mardi 20 juin 2023


" L'Humain au cœur - La force du vivant "

Le sociologue veut comprendre le monde, le troubadour le raconter...

Aller plus haut, plus loin, est le rêve de tout un chacun, comme des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur, pour soi, pour les siens ou pour tous. Nous le voudrions plus dynamique et plus humainoù l'on vit bien, progresse et travaille mieux. 
On manage sa vie comme celle des organisations : toute la question est celle de raisons d'être, de l'être là et du lien social. L'efficience dans le vivre ensemble relève de la culture et de la posture.
Patron, président, manager, décideur, collaborateurs et toute personne, ce blog est pour vous. C'est une bibliothèque thématique de ressourcement. Ma raison d'être est de vous accompagner.
Vous trouvez ici des indications, des analyses, des ressources sur le managementdes principes de fond, des postures, et des leviers pour mieux faire. Pour mieux voir l'impact des évolutions de notre société, et voir autrement la vie au travail.
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mardi 16 juillet 2019

Un mouvement "convivialiste"

En regardant le mouvement des gilets jaunes, toujours présent mais dont les médias ne parlent plus, j'entends dans les analyses diverses qu'une majorité de gens ne fait plus confiance à la politique ni à ses représentants élus ou nommés. Il y a une défiance réelle du pouvoir. Le philosophe Michel Onfray déclare à son tour qu'il ne vote plus, qu'il "ne participe plus à cette mascarade de démocratie", parce que ça ne sert plus à rien. Il s'agit toujours d'après lui, de la même politique libérale dogmatique. Seuls les acteurs changent, ceux là même, et les seuls, qui sont soumis à nos suffrages.
En lisant les différentes pétitions qui circulent sur le net et différents articles à disposition du plus grand nombre, je crois voir que ce rejet ne concerne pas que l'organisation politique mais bien toute la civilisation libérale, tous les lieux de pouvoirs, toutes les zones confisquées par des intérêts privés et transformées en marchés.
Ici, pour celui-ci, il s'agit de reprendre le droit de propriété de sa propre santé. L'auteur se rend compte qu'il a passé son temps à déléguer ce champ totalement personnel, à des lobbys et autres "spécialistes". 
Là, pour celui-là, il s'agit de reprendre possession de son habitat, de se défendre des contraintes et obligations qui viennent nous installer des appareils de mesure qui nous mettent sous surveillance... ( et que de surcroît nous devons financer). 
Ailleurs, c'est le champ de la croyance, des représentations du monde et de l'univers que les auteurs se réapproprient, réclamant une laïcité de fait sur toute la longueur du champ des représentations. Il s'agit de sortir du dogme religieux et sectaire du libéralisme à tout crins, du dogme de la croissance, du dogme du progrès linéaire, du dogme des échanges monétaires, du dogme de l'universalisme sociétal, etc. 
Ici, on réclame le droit à la diversité, prenant conscience que nous sommes sur une planète où se côtoient plus de cinq cents ethnies différentes, avec chacune ses représentations cosmogonique, ses fondamentaux et son sacré.
Ce dont se rend compte cette multitude d'auteurs et contributeurs est que cette civilisation planétaire nous installe dans un monde dont personne ne veut, un esclavage de production et une dictature de la consommation. Ici, chacun n'est même plus un client, mais une marchandise dont les morceaux se revendent à profit. "Quand c'est gratuit, c'est que c'est vous le produit !" indique un auteur à propos des services sur la toile. Ce monde structuré par le commerce et le profit ne connaît plus qu'une seule logique : la gestion dans une dictature du chiffre pour le profit monétaire. Ici, l’égoïsme est le principe même de la vie sociale
Eh bien, de ce monde là, plus personne ne veut. Même ceux-là même qui en profitent tentent de s'en éloigner, voire de s'en exonérer. Les plus riches, ceux qui "justement" développent les productions qui détruisent la planète et accélèrent son réchauffement, achètent des propriétés au Canada, en Suède ou en Nouvelle Zélande, pensant que, là, le réchauffement sera bien moins insupportable... Les impôts et les taxes sont à la charge de la masse dont ils vivent, et non pas à leur propre charge. S'il y a un marché de la santé, eux se réservent des accès à d'autres soins et développent des philosophies individuelles du bonheur. Méditations, théories quantiques ou de l'intention, viennent se substituer aux principes mutualistes, de co-construction, de résistances et de constructions collectives. 
Le social, le collectif, disparaissent sous la primeur de l'individu. Et si, par la même occasion, même si ces théorie ont un fondement réel, ce serait bien que ces solipsismes effacent le sens du collectif dans la population, et donc dans l'ensemble de la masse. Le "peuple" serait bien mieux utilisable et exploitable ainsi...
Seulement voilà, le peuple, intelligent de son côté aussi, ne voit pas la manœuvre du même œil, et se retire du système, petit à petit, radicalement, inlassablement. Un monde alternatif, voire des mondes alternatifs, sont en train de se développer à côté de ce système holistique décadent, déjà perdu et perdant.
Ce que veulent tous ces gens qui se réveillent, qui font sécession, c'est de l'humanité, de la convivialité, du lien social, de la solidarité, du vivre ensemble. Alors s'oppose actuellement le réveil humaniste à la dictature du chiffre que l'on nomme aussi "libéralisme", "logique de marché" ou encore, quoi qu'abusivement, "mondialisme".
Nous n'avons jamais vu autant d'associations de vie locale, de bars et épiceries communautaires, de groupes d'entraide, de festivals, d'événements co-organisés, etc. Le monde a faim et soif d'humanité, d'un retour au réel, à l'essentiel, au fondamental : c'est à dire "Nous" !
Ce monde libéral est caduc. S'il semble trop fort encore, il tombera parce que plus personne n'y croira. Plus il y a de monde qui pense "alternatif", plus il y a de monde qui se "rend compte" que ce type de changement est possible. Comme le disait Louise Michel à propos du déclenchement de la commune de Paris : "Cinq minutes avant, ça paraissait totalement improbable. Cinq minutes après, cela était totalement évident !"... Et je crois que nous approchons des cinq minutes...
Mais, il ne s'agit pas que de mouvements populaires. Les intellectuels s'y mettent avec enthousiasme. Lors d'un repas entre intellectuels, le sociologue Alain Caillé, directeur de "la revue du MAUSS", affirmait : "Il faut lancer un mouvement convivialiste !". Il a donc lancé un "Manifeste convivialiste" que nombre d'économistes, sociologues et intellectuels, dont Edgar Morin, ont signé. En juillet 2010, il ouvre un colloque à Tokyo, autour des idées d’Ivan Illich et de la convivialité.  
L'économiste et participant, Serge Latouche va plus loin encore et publie plusieurs ouvrages majeurs comme "Comment réenchanter le monde" ou "Le pari de la décroissance" ou encore "Postcroissance ou décroissance". Il nous indique que les structures politiques et les organisations religieuses sont de même nature et de structures identiques.  Il reprend là ce que l'ethnologue Claude Rivière développait en 1988 dans "Les liturgies politiques". 
Il nous indique que c'est en les considérant ainsi que l'on saura déconstruire dogmes et valeurs de ce libéralisme totalitaire. Il n'échappe à personne que le rite suprême, son Eucharistie, en est la consommation, le sacré en est la croissance, le dieu en est le bénéfice que matérialise l'argent, et l'évangile, cette "économie" devenue, comme l'écrit Serge Latouche, "la science de la valeur objectivée". Ce qui se vend existe. Le reste n'a pas de sens.
Il s'agit alors de remplacer ces valeurs par celles qui nous tiennent à cœur pour que nous installions, en lieu et place du "tout économie", ce dont nous rêvons et dont le manque nous épuise : l'humanisme et la convivialité.
Il s'agit donc pour ce mouvement convivialiste de "décoloniser de l'économie les imaginaires", c’est à dire de sortir de l’économie telle qu'elle nous est présentée aujourd'hui, c'est à dire comme une évidence, et donc comme un incontournable, comme une "réalité vraie", une fonction fondamentale qui assurerait la pérennité de l'homme. Il s'agit en effet de sortir de ce mensonge et de le déconstruire plus que de le dénoncer d’ailleurs. Ainsi, nous ferons autrement et sans "lui"...
Alors, nous devrons aller plus loin encore, et penser l’illimitation caractéristique de la modernité, avec ses notions totalitaires de progrès, et de rationalité. Nous n'attendons pas éternellement des lendemains qui ne chanteront jamais. Il nous faudra apprendre à nous méfier de la démesure, sortir de l’hubris qui nous déroute, et de la recherche illimitée du pouvoir et de l’argent qui nous épuise, et enfin retrouver l'amour de l'autre.
Alors seulement nous saurons construire ce temps d'après qui nous est indispensable. Et ceci, assurément, est en marche.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 16 juillet 2019

mardi 9 juillet 2019

Temps, Espace, Causalité et Invariances

Depuis Kant nous savons que nous comprenons l'univers, autant nous même que notre environnement, sur la base de trois variables : le temps, l'espace et la causalité. Elles ont nourri l'approche de la physique newtonienne. Aujourd'hui, celle-ci semble dépassée par ce que l'on nomme la physique quantique. Celle-ci a constaté que l'univers matériel est constitué de plus de 99% de vide et de bien moins de un pour cent de matière. Et cette matière n'est que de l'énergie, de l’oscillation, de la lumière, de l'onde. Selon le regard que nous lui portons, ces ondes se comportent aussi comme des particules. Ainsi, les chercheurs ont constaté que si notre observateur considère l'électron comme une particule, celui-ci se comporte comme tel et si l'observateur le considère comme une onde, il se comporte comme telle aussi.
Au delà donc des trois variables de connaissance de la matière, il apparaît ici une invariance à très forte influence : en l'espèce, la manière dont nous regardons le monde. Si notre intention est une, le monde sera un. Si elle est autre, il sera autre. Ainsi notre conscience du monde va-t-elle s'avérer déterminante sur ce qu'est le monde.
Les chercheurs se sont aussi rendu compte que une intention de l'observateur dans le futur détermine le comportement de l'électron dans les temps qui précèdent. Comme si la conscience avait une prise "hors du temps" sur ce "moins de un pour cent" qui constitue la matière et que nous considérons parfois comme particule, parfois comme oscillation, ou encore comme de l'information.
Mais les chercheurs ont aussi remarqué autre chose ! C'est que deux particules, un temps en contact, une fois qu'elles ont été séparées, (et même par d'énormes distances), réagissent l'une à l'autre et simultanément quand l'une ou l'autre est impactée.
Ainsi, si l'on stimule une des deux particules, l'autre, immédiatement, à l'autre bout de l'univers, réagit à la stimulation.
Les scientifiques nomment ce phénomène l'intrication. On a constaté des applications pratiques de cette intrication dans le monde animal. Si l'on apprend à un macaque insulaire une pratique, comme la manière de laver, puis frotter dans le sable des figues de barbarie, afin de les débarrasser de leurs épines, alors, instantanément, à l'autre bout de l’île, d'autres macaques vont se mettre à faire la même opération. 
Il a été vérifié qu'il n'y avait à cette pratique aucun antécédent, et que les singes ne disposaient ici, d'aucun moyen physique de communication. Rupert Sheldrake identifie ceci comme étant de la conscience d'espèce.
Ainsi, cette invariance qu'est notre manière de voir les choses, la conscience que nous en avons, déconstruit, ou traverse le temps et l'espace. Elle agit comme une causalité supérieure, déterminante, incontournable, invariable.
D'autres travaux nous ont apporté des éléments complémentaires. Et, en l'espèce, on peut affirmer que la conscience ne saurait être considérée comme un produit de notre cerveau. Celui-ci serait plutôt comparable à un "récepteur expert", en plus d'être réflexif et analytique. Ainsi, des chercheurs ont-ils constaté que si notre observateur considère l'électron comme une particule, celui-ci se comporte comme tel.
De la même façon, on a pu constater que des personnes, revenant d'un coma au cours duquel l'électro-encéphalogramme était devenu plat, racontaient des perceptions, des sensations qu'elles avaient vécues lors de ce coma. L'activité de leur conscience n'était donc pas physiquement située dans leur cerveau alors inactif, mais "ailleurs".
Ainsi donc, nous nous trouvons face à une nouvelle réalité où la conscience aurait une influence déterminante sur le réel et où cette conscience nous serait en partie propre, comme une conscience analytique, et en grande partie externe, universelle, mémorielle et directement porteuse d'informations, hors du temps et de l'espace...
Les travaux dont rend compte Lynne McTaggart* et auxquels elle a participé, ont étudié un phénomène connexe. Quand un groupe de personnes projette ensemble une intention bienveillante sur une tierce personne, ou un tiers objet, alors celle-ci et celui-ci réagissent positivement. Elle décrit ainsi l'action de groupes de guérison et de groupes test adressant, par exemple, une intention bienveillante de santé et de croissance à une plante cultivée dans un laboratoire. 
A côté d'elle était cultivée une plante témoin à laquelle n'était adressée aucune intention. Au bout de quelques semaines, la plante ciblée s'était développée bien davantage que la plante témoin.
Dans l'activité des groupes de guérison, des résultats surprenants et spectaculaires d'amélioration de la santé sont apparus sur les personnes cibles.
Ainsi, depuis des millénaires, méditation, chamanisme, prières et affection, agissent sur nous même et sur le monde sans que nous ne le regardions, sans que nous ne le considérions.
Et ce, simplement parce que cette hypothèse d’efficience n'entre pas dans notre réalité. Mais ceci ne retire rien à la réalité de cette quatrième variable d'invariance. Nous disions qu'elle est la conscience ou l'intention d'un observateur.
Je vais donc reprendre une anecdote que j'ai plusieurs fois citée ici. Quand, mon épouse et moi-même, nous attendions la naissance de notre premier enfant, subitement, dans la ville d'Issy les Moulineaux apparaissait un nombre considérable de landaus et de dames enceintes. Avant, je vous l'assure, il n'y en avait pas...
Ainsi, notre regard, qu'il soit considéré sous l'angle de la physique quantique ou newtonienne, s'avère déterminant pour la conscience de notre réalité. Mais on comprend ici que c'est aussi la réalité même qui change... 
Et je redirai alors cette citation d'Arthur Schopenhauer, dans son ouvrage "Le monde comme volonté et comme représentation" (1818) : "La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît". Alors, je vous propose un petit exercice : qu'en est-il de cette assertion dans la physique newtonienne et dans la physique quantique ?...  S'agit-il d'une métaphore psychologique d'une part ?... Ou d'une réalité littérale de l'autre ?...

A bientôt de vous lire.
* Lynne McTaggart, Le pouvoir du huit, Ariane, Québec 2018
Jean-Marc SAURET
Le mardi 9 juillet 2019


mardi 2 juillet 2019

Nos interdépendances

Nous savons bien que le fœtus est en osmose avec sa mère et donc dans sa totale dépendance, et il ne le sait peut être pas. D'ailleurs, a-t-il conscience de lui-même, cette "conscience de soi", conscience d'où il commence et où il fini, de ce qui est lui et de ce qui n'est pas lui ? (c'est là toute la question de la conscience, mais c'est un autre sujet). Quand le bébé naît, il change d'osmose et de dépendance. Il passe de sa mère à l’atmosphère, à l'environnement matériel et social. Sans air, il meurt. Sans nourriture, il meurt. Sans température clémente, il meurt. Sans amour ou attention, il meurt aussi. C'est ce que nous a enseigné "l’expérience interdite" *. Comme le fœtus, le bébé et nous mêmes, vivons dans un environnement dont nous dépendons totalement et entièrement. L'humain ne peut vivre dans le vide et c'est pour cela que nous équipons de scaphandres ceux qui s'y rendent, ou ceux que nous y envoyons.
Il n'y a donc pas de changement de principe dans nos processus vitaux. La "matrice", dans laquelle nous sommes, nous est indispensable. Elle ne nous appartient pas, ni n'est pas davantage à notre service. Elle est juste la matrice avec l'osmose et la dépendance que nous en avons. D'ailleurs, l'épigénétique nous indique qu'un simple élément de l'environnement peut venir modifier le déterminisme d'un gène, et donc transformer l'évolution et la destinée d'une molécule. On sait aussi qu'un simple regard sur un quelconque élément, la simple vu d'un élément apaisant ou effrayant, a une influence directe sur la vie de notre corps, et donc sur le développement de nos cellules. L'interdépendance va au moins jusque là, et bien plus loin encore.
Mais, la matrice a-t-elle besoin de nous à l’instar de l'osmose et de la dépendance que nous avons avec elle ? La découverte du champ du point zéro, en physique quantique, nous indique que tout élément de l'univers est relié magnétiquement à tous les autres, constituant ainsi un champ énergétique puissant et que ce champ est à l'origine de la matière. La "matrice" serait donc bien plus immense que nous ne l'imaginions jusqu'alors... 
Mais continuons la comparaison dans le continuum de la vie. La mère est-elle dépendante de son fœtus, puis de son bébé ? Elle aussi est en symbiose avec lui. Elle ressent ce qu'il vit comme s'il s'agissait d'elle. La preuve en est que, tant qu'il n'est pas né, il est elle, il est d'elle, puis il est...
Savez vous comment les femmes vivent une fausse-couche, ou un avortement ? Jamais bien, assurément, ni facilement. C'est un arrachement, une douleur, une souffrance (même s'il est privilégié comme un moindre mal, voire une souffrance acceptée). Alors, "Gaïa", comme la nomment certaines civilisations premières, est-elle une matrice sans lien avec ces êtres qui sont en osmose et dépendance avec elle ? 
Si l'univers est "doté" de la conscience universelle, comme l'indique la physique cantique, comme l'avait supposé ou compris le psychanalyste Karl Gustav Jung, voire comme le pensent les philosophies orientales, si nous appartenons à cette conscience et en sommes nous aussi dotés, alors la matrice pourrait avoir la sensation de nous comme nous avons la sensation de notre nez, de notre pied, de nos genoux, ventre, oreilles, peau, etc... Ainsi, nous pouvons dire que nous sommes de cet univers dont nous dépendons entièrement, physiquement et moralement. 
Mais regardons cela d'un peu plus près. Si les autres ne nous reconnaissent pas, nous sommes "blessés". S'ils ne prêtent pas du tout attention à nous, nous "déraillons" et peut être pouvons nous entrer en folie. Je pense à ces violences carcérales et aussi à certains SDF qui parlent tout seul, qui semblent s'être "déconnectés" de la réalité. On peut dire qu'ils ont changé de "réalité", qu'ils sont entrés dans une autre où l'autre est "tout autre", et donc peut être sont-ils ainsi devenus une simple projection d'eux-même. 
Par contre, ces personnes-là continuent de converser avec cet autre, même virtuel, car effectivement sans l'autre nous ne sommes pas. Comme le disait Lacan, "nous ne sommes que de l'autre". Nous sommes en totale dépendance de notre existence dans le regard de l'autre. Qu'est ce que l'amour ?... qu'il soit fraternel, familial, simple amitié ou lien de couple, sinon cette dépendance à ce que "nous sommes dans le regard de l'autre", dans la vie de l'autre ? La dépendance, l'osmose, ou la symbiose, s'avèrent d'essence autant physique que sociale et mentale.
Et l'autre est comme nous. Il a besoin de nous. Nous sommes en interdépendance comme nous le sommes avec notre environnement (physique et psychique). Ce que nous faisons et ce que nous ne faisons pas aux plantes, aux animaux, aux autres, présents et futurs, c'est "à tout" que nous le faisons, et donc, par voie de conséquence, à nous même, puisque nous en dépendons totalement. L’écologie ne saurait être considérée comme une science hors sol ou "bisounours". D'ailleurs, aujourd'hui, tout le monde (ou presque...) en est bien conscient. L'empathie et la compassion ne sont donc pas, elles non-plus, des notions en l'air...
Nos environnements matériels et moraux sont notre matrice et ne pas en prendre soin constitue une violence faite à nous même. Quand je vois des personnes violentes, haineuse, indifférentes à ce qui ne leur parait pas être eux, j'ai mal. Je n'ai pas mal à moi même mais à nous tous, et à tout. Je le vis comme un déséquilibre, comme un arrachement, comme une blessure.
Comme nous l'avons vu dans ces quelques lignes, il ne s'agit pas d'une croyance, ni d'une affabulation, mais de la conséquence d'une physique qui nous fonde. Nous sommes tout et partie de l'univers. Mais, comme le fœtus dans sa matrice, en avons nous pris conscience ? Parce que, assurément, nous en sommes... tous et chacun, responsables physiquement, écologiquement, politiquement et moralement. Nous sommes donc responsables et coresponsables de ce que nous sommes et de ce dans quoi nous existons, notre milieu, notre environnement. Alors, dans ces conditions, que décidons nous pour demain ?

* Voir l'article : "Tout est système"
Jean-Marc SAURET
Le mardi 2 juillet 2019

Lire aussi :  "Fascinante virtualité"

mardi 25 juin 2019

La politique est un débat d’ego

Le mouvement des gilets jaune nous a révélé de nombreuses réalités sociétales. On peut considérer comme telles le refus de la confiscation des décisions, mais aussi le désir de solidarité, associé au dégoût de l'ultra-consommation. Le rejet des injustices chroniques et institutionnelles, le "ras-le-bol" du politique, le rejet des médias dominants, participent de la même démarche.  Il nous a aussi indiqué que le jeu politique, tel qu'il se pratique, ne convenait plus. Il est ainsi loisible de le considérer en total décalage avec l'habitude du lien social actuel, zappeur, émotionnel, exclusif, clivant, etc.
L'étude sociologique de ces valeurs montantes apporte une explication à cette mutation, et à cette évolution. Nous savons que l'ultra-consommation, propre à la postmodernité, devient en l'espèce sociologiquement structurante. Le modèle économique qu'elle installe, et impose,... plus qu'elle ne le propose, invite à des logiques d'intérêts. L'aspect  "gain" semble  devenu littéralement essentiel, et même premier devant l'humain et les sentiments. C'est tellement vrai, que ce nouvel "utilitarisme" est devenu la grille de lecture universelle. Comment comprenons nous les évolutions du monde, sinon au filtre des gains possibles et réels ?... Comme si nous tenions là le moteur universel, bien que, parfois, nous nous en défendions !
Mais notre monde ne fonctionne pas comme ça. La question du sens envahit toutes les sphères de notre société. Notre enfant de trois ans se réveille en nous et nous demande à tout instant : "Pourquoi ?..."
Que faisons nous là ? Quel but à nos vies ? Quelle finalité à cette société ? La question de la raison d'être fait surface. Elle est même dominante, et les organisations qui négligent cette dimension dans leur management se retrouvent très vite en dysfonctionnement, voire hors service, sinon inopérantes.
Voilà pourquoi nous assistons à ces comportements de gouvernants qui veulent aller très vite sans débat, juste parce qu'ils pensent savoir ce qui est logique, … même si, au final, ce n'est pas véritablement très bon. Voilà pourquoi "les gens" freinent des quatre fers et réclament des explications, du sens, du débat ! Débats qu'ils ont ouvert, que vous le vouliez ou non, que vous en vouliez ou pas. Ils l'ont ouvert et la réponse qu'ils en attendent est devenue le point de passage obligé.
Comme ce n'est pas la réponse qui est apportée, les gens rejettent les politiques et leurs formes de débats qu'ils jugent inutiles et coûteux (puisqu'on leur rebat les oreilles en termes d'économie). De leurs côtés, les politiques, cette population des "sachants", ne débattent pas vraiment mais tentent d'imposer leurs stratégies, leurs intentions d'action. Entre eux, car nous sommes bien dans le domaine de "l'entre soi", il ne s'agit pas de recherche de la vérité, ni de l'étude d'une morale sociétale, et pas davantage  de solutions idoines… Non ! Il s'agit exclusivement de pouvoir faire ce qu'ils  ont décidé. Il ne parlent plus de débattre, mais d'expliquer, de convaincre. Voilà tout l'objectif de la politique...
De fait, plus personne ne s'écoute, plus personne n'entend l'autre ni n'accueille son propos. Il s'agit, bien au contraire, de faire taire le discours différent ou d'opposition, de le noyer dans un propos reconstruit, lequel induit la vision justificatrice (pas forcément la vision réelle qui les anime).
Alors, pour le malheur de toutes et de tous, le débat politique devient un affrontement d'ego, où chacune et chacun veut justifier ses points de vue, déconstruire et dénigrer le discours de l'autre, détruire et décrédibiliser son image afin que définitivement, il se taise. Les limites en quelque sorte de la dialectique. Car là, tous les coups sont permis.
Quand Chantal Jouanno a voulu cadrer autrement le "Grand débat" que proposait le président, le gouvernement a diffusé sa fiche de paie, sachant très bien l'effet  que cette diffusion allait produire sur sa personne. Elle n'était plus audible... Quand Jean-Luc Mélenchon devint l'opposant politique majeur à ce gouvernement, et donc un opposant bien plus dangereux que le facilement "caricaturable" RN, alors il devint une cible. C'est ainsi que furent lancées les perquisitions abusives juste dans l'espoir de voir la cible "péter un câble". Ce qu'elle fit. Il suffisait alors de surfer sur le "pétage de plomb" dudit Mélenchon et la messe était dite.
Oui, il n'y a plus de débat politique, il n'y a plus que des stratégies de combats d’ego, de gestion d'images, de publicités et autres contre-publicités permanentes.
C'est ce qui a amené à légiférer pour la maîtrise de ces images, pour la capacité à les manipuler tout en empêchant l’adversaire d'avoir la main, comme on dit. Ainsi apparurent la loi contre les Fake News, le projet de loi contre le caractère insultant des informations, les gardes à vue abusives et abandonnées en silence, les convocations de journaliste contre la sécurité des sources, etc.
Mais aussi, voici 'apparition d'une "novlangue" d'Etat qui affirme que la répression est la paix, que la violence est la sécurité, que les contraintes sont la liberté... Le totalitarisme prédit par Aldous Leonard Huxley est "En Marche". 
Jean-Marc SAURET
Le mardi 25 juin 2019