samedi 20 juin 2020


Nous amener plus haut et plus loin, c'est la raison d'être du sociologue-troubadour que je suis. Comment développer un monde meilleur, plus efficient, plus pragmatique, où l'on vit bien et travaille mieux, un monde plus dynamique et plus humain ? C'est là, dans nos organisations, toute la question du management (leadership, interactions et postures). La question devient alors : "Comment se développer soi-même pour ce monde meilleur ?" Patron, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations professionnelles ou associatives, ce blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est une véritable bibliothèque thématique de ressourcement.
Vous trouvez ici des indications sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques, notre lien social, mieux voir la vie au travail.
Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en pas faire commerce.
Jean-Marc SAURET

mardi 17 octobre 2017

Sommes-nous si intelligents que nous agissons comme des...

L'intelligence n'est pas dans la capacité à calculer. Les ordinateurs le font bien mieux que nous. L'intelligence n'est pas non plus la capacité à diagnostiquer. N'importe qui sait le faire avec une check list à la main. C'est d'ailleurs ce que nombre de patrons ou de démarches qualité met en place pour les collaborateurs. L'intelligence n'est pas non plus la capacité d'application des meilleures solutions trouvées en laboratoires ou dans quelques articles. Nos enfants l'ont bien compris et nous l'avons compris avant eux quand nous étions à l'école. Avant eux, nous avons inventé la tricherie, et bien d'autres nous avaient précédé.
L'intelligence réside peut être dans la capacité à raisonner avec son environnement, à réagir en fonction de celui-ci à l'aune de nos préoccupations, à agir en résonance avec ce à quoi nous appartenons, ce "de quoi" nous participons. L'intelligence serait alors la capacité d'harmonie entre notre "intérieur" et les contextes externes, et rien d'autre. Et pourtant, notre représentation ordinaire de l'intelligence étant toute autre, nous ne faisons rien de cette harmonie et continuons à prendre l'intelligence pour l'une ou l'autre de ses applications. Résultat, nous nous fourvoyons dans des pratiques inutiles, voire contre productives...
Par exemple, dans nos organisations, a-t-on vraiment besoin de ces temps d'évaluation que l'on nomme "audit" ou "Diags" ? Alors que nous demandons aux employé d'être solidaires et polyvalents, l'organisation les évalue individuellement. Il y a là un premier paradoxe. Mais un autre paradoxe est de leur demander de la responsabilité et de l'autonomie tout en les évaluant, c'est à dire en leur retirant les conditions même de l'autonomie : "c'est le patron qui décide si c'est bon ou pas, pas toi..." second paradoxe et pas des moindres. 
Mais encore, on chargerait le manager du développement des compétences de ses collaborateurs et on invite par ailleurs le collaborateur à devenir acteur de sa formation. Là aussi, il faudrait savoir ce que l'on veut. C'est là un troisième paradoxe. De fait il semblerait que l'enjeux obscurcisse la considération de l'autre : "J'y tiens tellement que personne d'autre que moi n'est en capacité de savoir ce qu'il faut faire". En d'autre termes : l'autre est un crétin. C'est juste l'opposé de la conception humaniste pour qui l'intelligence est collective... 
Le soucis qu'a le management actuel des organisations est qu'il veut le beurre, l'argent du beurre et diriger la ferme : commander tout, et tout un chacun, tout en réclamant (exigeant) le meilleur de chaque collaborateur. Ça ne marche pas ainsi et encore moins avec l'explosion des technologies, des connaissances et leur accès direct sur la toile, mais encore moins avec "l'indépendance radicale" que produit l'ultra-consommation. On ne peut plus dire aux gens qu'en tant que consommateurs, ils peuvent tout demander, qu'ils ont droit d'accès à tout et, en même temps dans l'organisation, leur indiquer que ce n'est pas eux qui décident... L'intelligence de chacun invite à l'humanisme ; c'est d'ailleurs là sa définition, sa raison d'être : développer la connaissance à l'aune de toutes les intelligences des personnes impliquées et concernées, parce que l'intelligence est aussi plurielle qu'il y a d'acteur dans le système.
Sommes nous alors si intelligents que cela à développer autant de postures paradoxales ? Nos représentations mentales ne sont certainement pas à jour. Peut être avons nous perdu le sens réel des choses, voire même de nos propres intérêts. Il me souvient de ce comportement  paradoxal de staffs d'associations professionnelles : ils passaient l'essentiel de leurs occupations à récupérer et élaborer des outils, des processus et des procédures pour atteindre, ou faire atteindre à leurs clients et adhérents, l'intelligence collective qu'ils prônaient... Paradoxe ? Certainement ! Mais un processus, un outils, ça se vend, alors qu'une dynamique collective, non. Elle est déjà là, il y a juste à la voir, à la laisser vivre et il n'y a alors plus rien à monnayer. Posséder des "objets, trucs et astuces" donne l'illusion d'être propriétaire, dépositaire, de l'objet visé : l'intelligence collective. Ces staffs font là la preuve d'en manquer, d'avoir perdu le sens des réalités.
En effet, la perte de sens vient de l'absence de raison d'être et cette raison d'être se construit dans le lien social, le collectif, le sociétal. Elle s'incarne alors dans le leadership. La raison d'être d'une entreprise, d'une organisation, dit "à quoi elle sert", "pour quoi elle est faite". La perte de sens vient donc d'une déconstruction du collectif, de l'être ensemble, du lien social, des valeurs et des finalités de notre "être là". Par ailleurs, il y a la raison d'être de chacun qui nous dit ce que nous apportons au projet et, sans la raison d'être du projet, nous ne pouvons pas savoir qu'elle est la notre et celle de chacun des partenaires. Voilà, me semble-t-il, le cœur de la problématique.
De ce fait, nous semblons assister (ou avoir assisté) à une déconstruction sociale de la personne au profit d'un profil de consommateur, un individu assujetti dont le comportement (sa raison d'être sociale) est définie par sa quête de jouissance et non par son intelligence, à savoir par sa capacité à organiser son processus vital, à s'inscrire dans son milieux. Et pourtant nos publicistes, marketeurs et autres gestionnaires d'entreprise, nous rabâchent qu'être humain en société c'est s'inscrire dans son milieux social... Oui, mais celui de consommateur, pas de réalisateur, de contributeur, ni de créateur responsable.
De fait, quand, dans nos représentations, la personne est réduite au rang d'individu, on ne construit plus du collectif, du lien social orienté et réfléchi, mais un ensemble d'éléments perpétuant l'individu assujetti, une adaptation individuelle à un cadre donné, pour le distraire du spectacle du monde. Et ceci le coupe de son pouvoir faire, de "la prise" sur le monde, bref, de l'exercice de son intelligence, et donc de son intelligence même. Sommes-nous si intelligents que nous agissons comme des... assujettis. Savons-nous que nous pouvons réagir en fonction de nos objectifs et de la connaissance que nous avons de notre environnement, notamment celui dans lequel les "grands commerçant" nous inscrivent ? Avons nous pris conscience que le monde a changé et ce en notre faveur ? Ce n'est pourtant pas ce que nous dit le marketing et cependant c'est bien le cas.

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 17 octobre 2017

Lire aussi : " Le lâcher prise "

mardi 10 octobre 2017

Méditer ce que l'on a à faire pour le réussir

Il me souvient un événement ordinaire mais très indicateur sur nos réalités, quelque chose que j'ai vécu enfant. A l'école, nous jouions au rugby dans la cours, le sport régional "universel et absolu". René était l'un des plus doués d'entre nous. Vif, il se jouait de nos défenses et déjouait nos attaques. Mon problème était donc "comment passer René ?". Je retournais le phénomène dans ma tête et me mis par hasard à visualiser les situations de jeux. Seul, méditant dans le calme de l'étude, les devoirs finis, je vivais mentalement ces moments où René m'attrapait alors que je tentais d'aller à l'essai. 
Je le voyais arrivant de biais, de face ou de l'autre côté. Je voyais son geste, comment il me regardait, comment il jetait ses bras, avançant son épaule... et là, méditant l'instant, je vis qu'en lui mettant la main sur le visage, il ne pouvait plus me "trouver", et donc m'attraper. Il ne pouvait alors que me "manquer". Je répétais donc la situation mentalement, des fois et des fois, jusqu'à ce que la cloche sonne annonçant le début de la récréation. Pliant livres et cahiers, nous nous jetions dans la cour, et dans le local aux ballons afin de récupérer les vrais ballons, bien ovales. Il fallait surtout ne pas risquer de se retrouver avec le "tout rond" dont personne ne voulait. Il n'était pas pratique et obligeait à jouer comme en handisport sans les mains... un jeux de gamins pour apprendre à marcher ou courir.
La situation que j'avais "rêvée" se présenta. J'avais le ballon dans les mains et René se profila dans mon horizon. Dès qu'il fut à la distance imaginée, mon bras gauche partit d'un trait couvrir son visage. René me manqua et je marquais l'essai. Je répétais alors plusieurs fois l'opération, de façon toujours fructueuse. Les copains trouvaient ça génial. Je venais de réinventer le "raffut" dont l'application sur le visage fut bientôt interdite.
Depuis, quand quelque chose ne me va pas, que je n'arrive pas à réaliser, soit, comme tout un chacun, j'intellectualise, je reviens sur les fondamentaux, je révise mes procédures et ça ne marche pas à tous les coups, soit je médite le phénomène, l'événement, je le rêve et le réalise dans l'imaginaire, et là, j'avoue que ça marche bien mieux.
Si la vision guide mes pas, comme nous l'avons plusieurs foi approché, la construction de la vision se fait dans nos représentations. La meilleure manière de construire ou travailler une représentation n'est pas le calcul ou la raison. Ladite raison sert plutôt à prouver ou démontrer, mais ne fait pas la vision complète, ne la rend pas opérative. Entrer dans la représentation pour la déconstruire et la reconstruire entièrement permet de considérer et de prendre en compte tous les paramètres de la situation : les sensations, les émotions, les distances ressenties, les mouvements avec leurs vitesses perçues, visualisées au ralenti, les perceptions internes et externes, les concomitances, etc. Seule la mise en situation le permet. Nous savons que, dans les formations par exemple, comme dans un jeu de préparation, les mises en situation ne sont jamais le réel. C'est là la limite des jeux de rôles où chacun sait qu'il est dans un jeux. Chacun se regarde jouer plus qu'il ne joue. Alors, la méditation constitue un sérieux recours dans la recherche et le développement de solutions.
Qu'il s'agisse d'une situation sportive, relationnelle ou réactionnelle, la méditation est le seul exercice qui permette une approche globale et totale de l'événement. En cela, elle est une panacée à nos ratés.
Nous savons aussi que nombre de nos rituels sociaux sont d'ailleurs des marqueurs émotionnels. Ils installent, dans nos représentations, des repères ressentis que la raison comprend mais n'explique pas. "L'expérience, me disait un éducateur sportif, ne se transmet pas. Il nous faut se la faire, se la vivre." C'est là toute la fonction des rites de passages (bizutages, compétitions, initiations, intronisations, adoubement, etc.) qui donnent à vivre un événement émotionnel qui marquera l'entrée dans un autrement. Il donnera à l'impétrant les sensations de son avènement. Rien dès lors ne sera jamais plus comme avant. Il aura appris quelque chose que les mots ne disent pas.
Eh bien, la méditation, dans l'apprentissage, le développement et la modification, joue cette fonction globale et totale d'expérimentation, parce que c'est bien là, dans l'imaginaire que les représentations se construisent avec les sensations topiques comme marqueurs.
Ainsi, méditer ce que l'on a à faire nous permet très efficacement de le réussir. Je vois bien des applications de cette méthode. C'est ce que fait, par exemple, le coaching cognitif, accompagnant l'impétrant à "s'y voir" et s'y exercer. Je vous laisse imaginer toutes les extensions et applications de cette pratique... Allez ! On commence tout de suite ?

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 10 octobre 2017



mardi 3 octobre 2017

Les trois passoires de Socrate

Je parlais de comportements sociaux éthiques avec mon ami Jean-Christophe, officier de gendarmerie, créateur de logiciels opérationnels et spécialiste du net. Pour témoigner de cette éthique de droiture et de bienveillance portée dans son milieu professionnel, il me raconta l'histoire du test des trois passoires que l'on prête à Socrate. Quelqu'un voulant dire au philosophe quelques critiques sur l'un de ses amis, Socrate lui demanda s'il avait passé son propos à la vérification des trois passoires, celle du vrai, du bon et de l'utile. Il s'agit de savoir si la chose à dire est vérifiée, si elle apporte un bénéfice heureux (si elle est dite pour de bonnes intentions), et si cela servira à son interlocuteur, lui sera utile. Les trois conditions ne semblant pas acquises, Socrate refusa d'en entendre davantage et invita son interlocuteur à oublier cette chose non vérifiée, pas forcément bonne et inutile.
Il me souvient alors les quatre accords toltèques qui vont dans le même sens. Il en est de même pour ces autres aphorismes de sagesse comme : "Ce ne sont pas les choses qui nous gênent mais le regard que nous leur portons" (Sénèque). Marc Aurèle ne dit pas autre chose, quand il affirme :  "Ce sur quoi tu n'as pas la main, épouse-le !". Sur un mode analogue, on prête aussi à Aristote cette formule forte : "La sagesse poursuit l'absence de douleur et non le plaisir". Il serait loisible de multiplier les formules, et nous conclurons provisoirement par le :"Aime et fais ce que voudras" de Rabelais, etc...
Nous ne manquons pas d'excellents processus pour atteindre une posture de sagesse et pourtant nous continuons bien des fois à faire tout le contraire. Pourquoi ?
Je crois qu'il s'agit là encore d'une question de représentation : Que visons nous ? Quelle préoccupation, quelle cible occupe notre regard ? Que quêtons-nous ?
Les freudiens nous indiquent qu'il existe un désir précédant toutes démarches, et qu'au fond de notre posture il y a un désir profond, dit “premier”. Bien des fois, ce désir premier est une réponse générique à une souffrance ancienne, produisant un manque, une cicatrice, un traumatisme. Ainsi tenterions nous, tous les jours, dans toutes nos actions de résoudre ce manque, cette souffrance. Perpétuellement accaparés par ces questions, toutes nos actions convergeraient vers cette tentative de résolution. « Quel comportement obsessionnel ! » dirions-nous ! Cela peut paraître a priori comme une belle perte de temps et d'énergie !
Pourquoi, alors, dans ces conditions, ne pas lâcher prise et revenir à l'essentiel ? Les modèles de nos sages nous y invitent quotidiennement. Mais le comportement, s'il s'inscrit dans une culture et un vivre ensemble, dans des règles sociales, reste une affaire personnelle, de comportement, d'enjeux et de désirs intimes. Parfois, ils sont et restent même ignorés de nous même et l'on invoque alors l'inconscient pour les dire.
La forme de nos rapports sociaux sont de fait inscrit dans la culture. Elle les régit, les structure, les formalise pour reproduire les valeurs du "clan", afin de préserver et conserver une harmonie sociale. Mais la qualité de nos rapports sociaux dépend aussi de chacun de nous, de nos désirs et enjeux personnels, qu'ils soient fantasmatiques ou pratiques. C'est bien là-dessus que nous lâchons la sagesse des anciens. On dit alors que la passion nous emporte. C'est une manière de décrire le phénomène. Oui, le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.
Mais il existe une parade universelle : et si nous changions notre regard sur ce qui est important ? Là est toute la réponse à nos postures inutiles. Qu'est-ce qui est important, pour soi même et pour nous, tous ensemble ?
Une fois de plus il s'agit bien de lâcher prise et de changer son regard. Le principe est pourtant bien simple, même si sa mise en œuvre reste un art complexe. Nous sommes des êtres sociaux et c'est donc dans ce rapport à l'autre que nous parviendrons le plus simplement, le plus facilement du monde a trouver (ou retrouver) cet équilibre. Est-il besoin de psychiatres, de psychanalystes, de toubibs, pour le faire ? Les grands-parents “médiums” trop méconnus restent souvent ces réconciliateurs de “nous, avec nous-même”. Ce recours s’avère souvent suffisant, sans que quiconque ne soit inutilement, abusivement et contre-productivement, connoté de faible, de déviant, voire même d'anormal ou de fou. Et si nos grans-parents ne sont plus, souvenons-nous au moins du modèle que représente ce type de posture.
Et si la sagesse était l'affaire de chacun et de tous ? Et si nos comportements de lâcher prise et de transformation de nos regards sur l'important nous appartenaient, à chacune et à chacun ? Et si c'était là le cœur de nos propos, de nos débats, de nos préoccupations ? Alors peut être aurions nous la chance d'aller vers un monde meilleur… C’est tout le vœu que nous formons !

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 3 octobre 2017