le devenir aussi. Mais aussi tout autant quand il s'agit de soi-même. Dans ces conditions, nous sommes chacune et chacun responsables de ce qui se passe dans le monde. Si ma considération de l'autre et de moi-même est bienveillante, ce sera une chance de plus pour l'humanité. Quand on me le demandait, et on me le demande encore aujourd'hui, ma devise managériale est toujours "Aimer les gens (soi compris) et le travail bien fait !". Il me semble que tout est là.

Il nous faut juste considérer, comme Nietzsche l'a proposé dans "Ainsi parlait Zarathoustra", que "Ce que le père a, s’exprime dans les paroles du fils. J’ai souvent vu les fils être le secret dévoilé du père." Et ces mots non-dits sont dans la conscience collective, voire familiale. Ils agissent en vague de fond comme des pensées sourdes. La puissance de l'intention est bien là. Même quand celle-ci est cachée, ou simplement non dite, la pensée n'est jamais pour autant effacée. Dans ces conditions, notre responsabilité dans le monde demeure pleine et entière.

Ainsi, avec la bienveillance absolue et totale, suivie de la gratitude, notre puissance à générer un monde meilleur est grande, voire immense, puissante et intacte. Les sagesses anciennes regorgent de ces intelligences oubliées. Comme en témoignent ces quelques mots tirés du Talmud : "Si tu sauves une seule vie, tu sauves le monde entier". Alors commençons à nous sauver nous-mêmes, et le reste ira plus simplement de soi.  C'est aussi là le fond du film "la liste de Schindler"... La bienveillance sera-t-elle alors l'arme réelle pour la construction de ce monde que nous espérons, où l'humain, le vivant et le bien vivre seraient le cœur de nos objectifs et de nos préoccupations ? Je ne cesse de le penser.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 7 mai 2024

Lire aussi : " Nos sagesses profondes " 

De l'intérêt pour l'autre (30 04)

Lors d'une rencontre entre amis, dans le plaisir de se retrouver, émerge quelque chose de l'ordre de l'euphorie où chacune et chacun parle, partage A ce moment, chacun pose ce qui résonne avec ce que l'autre vient de dire. On n'écoute pas, de fait, on entend. Et comme le font les montagnes, chacun renvoie quelque chose de l'écho qui résonne en lui. De fait, chacun s'intéresse ici, au "renvoi" qu'il fait et pas du tout à ce que l'autre dit : ce n'est là que la source de son propre écho intérieur.

Il est vrai que si l'on s'amuse, comme je l'ai déjà fait, à regarder ce que répondent les recherches sur la toile à la question de "l'intérêt pour l'autre", on est surpris ! Surpris, et même stupéfait de voir que les réponses  peuvent se résumer à cette formule laconique : "comment susciter l'intérêt de l'autre ?" Les propositions que j'ai trouvées sont seulement des démarches de captation, de polarisation et de séduction... "Mais ce n'était pas ma question !" ... Certes !  Même le "Moteur de recherche" sur la toile a retourné ma question, certainement en prenant en compte la majorité de ce qu'il a trouvé. C'est interpellant...

Je repense fortuitement à cette personne bienveillante, ce "curé" qui m'avais accueilli, adolescent et jeune vagabond à Tours. Il me posait des questions simples, non intrusives, juste pour que je dise mes envies, mes besoins et mes motivations. Il semblait simplement et seulement vouloir comprendre ce qui m'avait conduit jusque là... Je n'avais, à l'époque, pas très bien compris sa démarche qui m'étonnait et que je trouvais si bienveillante.

Il est vrai que, quand nous visitons un lieu en touriste, nous questionnons, nous observons, toujours à la recherche de détails et particularités, à l'affût de ces éléments qui font le fond et le cœur des choses. Ces éléments sont les symptômes du caractère profond du lieu, de son identité cachée, de son sens. Ici, le plaisir de l'émerveillement nous sert de moteur à la découverte, comme c'est bien souvent le cas chez les enfants.

Ce qui se pose aussi ici est la question de la valeur de "l'autre", et de la chose. Nous recroisons encore alors les questions, que nous avons déjà développées : celles qui tournent justement autour de l'intérêt, de l'identité, des enjeux et des représentations du monde et de soi dans le monde. C'est bien là ce qui structure et anime nos actions et nos postures.

Ainsi, lorsque nous rencontrons quelqu'un qui, a priori, est plus "intéressant" qu'un simple lieu, pourquoi notre attention n'est elle pas tournée vers cette observation du profond de l'être et des détails qui pourraient en témoigner ?

Je me souviens toujours de ce jeune curé de Tours dont le premier geste fut de m'offrir l'une de ses paires de chaussures. Touché je traduisais en "bonté" ce qui pouvait le pousser à cela sans que je ne le comprenne vraiment. Empathie et bienveillance, dirait Matthieu Ricard...

J'avais quelques années auparavant "travaillé" dans un camp des chiffonniers d'Emmaüs où la figure de l'Abbé Pierre irradiait les postures et les comportements. J'y avais vécu la bonté comme valeur fondamentale. Une journée où nous sonnions aux portes pour collecter quelques cartons, vêtements et autres objets, je rencontrais une dame avec un bébé dans les bras qui me dit qu'elle "n'avait rien". Je traduisais "qu'elle n'avait rien à donner". Habitué au manque de lucidité sur ce que les gens et nous-mêmes pouvions partager, j'insistais du haut de mes quinze ans...

Son mari me montra alors que les tentures qui servaient de meubles couvraient les cagettes de bois blanc empilées afin de combler un vide absolu... L'après midi même nous revenions avec un camion chargé de tout ce dont ils avaient besoin : meubles, lits, cuisinière, vaisselle et autres objets.

Il avait fallu que le mari me montre, là, juste sous mes yeux, la réalité crue de leur existence pour que tombent mes projections ordinaires, pour que je voie autre chose que ce que je projetais. C'est ainsi que mes yeux se désilèrent.

Il y a tant à découvrir dans l'autre, quel qu'il soit. Je me demande encore aujourd'hui, pourquoi nous ne posons pas les bonnes questions, en lâchant prise sur ce que nous pensons savoir. Est-ce pour cela que j'épousais plus tard la fonction de coach ? Voila bien une activité fondée sur l'attention à l'autre et dont l'outil est la question simple, non invasive, bienveillante et attentive.

Paradoxalement, un jour, je m'étonnais d'un jugement à l'emporte pièce jeté à la figure par une personne. Comme je demandais une précision de sa pensée, ladite personne me répondit avec assurance : "Je sais !". Cette réponse posait qu'il n'y avait rien à discuter puisque la personne savait. ("Ah, les sachants !" penserons-nous.) Effectivement il n'y avait là que le risque d'affrontements si son "savoir" était questionné. J'évitais donc la seule question qui aurait pu être : "Qu'est-ce qui vous le fait dire ?". Je me contentais donc d'un "Ah, si vous savez..." et tournais prudemment le regard...

Au delà de ce point délicat, tout comme ceux où la personne vient chercher la guerre et l'affrontement, il y a cet espace d'interrogation, de lâcher prise et d'observation sans jugement ni a priori où un "univers se donne à voir derrière les fagots". Encore faut-il avoir le désir de poser son regard.

Mais avant ça, dans la rencontre de l'autre, pourquoi ne pas ouvrir ce champ curieux, attentif et bienveillant où l'autre pourrait se donner à voir et où nous pourrions le rencontrer, voire le découvrir ? Il y a là toute une ressource simple d'émerveillements, certainement aussi fascinants que ces lieux que la nature offre à nos yeux aux quatre coins du monde. Et pour que l'autre puisse s'ouvrir comme une fleur, un simple sourire bienveillant l'accueillera, qu'il pourra lire comme une clé.

A l'instar de cette devise "Aimer les gens et le travail bien fait", je me rends compte qu'il n'y a pas de bonnes ni de mauvaises personnes a priori, seulement des gens qui ont pris une route déterminée à l'occasion d'un événement sur leur parcours, route qui deviendra une destinée à postériori et constituera leur vie. Je pense à l'avocat du Natal, Bapu Gandhi qui fonda l'Inde indépendante, ou a cet étudiant des beaux arts, peintre de cartes postales, devenu Adolph Hitler, celui qui rédigeât et appliqua son œuvre "Mine Kampf" jusqu'à son terme. Je pense aussi à Henri Grouès, résistant de l'ombre, devenu le célèbre Abbé Pierre avec ses flamboyants coups de gueule et les communautés d'Emmaüs. Chacun, de son vivant demandait attention et bienveillance.  Aussi, selon la réponse, le meilleur aurait certainement surgi.

Ce sont les gens qui font la réalité de notre histoire parce qu'ils la pensent, la rêvent, la ressentent, l'accouchent, et non l'inverse. Il ne reste qu'une seule devise : aimer les gens et l’œuvre lumineuse réalisée (que j'appelle "le travail bien fait") !

Ainsi, comme le dit Matthieu Ricard, l'altruisme n'est pas une utopie de luxe, mais la seule chose qui puisse résoudre tous les grands défis de notre temps. Voici donc une posture d'engagement qui pourrait bien changer le monde...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 30 avril 2024

Lire aussi : " La connaissance, l'œuvre et l'imaginaire " 

Le Nous, le savourement et l'intuitionnisme ( 23 04)

Le sociologue et philosophe Michel Maffesoli développe dans son ouvrage "La logique de l'assentiment" (Ed. du Cerf 2023) que l'individualisme, le progressisme et le rationalisme ont fait leur temps, et que la postmodernité a déconstruit ces valeurs, et les a même "dévalorisées", sinon démonétisées. Il me semble que nous pourrions dire que nous sommes entrés dans une nouvelle ère, celle du nous, du savourement et de "l'intuitionnisme" ère que je nomme sur d'autres pages "le temps d'après", selon les termes de la psychosociologue et psychanalyste canadienne Hélène Richard.

Le "Nous" renvoie à ce concept de tribus, à la primeur du vivre ensemble dont les déclinaisons ne sont pas toutes vertueuses, mais elles sont là. Je pense à ce soucis d'appartenance, de "con-fusion" dans un groupe qui rassure et protège, jusqu'à l'obéissance aveugle, jusqu'à la soumission et la dépendance au récit unifiant.  Cependant, si l'on regarde le tripode du sociologue Marcel Bolle de Bal, il s'agit aussi de cette capacité libératrice de liance, déliance et reliance qui procure une fluidité extrême des appartenances devenues simples liances et qui s'exprime pleinement dans le zapping. Ceci nous renvoie alors au savourement.

Le savourement est cette primeur donnée à la jouissance, au plaisir, à la caresse, comme une finalité normale, primordiale, et ordinaire. Bien sûr, pourrait alors se poser la question des dangers de l'addiction et de la dépendance, mais aussi toutes cellesdes caractéristiques du zapping émotionnel, de la curiosité des saveurs qui traverse nos relations sociales. Ici, l'obligation a justement laissé la place au savourement qui dès lors prime souvent sur l'appartenance.

Quand je parle d'intuitionnisme, je pense à cette capacité, devenue fondamentale, et qui consiste à ressentir ce qui est, plus qu'à le déduire ou à le démontrer : nous sommes ici dans le domaine de “ce qui est” au delà des rationalités. Les choses sont données dans leur entièreté jusque dans les dimensions émotionnelles (lesquelles sont des marqueurs d'installation de notre réalité dans la mémoire). Bien sûr cela renvoie aux dangers de la consommation aveugle mais renvoie aussi à l'approche globale des réalités défaites des "pensées uniques", des "récits de vérité". Dans ces phases, dès lors, c'est le sujet qui constitue l'objet  : l'observant est le maître de l'observé et non l'inverse.

Nous n'allons donc pas forcément vers une ère meilleure, mais certainement vers un autrement absolu qui sera ce que nous en ferons. En effet, dans cette démarche les possibles sont plus que multiples. Je renvoie à la description que j'ai faite de l'alternance culturelle*, mouvement déjà actuel dont les acteurs donnent le tournis et des insomnies aux modernes rationalistes, "progressivistes" et individualistes. Il est aussi vrai que le concept de psychique, ou psychisme, est un terme matérialiste indiquant ce qui est tout simplement spirituel, c'est à dire de l'ordre de la pensée.

Il me semble voir, dans cette évolution, une convergence avec les sagesses tant anciennes qu'actuelles où l'individu se dissout et "renait" dans l'universel, voire l'univers et la conscience de même dimension. Certains le nomment Dieu. Mais ne pensons pas en entités. Ici, la dimension d'un amour universel dépasse toutes les conséquences de la peur, de la crainte et de la violence propres à la modernité individualiste, matérialiste et verticale.

L'approche intuitive, soit directe, du réel fait l'économie du raisonnement. C'est de fait comme si ledit réel appartenait à l'évidente conscience universelle. Ici, il n'y a plus rien à réfléchir, ni à discuter, voire à "discutailler", car le réel est donné en accès direct dans l'émerveillement, la contemplation ou la méditation, et "travaillable" par la visualisation.

Ces trois variables d'une nouvelle ère que sont le nous, le savourement et l'intuitionnisme, ne sont que des indications pour répondre aux angoisses des modernes que soulève l'apparition, l'émergence d'une telle ère. S'il fallait "expliquer", "commenter" ce qui advient, alors ces mots là seront utiles. Mais en avons nous vraiment besoin dès lors que l'on est entré dans ce nouveau mode d'être ? Dès lors, nous sommes "le nous savourant ce qui est directement donné".  A la fois un aboutissement, et peut être sans doute, un nouveau moment de départ.

*  "Post modernité et alternation culturelle"

Jean-Marc SAURET
Le mardi 23 avril 2024

Lire aussi  " Aime et fais ce que voudras "