Enfants, nous vivions dans l'instant présent, hors du temps de Kronos. Notre égo se confondait avec notre environnement, nous étions avec ''les nôtres'', comme on dit. Il n'y avait là aucune aspiration au pouvoir, nous étions juste mus par un amour profond et gratuit, heureux et en paix, avant de nous trouver, plus tard, peut être aspirés par le désir de possession. Le processus enclenché viendrait ensuite, inéluctablement. On retrouverait là tels ou tels plans, sur fond de cupidité, associés au désir de puissance. Nous voilà, dans ces conditions, alors conduits par des émotions basses. Les calculs et autres stratégies de gains ou de pouvoir viendraient un peu plus tard.
Effectivement, pour l'heure, nos intérêts se trouvaient ailleurs. Bizarrement, dans notre culture, on ne reconnaît l'apparition de l'intelligence que dans la mesure où elle est associée à la notion de stratégies. Pourtant, seule la créativité est fille de la conscience et de l'imagination, du lâcher prise et de la conviction. On dit toujours que seule la foi sauve, et que la providence nous accompagne chaque jour.
Néanmoins, lorsqu'on lit ou entend ce que Jésus demande à ses disciples, en l'espèce de "redevenir comme des petits enfants", on comprend bien qu'il leur suggère de reprendre le chemin de l'animisme profond. Aujourd'hui, la démarche consisterait à quitter cette religion fondée par l’empereur Constantin. En effet, cet empereur, avide de pouvoir et conduit par le projet politique de refaire l'unité de l'empire romain était trop enclin à soumettre le peuple dans la droite ligne d'un César. Constantin avait trouvé dans l'approche paulinienne les ingrédients dont il avait besoin pour arriver à ses fins : l'obéissance et le culte de l'effort, associés à celui de la rédemption par la souffrance, et des sacrifices de toutes sortes pour le bien de tous.
Certes la démarche de Saul de Tarse, dit Saint Paul, est bien éloignée de l'enseignement de Joshua, dit Jésus qu'il n'a, selon toute vraisemblance, jamais rencontré ni même croisé. Jésus prêchait un amour universel, total et inconditionnel. Saul de Tarse, peut-être pour des raisons de carences ou d’incapacités physiques, se trouvait dans une tout autre “logique”. Le fait pouvait être liée tant à ses déficiences physiques qu'à ce goût du pouvoir et de puissance qu'il avait contemplés en tant que soldat dans l'armée romaine.
C'est ainsi qu'il se complaisait dans la soumission et la souffrance à laquelle il avait trouvé un sens. En prônant cette rédemption par la douleur, l'obéissance et le sacrifice, il se trouvait en cohérence avec cet objectif. C'est aussi lui qui fit de la croix le symbole du christianisme. Jusqu'alors, il était représenté par le poisson et le partage, comme celui du pain. Un symbole d'amour eut été plus judicieux... (il faudra attendre l'idée du cœur immaculé de Marie ou celle du sacré cœur pour retrouver un peu de cette dimension)
Aussi, quand Joshua demandait à ses disciples de redevenir comme des enfants, il leur proposait de retrouver la confiance dans le lâcher prise, l'intuition et la spontanéité des plus jeunes, celle qui, justement, laisse poindre la conscience originelle de l'intuition et de l'amour. En effet, l'enseignement dudit Jésus n'est pas le christianisme paulinien repris par Constantin, mais le retour d'un animisme profond, joyeux, aimant et prospère.
Alors vers où aller ? Vers la reconnaissance que nous ne sommes qu'une goute dans l'océan et que tout l'océan est dans la goute ? La physique quantique dit exactement la même chose. Il ne nous reste plus qu'à contempler ce fait et de s'en faire notre réalité profonde, première, fondamentale.
Cet animisme n'est que retrouver la trace d'un réel universel qui nous habite dès lors au plus profond de notre cœur. Il s'agit simplement de croire en son pouvoir de créer, d'aimer, de s'aimer et de remercier toujours encore et partout. Parce qu'alors, de surcroît, vient l'idée que tout adviendra...

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