mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur  dans  La force du vivant "

Le troubadour ressent le monde, le sociologue le réfléchie,
et ensembles, ils le racontent pour éveiller les consciences...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. 
Bien manager ses projets, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son action et celle de chacun produise la belle œuvre, révélation et fierté de chacun et de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture partagée et de la posture personnelle. Et il n'y a qu'une posture : "Servir ses valeurs".
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mardi 15 juin 2021

Great reset ou grand réveil ? (15 06) C

Avec la crise covidique, sont apparues des perspectives d'un temps d'après assez singulières. Plusieurs projets émergents, certains sont totalitaires, d'autres plus exaltants. Avec le transhumanisme et l'intelligence artificielle, une quatrième révolution industrielle viendrait dépasser l'être humain dans toutes ses capacités. Par ailleurs, une autre perspective émerge en opposé, celle d'une réaction transpersonnelle créant un mouvement collectif d'émancipation "réhumanisante".

Comme l'a dit Jean-Paul Sartre, "Nous n'avons jamais été aussi libres que sous l'occupation !" La formule n'était pas maladroite. Elle prenait en compte le contexte pour parler de chacun. Comme me le disait l'écrivain et poète catalan Jusep Elias : "Sous Franco les choses étaient claires. On savait où était l'ennemi et on savait clairement ce que nous avions à faire. Maintenant les choses sont bien plus floues..." Effectivement, mensonges et manipulations sont de sortie...

Ceci nous renvoie à la forte capacité de résilience que les difficultés réveillent en nous. Être résilient est bien cette capacité à trouver des ressources au fond de soi. Il ne s'agit pas simplement du résultat comme le comprennent nombre de personnes, mais bien d'un processus de réinvention de soi. 

Il me revient cette anecdote rapportée par une professeur de chant et chef de chœur : "Le confinement a invité bien des gens à penser à, et sur, eux-mêmes, à venir sur ce qui leur est essentiel. Au sortir du confinement, bon nombre de mes élèves et partenaires ont lâché le désir de performance. Ils ont aussi abandonné ce même désir de compétition. Ils leur ont substitué celui du beau, de l'essentiel, du joyeux. Ce qui permet en d'autres termes de se faire du bien entre soi. Leur salaire se mesure alors en plaisir qu'ils en éprouvent. On le retrouve associé à ce renforcement unique : le sentiment d'avoir découvert et appris quelque chose..."

Je ne crains pas de penser que dans ces conditions, deux mondes risquent de s'affronter : un néolibéral en plein effondrement et un humaniste et spirituel en pleine résurgence. C'est ce que font certaines sources après avoir longuement cheminé sous terre, créant une œuvre intemporelle, puissante et magique.

Ainsi, "Propaganda" d'Edward Bernays, cette stratégie de construction du consentement, particulièrement utilisée en néolibéralisme, ne marche que jusqu'au jour où le peuple voit les ficelles. Il n'y a plus long à remonter jusqu'aux manipulateurs. Alors ceux-ci appellent les découvreurs, des "Complotistes"... et donc ces dirigeants deviennent les nouveaux "négationnistes". La mécanique est simple. La référence fonctionne jusqu'à la prise de conscience (c'est une autre histoire que nous verrons plus tard).

Si le néolibéralisme entend retrouver après la crise le monde d'avant, en ayant effacé les résistances des personnes à coup d'isolements et de manipulations, alors il risque de tomber de haut. Un autre monde s'est construit dans les sous-sols de la société de consommation. Il ressort aujourd'hui avec force et vigueur. L'effondrement d'un jacobinisme au service des mieux possédants, postmoderne, ultra-consommateur et matérialiste à souhait se profile. Il ne saurait perdurer face à un monde humaniste sans autres enjeux que celui de la liberté du vrai et du bien-vivre ensemble. La devise dans ce combat semble se révéler : "Plutôt mourir que de se soumettre de nouveau !... de toutes manières nous avons déjà gagné !"

Je n'imagine pas que se réinstalle le monde qui nous a confiné, ce monde néolibéral qui a provoqué, voire inventé, imaginé ladite crise. Einstein disait qu'on ne solutionne pas un problème avec les principes de ce qui l'a produit ! Le meilleur des mondes selon Aldous Huxley, ou même George Orwell, armé des outils "Propaganda" d'Edward Bernays, a donc raté sa fenêtre de tir et voici pourquoi il ne peut pas réussir.

Le nouveau monde qu'il impose est un monde dont la technologie est bien plus rapide que tout ce qui est humain. L'être augmenté du transhumanisme, promu par les GAFA, relève d'une technologie de la lumière, une révolution industrielle de quatrième type. La première, vers la fin du dix-huitième siècle, reposait sur une technologie de domestication de la chaleur. Sadit Carnot en 1824 montrait que l'énergie de la chaleur pouvait faire un travail à la place de la force humaine et animale.

La seconde révolution industrielle, qui apparaît vers le milieu du dix-neuvième, repose sur la technologie électrique. Elle va ouvrir un ère nouvelle des ondes, de la transmission radio, de la communication sous des formes immédiates nouvelles.

La troisième, conséquente de la seconde, est celle de l'informatique binaire, de l'ordinateur à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. Elle passera des macros-systèmes centraux aux micro-ordinateurs familiaux jusqu'à l'émergence de l'internet et le développement des réseaux sociaux. C'est une révolution de l'information et des données. Chacun pourra l'utiliser en contrepartie de la captation de toutes ses données les plus intimes. L'individu devient le produit. Le monde se clive encore davantage entre dominants et "utilisés".

Mais la quatrième est celle de la lumière, dite 4.0. Une technologie du tout connecté, jusqu'à la pensée humaine avec les objets. Voilà qui nous conduit à une ère de l'interdépendance totale, de l'intelligence artificielle et du transhumanisme. Dès lors, l'humain est en compétition avec la technologie. Selon la philosophie darwiniste, l'humain s'adapte à l'environnement. Dans ces conditions, il y a ceux qui peuvent et le font et puis ceux qui n'y arrivent pas et disparaissent. Mais à ce stade, la marche est bien trop haute car l'information va plus vite que les capacités de la physiologie humaine.

Par exemple, la vitesse de la lumière qui fait circuler l'information est de près de 300 mille kilomètres à la seconde quand l'influx nerveux humain pour traiter cette information circule à la vitesse de cent mètres à la seconde. Les corps ordinaires ne peuvent pas suivre et donc doivent changer de mode de fonctionnement et de priorités.

Cette marche technologique favorise et promeut des êtres "surdimensionnés" en matière de compétence, de puissance et de vie. On peut donc être certains que cette technologie ne sera pas pour tout le monde. Apparaitrait alors une nouvelle courte élite à qui cette révolution serait dédiée. Tout ceci serait aux dépends même de la nature humaine qui, forcément, se rebelle. Ces principes abiotiques sont par définitions contraires aux lois du vivant.

C'est cette marche trop haute qui fait effondrer le système. Voilà qui favorisera le changement radical de paradigme : celui où l'humain, avec ses "valeurs", reprend le dessus. Il construit un monde parallèle et abandonne le monde vieillissant qui, à bout de souffle, s'effondre, incapable de gérer l'accélération du rythme qu'il a lui-même produit. Faute de ne pouvoir contenir la majorité par la manipulation, la peur et le mensonge, la minorité agissante est dépassée par la masse humaine. Alors vient le "nouveau monde", celui de "la vie nouvelle" où l'humain se réveille. 

Ce ne sera pas un "retour des élites" qui renversera la tendance, car la consistance de la résistance est plus forte. C'est ce qu'avait étudié le psychosociologue Serge Moscovici. Il rend compte de ses conclusions dans son ouvrage "Psychologie des minorités actives" (PUF, 1996).

Le "grand réveil" repose donc sur la convergence de consciences individuelles des trahisons, mensonges et manipulations d'élites gouvernantes. De là, cette majorité part vers une révolution de fait, sans combat, construite dans l'abandon du monde existant, pour bâtir "à coté" un monde alternatif libertaire, immédiat, localiste et girondin. Ce monde meilleur naît sur les marges effondrées de l'ancien monde.

Le profil de ces nouveaux groupes rejoint celui des sociétés dites primitives. Celles-ci ont une vision globale du monde avec les interdépendances de tous, de toutes et de tout, dans une écologie des liens avec leur environnement. Leur spiritualité est universellement animiste et chamanique. Ce serait donc un peu comme la "victoire" des peuples premiers, embarquant au passage quelques technologies modernes dès lors au service de chacun, de tous et du tout.

Pendant ce temps, le monde occidental s'effondre parce qu'il a tout séparé, individualisé, dans un chaos de concurrences et de compétition. Il a inventé la disqualification de groupes entiers par le dénigrement, la calomnie et l'anathème, psychiatrisant les uns, excommuniant les autres... et ce jusqu'à rester seul. Perdant ainsi la synergie du grand tout et sa puissance, il s'est trop fragilisé jusqu'à se détruire. La dernière révolution industrielle qu'il aura inventée aura eu raison de lui-même.

Alors, le président pérore que l'on "revit des temps moyenâgeux avec ses grandes Jacqueries, ses grandes épidémies et ses grandes peurs". Mais il n'en est rien : en guise de jacquerie, le peuple ne joue plus et quitte la scène. En terme d'épidémie, on la cherche encore avec ses 5 décès pour dix mile habitants ! En guise de grande peur, c'était bien tenté mais c'est terminé, ça ne marche plus. C'est bien ça le grand réveil !

Jean-Marc SAURET
Le mardi 15 juin 2021


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mardi 8 juin 2021

La fin des bandes de copains ? Mais pas que... (08 06)

Mon épouse me faisait très justement remarquer que les bandes de copains qui nous animaient il y a encore une trentaine d'années, n'existaient plus. Le "faire ensemble", agir en commun, partager l'action et les opinions avec ferveur dans le débat, avaient disparu au profit d'un individualisme forcené, solitaire, inactif, consommateur et impuissant. J'acquiesçais, me remémorant ces balades et pique-niques, repas, bals, rallyes pédestres, brocantes, que nous organisions entre nous, juste pour que vive le quartier où nous habitions, le lieu de vie par excellence.

Me revenait alors ce savoir sociologique qui précisait que les lieux de notre vie, comme celui de notre naissance, sont plus porteurs de liens identitaires que la culture ou la langue qui nous habillent. Il y a une interaction constitutive de l'identité entre la personne et le lieu où elle vit, aux conséquences tant positives que négatives, et ce dans ou hors du groupe. Nous sommes ici dans un lieu d'une émulation accueillante ou de rejet xénophobe de l'étranger. Selon les territoires, on peut entendre les qualificatifs de "gabach", de "gadjo", de "pinzuto", de "barbare", de "métèques", etc... 

Là, se nouent des histoires fondatrices, des marqueurs de sa propre vie sociale et de sa façon d'être au monde depuis "son local". Cet étranger que l'on nomme comme "non-nous" est un marqueur, un repère, une borne. C'est bien pour cela que nous le nommons. Il fait partie de notre monde comme un "au delà de la frontière"...

Les réseaux sociaux qui prétendent rassembler les gens, de fait, les isolent encore davantage dans les postures requises de consommateurs. Les voilà réduits au rôle de solitaires désœuvrés, c'est-à-dire "sans œuvre", animés par des pulsions et des "fabrications de consentements" enracinées dans une illusion manipulatrice.

Nous savons, et l'histoire ne cesse de nous le rappeler (la grande comme les petites), que le triptyque qui anime la vie des gens et des groupes est celui de l'amour, l'argent et le pouvoir. En est-il de même pour lesdites bandes de copains ? Oui, en effet mais pas dans le développement que nous attendrions. A l'intérieur du groupe, l'amour et les plaisirs sont très efficaces pour le lien social. En revanche pour se protéger d'évènements extérieurs, l'argent et le pouvoir, dès lors qu'ils sont partagés, voire acceptablement redistribués, s'avèrent particulièrement efficaces. Hors de ces conditions, nous assistons à l'émergence d'un délitement. Serait-ce alors la fin des bandes de copains ? En effet, sans le ciment de la solidarité, le groupe disparaît.

C'est bien là la particularité des bandes de copains : ce sont des ilots de paix, de joie et d'aventures dans un extérieur dont ils sont les rois indépendants. Leurs règles et cultures internes leurs sont propres et donc constituent des marqueurs identitaires. Ces groupes vivent dans le monde qu'ils ont apprivoisé en affection solidaire, soit par l'argent soit par son refus, soit par le pouvoir soit par sa distanciation. Ainsi ces bandes de copains se distinguaient-elles par une similitude de membres issues de classes sociales identiques ou particulièrement proches, voire sécantes. Le sécant devenait donc la preuve par l'exception de son essentiel, de son fondamental. Ces bandes auraient pu trouver leurs catégories dans les principes de groupes politiques anarchistes, légalistes, nationalistes xénophobes ou bourgeoises conservatrices, etc.

Le repli individualiste est une production du néolibéralisme dans une postmodernité consommatrice. Celui-ci nous refuse en effet la place de "personne" au profit de celle de "consommateur". Dès lors, plus personne ne prend le temps ni le recul pour comprendre ce qui se passe et c'est alors que "tout passe" : le gouvernement passe ainsi du comptage des malades et des décédés à celui des cas et continue de fermer des lits d'hôpitaux. Lesdits cas porteurs sains à 95% deviennent des malades contagieux et sont médiatiquement traités comme tels et personne n'en fait la remarque. La peur se substitue à la raison, et, dans la solitude, personne n'est là pour apporter un débat lucide.

Les groupes dits "modernes" ont donc disparu au profit de "groupes postmodernes". Nous sommes passés de groupes autonomes et souverains à des groupes de jouisseurs, comme le sont les tribus de consommateurs. Mais l'émergence d'un monde d'après, constitué d'alternants culturels, bouscule la physionomie de ces groupes locaux (je renvoie aux articles où j'ai développé ces distinctions).

La différence fondamentale qu'il y a entre les postmodernes néolibéraux et les alternants culturels, ces gens du temps d'après, réside dans les qualités mêmes de ces populations. Les premières sont consommatrices et en concurrence permanente d'intérêts, mais aussi en conflits d'ego. Simultanément, les alternants culturels sont dans la coopération, la contribution et la co-construction. Si les premiers sont polarisés par l'avoir, les seconds sont centrés sur l'œuvre. Voilà pourquoi les premiers n'ont pas d'avenir et les seconds sont correctement armés pour durer et se perpétuer.

Les armes du néolibéralisme, qui a pris son envol et son temps de pouvoir en postmodernité, sont toutes celles sans foi ni loi fondées sur l'affrontement, qui peut passer pour un "aperçu" du succès (alors qu'il n'en est peut-être qu'un artefact). Ainsi le mensonge et la manipulation, comme l'a théorisé Lippmann et l'a mis en œuvre Benays, se trouvent au cœur de ce processus de combat de domination.

Mais quand nous parlons de mensonge, de quoi parle-t-on ? Je vois trois types de mensonges. Le mensonge simple qui consiste, par exemple dans le discours promotionnel ou argumentaire, à user de citations tronquées ou inventées. Censées apporter une référence vers la "vérité" des éléments, elles travestissent, déguisent, voire trahissent la réalité. 

Je vois aussi le mensonge que d'aucuns nomment "par sélection" : il consiste à ne retenir que les éléments et arguments qui vont dans le sens de ses propres intérêts, et de la thèse censée les servir. Par cela, il s'agit d'occulter ce qui est contraire. Je pense à tout ce discours durant ladite pandémie. Parler du soin - et des produits qui soignent - disparaissait derrière les menaces et les condamnations, comme si seul le vaccin bien lucratif devait être "la solution" ...

Je vois encore ce mensonge par rhétorique qui consiste, dans la présentation d'une analyse susceptible de révéler le réel, à confondre volontairement un certain nombre d'arguments, à savoir corrélations et causalités, et là le multicausal avec le monocausal, mais aussi "l'opinion" construite dans l'émotion et les croyances, d'avec le "point de vue" relevant d'une rationalité causale, etc.

Les alternants culturels apparaissent donc aujourd'hui comme les seuls capables de construire ce temps d'après auquel ils appartiennent déjà. Ils se révèlent comme les seuls "porteurs" de ce monde meilleur qu'ils réalisent déjà, et "qu'ils sont déjà", comme le proposait Gandhi. Ils jouent alors involontairement mais très activement le rôle de "constituants" du nouveau monde.

Ce sont ces mêmes "constituants" qui pensent jusqu'à la reconstruction de notre constitution. Ce sont bien eux qui ont ce regard actif et engagé sur la vie quotidienne, sur la vie citoyenne, sur la vie collective. Ils ont ce sens du réseau, du collectif à partager, de la coresponsabilité et des interdépendances des savoirs et des points de vue, des connaissances et des pratiques. Ils ont conscience que le "peuple" est le terreau où se construit et se réalise l'avenir. Ils savent que la seule approbation dont ils ont besoin est la leur.

Pour illustrer leur posture, il me revient cette petite histoire que rapportait un anthropologue. Il a proposé un jeu aux enfants d'une tribu africaine dite "primitive". Pour cela, il a placé un panier de délicieux fruits près d'un tronc d'arbre et leur a dit : "Le premier qui atteint l'arbre aura le panier de fruits !". Quand il leur a donné le signal de départ, il a été surpris de les voir marcher ensemble, main dans la main, jusqu'à ce qu'ils atteignent l'arbre où ils ont partagé les fruits.

Quand il leur a demandé pourquoi ils avaient fait cela, alors que l'un d'eux pouvait obtenir le panier pour lui seul. Ils ont répondu avec étonnement : " Ubuntu ", ce qui dans leur culture signifie : " Je suis, parce que nous sommes ". Autrement dit, le fond de leur culture leur disait "comment l'un de nous peut-il être heureux alors que les autres sont misérables ?" Cette population dite primitive connaît le secret du vivre ensemble. Il se fonde dans la coopération et non dans la concurrence et la compétition, fondements de notre société néolibérale dite "civilisée". Ils n'affichent pas sur les frontons de leurs habitations "Liberté, Egalité, Fraternité" mais ils ont la fraternité dans leurs veines...

Alors, dans ce temps d'après que nous avons à construire, peut-être n'y aura-t-il toujours pas de bande de copains mais au moins verrons-nous l'assemblée de compétences, de savoirs et d'engagements responsables. Et si nous redevenions des humains solidaires ?

Jean-Marc SAURET

Le mardi 8 juin 2021

Lire aussi  "Comme un poisson dans l'eau"

mardi 1 juin 2021

"Être libre, c'est être rebelle" (01 06)

La liberté, on l'invoque, on la réclame, on la défend, mais en fait, qu'est ce vraiment ?

Osho est un mystique contemporain qui pense apporter la sagesse des temps anciens en réponse aux questions des hommes et des femmes d'aujourd'hui. Poète, écrivain et penseur iconoclaste, il propose une vision originale de l'homme. Il pense éclairer nos visions du monde sur la base de l'essence de diverses traditions religieuses et spirituelles. L'argument vaut pour le soufisme, le bouddhisme, Tantra, Tao, Yoga, Zen, hindouisme, christianisme, hassidisme... 

Ce n'est pas la "vérité" de son propos qui nous intéresse, mais, comme l'indiquait Edward de Bono, la latéralité de sa pensée en ce qu'elle bouscule nos habitudes et nos certitudes. Alors regardons l'un de ses courts textes et le lien qu'il voit entre la liberté et la rébellion.

"Un rebelle, nous dit-il, est celui qui ne réagit pas contre la société. Il observe et comprend tout le manège et décide simplement de ne pas en faire partie. Il n'est pas contre la société, il est plutôt indifférent à ce qui s'y passe. C'est la beauté de la rébellion : la liberté!"

"Le révolutionnaire n'est pas libre. Il est constamment en train de se battre, de lutter avec quelque chose. Comment pourrait-il donc être libre ? Il est systématiquement en train de réagir contre quelque chose. Comment trouver la liberté dans la seule réaction mécanique à des choses extérieures?"

"La liberté naît de la compréhension. Il faut d'abord comprendre les mécanismes en jeu : la société empêche l'évolution de l'âme. Le système ne vous permet pas d'être vous-même. Une fois que cela est compris, vous sortez simplement du système sans même une cicatrice dans l'âme."

"Le rebelle pardonne et oublie, il se contente de prendre une distance par rapport à la société, sans lien d'amour ni de haine avec elle." (Osho, extrait de "la liberté") Mais il n'est pas le seul auteur à ouvrir cette porte là. 

Jack Kerouac dans son ouvrage "Sur la route" nous dit que "Les fous, les marginaux, des rebelles, des anticonformistes, des dissidents... tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles, vous pouvez les admirer ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer. 

Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l'humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu'ils peuvent changer le monde y parviennent."

Il me revient aussi cette phrase iconoclaste de Michel Audiard : "Bien heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière !". Le poète, l'humoriste critique ou provocateur, l'artiste, parfois le fou aussi, sont de ces gens qui marchent sur la marge des mots et des concepts où ils "inventent", indiquent ou révèlent, une autre réalité.

Car le mot est une morsure que nous faisons dans le réel. Il y a dès lors ce qui est à l'intérieur du mot et ce qui n'en est pas. Sur la marge marchent les fous, les illuminés, les penseurs et les humoristes.

Ces auteurs-là nous invitent à la prise de recul sur les faits, à les regarder autrement et c'est ce à quoi ce discours d'Osho s'emploie. Il introduit ainsi dans notre regard de nouvelles dimensions de "lâcher prise", quelques bouts d'essence, d'autres relations entre les choses, les faits et les concepts. 

Ce n'est pas tant le fond, cependant intéressant, qui attire mon attention, mais le processus par lequel il ouvre de nouveaux espaces de réalité. Car la réalité n'est jamais que ce que l'on croit, que ce dont nous avons conscience, fusse-t-elle incertaine, incomplète, biaisée par des croyances ou des désirs.

Nous gardons en mémoire que la réalité n'est pas autre chose que la considération que nous avons du monde et de nos environnements. Si nous dissocions les objets de nos réalités, si nous déconstruisons nos archétypes de pensée, alors tout autre chose peut apparaître et nous faire voir différemment, penser autrement.

J'ai déjà usé de ce procédé pour indiquer que le débat rationnel, celui de la confrontation des idées argumentées, avait été remplacé par l'affrontement des convictions, des émotions, des opinions. Ces nouvelles confrontations émotionnelles sont stériles. Elles ne peuvent donner rien d'autre qu'une bataille inaudible à coups d'anathèmes, d'affirmations hors-sol et de certitudes inexpliquées. 

Alors, comme le disait souvent mon lointain cousin et ami cher, Claude Cros, "Faisons l'exercice et nous verrons mieux !" Le propos d'Osho nous indique ici un lien essentiel entre liberté et rébellion. Mais, pour ce faire, il redéfinit, recirconscrit la rébellion. Il en fait ainsi une douceur humaniste et respectueuse de tous et de chacun, un lâcher-prise bienveillant.

Osho nous présente donc une double désarticulation-réarticulation. La méthode devient ainsi plus recevable dans la mesure où elle conditionne la première à la seconde. Voilà un procédé rhétorique fort intéressant qui, d'une part, montre la plasticité de notre capacité de réflexion, et d'autre part nous donne les outils, le procédé, la méthode, de déconstruction-reconstruction. Ce sont ces "réunions" qui ouvrent sur la diversité des réalités.

Non seulement nous touchons là à une nouvelle réalité enrichissante, mais nous "attrapons" aussi une méthode pour penser autrement. Celle-ci pourra grandement nous aider tant dans la construction de notre pensée que dans l'écoute de la pensée d'autrui et la conduite de nos débats. Gardons bien en mémoire qu'il n'y a de "vérité" que liée aux dogmes de nos représentations. Savoir les déconstruire nous apporte une certaine liberté, certes quelque peu rebelle par ce qu'elle bouscule d'acquis des pensées officielles.

Cependant, cela ne nous exonère pas des structures politiques et sociologiques. Comme l'a fait remarquer le philosophe et linguiste américain Noam Chomsky, les intellectuels ont tendance à se glisser auprès du pouvoir pour préserver leur audience et leurs privilèges. Ainsi, remarque-t-il, lors de l'affaire Dreyfus en France, les dreyfusards étaient largement minoritaires. Mais leur consistance dans leurs valeurs et leur obstination dans l'action leur ont permis de rétablir le droit. Actuellement, seuls leurs noms ont traversé l'histoire. Tous les nombreux antidreyfusard ont disparu avec leur posture devenue "honteuse"... Les rebelles sont devenus les héros de la posture que l'histoire a validé.

Ceux qui disent la vérité doivent être exécutés, comme dit la chanson de Guy Béart. Et c'est bien ce qui se passe et que nous voyons encore aujourd'hui dans le traitement de ladite crise covid. Les savants qui ont résisté ou créé des portes de sortie non-officielles ont été discriminés, anonymisés, effacés, discrédités, calomniés... Les rebelles sont toujours libres, jusqu'à ce qu'ils meurent, parfois assassinés... même si les autorités de la bien pensance reviennent sur leurs anathèmes antérieurs et acceptent, par exemple, que l'on puisse discuter de la fabrication humaine du virus en laboratoire...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 1er juin 2021

Lire aussi  "Ma vision guide bien plus que mes pas"

lundi 24 mai 2021

Notre dépendance à notre contexte (25 05)

Nous imaginons que nous sommes libres et indépendants. A cet effet,  nous pensons que ce sont les contraintes extérieures, c'est-à-dire celles des autres, qui nous contraignent, et qui nous mettent en situation de dépendance, voire d’obéissance Nous n'imaginons pas une seule seconde  le caractère essentiel de notre environnement, comme l'atmosphère terrestre qui nous est indispensable et sans lequel nous exploserions dans le vide, étouffés sans air et notre corp pulvérisé en absence de pression atmosphérique. Assurément, nous sommes "constitués" dans et en dépendance d'un environnement (certains diraient "pour" notre environnement). 

Ainsi la contrainte d'une atmosphère est la condition nécessaire à notre vie que nous pensions autonome. C'est elle qui nous donne cette sensation de liberté... Un peu à la manière d’un adolescent qui n’a pas conscience que, sans les parents, il ne serait ni là, ni libre. Nous n'évaluons pas à quel point notre environnement nous est indispensable. Qui, le matin au réveil, remercie l'atmosphère de le préserver en vie ?

Mais ce cadeau est des plus gratuits. L'environnement nous l'offre sans contrepartie, sans condition et sans contrôle. A qui accorderions-nous un tel cadeau ? Certes, à nos enfants, à la chair de notre chair, inconditionnellement (mais pas tous...). La garantie et l'estampille de cette gratuité sont l'ingratitude de l'enfant. Il pensera à nous remercier de ce que nous avons fait pour lui, certes, mais, beaucoup plus tard…

Ce que nous avons fait ou faisons pour lui nous a semblé d'ailleurs si ordinaire, et si normal… Cela relève, et totalement, de notre “devoir” de parent. Ce n'est que le jour où l'enfant lui-même deviendra parent, qu'il ressentira ce désir de donner inconditionnellement, sans retour… Beaucoup plus tard, disions nous...

Quel serait ce parent qui comptabiliserait tout ce qu'il vous assure et vous en réclamerait le règlement arrivé à l'âge adulte ? Oui, je prends cet exemple ahurissant parce qu'il m'a été raconté. Oui, c'est arrivé à quelqu'un, qui n'est peut-être pas le seul dans ce cas... Combien cela nous paraît tordu ! C'est du même ordre que cet environnement atmosphérique qui nous donne les conditions de notre "bien-vivre", sans nous en réclamer le coût.

De fait, il ne peut rien nous en réclamer, car l'environnement atmosphérique est une partie de nous, comme nos parents sont une partie de nous-même. Sans eux, nous ne serions pas et l'image, que nous en gardons, nous structure, parfois en creux, parfois en contre, parfois en toute simplicité et fluidité. Et ces parents-là ont vécu, peut-être très différemment, la même expérience.

Il en va de même avec notre environnement. Nous ne le remercions pas d'exister et il ne nous réclame rien. Ce n'est d'ailleurs pas une raison de l'appauvrir, de le menacer, de le détruire, de l'étouffer avec du monoxyde de carbone, des hydrocarbures et autres polluants. Et il ne nous réclame toujours rien... A qui va-t-il donc présenter la note ? A personne... Lui se perpétuera sous de nouvelles formes. En revanche, les humains auront disparu, victimes de leurs turpitudes. Turpitudes égoïstes ? Pourquoi dire cela. Nous ne devons rien à l'environnement. Pourtant, nous le devons à nos enfants dont nous sommes les parents...

Mais élargissons notre regard : nous existons par cet environnement atmosphérique et aussi par des parents qui ne nous réclament rien. Cependant, notre environnement ne s'arrête pas là. Que serions-nous sans la collectivité sociale ? Que serions nous sans elle qui nous donne non seulement la culture et l'image de nous-même, mais aussi cette conscience de soi, du monde et de tout ce fait que nous échangeons aujourd'hui. Il faut nous arrêter, fût-ce un temps, sur ce “moment” qui se coconstruit dans le frottement social'”, et que l'école de Palo Alto nommait la "proxémie" ?

Vous vous souvenez de l'expérience interdite que j'ai plusieurs fois évoquée dans ces lignes. Elle nous répète que nous ne sommes que de l'autre, que nous naissons à nous-même par la socialisation que la collectivité constitue et nous propose. Certes, elle est ce qu'elle est et nous pouvons regretter avec ingratitude qu'elle ne soit pas autre... Cependant, rappelons-nous que nous pouvons penser ceci seulement par la culture que cette collectivité nous a offerte, et dans laquelle nous nous sommes construits peut-être en revendicateur aujourd'hui ?...

Alors, ces trois contextes (atmosphérique, parental et sociétal) s'avèrent incontournables. Ils nous sont indispensables et offerts inconditionnellement. Les négliger serait nous négliger nous-mêmes, voire nous affranchir de notre descendance. Voilà qui nous couperait de ce que nous sommes dans une inconscience ingrate mais acceptée par nos contextes. Et maintenant, il ne nous reste plus qu'à nous positionner : sommes-nous aussi le contexte qui nous accorde d'être ?... Assurément, et nous l'avons vu, nous en sommes à l'évidence responsables au regard de la vie qui continue... avec ou sans nous, d'ailleurs !

N'oublions pas toutefois, que la perception de soi, de son contexte et des interactions qui en découlent, sont celles que la culture nous indique et que l'expérience installe et ancre. Il n'y a pas plus de réalité que de conscience des éléments. Tout s'arrête là, et s'y épuise. 

A ce titre la réalité, nous nous le redisons, n'est jamais qu'une "élaboration mentale", une conscience du réel. Que le sujet soit distinct de son contexte est donc bel et bien une élaboration mentale. Nous pouvons justifier de celle-ci comme d'une évidence qui s'impose à nous dans un "Mais enfin !" un peu désespéré, et souvent impuissant.

N'oublions pas non plus que les contextes sont ce sur quoi nous bâtissons aussi nos connaissances et nos découvertes, qu'elles soient scientifiques, technologiques, méthodologiques, politiques ou sociales. Rappelons que chacun n'existe que par ses contextes : il est par eux. Dans ces conditions, les interdépendances constituent une seule entité recouvrant l'ensemble de ces éléments apparemment distincts, comme le sont le poumon, le rein ou le cœur. 

Ceux-ci ne sont pas indépendants, ils ne peuvent être des entités autonomes et distinctes, mais bien éléments d'un tout. Ainsi, l'individu et ses contextes constituent-ils la même entité, le même "bloc entitaire". Nous sommes un respirateur dans son air, un marcheur sur son terrain, un parlant dans la langue et la culture de son collectif social, etc. Dès lors, nous devenons obligés à la paix et à la compassion...

Alors, me revient cette douce réflexion du poète musicien et philosophe indien Rabintranath Tagore : "J'ai dormi et rêvé que la vie n'était que joie. Je m'éveillais et vis que la vie n'était que service. Je servis et je découvris que servir était joie". Et si, justement la condition sine qua non de cette existence interdépendante et "contextuée" n'était que de servir ce qui fait que nous sommes ?

Jean-Marc SAURET

Le mardi 25 mail 2021

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