mardi 20 juin 2023


Le sociologue cherche à comprendre comment marche le monde. Le troubadour le raconte. 

Aller plus haut et plus loin, c'est le rêve de chacune et de chacun. Nous sommes des "Icares" de la connaissance. Seuls ou ensemble, nous visons à trouver un monde meilleur,  pour soi, pour les siens ou pour tout le monde. Nous le voudrions plus dynamique et plus humain. Ce pourrait être un monde où l'on vit bien, où l'ont progresse et travaille mieux. 
Pour cela, dans le quotidien des organisations, toute la question du management et du lien social est impliquée. Elle est aussi : "Comment me développer moi-même pour aider à cela ?" Efficience et bien être au travail sont d'abord une question de culture et de posture...
Patron, président, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations, ce blog est pour vous. Il est une bibliothèque thématique de ressourcement. Il est ma raison d'être de sociologue-troubadour.
Vous trouvez ici des indications, des analyses, des ressources sur le management, comme des principes de fond, des postures, et des leviers pour mieux faire. Vous saurez  ainsi mieux voir l'impact des évolutions de notre société, mieux voir et comprendre la vie au travail.
Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en pas faire commerce.
Jean-Marc SAURET

mardi 18 septembre 2018

Non pas la "non-violence" mais "l'en paix"

Nous connaissons les apports importants que fit le Mahatma Gandhi sur la nature des relations interpersonnelles, groupales et politiques. Nous savons ses concepts fondamentaux, que ce soit sa désobéissance civile (la voix du Satiagraha) ou sa politique relationnelle de "non-violence". Depuis nombre d’adeptes ont repris le flambeau, comme Martin Luther King et Nelson Mandela. D'autres en ont développé diverses applications comme, par exemple, la communication "Non Violente". En cela fonctionne parfaitement. 
Cependant, la sophrologie et l'hypnose "éricsonnienne" nous indiquent que notre cerveau, dans son exercice inconscient, ne sait pas traiter les négations, c'est à dire les phrases négatives. Il n'en retient que le sens des mots juxtaposés, ce qui peut, en l'espèce, poser problème. Je pense par exemple à cette conversation où l'un dit : " Ce que tu dis n'est pas un mensonge". Ce à quoi l'autre répond : "Pourquoi, tu me crois capable de mensonge ?". De là, la conversation peut s'enflammer...
Ainsi donc, et à l'occasion d'un exercice injonctif, si la commande est de ne pas faire ceci ou cela, c'est bien justement celle que "l'impétrant" exécute. C'est un exercice que nombre de consultants font pratiquer, afin justement, d'atteindre cette prise de conscience. Il s'agit, par exemple, de conduire à la voix un candidat aux yeux bandés sur un parcours accidenté. Dans un premier temps les indications sont données sous la forme positive : "Tournez à droite. Baissez vous. Montez une marche. etc." Tout se passe alors simplement, et très bien. Dans un deuxième temps, les indications sont données sous une forme négative : "Ne tournez pas à gauche ni n'allez tout droit. Ne maintenez pas votre taille et surtout ne vous redressez pas. Ne butez pas sur cet obstacle. Etc." L'impétrant ne sais plus ce qu'il a à faire et, au bout de l'hésitation, il fait exactement ce qu'on lui demande de ne pas faire. Il tourne à gauche, se redresse et butte sur la marche.
Je comprends donc fort bien que pour clarifier et positiver certains concepts très utiles, pour leur conférer plus d'efficience, il sera très utile d'utiliser des termes positifs. Ainsi, à la "non-violence", après avoir cherché quelques temps le terme le plus adéquat, m'est apparu alors, de lui substituer celui de "en paix". En cette occurrence, nous pourrions avantageusement parler de communication en paix, de résistance en paix ou de "combats en paix", etc.
La simple évocation du concept "en paix" nous met dans une posture bienveillante et relaxée. D'un point de vue syntaxique, il n'y a pas vraiment de différence avec l'expression de "non violence", mais nous savons que notre cerveau fonctionne de manière symbolique. C'est bien là sa plus grande intelligence, celle qui fait, en outre, son incroyable adaptabilité. Le linguiste Benveniste a montré notre façon, dans nos phrases émises ou entendues, d'élaborer du sens dans une double articulation. C'est à dire que les mots assemblés construisent un nouveau sens qu'aucun mot ne contient. Le sens d'une phrase n'est donc pas la somme des mots qui la composent mais l'articulation symbolique des mots entre eux.
Rappelons nous cette historiette où le consultant-enseignant fait repérer plusieurs fois à un candidat, sur différents objets, la couleur blanche. Puis il lui demande ce que boit la vache. Très régulièrement l'impétrant répond "du lait !". Alors qu'il sait très bien que la vache boit de l'eau. Cependant, son cerveau, lui, sait que "vache-liquide-blanc", c'est du lait... C'est là notre capacité d'intelligence symbolique : l'articulation des  éléments divers, utilisés comme des symboles.
Alors, s'il est besoin d'impulser une pulsion positive à l'écoute d'une expression, cela vaut singulièrement pour la “non-violence”. Plutôt que de rester sur le caractère pesant et puissant de ladite "non-violence", nous pourrions aussi bien parler de "en paix". Et s'il en va ainsi pour ce cas-ci, il en ira de même pour tous les autres cas. Cela vaudra pour le "non autorisé", la "non reconnaissance", le "non recours", l'in-égalité" ou "l'in-mangeable", par exemple. Ce que nous en retenons et qui marque notre conscience reste bien l'autorisé, la reconnaissance, le recours, l'égalité ou le mangeable.
Nous voici une fois encore replongés dans notre pensée duale, bipolaire : le bien et le mal, le dedans et le dehors, le positif et le négatif, le réel et l'irréel, etc. Cette forme de pensée nous occupe encore et toujours. La négation nous renvoie à l'alternative unique, à "l'évidente absence de complexité". Or, nous avons vu dans l'expérience de guidage par le consultant d'un impétrant aux yeux bandés, qu'à chaque injonction positive ou négative, s'opposait toute une kyrielle d'alternatives. Ceci nous indique qu'une proposition positive sera toujours plus précise, plus créative et efficiente qu'une quelconque injonction à la forme négative. 
Je pense à ces interdits que dans le temps les adultes opposaient aux enfants (et ils le font encore) : "Ne te cure pas le nez", "Ne coupe pas la parole !", "On ne montre pas du doigt", etc. Toutes ces interdictions apparaissent comme des tabous qui ne disent en rien ce qu'il convient mieux de faire, puisqu'il y a tout le reste... Ainsi à "ne pas montrer du doigt", il y a "chanter une chanson", "se moucher", "prendre un bain", "manger une pomme", etc. La liste est longue et quasi sans fin...
Mais qu'est-ce qu'un tabou ? Ce terme polynésien indique un acte qui transgresse le sacré. Cela étant, il ne dit pas ce qui est sacré. Ce dernier est jugé comme évident et donc n'est pas re-posé dans la conversation ou les échanges. Il est supposé connu a priori, même et surtout, si ce n'est pas forcément le cas. C'est bien là que se situe le problème. 
Combien de voyageurs imprudents et ignares, se sont assis dans la maison de leur hôte dans un endroit dédié à du sacré ? Combien on mangé avec la main porteuse d'un sens impur ? Combien ont indiqué un chiffre de la main sous une forme porteuse d'un sens agressif ou magique ? Combien ont posé un geste s'opposant à la conscience locale de la réalité, transgressant les croyances, les coutumes, le sacré ? 
Pour tout ethnologue, la représentation du monde est propre à chaque culture. Pour tout sociologue aussi. Pour ces derniers, depuis Schopenhauer ou depuis Paul Watzlawick, la réalité n'est que la conscience que nous avons du monde, du réel. Cette conscience est empreinte de représentations sociales structurantes que l'expérience personnelle patine. Ce qui est vrai en deçà des Pyrénées, ne l'est plus au delà.
Alors, pourquoi ne posons nous pas ce qui nous est fondamental (c'est là le sens du mot sacré) ? Pourquoi ne posons nous pas l'évident car justement il ne l'est pas pour tout le monde ? Pourquoi ne disons nous pas ce que nous voulons plutôt que ce que nous craignons ? Parce que, justement, nous nageons entre nos évidences et nos tabous, nos désirs indicibles et nos craintes inavouables ou redoutées. C'est pourtant là le chemin de la confusion... 
Ce qui est important pour nous dans le principe de non-violence est bien le respect de la personne dont la dimension est sacrée. Cela signifie également l'équivalence de toute personne, tout comme le principe de liberté fondamentale, etc. Alors disons et induisons le dans nos expressions. Que ce soit dans la rue, dans nos cercles d'amis ou familiaux, dans nos organisations et nos entreprises, disons ce que nous voulons, ce que nous souhaitons. Et l'assertion reste valable qui que nous soyons, et où que nous soyons. C'est ainsi que "l'autre" pourra comprendre le plus simplement, le mieux possible et ce, dans une simple perspective d'efficience.
Ainsi, en ce 11 septembre, je préfère partager cette pensée positive pleine "d'en paix" que d'en rappeler une autre infiniment plus violente et traumatique. (Tiens, je viens de la rappeler..)
Jean-Marc SAURET
Le mardi 18 septembre 2018





mardi 4 septembre 2018

Les lois de la nature sont elles éternelles ?

C'est là la question qu'étudie depuis des années le professeur Rupert Sheldrake, titulaire d'une chaire de biologie à l'université de Cambridge. Déjà, Elya Prigogine, prix Nobel de chimie en 1977, avait énoncé, à propos de son travail sur la thermodynamique, que les lois n'étaient pas réversibles, c'est à dire qu'elles ne s'appliquent pas partout et tout le temps. Cela signifie que ce qui est vrai une fois ne l'est pas forcément par la suite, ni ne l'était forcément avant ou ailleurs... 
Voici, en podcast, une conférence que donnait Rupert Sheldrake à l'occasion du 2ème congrès international des thérapies quantiques organisé par Marion Kaplan en 2012. Il y rend compte de ses recherches sur le sujet et des réponses qu'il voit s'élaborer, à savoir le principe de lois d'habitudes dans la nature, plutôt qu’universelles, et la résonance des mutations et apprentissages au sein d'une même espèce, d'une même catégorie. Il appelle cela les "résonances morphiques". Ce serait là une véritable révolution scientifique... et il n'est plus le seul à le penser.


Dans une autre conférences (il en existe beaucoup postées sur la toile) à la même période chez TED, il développe encore ses conclusions et les précise en faisant une analyse épistémologique de la démarche scientifique, c'est à dire de sa posture face au réel. En cliquant sur les icônes "sous-titres" et "paramètres" vous pourrez donner, si besoin, plus de confort à votre écoute, comme une traduction simultanée.


Vous pourrez ainsi faire votre opinion en toute connaissance de cause. Bonne route à chacune et à chacun, et à bientôt sur la route.
Jean-Marc SAURET
Le mardi 4 septembre 2018

mardi 31 juillet 2018

Pour un humanisme échosophe

L’ethnologue Claude Levy-Strauss écrivait : « Un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres avant l’amour-propre ». Trop longtemps, un certain humanisme égocentriste, ou anthropocentriste, me semble-t-il tout à fait contre productif, s'est regardé le nombril en mettant la personne humaine au centre de l'univers, voire à sa finalité, comme les religions du livre l'ont fait. Cet humanisme là fonde nos cultures occidentales, dominantes, voire dominatrices.
Cet humanisme là, en effet, nous a conduits à une catastrophe universelle, que par pudeur nous qualifions d'écologique, comme pour l'amoindrir. Parce que nous nous pensons "maîtres du monde" ou finalité de l'univers, nous consommons plus que la planète ne peut nous offrir et, en enfants gâtés, nous exigeons qu'elle-même s'adapte. De plus, nous affirmons que ladite planète le fera comme elle l'a toujours fait... Oui, et même si c'était possible, ce serait à quels dépens ?
Avons nous, une seconde, imaginé, projeté, les conséquences d'une telle posture, des actes que nous posons en son nom, dans sa trajectoire ? Aucunement, car "nous savons a priori" et nous croyons que "le monde est notre jardin"... Le serpent se mord la queue... Il se dévore lui-même ! Et nous nous plaignons à présent de voir nombres de membres de nos populations développer des comportements que nous trouvons "irresponsables", décalés, inadaptés. Je dirais même inconséquents, car c'est le propre de cette méta-culture que nous vivons actuellement d''être inconséquente. 
Quand nous réconcilierons nous avec la nature ? Quand réintégrerons nous le système global ? Quand redécouvrirons nous l'harmonie du monde et de l'univers ? Quand retrouverons nous notre place dans ce nœud de nature ? Quand comprendrons nous que nous sommes tous reliés, que tout est relié, que nous sommes dans une interdépendance totale et globale ? Quand et comment comprendrons nous que tout ce que nous faisons autour de nous, aux autres, aux animaux et aux choses, c'est à nous que nous le faisons ? Quand changerons nous de paradigme et retrouverons nous la juste place de chacun et de chaque chose ? Quand comprendrons nous que tout ce que nous faisons au dépend de quoi que ce soit est à notre dépens ?
Aujourd'hui, je n'en dirai pas plus, laissant à chacun de trouver ses réponses, de choisir son temps, sa direction et son mode de faire. Comme disait le coach-chamane Arnaud RIOU "Choisissez votre cible, prenez sa direction et faites confiance !" Alors peut être, en toute bienveillance, inventerons nous, ou redécouvrirons nous, cet humanisme écosophe qui replace l'humain au cœur de sa nature, au cœur de son système, au cœur de son écosophie, d'une cosmogonie réaliste et réelle.
Alors bonne réflexion et bonne route à chacune et à chacun... Soyez assurés qu'on y reviendra !
Jean-Marc SAURET
Le mardi 31 juillet 2018


Lire aussi : "Harmonie et management"