Le
célèbre auteur Paulo Coelho nous invitait à ne permettre jamais à
nos blessures de nous transformer en quelqu'un que nous ne sommes
pas. Notre sagesse est bien de rester centrés sur ce que nous sommes
au plus profond de nous même. Parfois, une intuition vient nous
retenir, nous permettant ainsi de ne pas aller sur ce chemin, à ne
pas fréquenter tel groupe de personnes, tel lieu ou à ne pas faire
ce que nous étions sur le point de faire. Cette petite voix
intérieure nous indique que nous ne serions plus en adéquation avec
notre moi profond, si nous continuions à faire ces pas ci.
Parfois,
nous en appelons à notre intelligence, à notre raison, pour savoir
ce qui est bon, ou pas, pour nous. Mais dans notre culture
néolibérale, l'idée que l'on se fait de l'intelligence est souvent
bien trompeuse. L'intelligence ne s'évalue pas sur la base de
collections ou de compilations de connaissances, mais sur la capacité
d'en faire quelque chose quand on ne sait pas, quand l'habitude ne fournit rien. En d'autres termes, on retrouve ici cette
aptitude que nous avons à reconnaître, à évaluer, élaborer et
choisir entre des éléments, des objets, ou des liens symboliques,
fonctionnels et structurels. Ce sont ces mêmes éléments qui nous
portent à penser ou concevoir de nouvelles réalités.
La
sagesse n'est donc pas l'intelligence. Elle est, comme l'on dit, dans
la hauteur de l'âme, et des bons sentiments qui conduisent à
l'amour, à la paix, à la joie. Il me revient ce paragraphe que
j'avais porté dans mon bloc-notes : "Si vous souhaitez devenir
spirituels, surnaturels, si vous souhaitez vivre pour la vérité et
non plus mourir pour elle, vous allez devoir aimer quand tout le
monde a peur, juge et rejette. Vous allez devoir pardonner quand tout
le monde haït, juge et condamne. Vous allez devoir lâcher prise
quand tout le monde propose la concurrence, le combat et la
compétition. Vous allez devoir donner et partager quand tout le
monde prend. Vous allez devoir aimer et lâcher prise sur vos
représentations de vous même et du monde quand tout le monde croit
détenir la vérité. Vous allez devoir comprendre que vous êtes
participants d'une énergie collective qui fait que tout le monde
dirige sans leader, sans hiérarchie, sans organisation, que le socle
social et humain est directeur et que cette énergie s'appelle
l'amour. Vos freins sont peut être la culpabilité, la honte, la
peur, la souffrance et tout ceci est totalement de votre ressort.
Soyez heureux et en paix et tout ira de soi !".
Cette
sagesse est un devoir, sinon une méthode, mais elle ne constitue pas
une finalité. Elle est notre moyen créatif, dépendant de notre
regard sur nous même. Ce même regard intérieur s'avère si
puissant que la suite, inéluctable, adviendra, tout simplement, tout
naturellement. Nous ne sommes pas loin, ici, de l'immanence. Alors,
quand nous n'arrivons pas à comprendre ce qui se passe ou ce qui
nous arrive, c'est que nous sommes en présence de “plus grand que
soi”.
C'est
à ce moment qu'il va falloir sortir de la nuit noire de l'âme.
Cette situation, de fait, n'est ni soi, ni le réel. A partir de là,
il va nous falloir croire en l'inconnu, cet inconnu qui s'apparente à
soi-même. Ainsi, nous allons devoir admettre que nos émotions sont
celles de notre joie, de notre beauté, de notre bonheur. Tout ce que
nous avons à apprendre, en effet, est en nous. Comme le disait
Socrate : "Quand j'apprends, je me souviens". Il n'y a rien
au delà, et toute l'information est disponible pour tous. Chacun
décide de la façon dont il va percevoir ces notions : ce peut être
par le rêve, l'intuition, la contemplation, la méditation, la
réflexion libre, etc... Chacun, ici, n'a que l'embarras du choix.
Mais
regardons plus loin. L'égrégore est le domaine de la conscience de
tout, par nous tous. Ce que nous sommes à l'extérieur est ce que
nous sommes à l'intérieur. "Celui qui a fait l'extérieur de
la coupe a aussi fait l'intérieur" nous rappelle l'alchimiste.
Nous sommes faits de deux extrêmes, le domaine du matériel et le
domaine du spirituel. Ce sont nos deux jambes, ces deux aspects que
nous avons à considérer simultanément, et conjointement. Parce que
chacun est le chemin, la vie, les moyens et la finalité. Chacun
comprendra ainsi, son propre chemin à accomplir. Le partenaire de
chaque personne est l'univers lui-même.
C'est
à ce moment que je me replonge à méditer quelques aphorismes notés
ici et là, dans la mesure où ils m'ont touché à un moment ou à
un autre :
-
Je suis la puissante sagesse et l'intelligence créatrice partagée.
Je suis ce que je suis !
-
Je suis l'univers de puissance, de création et de connaissance.
J'accueille fécondité, providence et abondance, matérielles,
intellectuelles et spirituelles, en toute gratitude, générosité et
reconnaissance ! Merci, je t'aime, je partage et redistribue.
-
Nos pensées et nos mots sont les architectes de notre réalité,
tissant le tapis sur lequel nous marchons chaque jour. (Neville
Goddard)
-
La spiritualité n'est pas la religion. Elle est la science qui
permet de comprendre l'esprit des êtres et des choses. La physique
quantique nous en ouvre les portes de sens et d'études. (Dr Thierry
Janssen)
-
Nous vivons dans une culture de l'emballage qui méprise le contenu.
(Antony Hopkins)
-
Un ami est celui qui te défend dans ton dos, le reste n'est que du
bavardage... (Mark Twain)
-
Vous n'êtes pas une goutte dans l'océan mais tout l'océan dans une
même goutte. (Dalaï Lama)
-
La puce sur le chien croyait que le chien lui appartenait et qu'elle
était le maître des lieux... Ainsi sont les hommes sur la terre.
(Réponse chamaniques à l'occident)
-
Ceux qui se fient à leur richesse tomberont, mais les justes
s'élèveront et prospéreront comme une feuille verte. (Livre des
Proverbes 11.28)
Nous
pouvons terminer cet article par une conclusion plutôt optimiste !
En effet, nous pouvons nous "guérir" et nous révéler à
travers une autothérapie particulièrement simple : tout passe, et
transite en effet, aussi bien par le corps, le cœur que par
l'imaginaire. Je reviens encore une fois sur la façon de rêver une
situation pour la résoudre. J'avais traité de l'exemple du jeu de
rugby dans la cour de l'école pour résoudre une situation que je ne
savait pas gérer : passer mon copain René et éviter qu'il ne
m'attrape. De la même façon, le bonheur est une mise en "flow"
de notre mental lors d'une activité particulièrement prenante, où
le temps disparaît, en même temps que la sensibilité aux besoins
essentiels. C'est dans cet état second que le monde change avec
nous.
Alors
pratiquez mentalement cette activité qui vous passionne même si les
bras et les jambes vous ont abandonné. C'est bien l'alliance de
l'imaginaire (hypothèses rêvées "sensorialisées ou
émotionnalisées”), et du corps (sensations concrètes) qui donne
toute la puissance de la transformation. Je renvoie ici au
principe de l'autothérapie de révélation de soi, une kinesthésie
universelle dont j'ai déjà parlé lors d'un précédent article.
"C'est
bien parce qu'on ne peut pas changer les autres et que l'on ne peut
que se changer soi-même que c'est dans le lâcher prise en situation
que la vie nous offre ses plus beaux cadeaux." nous dit Julia
Rautenberg. Ailleurs, le polytechnicien François De Witt nous indiquait
que "L'intuition est le murmure de l'âme." Encore
faut-il l'entendre, y prêter attention et l'écouter entièrement…
Mais
retournons aux sagesses anciennes qui nous disent que, si la douceur
est invincible, pourquoi user de la violence en cas de crise ou de
conflits ? C'est là une pensée très proche de celles de Marc
Aurèle, l'empereur stoïcien. Comme Socrate, Platon et Aristote
nous ont invités à retrouver au fond de soi l'univers et les dieux,
l'auteur Laurent Gounelle nous invite à "chercher le divin en
soi plutôt que le diable chez les autres". c'est là un premier
pas reliant la sagesse des anciens et celles contemporaines. Ainsi,
nous nous souvenons de cet aphorisme que nous proposait Carl G. Jung
: "Ce à quoi je fais face s'efface. Ce à quoi je résiste
persiste".
Il
est un fait : la croyance n'a rien d'exclusivement religieux. Elle
n'est qu'une pensée structurante de nos comportements, de nos
rapports sociaux et au monde. Qu'importe que nous croyions en une
puissance, une personne, une représentation ou autre. C'est le fait de croire
pleinement et sereinement qui est efficient, et tout humain est
inscrit dans le langage, lequel donne existence et sens aux objets,
aux phénomènes et aux autres choses nommées. C'est un système de
croyance qui rend présent ce qui n'est pas là, l'inscrit dans
l'espace et le temps, lesquels n'existent que dans et par le langage.
Ce
ne sont pas les choses qui nous arrivent, ni les choses que l'on
consomme qui nous font du bien ou du mal, mais le fait que la
relation que nous avons à ces choses est inscrite dans notre système
de croyance. C'est cette relation qui dicte le sens que nous en
avons. L'intelligence c'est de voir et savoir faire des liens. Il y a
là quelque chose d'organique. L'intuition, quant à elle, est de
l'ordre du psychique. C'est juste une question de sens...
Notre
pensée est un “construit de sens”, une construction dans un
système de croyance qui organise les rapports des choses entre
elles, dont nous-même, et ainsi impacte le réel. Tout ce qui rentre dans
nos représentations s'ancre sur ce qui est déjà là. Notre
intelligence n'est que l'ouverture à ce phénomène. C'est là
quelque chose de la théorie des représentations sociales donnée
par Serge Moscovici et Denise Jodelet. Tout ce qui est nouvellement
apparu, s'ancre sur ce qui appartient déjà à notre pensée. Tout
ce que nous abordons et rencontrons ainsi, à travers cette vitre,
peut être alors perçu. Il devient "objet pour nous". On
appelle ce phénomène l' "objectisation" du réel.
Nous
n'avons pas naturellement conscience de ce large phénomène de
réalité, car nous sommes aussi un objet du système. Nous sommes dans et de la "matrice". Deux voix conjointes nous permettent de
prendre du recul et de nous en rendre compte. Disons le une fois de
plus, ce sont l'intuition et la déduction. Il s'agit bien là des
voies essentielles de la spiritualité et de la rationalité. Ce sont
ces deux mêmes voies qu'Einstein ou Poincaré disaient convoquer
dans l'exercice de leurs travaux, recherches et découvertes. C'est
ce que l'historien des sciences, Michael Shermer nomme "la
prière scientifique". Ce sont, redisons le, nos deux jambes
dans la marche vers la connaissance.
Dans
les pratiques de guérison, nous retrouvons les deux mêmes champs
combinés : la prière scientifique (ou dimension spirituelle) et la
pratique méthodologique (ou dimension rationnelle). Dans la prière
scientifique le sujet visualise ce qu'il souhaite voir advenir comme
si c'était déjà là. Il s'agit d'une prise de conscience mentale.
La pratique scientifique, ou méthodologique, consiste à nommer les choses et à les
situer dans notre cosmogonie, afin qu'elles existent, s'y installent
et se trouvent "calées" dans notre environnement, dans
notre contexte.
Cette
"prière scientifique" consiste aussi à abandonner les
objets inutiles ou contrintuitifs. De fait, par le langage nous nous
ouvrons deux champs : celui de donner à la chose la possibilité
d'exister dans notre cosmogonie et celui de nourrir notre champ
intuitif. Nous pouvons ainsi concilier le fait d’être soi-même,
"dieu créateur", mais aussi celui d'être humain (ce qui dans quelques cultures revient au même). Cette
combinaison nous permet de jouer avec les choses, de les comprendre,
et partir de là, d’en faire autre chose. C'est très certainement
l'harmonisation de l'intuitif et du raisonnement qui conduit à
l'efficacité de la pratique, comme elle conduit à l'efficience
scientifique selon les descriptions des mêmes Einstein et Poincaré.
A
partir de ces prémices, l'exercice de raison permet de justifier
l'intuition scientifique, tout comme la raison permet la pratique
normative de l'intuition spirituelle, dans la guérison. Ce n'est pas
le praticien qui efface le mal, mais la croyance du patient dans le
processus. Si celui-ci pense que le médicament le guérit, alors il
guérit. S'il pense que le processus "magique" le guérit,
alors il guérit aussi. Mais s'il commence à penser que le
médicament ou le processus magique n'y sont pour rien, alors le
patient rechute. Nombre d'approches indiquent que c'est la conviction
du patient qui le soigne, c'est à dire sa croyance, sa foi, quel que
soit l'objet de sa croyance.
Des
recherches dans ce domaine nous indiquent que le patient à besoin de
cet environnement favorable, voire magique, pour qu'il active sa
propre guérisons. Des chercheurs, des thérapeutes, des psychologues
et autres praticiens parlent d'influencer ou de programmer le
subconscient du patient. Serait-ce là une façon de s'accorder avec
la culture du moment ? Certainement... Certains autres tentent
d'apporter des preuves au fait que leur modèle est bien réel ou
efficace. C'est alors "rationaliser" la croyance. Et ça
marche aussi.
Si
aujourd'hui, nombre de patients sont soignés par hypnose et
suggestion, c'est que rationnellement ils ont "compris" la
démarche et l'ont accueillie comme "vraie". Ainsi, la
sagesse n'est pas d'avoir raison mais de croire. Elle n'est ni
rationnelle ni spirituelle mais dans l'harmonie des consciences. "Rien n'est plus vrai que ce que l'on croit", dit le sage. La sagesse réside donc dans la prise en compte des consciences rationnelles et
spirituelles des personnes inscrites dans une culture articulée dans
un langage. C'est la prise en compte de la symbolique culturelle qui
rendra la démarche efficiente. Et si la culture change, les
croyances évoluent aussi. C'est à ce moment que les pratiques de
soin et de connaissance se transforment aussi.
Il
y a encore quelques années, il était impensable que des médecins
et des personnels de santé utilisent la sophrologie, l'hypnose et le "reboutage" pour aider les malades à guérir ou, au moins,
à ne pas souffrir. Il était impensable que les professeurs
adressent leurs malades traités en radiothérapie, à des coupeurs
de feu ou faiseurs de secrets. Effectivement les sagesses suivent
l'évolution culturelle des certitudes ou croyances et des
représentations sociales.
Etre
sage, avoir la sagesse, réside donc dans l'humilité, l'abandon de
ses dogmes et pensées toutes faites, fussent-elles venue d'en haut.
Elle est dans l'ouverture à toutes les possibilités, à l'aune tant
de son cœur que de sa raison. “La” sagesse est à ce prix.
Jean-Marc
SAURET
Le mardi 18 mars 2025