mardi 20 juin 2023


Le sociologue cherche à comprendre comment marche le monde. Et le troubadour le raconte. 

Aller plus haut et plus loin, c'est le rêve de chacune et de chacun. Pour ce faire, nous avons à développer ensemble un monde meilleur, plus efficient, plus pragmatique, connecté et éclairé où l'on vit bien et travaille mieux : un monde plus dynamique et plus humain. Comment faire ? C'est là, dans le quotidien des organisations, toute la question du management et du lien social. Elle devient alors : "Comment se développer soi-même pour porter cela ?" 
Patron, président, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations, ce blog est pour vous. Il est une bibliothèque thématique de ressourcement. C'est là ma raison d'être de sociologue-troubadour.
Vous trouvez ici des indications, des analyses, des ressources sur le managementdes principes de fond, des postures, des leviers pour mieux faire, voir l'impact des évolutions de notre société et mieux voir la vie au travail.
Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en citer chaque fois la source et de n'en pas faire commerce.
Jean-Marc SAURET

mardi 17 juillet 2018

Mutation de la violence dans le monde

Steven Pinker, professeur de psychologie à Harvard et ancien dirigeant du MIT (Massachusetts Institute of Technology), considère dans son ouvrage "La part de l'ange en nous" *, qu'il est peu probable que la nature humaine (la nature biologique de l'homme) ait changé. Il pense qu'il est plus probable que la nature humaine inclut les penchants pour la violence, mais également « les bons anges de notre nature » :  ces penchants qui s'opposent à la violence. Il décrit six « grands facteurs historiques du déclin de la violence ». Chacun dispose de ses propres causes sociologiques, culturelles et/ou économiques :
  1. « Le processus de pacification » - la montée de systèmes de gouvernement organisés vient en corrélation avec le déclin des morts violentes. Quand les États s'étendent, ils limitent les luttes tribales, en réduisant ainsi les pertes.
  2. « Le processus civilisateur » - la consolidation des États et des royaumes centralisés dans toute l'Europe se traduit par l'augmentation de la justice pénale et des infrastructures commerciales. Cette organisation a permis de remplacer le chaos des systèmes précédents, susceptibles de conduire à des raids et à des violences de masse.
  3. « La révolution humanitaire » - En passant du XVIIIème au XXème siècle, on assiste à l’abandon de la violence institutionnalisée par l'État (le supplice de la roue, le bûcher...). Ce changement est probablement dû à l'alphabétisation de masse qui a suivi l'invention de l'imprimerie. Ce progrès aura permis au prolétariat de questionner la sagesse conventionnelle.
  4. « La longue paix » - On imaginait au XXème siècle que cette période serait la plus sanglante de l'histoire. Elle sera au contraire une période largement pacifique : 73 années de paix depuis la Seconde Guerre mondiale. Les pays développés ne font plus la guerre (entre eux, et dans les colonies) : ils adoptent la démocratie, ce qui conduit, corrélativement à un déclin massif (en moyenne) des décès.
  5. « La nouvelle paix » - On peut appeler ainsi la baisse des conflits organisés de toutes sortes depuis la fin de la guerre froide.
  6. « Les révolutions des droits » - On constate la réduction globale de la violence systémique à plus petite échelle contre les populations les plus vulnérables (minorités raciales, les femmes, les enfants, les homosexuels, les animaux).
Sans bien-sûr faire la critique de cette recherche rigoureuse et assidue, regardons quelques éléments qui, me semble-t-il, pourraient la compléter.
Il se trouve, (et je l'ai déjà évoqué) que le développement économique, associé à la paupérisation des classes moyennes et basses, a produit des effets sensibles. Il a participé mécaniquement à cette ouverture aux femmes, avec notamment, l'accès à l'emploi ( il va de soi que les combats sociaux ont fait, en la matière, la plus grosse part du travail).
Cette évolution émancipatrice a sorti hommes et femmes de leurs rôles sociaux anciens, à savoir, schématiquement, le domanial, le cocooning et la procréation pour les femmes, quand, pour les hommes ce sont la guerre, la conquête des biens et la sécurité. Depuis lors, tout un chacun a pu occuper la fonction et le rôle qu'il "souhaite" (ou trouve...).
Ces fonctions sociales, habillées de rôles singuliers, (gendarme, procréatrice, infirmière, nourrisseur, gardien, etc.) tombent alors dans "le domaine public". Cet “accès indifférent”, génère quant à lui, un phénomène de déconstruction des rapports au monde "genrés".
Dans ces conditions, les violences "régulatrices" des “machos”, (une baffe pour affirmer, suivie d'une bière pour s'accorder) deviennent caduques parce qu'absurde ou insuportable.
Ce système de régulation est donc devenu, aujourd'hui obsolète. Par ailleurs, les violences morales, manipulatoires et conversationnelles, de type "mauvaise foi", que l'on considérait propres à la gent féminine ("Tu n'aurais pas grossi ?...") a pris la place laissée vacante par les violences régulatrices.
Ainsi, un nouveau mode relationnel fondé sur des rapports sociaux dissimulés porte une violence morale tout aussi maléfique et perverse.
Ce monde où l'on tue moins physiquement est aussi un monde tout aussi violent en terme d'attaques et destructions morales, et identitaires. Cette violence s’avère manipulatoire, “jugeante”, condamnatoire, “anathèmique”, voire confiscatoire. Elle touche directement l'autodétermination des personnes, leur libre arbitre, leur liberté même à décider qui ils sont et veulent être.
Cette monté des violences dites "féminines" a été contrée judicieusement par toute une population jusqu'alors exclue et marginalisée. En l’espèce, par ceux pour qui la vie sociale de leur sexualité (et donc identité) était toujours "interdite". Il s'agit bien, en cette occurrence, de tous ceux dont le corps ne portait pas l’apanage de leurs orientations sexuelles : les gays, lesbiens, transgenres et bi (LGBT).
Ce sont les mêmes qui, par leur action pour la fierté de ce qu'ils sont, combattent pour eux même et pour la société. Ce sont bien eux, qui ont ouvert la faille dans ces carcans sociaux pour que la tolérance et l'humanisme retrouvent toute leur place. Et ce n'est pas encore gagné.
Le premier succès consiste à dire que l'intolérance est montrée du doigt, elle est effectivement jugée coupable. Et c’est ainsi que le respect de la différence trouve sa place dans le lien social. Il est vrai que l'effondrement des rôles sociaux genrés, socialement distribués, a favorisé la venue d'un règlement de situations propres à ces populations discriminées, réduites jusqu'alors à l'inexistance, c'est à dire à néant.
Le second succès est d'avoir montré que les violences morales sont tout aussi condamnables que les violences physiques. De fait, ces combats sociaux ont mis à l'index toutes les formes de violences de type anciennement masculin ou féminin. Pour autant, leur mise à l'index ne les supprime pas.
Aujourd'hui, dans les organisations, nous ne voyons plus (ou très peu) de violences physiques, mais les violences morales sont tout aussi réelles, et insidieusement très actives.
Il nous faudra encore mener bien des combats moraux et politiques (au sens de la vie de la cité) pour que tout un chacun ne soit plus victime de toutes ces violences.
La vie des organisations, en donne un bel exemple, par la retaylorisation du management.
Cette forme managériale conduit à des pratiques que l’on croyait devenues aussi caduques qu’obsolètes. Au contraire elles reviennent sur le devant de la scène, et avec quelle violence !
Ce sont elles qui nient les gens, leurs compétences et leurs avis, leur intelligence et leurs attentes, tout comme leur désir de réalisation de soi.
Nous y voyons des formes totalitaires inscrites dans des pratiques de violences morales harcelantes. Elles détruisent des vies, des gens, des richesses, des savoirs, et toute marque du vivant.
Dans ces organisations là (et je les penses nombreuses) les gens ont majoritairement arrêté de travailler, de s'engager, de mettre leurs compétences au service d'un objectif, d'un projet, dont ils se moquent par dessus tout... en silence...
Voilà des violences totalement contre productives dont il conviendra de se débarrasser au plus tôt, avant que tout ne s'effondre... si ce n'est déjà le cas.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 17 juillet 2018


 Seven Pinker, La part d'ange en nous, Les Arènes, 2017 (ISBN 978-2352046776). (The best Angel of Our Nature, 2011),

mardi 10 juillet 2018

Vers une "quadrialectique" de l'être

Nous avons l'habitude des formes duales, des composantes à deux dimensions, comme le vrai versus le faux, le bien versus le mal, le féminin versus le masculin, etc. Et nous avons la ferme habitude de conduire notre rapport au réel de cette manière : le réel vs l'irréel ("vs" pour "versus"), le dedans vs le dehors, ce qui en est et ce qui n'en est pas, ce dont je parle et ce dont je ne parle pas, le vraisemblable et donc l’invraisemblable, le crédible et donc "l'incrédible", le dicible et l’indicible, etc. 
Cette dualité structurelle porte toute la logique de notre approche du monde, de nous même dans le monde : tout concept porte en creux de lui-même tout ce qu'il n'en est pas, comme un réel "à attraper", comme un possible (j'ai déjà développé précédemment ce concept de réalité cher aux constructivistes et mis en lumière à Palo Alto). Nous avons donc l'habitude de penser sous la forme d'une dialectique.
Ainsi, le siècle des lumières a-t-il vu se développer cette dialectique qui nous a conduit à l'esprit scientifique : le monde me résiste et je lui constate (ou construit) alors des lois, des règles, structurelles et de fonctionnement. Puis dans un va et vient entre l'expérimentation et ces fameuses lois que ma culture trouve au monde et au réel, je fais bouger ces dernières, les fait évoluer, les affine, leur considère des exceptions, c'est à dire les situe dans un cadre, dans un contexte. Et voilà que je viens d'introduire là un troisième champ dans cette dialectique, en l'espèce, l'environnement. Mais quel est-il vraiment ?
Nous avons déjà vu que l'évolution sociétale et technologique, est venue bousculer cette dialectique en limitant, en effaçant les aspérités du monde dans notre rapport à lui. Je m'explique. Le monde me résiste (si je passe par la fenêtre, je tombe, inéluctablement) et je passe mon temps à trouver des solutions. Elles constituent autant de contournements, ou de réponses, au moins des explications à cette résistance du monde. C'est en se cognant à ce mur là que nos intelligences viennent apporter leur secours. 
Or, le développement technologique a mis les résistances du monde dans l’inconséquent, dans "l'effacé", le moins visible. Ainsi, je me déplace dans ce monde de plus en plus vite et de plus en plus confortablement. La résistance du monde s'en trouve ainsi amoindrie, notemment par le développement des capacités de nos véhicules et des routes. Je vais de Lille à Perpignan dans un certain confort. Le voyage en avions est encore plus confortable dans "l'inrésistance" du monde. Ceci libère une place pour l'affectif et l’émotionnel. Nous entrons donc dans une "trialectique" de la réalité : la résistance du monde, la construction sociale de la réalité et le champ de nos émotions, désirs, envie, plus que comme simples marqueur de la réalité, mais comme pôles réels de sa construction (cf. Palo Alto).
Ce n'est pas le consumérisme et le développement technologique qui l'ont créé. Ils l'on seulement révélé. La dimension existait bel et bien avant cette "découverte".
Mais, dans l'action, dans la mise en oeuvre de ces connaissances, ou consciences acquises dans cette "trialectique", se construit un nouveau champ intervenant dans la connaissance du monde. Elle n'est pas un retour vers l'expérimentation, comme je l'ai longtemps pensé, mais s'avère comme un véritable pôle de notre conscience du monde. En effet, l'action que nous conduisons dans la création, dans la réalisation, dans la mise en oeuvre, met d'autres variables en jeux, et ces variables nous touchent profondément. 
Je pense une fois de plus aux travaux de Mialhy Csikszentmihalyi à propos de ce qu'est le bonheur. Il décrit le "flow" dans lequel nous évoluons en la matière. En l'espèce, nous sommes en passe de réaliser une oeuvre qui nous réalise en conjonction avec les compétences maximales que nous sommes justement là en train d'augmenter, de développer... 
Ce "flow", nous dit il, touche la dimension de la sensation, de l'incorporation de la réalité. Il se produit à ce moment-là la "convocation" d'une quatrième dimension : celle de la sensation corporelle, de son investissement dans le développement de la connaissance. 
Nous sommes donc maintenant en présence d'un véritable "quadrialectique" de la réalité. La connaissance, la conscience du réel, se joue entre ces quatre pôles : la résistance du monde, la construction sociale des lois qui le structurent et l'expliquent, l'émotion qui plonge dans le souvenir pour investir des vestiges personnels (enjeux, désirs, préoccupations) de nos réalités, et enfin les sensations qui investissent une autre mémoire venue, elle, peut être du fond de nos os et de nos muscles, de nos cellules même. Voilà les quatres variables de cette trialectique de la réalité.
Notre culture occidentale a pris l'habitude de les mettre dans les tiroirs du somatique, ou du traumatique. Nos muscles et nos os, quant à eux, se souviennent. Alors des douleurs et blocages (ou inversement des détentes de l'ordre des délices physiques) surgissent et s'invitent dans la "conversation".
Très justement, Albert Einstein écrivait que "Toute connaissance passe par l'expérience. Tout le reste n'est qu'information".
Quand je regarde le mode de vivre de l'humain actuel, je vois que les quatre dimensions sont bel et bien là. Aussi, cette démarche "quadrialectique" nous est bien utile pour "nous comprendre" et ainsi aller plus loin. Qu'est-ce qui nous fait agir, bouger, choisir, décider ?
Il me souvient de cette question simple que l'on pose aux enfants : "Que veux-tu faire plus tard ?" et l'enfant répond : "Je veux faire pompier, majorette, policier, infirmière, docteur, institutrice, etc" . Ils s'agit bien, dans la réponse, non pas d'une oeuvre à accomplir, mais d'un métier, d'une profession. On peut la résumer à un rôle social dans une représentation culturelle singulière. 
En effet, à la question sur l'action, nous avons répondu par l'être. C'est à dire que les deux premières variables sont là bien propres à l'élaboration de notre être : le faire et l'être que l'on reliera, le premier à l'expérimentation et le second à la socialisation.
Mais à regarder simplement le monde qui bouge devant nous (surtout dans la post-modernité consumériste), nous comprenons vite que l'avoir est à considérer comme un pôle réellement efficient. Nous le rapprocherons simplement du pôle de l’imaginaire, celui du désir, de l'enjeux. Ainsi, parce que nous faisons, sur l'avoir, une distinction utile entre la possession et l'usage (nous l'avons déjà évoqué dans quelques précédents articles), une distinction apparaît. 
Il y a les objets qui me valorisent à mes yeux, qui sont susceptibles de m'apporter la jouissance par le simple fait de les posséder (la belle montre, le beau vêtement, robe ou habit, la belle voiture, la belle maison, la belle carte de visite, etc.). 
Par ailleurs il y a les objets d'usage de tous ordres dont "les avoir à moi ou pas" importe peu pourvu que l'on puisse en avoir l'usage, le simple usage. Le partage communautaire repose sur ce dernier élément. 
On pourra alors épiloguer sur les ressorts du "communisme" dont le projet est de donner l’accès d'usage à tout un chacun à tous les objets, versus ceux du libéralisme qui met l'accent sur la jouissance à posséder les objets. Bien que ce débat soit juste, il n'est véritablement pas au cœur du sujet du jours.
Dans l'action, la question de la sensation est, nous le savons pragmatiquement, très prégnante. Il me souvient de cette phrase du docteur Gérard Fitoussi, spécialiste praticien de l'hypnose ericsonienne : "Je peux vous parler des heures du vélo et de comment en faire, mais un jour il faudra bien monter dessus !" 
Alors, seules, les sensations vont jouer un rôle prépondérant dans l'apprentissage, dans le développement des connaissances, dans la conduite de sa propre vie.
Résumons : quatre pôles s'invitent systématiquement dans la réalité de nos êtres : le faire, l'être, l'avoir et la sensation. Ainsi dans la pensée de son projet de vie (auquel participe la part professionnelle), il y a ces questions que je devrais me poser : "Qu'est-ce que je veux faire ? Qu'est-ce que je veux être ? Qu'est-ce que je veux avoir et qu'est-ce que je veux ressentir ?"
On peut aussi imaginer un rapport de causalité entre les différents objets de ces questions. Par exemple que le faire est dépendant de l'être, le tuteur majeur de la personne. Nous ne ferions alors que ce que nous sommes (ou en fonction de ce que nous sommes). On peut aussi imaginer que la sensation et l'émotion sont dépendantes de l'action conduite, et que c'est bien l'action qui les produit. On peut encore concevoir que l'imaginaire est liée à l'être qui le produit. 
Toutes ces interdépendances relèvent d'une priorisation d'une des variables dans la considération de ce que nous sommes. Elles relèveraient aussi de la priorisation d'un des objets de chaque variable (l'action, l'identité, l'objet et le sentiment, la sensation). Cette mise en conséquence efface les autres questions comme si le plaisir de l'objet, le gain et la propriété étaient "naturels" ou fondamentaux dans notre état d'être au monde. Il n'en est rien. 
Il s'agit là simplement d'un a priori, d'un parti pris. Chaque question nous invite à poser clairement nos enjeux, nos priorités et ainsi notre alignement avec notre raison d'être.
Nous comprenons bien là que chaque question, si elle devenait exclusive, nous conduirait à des postures radicalement opposées, et donc aussi différentes que distinctes. Dans ces conditions, je propose qu'on se les pose à chaque carrefour de sa vie, voire chaque jour, de manière à rester alignés et clairs avec notre raison d'être personnelle. 
Ainsi, chaque manager, à chaque projet, à chaque tournant dans le projet (c'est à dire, chaque matin avant de commencer quoi que ce soit), pourra se poser ces quatre questions fondamentales. 
De même, chacun, interrogeant l'autre, avant de partager (de co-construire, de l'accueillir dans son projet, de l'associer ou de s'associer), pourra user de ces quatre questions. Il les formulera d'abord pour lui-même, sans oublier de les partager avec l'autre (dans un temps simultané ou consécutif, au choix...). Il n’hésitera pas à développer une conversation qui mettra ces points là sur "le tapis" du jeu relationnel, soit sur le devant de la scène. 
Le socle ainsi éclairé et raffermi, nous voilà à même de faciliter bien des choses, et  en situation, de permettre un développement plus sûr. La clarification de ces quatre variables de la "quadrialectique" de nos réalités favorisera l'harmonie (organisationnelle et relationnelle) et notre route sera belle, tranquille et ombragée. Il s'agit bien en cette occurrence, non pas de juger l'autre, mais de mieux comprendre comment il se positionne, d'où il parle et d'où agit. Voilà qui nous aide à répondre une fois encore à l'invitation de Socrate : "Connais toi toi-même" !
Jean-Marc SAURET
Le mardi 10 juillet 2018


mardi 3 juillet 2018

Pourquoi la confiance dans les dirigeants est-elle perdue ?

Le discours économiste et gestionnaire des dirigeants en France ces trente dernières années met l'accent sur le développement des marges et sur l'économie des coûts. Il semble même que le phénomène s'accélère ces dernières années jusqu'à l'exclusion radicale de toute autre philosophie d'entreprise. 
Cependant, il n'y a là aucune chance de donner aux "employés" l'envie d'être là, de contribuer à l'action. Les spécialistes du management, que sont Sumantra Ghoshal et Christopher Bartlett, écrivaient en 1997 dans The Individualized Corporation (« L'entreprise individualisée » publié en français en 98) que la première mission d'un patron aujourd'hui était de donner à leurs "employés" de la fierté à travailler avec eux sur leur projet. 
Plutôt préoccupés à faire de l'argent, comme si c'était le cœur de raison d'être des entreprises, nombre de patrons se sont effectivement trouvés très éloignés de ce schéma.
Les employés, notamment en France, ont alors pris de la distance avec leurs organisations, séparant ainsi leur activité professionnelle de leur vie personnelle. Sciemment j'utilise les termes de « activité » et « vie » marquant bien ainsi la nature de cette séparation. Quand le travail était identifiant et réalisant depuis le moyen âge jusque à environ la fin des années cinquante, il n'en a plus vocation aujourd'hui (quoi que l'aspiration des gens en ce sens continue). En conséquence, actuellement, les employés et les ouvriers ont plutôt tendance à trouver le champ de leur propre réalisation personnelle en dehors du "boulot", alors que ceux-ci aspireraient plutôt à en être fiers. En effet, le métier, la profession, l'activité, constitue une condition identitaire majeure. Nous avions perçu cela lors de différents audits sociaux.
Le temps a bougé et effectivement, bon nombre de patrons ont bien compris qu'il importait de donner (ou redonner) du sens à l'action, de reconnaître les acteurs du projet dont ils ont la charge et/ou la volonté. Leur discours s'est donc progressivement orienté vers les registres du sens et de l'empathie. Toutefois, face à des contraintes de marché de plus en plus dures et contraignantes, face à la réductions des ressources, leurs pratiques managériales se sont re-taylorisées.
Est-ce la bonne solution ? Certainement pas et nous l'avons vu dans un ancien article traitant des visions des organisations mécanistes (ou en équilibre impermanent).
L'effet est donc pervers car, si le discours institutionnel donne du sens et de l'empathie, la pratique managériale, elle, tient de la procédure et du résultat financier. Elle impose, à ce titre, prioritairement une couleur gestionnaire et administrative. On peut dire, en fait, que ce management a mis les moyens en objectif, mais en perdant de vue la cathédrale à construire, et donc "in fine" la véritable raison d'être de l'organisation.
La césure entre le discours institutionnel et les politiques managériales fait sens, mais à l'insu des dirigeants qui les portent. Les employés, qui ont les mêmes neurones que leurs patrons (même s'il leur arrive parfois de manquer de mots pour le dire), ont bien vu et compris cette dichotomie, laquelle devient une partition majeure. C’est exactement ce que nous avons maintes fois entendu déclarer dans les discours revendicatifs et syndicaux. Dès lors, le discours officiel, plein de sens et d'empathie, est perçu comme une supercherie, comme une escroquerie, et la confiance, dans ces conditions, s'effondre.
Voilà pourquoi, nombre d'employés n'ont pas (ou plus) confiance dans leurs dirigeants. Reste à ces derniers à redresser, non pas leurs discours, mais leurs pratiques. Il leur est nécessaire de revenir à la raison d'être de leurs organisations, à remettre la personne en son centre, et à reconstruire leur philosophie managériale. Il est vrai qu'il est parfois arrivé, à nombre d’entre nous, d'avoir, dans la vie courante, déclaré des valeurs;;; tout en en pratiquant d'autres.
Cette dichotomie n'est pas une anomalie mais un ordinaire. Ainsi, par exemple, l'Abbé Pierre reprocha-t-il aux catholiques d'aller à la messe le dimanche et de perdre leur charité en en sortant de l'office. Quelques journalistes politiques on marqué les différences qu'ils voyaient entre les discours de campagne et les pratiques locales.
Ajuster nos actes à nos paroles est un vieux thème moral, certes. Et cependant c'est de cela que dépend centralement le leadership, la consistance et le charisme de leaders. Il nous reste du chemin à parcourir qu'un peu de temps d'introspection, pourquoi pas accompagné, rendra plus doux, plus simple et plus réaliste. C'est jouable, bien-sûr ! A ce propos, Guillaume d’Orange disait à peu près ceci “qu’il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer”
Jean-Marc SAURET
Le mardi 3 juillet 2018

Lire aussi : "Harmonie et management"