mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur  ou  La force du vivant "

Le troubadour ressent le monde, le sociologue le réfléchie,
et ensembles, ils le racontent...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. 
Bien manager, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son action et celle de chacun produise la belle œuvre, révélation et fierté de chacun et de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture partagée et de la posture personnelle.
Patron, président, manager, décideur, collaborateur et toute personne désireuse de progrès, ce blog est pour vous. Fouillez ! Lisez ! Partagez !
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mardi 26 janvier 2021

L'art et la connaissance (26 01)

Il me souvient de cette lettre dite du "voyant" que Rimbaud écrivait à son ami Paul Demeny en 1871 où il lui indiquait ceci : "Les romantiques... prouvent si bien que la chanson est si peu souvent l’œuvre, c’est-à-dire la pensée chantée et comprise du chanteur... Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à l’éclosion de ma pensée ; je la regarde, je l’écoute ; je lance un coup d’archet ; la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène."

Lors d'une interview, le guitariste et musicien Eric Clapton racontait que parfois la musique le traverse, qu'elle arrive d'on ne sait où et vient directement sous ses doigts sur le manche de son instrument. Il y a là quelque chose de magique et de mystérieux.

Il m'est arrivé de me réveiller vers trois heures du matin, de brancher mes instruments de musique et d'enregistrement, juste pour voir éclore en une dizaine de minutes l'une de mes plus belles chansons. Je l'appelle ma chanson miracle ("Je n'aurai pas le temps").

J'en écrivis bien d'autres, notamment celle titrée "Parce que Je est un autre" où je développe la thèse de Rimbaud.

Parlant des poètes, Heidegger écrivait  "Ils ont charge d'une nouvelle épiphanie." voire même d'une apocalypse, d'une révélation dont on ne sait de qui, de quoi, ni d'où elle arrive.

Alors que se passe-t-il dans nos têtes lors de ces moments magiques ? Juste un moment de grâce ? Peut-être... Il serait alors ce moment mystique de contact avec l'univers entier, où celui-ci nous traverse de ses particules, peut-être ce que l'on nomme l'intuition. L'artiste se trouve alors n'être qu'un instrument du passage. Certains médiums disent qu'ils "canalisent". Ainsi, "ce qui est là" dit autre chose d'imprévu, de surprenant, voire de déroutant, par la dimension qu'il porte : un inattendu.

Les mystiques parlent de révélation, les médiums de communication, les poètes d'inspiration, d'autres spiritualistes de connexion avec l'univers ou la source... Chacun lui attribue un auteur. Pour les uns il s'agit du divin, pour d'autres de défunts, pour d'autres encore de leur muse, pour d'autres aussi de la conscience universelle de l'univers.

Ce qui est sûr, c'est que le phénomène est à la portée de tous, qu'il suffit de laisser venir comme disent en cœur mystiques, médiums et poètes. Il suffit de lâcher prise, de taire son Ego comme disent bouddhistes, yogis et chamanes. Il se trouve que ce discours est aussi celui des célébrants dans les religions animistes du monde entier. L'ethnologue Bruno Etienne disait que c'était là la religion largement la plus répandue dans le monde, bien avant les religions du livre réunies.

Que nous disent leurs pratiques ? Qu'il y a le monde spirituel dans lequel notre monde physique puise sa vie, qu'il nous faut y aller pour comprendre, soigner, réparer, ce qui se passe ici, voire le conduire, le diriger, l'orienter. Et ceci n'est pas, non plus, bien éloigné du fondement des religions du livre.

Artistes, scientifiques, mystiques, nous parlent de l'importance pour leurs travaux de ce lien, de cette communication, que certains nomment l'intuition, d'autres l'inspiration, d'autres encore la révélation. L'inspiration est ce souffle qui vient nous remplir. L'intuition est cette connaissance qui vient directement nous dire "quelque chose" dans des sensations hors raison. La révélation est cette "vérité" venue d'ailleurs, ou "d'en haut", et donnée subitement à voir.

La physique quantique nous indique que le plus petit élément de la matière n'est que de la lumière, de l'énergie. Que celle-ci prend la forme d'onde ou de particules selon le regard de l'observateur. Le phénomène vaut même en remontant le temps, comme si celui-ci n'existait pas, comme si passé et futur n'étaient qu'un présent relatif, modifiable par la seule observation, la seule pensée, la seule intention ou représentation. 

Alors si l'intention modifie l'énergie avant qu'elle ne devienne matière, la conscience devient la génératrice de tout et de chaque chose. Et c'est là, en résumé, le fond commun de toutes ces approches que l'on dit parfois philosophiques, parfois religieuses, parfois mystiques ou bien "pratiques". L'argument retenu dépend du fait qu'elles apparaissent plausibles (ou pas) à notre rationalité.

Nous devrions davantage écouter les artistes, poètes et musiciens, écrivains et sculpteurs, peintres et graffeurs, médiums et mystiques, shamans et guérisseurs. Ils ont parfois accès, même pour quelques-uns sans s'en rendre vraiment compte, à une vision transcendante du monde. Ils lisent au-delà des mots les fondements de ce qui est, comme des caresses du réel sur nos réalités, en marge de nos consciences. Et ce, rien que pour la qualité du débat, de la recherche du réel, de la vérité...

Et s'il vous arrive de ne pas y arriver, alors les différentes cultures ont "prévu" des êtres intermédiaires que tout un chacun peut solliciter pour un accès indirect aux soins, à la connaissance, à l'orientation du parcours, au changement. Ce sont les anges gardiens et archanges, les elfes, gnomes et autres trolls, les esprits de la forêt, de la maison, du vent et des pierres. Ce sont les animaux de pouvoir ou totems, les guides spirituels, les êtres de lumière, les âmes errantes ou protectrices, les aïeux ou anciens, voire les saints ou le "soi supérieur" ou "profond". Chaque culture offre de ces intermédiaires.

Ceux-ci intercèderaient pour vous, accueillant vos demandes, traduisant vos quêtes auprès de l'entité supérieure, Dieu, dieux, le vide, manitou, le grand tout, l'unité, l'univers, la source, le grand architecte, etc. Chaque culture a mis des noms dessus. Alors, même sans intuition, la connaissance et le pouvoir sont possibles.

En attendant, écoutons les artistes et laissons vivre en nous ces qualités singulières intuitives, ces illuminations surprenantes. Il ne s'agit donc pas de savoir si tous ces mondes et entités existent mais de comprendre que ça marche du seul fait d'en user. Un ethnologue conclut après de longues études sur les soignants de toutes cultures que c'est le soigné qui "œuvre" son propre changement, sa propre guérison, sur la seule qualité de la relation. Surprenant, non ?

Jean-Marc SAURET

Le mardi 26 janvier 2021


Lire aussi  "De la société des contraintes à celle du lâcher prise"

mardi 19 janvier 2021

L’être humain a une aptitude merveilleuse au déni (19 01)

"L’être humain a une aptitude merveilleuse au déni!" déclarait, dans une longue chronique au Journal du Dimanche, le psychiatre Christophe André, à propos du contexte des confinements en cette année 2020. Il l'avait agrémenté de quelques sentences lapidaires, précises et parlantes, explicitant son propos : 

"On doit réapprendre à faire un tri parmi nos peurs." 
- "Une civilisation peut être passionnante et brillante malgré le poids de l’incertitude et de l’adversité." 
- "Je ne renonce pas à vivre, sortir, parler ou travailler. Mais je le fais en adoptant des comportements adaptés et proportionnés au danger." 
- "Il y a ce malentendu qui consiste à penser l’instant présent comme un refuge court-termiste."
- "Grâce à la pandémie, je sais que c’est génial de pouvoir être assis à une terrasse de café et bavarder! Et je le savourerai pleinement le temps venu!" 

Ces sentences réalistes et directes nous renvoient au fait que la réalité est bien dans nos têtes, dans notre regard sur le monde, sur l'environnement et les faits. Il s'agit d'un "relu" et d'un "revécu" à l'aune de nos représentations (culture) et nécessités (matérielles ou idéelles).

Christophe André avait observé, comme l'avait relaté aussi Boris Cyrulnik, que pendant les crises, on n’écoute plus les gens qui ne pensent pas comme nous, parce que, justement, ils dérangent le "confort" et la sécurité qu'offrent nos garde-fous mentaux.

Alors, nombre d'observateurs, psychologues, sociologues, politologues et autres observaient qu' "Un nouveau confinement drastique cliverait définitivement le pays entre résignés et indignés." Il se trouve que le phénomène d’acceptation est une démarche active dans laquelle on reconnaît le réel. On ne se dit pas "c’est bien" mais "c’est là", et on décide de composer avec ce "réel" là. La  seule question est donc : qu’est-ce que je fais avec ça? Les observateurs économiques disent que pour justement des raisons économiques, on ne peut pas se permettre un nouveau confinement drastique. Et les observateurs en sciences humaines montrent que pour des raisons sociologiques aussi, cela cliverait définitivement le pays entre résignés et indignés, et tout pourrait bien alors exploser en affrontements. Même si cela arrivait, et même si reconfiner semble totalement inconcevable, on dirait que les politiques en auraient conscience.

Une autre constatation du psychiatre Christophe André est que "la répétition des épreuves aboutit à une habituation ou à une allergie." On s'en arrange ou on s'en exonère. C'est aussi ce qu'il nous semble voir dans la période de fin de guerre en 45. Certains semblaient tirer quelques marrons du feu dans le marché noir ou la collaboration indirecte. D'autres continuaient à résister et combattre âprement, non pas par l'idéologie qu'ils affichaient mais plutôt par "insupportabilité". Ainsi des postures radicales et atypiques apparaissaient : mon grand père qui avait "fait la guerre de 14-18" conservait un certain dévouement à Pétain mais, lors de la seconde guerre mondiale, il ne supportait pas la présence allemande et nazie. Et donc il aidait les maquisards grâce à la facilité que lui conférait sa fonction de gendarme.

Ce ne sont pas les choses qui nous dérangent ou nous favorisent, mais le regard que nous portons sur elles. En effet, la réalité n'est jamais que la vision que nous avons du monde, sur l'élaboration mentale que nous en faisons. De ce fait, nous devenons humain dans la relation à autrui, comme le disait déjà Confucius et l'ont redit Lacan, Merton ou Watzlawick. La réalité vient donc bien de nos pensées et ce que nous en faisons n'est jamais que ce que nous en pensons. Toujours la même question de culture et de nécessité.

Si les faits sont têtus, comme le pense la philosophie occidentale, ils ne sont que ce que notre conscience peut décrire au fils de nos représentations et nécessités. C'est bien dans ces conditions que ce que nous concevons existe, quel qu'il soit, et, corrélativement, ce que nous ne voulons pas voir n'existe pas. 

Ainsi, les mensonges de nos gouvernants nous sont tellement inacceptables, que pour certains, ils disparaissent, ils n'existent plus. On les retrouve en quelque sorte scotomisés. L'agression dont une personne a été victime peut être tellement inacceptable qu'elle n'existe pas. Ainsi, nombre de femmes violées n'ont aucun souvenir de ce qui s'est passé. Cet enfant battu et violenté n'a plus de souvenir de ce qu'il a subi, voire parfois plus aucun souvenir de cette période de sa vie. C'est à partir de là que des populations entières ne se souviennent plus du totalitarisme qu'elles ont subi juste parce que ceci les renvoie à leur propre lâcheté, celle dont ils s'accusaient alors, consciemment ou pas... C'est aussi ce qui s'est manifesté en 45 au moment de la libération.

Ainsi, la peur de ce qui pourrait advenir et la peur de ce qui pourrait revenir fondent, selon chacun, une posture d'évitement : soit par la négation du risque, et ce peut être aussi dans la soumission ("Ce n'est pas si grave apprès tout, autant laisser faire !") ; soit par combat et réactions radicales, comme la rébellion ou la désobéissance civile, par exemple.

Ce sont les raisons pour lesquelles nous n'en voulons pas trop à ceux qui ont souffert. Ils ne couvrent que de façon involontaire leurs tortionnaires parce qu'ainsi, la douleur s'en va... et revient brutalement quand la réalité reproduit au présent un passé irrecevable. Alors, le délire, la douleur, voire la folie, envahissent le corps tout entier. N'est-ce pas ? Si non, ce peuvent être des réactions violentes tout aussi conduites par, peut être, une forme de peur. Il arrive aussi que l'héroïsme soit terrifié.

Si des morceaux du passé n'existent plus, ce n'est peut-être pas du lâcher prise. Ce n'est peut être qu'une amnésie morbide. Des peuples entiers ont cette capacité salutaire, et donc cette merveilleuse aptitude au déni. Ne vaudrait-il pas mieux que nous regardions réellement les éléments qui nous ont tant fait souffrir, qui nous ont tellement remis en cause, dépréciés à nos propres yeux, qui nous ont revêtus d'un rôle inacceptable, des oripeaux d'une personnalité insupportable ?

Le pire sont les dommages collatéraux. Cette amnésie antalgique nous amène à favoriser des situations qui nous sont contraires. Pour ne pas revivre celles du passé, nous évitons au présent de vivre des circonstances qui les rappelleraient. On se fait alors le plus grand tort sans éviter pour autant le retour de flamme ou de bâton, dans un "burn out" ou une maladie évoluant peut être de bénigne à très grave. Et ce, parce que l'on n'a pas entendu ni ressenti les symptômes que le corps nous affichait au fil de l'eau. C'est Georges Santayana qui disait à peu près que les peuples, ou les personnes, qui n'ont pas la mémoire de leur passé et qui ne réfléchissent pas dessus, sont condamnés à le répéter, à le revivre (Vie de raison, 1905)... En science, nous avons l'habitude de voir qu'une problématique mal perçue, mal aperçus ou peu visible, ne peut être résolue.

Nous savons bien, par ailleurs, que ce qui arrive à des personnes arrive et peut arriver à des communautés. Elles réagissent de la même manière sur leurs représentations sociales, leurs mythes, leurs rites, leurs pratiques et l'élaboration de leurs "nécessités". La réalité sociale peut en être violemment affectée. C'est aussi ce que l'on nomme les "phénomènes de croyances".

Bien des travaux de recherche, relayés par des sociologues, ethnologues et anthropologues, comme le suisse Jean-Dominique Michel, nous montrent que ce n'est pas le médicament qui nous soigne, que ce n'est pas le jeûne qui nous soulage, que ce n'est pas l'exercice physique qui nous muscle, mais le simple fait d'y croire. Bien sûr, la médicamentation, le jeûne et l'exercice agissent comme un rituel qui installe dans nos corps l'évidence que ça va marcher...

Nous savons d'expérience que, dans une méditation, si l'on accueille une petite douleur musculaire, une démangeaison, alors plus nous la considérons et regardons simplement comment et ce qu'elle est, et plus elle disparaît. Ne peut-on pas en faire autant pour nos douleurs psychiques ? Au lieu de cultiver le déni dans nos cicatrices, nous pouvons cultiver notre paix et notre sérénité dans une considération lucide et détachée.

Jean-Marc SAURET

Le mardi 19 janvier 2021

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Aime et fais ce que voudras"

mardi 12 janvier 2021

Pour une laïcité relationnelle totale (12 01)

Pourquoi parler d'une laïcité relationnelle ? D'où viendrait ce concept, cette expression ? Il se trouve que dans nos communications post-modernes dans ce monde néo-libéral de pure consommation, ce n'est plus la raison qui guide nos choix mais nos émotions et certitudes. Nombre d'entre nous ont succombé à cette escroquerie et ne font plus la différence entre une opinion fondée sur des impressions, des représentations, des émotions (comme l'envie et la peur), ou la question de l'appartenance (qui peut aller jusqu'aux conflits d'intérêts).

Corrélativement, le jugement est fondé sur la raison (la lecture raisonnable des faits). Est-ce alors l'émotion qui devrait guider nos actes et nos appréciations, ou devrait-il en être autrement ? Certainement ! La raison serait-t-elle bien venue pour guider mes pas et mes choix ? Il va de soi que cette seconde hypothèse, ancrée dans le siècle des lumières et dans la modernité raisonnablement républicaine, s'impose.

Faut-il pour autant condamner les opinions et les ranger au placard des sentiments ? Certainement pas. La pensée et les croyances sont libres mais il est important pour nous de différencier ce qui relève de la raison, de ce qui relève de l'émotion ou des intérêts. Leur usage n'est pas le même.

Il en va de nos croyances comme il en va de nos émotions et appartenances. Je ne suis pas contre les traditions régionales et leurs langues. Je me sais bien occitan et je fais une certaine différence entre les spécificités des différentes régions de France. Je prends même un grand plaisir à savourer les particularités de tous ordres. Certes, nous savourons ces singularités culturelles, nous les cultivons et les partageons, mais en aucun cas elles n'entreront en ligne de compte en terme de décisions sociétales.

Dans tout ce qui relève de notre vivre ensemble, nous avons des règles et des lois qui bornent et balisent nos pratiques. De même, nous avons une totale liberté de croire à ce que nous voulons. C'est bien là l'avantage de ladite laïcité. Elle nous garantit à la fois le libre arbitre et la liberté de croyances et de goûts. Eh bien il en va de même dans nos échanges relationnels : nous avons tous et chacun le droit d'aimer et détester ceci ou cela, mais ces préférences émotionnelles, de goût ou d'appartenance ne sauraient entrer en ligne de compte dans une décision sociétale, légale ou de justice. Ce serait ce que l'on nomme "l'arbitraire". Avec lui, l'Etat de droit disparaît.

Ainsi je suis libre d'aimer et de préférer déguster un cassoulet, un Kouign-amann, une choucroute, un couscous, des endives au jambon ou un steak-frites, mais il serait aberrant de les classer par ordre de valeur, de goût ou d'en imposer un certains jours de la semaine. Ainsi, les goûts, les opinions, les émotions, les sensations et les intérêts sont bien de l'ordre du privé, du personnel. Chacun a le droit à ses préférences et il ne peut être légiféré dessus ni à partir d'elles ou à leur aune. Ceci nous paraitrait aussi stupide que d'élire le plus stupide d'entre nous, ou celui qui a le meilleur ou le plus mauvais goût. Cela n'a tellement pas de sens que des associations s'y essaient au titre de l'humour et de la dérision.

Ces derniers mois, lors des débats autour de ladite épidémie de la Covid, nous avons vu fleurir, en terme de propos, tout et n'importe quoi : des mélanges de genres insensés, des références à des procédures invoquant la science et qui jetaient des anathèmes à qui mieux-mieux, manipulant chiffres et références, s'accusant d'opinions erronées ou infondées, voire de mélange des genres. Il est grand temps de faire le tri dans tout cela et de donner à chacun les outils pour s'en prémunir et y remédier.

Déjà sortons des poches les conflits d'intérêts des uns et des autres de manière à dépolariser le débat. Tout sera, à partir de là, déjà plus clair pour chacune et pour chacun. Laissons aux uns et aux autres le droit de croire à ses totems et d'éviter ses tabous. Nous avons vu fleurir des bouquets d'experts dont certains n'affichaient que quelques amalgames en termes de références. Ce sont les mêmes qui sont arrivés sur les plateaux par connivence, voire rapports d'intérêts. Aujourd'hui clarifier un débat devient très complexe. Quelqu'un peut affirmer que sa démarche est scientifique parce qu'elle procède par "randomisation en double aveugle",... ce qui assurément fait savant mais ne dit rien sur son utilité en la matière. On comprendra vite qu'un grand nombre d'études ne répondent pas à cette condition et que celle-ci ne sert que dans des recherches à long terme pour les laboratoires. Pire encore, ceux-ci ne s'y soumettront pas quand il deviendra urgent de répondre à un marché. Dont acte !

Certains vantent la nécessité d'un vaccin à l'aune d'un humanisme bienveillant ("C'est pour protéger les plus vulnérables"). Mais les mêmes n'informent pas sur la capacité dudit vaccin à empêcher les contaminations (ou pas). Ils n'informent pas davantage sur l'efficacité d'un vaccin avec un virus en perpétuelle mutation. Quant à une efficacité dans les cas graves, nous voici littéralement "hors champ". La raison nous a quitté dans ces débats là et la clarification des points de discussions n'est jamais faites. Faits, raisons, opinions et intérêts se mélangent allègrement ici dans une confusion apparemment profitable.

Prenons un exemple simple : le vaccin ! En premier lieu, le vaccin est-il prêt ? C'est-à-dire : répond-il aux finalités pour lesquelles il a été produit ? De même, répond-il à toutes les vérifications préalables et nécessaires en termes d'efficacité primaire et d'effets secondaires ?A ces titres là, peut-on se contenter d'une fiche publicitaire qu'un laboratoire pharmaceutique a produite ? La réponse à cette question s'avère cruelle : les effets secondaires seront pris en charge et indemnisés par les états. Cela signifie bien qu'il y a là une large part d'incertitude et que les vérifications préalable n'ont pas été achevées, voire même effectuées. Tout ceci m'apparait comme une manipulation déraisonnable.

Et si vous insistez pour en savoir plus, alors votre interlocuteur expert patenté change de niveau de discussion et vous affirme qu'il "se fera vacciner car on ne peut pas prendre le risque de contaminer les plus fragiles". Et la boucle est bouclée... En effet, nous ne sommes pas là sur le même niveau de réflexion, ni de débat. Dans la première partie nous débattons rationnellement et demandons des vérifications factuelles, comme les résultats des essais. L'autre option permet seulement, en fin de discussion, de produire une réponse de type émotionnel, c'est-à-dire une opinion qui n'a rien à voir avec la raison sur l'objet débattu.

Mais les conséquences de la confusion entre opinion et argumentation ne s'arrêtent pas là. Comme dans le combat clérical, la recherche de la vérité se heurte aux dogmes d'une pensée fondée sur des croyances et des intérêts. Dès lors, c'est l'arbitraire qui prédomine sur la raison. Ainsi, l'argument vaut pour toutes les lois écrites, édictées et votées. Dans ces conditions, un débat réputé "argumenté" de recherche de la vérité, se trouve conditionné au dictat de la croyance de quelques-uns, et pollué de surcroît par leurs propres intérêts. 

On n'hésitera pas à produire de faux rapports, de fausses études "bidonnées", à manipuler les chiffres, à changer les critères d'observation en cours de route, etc. La créativité, en l'espèce, s'avère sans limites... Quand on constate que, sous le regard du président de la république, des lobbyistes et des médecins se tutoient allègrement au sein du comité scientifique, quelques "doute" sur les finalités de membres dudit groupe (voire du comité lui-même) apparaissent. On ne s'étonne alors même plus des mensonges, contradictions et décisions absurdes qui en ressortent.

Ainsi, comme l'énonçait le philosophe Giorgio Agamben, "L'épidémie montre clairement que l'état d'exception est devenu la condition normale". Mais par quel stratagème nombre de gens n'ont-ils rien vu venir ? Le philosophe a très bien compris la démarche qui a consisté à la mise en place de mesures sécuritaires hors norme sur l'idée qu’il faut "suspendre la vie pour la protéger" (Tribune du 26 février 2020 "Coronavirus et état d'exception" dans le journal "Il Manifesto"), piétinant ainsi éthique et libertés. Giorgio Agamben poursuivait ainsi : "Il semblerait que, le terrorisme étant épuisé comme cause de mesures d’exception, l’invention d’une épidémie puisse offrir le prétexte idéal pour étendre (les mesures d’exception) au-delà de toutes les limites". La supercherie était-elle consciente, ou la confusion entre opinions et raison l'a-t-elle favorisé, voire permise ?...

Comme l'a si bien décrit la philosophe Hannah Arendt dans son analyse du totalitarisme, la soumission à l'arbitraire est un abandon de sa propre conscience des faits, de son libre arbitre, de sa raison et de sa responsabilité. Ainsi, sous le prétexte de choisir un moindre mal, les soumis choisissent le mal. La bureaucratie qui en découle devient inconditionnellement totalitaire. Voilà pourquoi le principe de laïcité est un rempart contre tous les totalitarismes montants, privés et communautaires. Ceux-là diront à leur procès, comme on l'a déjà entendu, "qu'ils n'ont fait qu'obéir". C'est bien aussi ce que nous vivons aujourd'hui dans l'arbitraire de l'opportune et prétendue crise sanitaire. Elle est devenue plus politique, favorable et dédiée aux intérêts privés, plutôt qu'orientée vers la protections des gens. Nous voilà bien sur une question d'éthique dans ce détournement d'objectif, voire du "bien commun".

Interdire de penser, cela s'est développé dans bien des milieux contre les citoyens critiques et autonomes, insoumis à la pensée politique dominante. Je pense aux professeurs et médecins, enseignants chercheurs d'université, avocats et lanceurs d'alerte. La liste n'est pas exhaustive ! Il s'agit bien là de ces personnes libres usant de la raison pour déconstruire les discours partiaux, utilisant leur libre arbitre pour partager l'usage de la raison contre la soumission volontaire (ou par peur) à la pensée dominante... 

Il faut, pour se prémunir contre le totalitarisme d'une opinion, d'un discours pervers, garder toujours cette laïcité en tête et continuer à raisonner en relisant les philosophes rationalistes comme Aristote, Anah Arendt, Foucault, par exemple, et se souvenir de cette qualification de la perversion narcissique par le psychiatre Paul-Claude Racamier, son conceptualisateur, : "Le pervers narcissique est celui pour qui un mensonge réussit vaut une vérité". Alors que la science progresse prudemment dans le débat contradictoire, le mensonge et la bêtise bousculent avec assurance.

Cependant, Platon, en son temps, regrettait déjà que les rhéteurs, grands acrobates du langages, l'emportaient trop souvent sur les vrais philosophes, sages chercheurs bien plus érudits qu'eux. La forme emportait déjà le fond. L'esthétique de l'opinion prenait le dessus sur la rigueur analytique. L'oraison péremptoire, l'absence d'humilité et l'arrogance certaine de l'imbécile sont plus spectaculaires que la discrétion de la sagesse habité du doute méthodologique. La vision actuellement binaire du monde, façonnée dans les outils informatiques, n'arrange rien...

On peut, pour se prémunir, dans les débats, requestionner son interlocuteur déviant, comme le fait le sociologue, le philosophe ou le psychanalyste par ce retour : "Qu'est-ce qui vous le fait dire ?". Et renchérir deux fois par un "C'est à dire ?" puis un "Mais encore ?". Même si la pratique est habituelle, elle reste particulièrement efficiente. Selon le vague ou la précision de la réponse, on aura la réponse et on pourra démasquer le faussaire. Attendez-vous alors à un verbiage "anathèmiste" et diffamatoire, usant des très pratiques mots-faux et définitifs de "complotistes" et "rassuristes". Ainsi plus besoin d'argumenter, la messe est dite... 

Ce n'est pas le monde qui a changé. Nous n'avons pas non plus changé de monde. C'est notre regard sur le monde qui n'est plus le même et ce à cause de l'introduction de données perverses et parasites, ces opinions d'intérêt, instillant la peur, modifiant les goûts et les croyances. Et tout ceci n'a rien à voir avec la raison. Si ça marche dans un sens, ça marche aussi dans l'autre. Le changement de regard nous appartient. Le retour à la raison aussi.

Oui, il nous faut bien distinguer les opinions, fondées sur les émotions, sur des intérêts et sur des croyances, des arguments fondés sur la raison et l'expérience. Pour cela, nous avons donc réellement besoin d'une laïcité relationnelle totale qui garantira tant le niveau de réflexion que la liberté d'opinions personnelles et le tri de ce qui peut entrer en ligne de compte. Cette laïcité préviendra également, en tant que "rempart-déconstructeur", de la montée des totalitarismes toujours arbitraires. La raison est de l'ordre de l'universel quand l'opinion est strictement personnelle et privée. On ne mélange pas les genres, ni leurs usages.

Jean-Marc SAURET

Le mardi 12 janvier 2021

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