Le logos est un concept grec où le verbe et la parole se confondent dans une démarche à dire rationnellement le réel. Il s'agit d'une définition autant philosophique que religieuse. En effet, le philosophe Philon d'Alexandrie pose le verbe comme fondateur de notre réalité, la raison du réel, et donc ce qu'il est pour nous. C'est à l'aune de ce concept que les religions du livre, justement, se sont constituées et installées.
De fait, comme je l'ai souvent dit et écrit, le réel devient réalité à partir du moment où on le formule, où on le dit, voire où on l'écrit. Dès lors il devient pour nous-même conscience et donc notre réalité. Ainsi, ce réel est considéré comme une réalité socialement partagée, parce que notre environnement social et physique nous détermine et fait partie intégrante de soi. Néanmoins, tant que nous ne l'avons pas dit, il reste loin de nous...
Il convient de nous rappeler que nous sommes les copilotes de notre réalité. En effet, sans notre projection, sans notre observation, sans notre conscience et notre volonté, sans notre point de vue, il ne se passe pas grand chose. Ce sont bien les mots que nous posons sur le réel qui en font “quelque chose”, et qui confirment le sens.
Mais pour aller plus loin, les liens que nous forgeons nous enferment, nous attachent à ce à quoi nous appartenons dès lors. En suite, ce sont ces liens qui nous dirigent. Alors parlons en, disons le nous pour que nous en fassions ce dont nous avons besoin.
De fait, ce qui importe et que nous indiquent les philosophes stoïciens, c'est de se garder de tout attachement, de toute dépendance. Seuls nous restons dépendants uniquement de nous-mêmes et l'influence de l'environnement passe au filtre de nos propres variables dès lors qu'elles sont critiques. Ainsi, nous restons maître de notre vie, plus que libres, les pilotes de ce que nous projetons pour nous mêmes sur nos chemins.
Et puis il y a des liens qui nous échappent et que parfois nous ne remarquons même pas : par exemple, une synchronicité des gestes, des pas en cadence, des gestes à l'unisson avec des personnes qui sont juste là, comme dans une résonance physique. Dans quelques situations, nous nous synchronisons avec les mouvements de notre contexte, et avec les oscillations de notre environnement. Parfois, nous ne nous en rendons même pas compte. Parfois si... Mais savons nous ce que cela signifie ? Peut-être pas. Et il reste à le dire pour que le fait existe...
De fait, n'existe que ce qui se dit. La vérité est prise dans un discours dès lors qu'il est diffusé et partagé. On le nomme "le discours de vérité", ou même "la légende" ou "le mythe". Elle est alors la réalité sous-jacente, voire profonde. Mais, surtout, ne nous trompons pas de paroles. Se justifier ne dit rien de la réalité. La justification annonce juste que tu te sens coupable. Alors les faibles seront plus forts devant toi et te combattront aisément sur les points de faiblesse que tu viens de leur montrer. Les forts seront destructeurs puisque tu les as invités à atteindre tes faiblesses et tu seras, au final, la victime de tous et de tout.
Alors fais toujours attention à ce que tu vas dire. Dis ce que tu sais seulement si on te le demande, et sache bien que tu n'es jamais obligé de répondre. Sinon, tais toi car le silence est ta force, ta maîtrise du réel. Tout ce que tu diras pourra être retourné contre toi. Ce n'est pas ta réalité mais seulement celle que tu as posée sur la table et quiconque la voit peut l'utiliser par morceaux. Tout ce que tu livres dans ta parole devient une réalité et donc, pas nécessairement la tienne. Elle peut être retournée contre ce que tu souhaitais éclairer de ton savoir, de ta sagesse, de ton analyse ou de tes croyances. Mais cette dernière te dit : "Tais toi ! le logos est juste un pan de réalité et aussi une arme utilisable par qui la trouve et s'en saisit..."
Ce ne sont pas les armes qui sont dangereuses, mais leurs usages. Le bien n'est jamais absolu, mais juste relatif à ce que les personnes conçoivent de leur propre réalité. La conscience de cette relativité se nomme aussi la sagesse.
Il est important de ne jamais prendre nos certitudes ni nos connaissances pour acquises. Ce que nous pensons, croyons ou connaissons, ne sont jamais que les mots que nous avons mis sur nos aperçus. Ils sont aussi fragiles que les nuages dans le ciel, poussés par les vents divers.
Si ce monde qui s'achève vit dans l'agitation et le conflit, celui qui surgit derrière est celui de la paix, de la sérénité, de la justice, de l'unité et des douces brises. Mais encore faut-il le dire pour qu'il en soit ainsi.
Le logos n'est jamais que celui de l'éthos. Alors, jetons un regard au fond de nous même et, avant de dire quoi que ce soit, contemplons nous comme l'univers et la maison des dieux. Rappelons nous seulement que nous sommes dieu, et donc des pourvoyeurs de réalité. Notre conscience est la matrice. Nos mots sont les briques. Ce que nous sommes profondément est le générateur de nos émotions et de nos sentiments, lesquels aspirent le réel qui vient à nous. Alors, parlons en et disons le, car si la réalité est une illusion, comme le disait Einstein,... et le réel aussi ! ...



