mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur  ou  La force du vivant "

Le troubadour ressent le monde, le sociologue le réfléchie,
et ensembles, ils le racontent...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et œuvre mieux. 
Bien manager ses projets, c'est d'abord devenir la meilleure version de soi-même pour que son action et celle de chacun produise la belle œuvre, révélation et fierté de chacun et de tous. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture partagée et de la posture personnelle. Et il n'y a qu'une posture : "Servir ses valeurs".
Patron, président, manager, décideur, collaborateur et toute personne désireuse de progrès, ce blog est pour vous. Fouillez ! Lisez ! Partagez !
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mardi 13 avril 2021

L'amour comme porte du progrès... (13 04)

Nous avons conscience que nos émotions font tourner notre monde, qu'elles sont à l'origine de tout ce que nous faisons, créons, que ce soient des objets ou des relations. Nous savons au fond de nous-même que l'amour est un moteur non seulement premier mais des plus puissant. Mais alors, de quel "amour" parlons-nous ? Il me souvient du propos de cette personne qui le définissait d'un point de vue sexué et de manière particulièrement triviale. Il me souvient aussi de ce dicton qui affirme que ce qui mène le monde sont "le sexe, le pouvoir et l'argent !" Au delà du sexe, on retrouve bien la puissance du pouvoir et la passion des biens matériels.

Il me souvient aussi de cette posture vorace qui consiste à consommer goulument les biens, les nôtres comme ceux des autres... Regarder se nourrir de jeunes chiots s'afférant autour de la gamelle, constitue un parangon de notre socialité : "d'abord ma gueule !" Comme le verbalise cette pensée populaire "tout pour ma gueule!". Ainsi le bonheur se résumerait à la satisfaction de besoins matériels dans un jeu de concurrences et de compétitions ? 

Mais dans cette compétition apparaissent des perdants et des gagnants, et le simple fait de jouer impose l'acceptation de perdre. Mais les gagnants, ayant ensuite peur de perdre ce qu'ils ont obtenu, développent alors des stratégies de défense. Voilà un bonheur particulièrement bizarre où il n'y a de fait que des perdants plus ou moins chanceux. On peut néanmoins relever une constante : à un moment, et de toute façon, les uns et les autres se retrouveront immanquablement stressés... 

Alors, l'amour serait-il toujours ce "aimer comme une orange"? La réponse m'apparaît plutôt comme revenant littéralement à "apprécier l'autre heureux". Bien sur, comme le dit le physicien quantique et anthropologue Philippe Bobola, il s'agit d'un égoïsme altruiste. Apprécier indique qu'une sensation conséquente nous comble véritablement. Je dirais même qu'il s'agit d'un "comblement de soi" par le bonheur de l'autre. Alors rendre l'autre heureux semble s'épuiser dans juste produire chez lui, selon ses propres critères, le plaisir d'être "entier", "rassemblé", "là"... lequel comblement nous comble à notre tour.

Mais la haine, me demanderez-vous, n'est-elle pas la même chose ? Elle me semble en effet, relever de la même mécanique. Elle serait le côté opposé d'une même pièce émotionnelle (mais pas son contraire qui serait plutôt la peur. Nous en parlerons une prochaine fois). La haine serait cet avers, dont les finalités se trouveraient perverties, voire tronquées. Il s'agit bien ici, et toujours, de traiter de l'état de l'autre. 

Selon l'image que je me fais de cet autre, son état me comblera, soit de plaisir, soit de douleurs. Il s'agit bien, dans ce cas aussi, d'un partage et en matière de sentiments, tout ce qui se partage augmente. 

Si nous en voulons à cet autre d'avoir blessé notre ego par la spoliation de l'image de soi ou de ses propres biens et attachements,... alors nous souhaiterons qu'il ressente au moins la même chose, sinon davantage. C'est là notre curieux principe d'égalité, lequel comporterait une sorte de "rattrapage", sorte de "valeur ajoutée" renversée et revisitée. 

Mais quelle idiotie ! Chaque fois que je tente de produire chez l'autre ce désagrément volontaire, au moins égal, voire un peu supérieur, à celui que je ressens, j'augmente la douleur pour chacun. Donc, de façon globale, j'augmente l'intensité aussi pour moi. A partir de là, comme cette douleur "ronge" littéralement ceux qui la vivent, je me pénalise, me punie moi-même. 

Il y a donc là quelque chose de réellement destructeur. Par ailleurs, si je tente de produire un comblement de satisfaction et de sensations chez cet autre, alors c'est son comblement qui me ravit. A partir de là, l'appréciation et l'amour qu'il produit augmentent réciproquement pour chacune et chacun. Ce comblement est de fait agréable, rassasiant et constructif pour chacune et pour chacun.

Intuitivement, nous savons bien que la haine s'avère destructrice d'autant qu'elle tente de spolier l'autre de ses biens et/ou de ses sensations exquises... celles qui justement sont censées le combler. Alors, l'amour, cette appréciation de l'autre heureux, constitue certainement une source de progrès puisqu'il comble les protagonistes de biens matériels et immatériels. On peut, en cette occurrence postuler que la situation ainsi décrite, produit des synergies et de réelles plus-values, donc une dynamique certaine.

Nous pourrions commencer par devenir ces dits "égoïstes altruistes" en habillant nos cœurs, nos pensées et nos intentions de ce désir d'être heureux... et ainsi alors heureux du bonheur des autres, celui qui nous comble tous les deux.

Si la haine réduit, voire détruit, les biens matériels et immatériels, l'amour les augmente et les développe. N'est-ce pas là une réelle source de progrès ? Il n'est en l'espèce, nul besoin d'aucun autre investissement, sinon sa propre appréciation de l'autre heureux... N'est-ce pas magique ? Il existe de pires perspectives !...

Jean-Marc SAURET

Le mardi 13 avril 2021


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mardi 6 avril 2021

Sociétés primitives et société moderne (06 04) C

Nous avons tendance à différencier les sociétés que nous appelons primitives d'avec notre société moderne globale et mondiale. Sur le vecteur historique du progrès, la nôtre actuelle serait plus avancée que lesdites primitives, donc plus évoluées et les primitives donc archaïques. Mais en quoi, sur quel plan et sur quels critères ? 

Nous avons tendance aussi à penser que nous ne pourrions nous réduire à un retour aux organisations archaïques, tout d'abord parce qu'il s'agirait d'un supposé "retour en arrière", et donc, d'une prétendue régression. Là aussi, en quoi et pourquoi donc ? 

Dans ces conditions, nous pensons ce changement impossible car notre société est bien trop immense, trop populeuse, trop nombreuse de personnes impliquées pour pouvoir nous réduire à une société du petit nombre. Débarrassons-nous donc tout de suite de cette idée farfelue et certainement erronée.

Que savons-nous de nos relations sociales ? Nous n'avons de rapports directs qu'avec les personnes qui font partie de notre cercle social. Ensuite d'autres personnes, physiquement dans notre territoire, ne nous sont pas connues, et elles constituent, dans notre rapport au monde qu'un élément du monde. Nous ne les saluons pas quand nous les croisons. 

Puis il y a des individus plus distants de nous-même, que nous n'avons même pas la possibilité de saluer même si nous le voulions. Nous les voyons sur ces supports que l'on appelle les médias. Nous entretenons avec celles-ci une relation virtuelle, voire imaginaire, certainement pas plus réelle qu'avec des entités d'un au-delà, d'un paradis ou d'un enfer. 

Tout ce "reste" de notre société moderne n'est en contact avec nous que par médias interposés. Nous croyons que ces autres personnes existent et qu'elles sont nos semblables parce qu'aperçues dans ces médias. Et pourtant nous ne les croiserons jamais de notre vie tout entière. Mais comme nous croyons qu'ils "sont des nôtres", nous les incluons dans notre réalité. Pourtant, elles sont davantage de notre imaginaire que de notre réel. 

Parce que nous croyons que les médias nous montrer le réel, alors nous projetons que leur environnement fait partie du nôtre. Et pourtant, il n'y a pas plus de réalité dans ces virtualités que dans les mythes qui font la culture de ces sociétés premières. Nous vivons, eux et nous, dans le même principe de réalité immédiate, habité de la même sensation du réel dans le champ de nos croyances réciproques, habitées de virtualité.

De fait, le groupe social qui est le nôtre n'est fait que de personnes de notre proximité. Les autres, virtuelles, ne sont que des entités abstraites. Ainsi, ce groupe de notre vie réelle n'est certainement pas plus important que les groupes de ces sociétés premières que l'on considère si restreintes. D'ailleurs, cette conception du groupe sur la base du nombre de ses individus et de la nature physique desdits individus ne serait elle pas très occidentale ? Les anthropologues le pensent et nous le montrent.

De fait, nos modes relationnels, qu'ils soient ceux d'une société moderne ou d'une société dite première sont du même ordre : un premier cercle d'intimes, un second d'incertains et vagues et le reste du monde peuplé de nos croyances et représentations. Cependant, nous savons qu'on ne vit pas de la même manière à Salpaleine, village de la commune de Marcillat dans le puy de Dôme, qu'à Montcuq dans le Lot ou dans le quartier de la Goutte d'or à Paris. La différence est la même dans le Passy du même Paris, tout comme à Ploërmel dans le Morbihan ou à Porto Vecchio, en Corse du sud... Pourtant, si nous sommes tout à fait conscients des grandes différences qui caractérisent la culture et le vivre ensemble dans ces différents lieux, nous avons tendance à les penser du même monde, d'une même entité. Petite erreur, en effet !

Ainsi ce monde que nous pensons "voir" n'est qu'une idée. Une représentation que nous voyons tellement changer dans nos têtes pour peu que nous en parcourions des bribes. C'est, de fait, la même structure de représentation du monde qu'ont les habitants de peuples premiers avec des mythes différents. Ceux-ci pensent leurs ancêtres présents et actifs dans leur vie quotidienne, celle que nous appelons publique.

D'ailleurs, nous avons tendance, à tort, de penser que ces gens d'autres cultures se trompent comme si nous étions les dépositaires de "la juste pensée vraie"... l'argument vaut pour bien d'autres cultures voisines. Tout ce que je vis est le réel et tout le reste n'est qu'un "imaginaire explicable"... Mais l'idée que l'on se fait du monde n'est pas le monde. Il ne nous faut pas confondre la carte et le territoire. Pourtant nous avons bien appris cela, tout en ne pratiquant pas l'humilité de cette disponibilité curieuse de l'esprit.

Ce manque de recul sur les réalités du monde (lesquelles sont celles que la culture considère et comprend, voire en connaît) nous empêche d'enrichir notre regard jusqu'à déceler les richesses dans les regards de nos "extra-culturels". En effet, notre représentation matérialiste de la réalité du monde nous empêche de voir les miracles de la nature, ses liens multiples, ses dimensions plurielles. L'argument vaut pour nos potentialités, nos opportunités, nos alternatives, etc. Mais développons un peu.

Aujourd'hui, de plus en plus de personnes de ce que l'on appelle "notre monde" tentent une ouverture à la spiritualité. Ils alimentent les réseaux new-âges ou se penchent sur les phénomènes spiritualistes de ces sociétés premières. Elles s'intéressent au druidisme, aux différents chamanismes, aux rites sociaux des sociétés de chasseurs, ceux de sociétés animistes, mais encore aux phénomènes de la "pensée reposée" comme par la méditation, le yoga, la sophrologie ou l'autohypnose.

J'ai rencontré, adolescent, un voyageur gitan et nous avons quelque peu parlé de nos cultures. Je lui disais mon secret de ressentir les gens que je rencontrais, la journée qui commençait, voire le lieu où j'arrivais. Il se mit à rire et me dit que nous, les gadjis (les non gitans), nous trouvions extraordinaires des choses bien ordinaires. "Chez nous, tous les enfants font çà !" et il me souriait avec compassion. Je finis par comprendre que notre société dite occidentale, ce melting-pot néolibéral, manquait de bien de dimensions du réel.

Nous avons tellement à apprendre de ces peuples que nous appelons premiers. Ils sont certainement empreints de sagesses que nous avons perdues. Alors avec humilité et patience, il nous faut reprendre la route à la recherche de nos sagesses oubliées pour les habiter de nouveau et construire dès lors un monde plus sage.

Jean-Marc SAURET

Le mardi 6 avril 2021


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Pensée normale et pensée normée"

mardi 30 mars 2021

L'effondrement de la qualité du débat est systémique (30 03)

Combien de fois avons-nous entendu des personnes se plaindre que le débat social ou démocratique est confisqué. Qu'il soit politique ou sociétal, dans les médias et les assemblées, il est bien souvent une foire d'empoignes, pour le moins confus, voire même inexistant. Il faut juste nous rendre compte que l'effondrement de la qualité du débat dans notre société occidentale est systémique. Il me semble très simple et très juste de dire que nous sommes passés du débat raisonnable (modernité) à l'affrontement d'opinions (postmodernité) où les règles ne sont pas les mêmes (néolibéralisme). De quoi s'agit-il ?

Nous sommes passés au cours des années quatre-vingt progressivement de la modernité, caractérisée par son ancrage dans la rationalité et l'individu autonome, à la postmodernité caractérisée par un ancrage dans l'émotionnel et la construction sociale en tribus. Le fondement de la modernité était "l'ouvrage" (le travail) pour une société meilleure à venir, pour un temps lointain, le fameux temps des cerises, dans une structure verticale. Ici l'identité était celle de la place sociale, là où justement l'habit fait le moine, ce lien, ou lieu d'où le pouvoir découle, et que l'on trouve ancré dans l'œuvre réalisée et son témoignage.

La postmodernité n'a pas cette structure ordonnée que lui a conférée la montée du néolibéralisme, qui transforme le citoyen en consommateur. Ainsi le liant des tribus est un ambiant dans un ici et maintenant exclusif. Lesdites tribus se constituent autour d'outils du commerce, comme une marque de smartphone, un autre objet de consommation ou un réseau social. Tout se vit dans une immédiateté gloutonne et dévorante.

Mais ce temps néolibéral, dionysiaque, égocentré, jouisseur et esthète, n'est pas le dernier. Arrive maintenant un temps d'après que l'on qualifiera d'alternation culturelle, voire d'ère quantique. Ses quatre variables fondamentales sont un pragmatisme intuitif, un collectif de personnes engagées organisées en réseaux et reliées par ceux-ci variables, non clos et interconnectables. Ils ne sont ni tournés vers un lointain futur meilleur, ni seulement sur un ici et un maintenant, mais ils vivent dans une intemporalité. En deux mots, on pourrait les comprendre dans cet échange conversationnel : 

  • Que  faites-vous ?
  • Une cathédrale !
  • Mais c'est pour quoi et pour quand ?
  • Pour ceux qui s'en serviront et quand elle sera finie...
  • Mais qui dirige le chantier ?
  • Nous... C'est untel et une telle qui avaient une certaine idée. On l'a fait...
Cependant ces trois temps, modernes, postmodernes et alternants culturels, ne se succèdent pas. Ils s'ajoutent, se juxtaposent et s'articulent. La postmodernité, ce mouvement d'ultra-consommation néolibérale, n'est pas arrivée en chassant la modernité en clamant : "Du balai la modernité ! C'est à nous maintenant !"

Bien que la tentation soit grande en néolibéralisme et que l'exclusion de tout ce qui n'est pas de la tribu soit un désir profond de pratique, les oppositions de comportements entre modernes et postmodernes sont là et bien là. Ils ont bien du mal à se comprendre et s'articuler sereinement leur est impossible. Deux mondes s'affrontent, l'un rationnel et raisonnable, l'autre émotionnel et d'egos forts, de clients rois.

Le mode relationnel des alternants culturels est très pragmatique. Ce qui les dirige est l'œuvre. Donc les rencontres se font sur la considération que chacun détient une promesse pragmatique, une capacité et une volonté, une vision de l'œuvre singulière. Nous sommes là dans une anarchie humaniste où il n'y a pas de chef, un mot dont ils ont d'ailleurs une sainte horreur. Regardez ce qu'étaient les "Nuits debout", ce que sont les "Anonimus", "Podémos", les "Partis pirates" ou les "Gilets jaunes". Connaissez-vous leurs chefs ? Non. Ils n'en ont pas et n'en veulent pas. Connaissez-vous leurs porte-parole ? Non plus, ils n'en ont pas et n'en veulent pas. Il s'agit de collectifs cohésifs sur l'action et l'œuvre où le comment se construit pas à pas.

Voilà pourquoi les gouvernants issus de la modernité et acculturés postmodernes, ne peuvent pas parler avec eux. Ils n'y arrivent pas car ils attendent de ces groupes sans chefs (mais humainement très structurés par des désirs et des visions) qu'ils soient des partis, des syndicats, des organisations tutorées. Chez les modernes, on parle entre chefs responsables. Chez les postmodernes, on parle de soi à soi, détenteurs de "vérités évidentes".

Autant les modernes tiennent des discours de raison, et c'est justement ce qui a "inventé" le débat. Autant les postmodernes tiennent des propos d'opinion où la forme emporte le fond. Ici la théâtralisation et l'émotion tiennent lieu d'échanges. S'il y a accord sur les représentations, tout va bien. S'il y a désaccord, alors les recours à la violence, à l'anathème, à l'exclusion radicale fusent. Nous sommes dans deux champs conversationnels totalement incompatibles.

Et qu'en est-il du mode relationnel des alternants culturels ? Fluide et pragmatique, car chacun sait que chacun a sa représentation cosmogonique, que chacun a ses objectifs et ses projets, et que personne ne fera sans le concours des autres. Seul, tu meurs ! Point...

Dans ces conditions, les postures sont paisibles et à l'écoute (ce qui exaspère les postmodernes). Et si l'opportunité d'une collaboration émerge, alors elle se fait naturellement. Pas de heurt, pas de ton qui monte, pas de chamaillerie, juste une écoute active et des tentatives continues d'accordage des acteurs, car la "vérité" est plurielle et se co-construit. (Là, les postmodernes explosent et s'énervent car ils ne perçoivent qu'une seule vérité : la leur).

Ainsi, si la modernité est une société d'individus-sujets, la postmodernité de personnes épidermiques, les alternants culturels constituent bien une collectivité d'acteurs.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 30 mars 2021

Lire aussi "La société de l'imposture"


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mardi 23 mars 2021

De quel amour parle-t-on ? (23 03)

Que l'on parcoure ouvrages ou écrans, le thème de la violence et des guerres destructrices revient sous tous les angles. Il semblerait que le malheur et la douleur fassent vendre du papier et des minutes de connexion. C'est pourtant la seule chose que s'accordent médias, politiques et chroniqueurs, à leur trouver en matière de bénéfice. Cependant les papiers circulent et il aura fallu un petit virus pour leur prendre les "unes"... Mais pour quels bénéfices pour l'humanité ? Cyniquement, certains avancent l'effet de relance économique qui leur suit. Très cynique, c'est vrai... Mais nous savons bien que le néolibéralisme a bien une démarche dépourvue d'âme et d'humanité. Par voie de conséquence, elle n'a d'yeux que pour les chiffres, mais seulement pour certains !

On dit que c'est l'amour qui fait tourner le monde et la peur qui l'empêche de tourner rond, voire le paralyse. En effet, l'inverse de l'amour n'est pas la haine. Celle-ci n'est qu'une autre forme de l'amour, peut-être pervertie, certes. Car c'est bien la peur qui constitue son contraire. Elle détruit toute relation, toute évolution, toute transformation, toute vie. L'amour est une tension émotionnelle, irrationnelle, productrice de tant de choses (actions, relations, entités, réalisations, impulsions, créations, etc.). Voilà bien un élément produit par une tierce présence, comme quelqu'une ou quelqu'un. Cette tension provoque du désir soit gourmand, ou égocentré. On la retrouve dans la possession, qu'elle soit égocentrée, ou alter orientée, comme la bienveillance. 

Aimer est toujours lié à une aspiration ou à un projet. Ce peut être un projet pour soi, qui s'apparente à du vivre avec et profiter. Mais ce peut être aussi un projet pour l'univers, comme le vivre ensemble et la paix dans le monde. Il s'agit donc soit d'un petit projet à court terme, ego centré, soit d'un grand projet à long terme, bienveillant et altruiste. Il est alors tourné vers le "grand tout" et tout ce qui le compose. "On le retrouve alors, tourné aussi vers soi-même !" me direz-vous. Effectivement ! Si l'on aime l'univers et œuvrer pour lui, alors on s'aime aussi. Cependant, dans ces conditions, c'est en tant que partie de l'univers, pas comme son cœur. Il s'agit en l'espèce d'un élément séparé, individualisé, devenu le centre de ses propres préoccupations.

Dans ces conditions, quand on parle d'amour, il s'agit d'un amour inconditionnel. Ici, pas de marchandage ni de commerce de quelque sorte que ce soit. Il est une véritable source de sagesse et de progrès. Nous ne parlons d'ailleurs pas de cet amour consommateur où le regard de "l'amant" est tourné vers l'intérêt de son propre nombril. Voilà peut-être le moteur du néolibéralisme et de son système d'ultra-consommation (que l'on voit parfois résumé dans la formule "amour, argent, pouvoir"), mais ce n'est pas celui de la vie. On peut dire que l'amour est fertile quand la consommation, elle, est dévoratrice et stérile, et donc bien souvent source de frustration. Pour ce dire, les anglais ont de la chance car ils ont deux mots distincts : Like et Love. Il est vrai qu'à l'usage des confusions s'invitent...

Ainsi, vivre l'amour "inconditionnel" développe nombre de variables connexes, comme la protection, le développement réciproque, l'attention, l'écoute, le partage, etc. Il convoque aussi bien d'autres dimensions, comme l'altruisme, la bienveillance, l'humanisme, la liberté, l'équité, la considération et autres. Comme nous en sommes la source, ce que d'ordinaire nous pensons est dès lors déterminant, parce que créatif et producteur en la matière.

En vertu du principe de prophétie autoréalisatrice (cf. Paul Watzlawick), les gens auront tendance à vous regarder comme vous vous considérez. Douter de soi, c'est se porter directement atteinte, jusqu'à se mettre en dépendance du regard des autres. En amour, il s'agit bien sûr d'émerveillement, de compassion, et de bienveillance compréhensive. C'est un peu être là, dans un état serein plein de tout ce qui entoure, plein de tout ce qui est là, plein de partage avec un grand tout. Cette posture peut aller jusqu'à l'admiration et la contemplation, vraisemblablement. Oui, aimer est une plénitude... 

Alors, le test est : "Est-ce que le sujet aimé en reçoit de la joie et de la liberté ?" Si c'est le cas, tout va bien ! Nous sommes bien dans un processus de développement, ou de "croissance" comme aiment à dire les néolibéraux.

Il y a un autre indicateur de qualité : est-ce que les protagonistes en sont joyeux ? Si la réponse est positive, alors c'est tout droit : foncez ! Vous êtes sur la juste voie ! Mais nous y reviendrons prochainement...

Jean-Marc SAURET

Le mardi 23 mars 2021

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