samedi 20 juin 2020


Nous amener plus haut et plus loin, c'est la raison d'être du sociologue-troubadour que je suis. Comment développer un monde meilleur, plus efficient, plus pragmatique, où l'on vit bien et travaille mieux, un monde plus dynamique et plus humain ? C'est là, dans nos organisations, toute la question du management (leadership, interactions et postures). La question devient alors : "Comment se développer soi-même pour produire ce monde meilleur ?" Patron, manager, décideur et collaborateurs de toutes organisations professionnelles ou associatives, ce blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est une véritable bibliothèque thématique de ressourcement.
Vous trouvez ici des indications sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques, notre lien social, mieux voir la vie au travail.
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Jean-Marc SAURET

mardi 21 novembre 2017

Étymologie de "management"

D'où nous vient ce terme de management, et que contient-il ? On a l'habitude de prendre l'acception anglo-saxonne pour sens commun. En effet, le mot "to manage" signifie quelque chose comme "se débrouiller". Ce sens là est bien entré dans nos organisations et pas par la petite porte. On a aussi l'habitude de chercher quelques origines dans le vieux français et les mots "manage" et "manège" viennent en surface (le manège étant celui où l'on enseigne aux chevaux la marche, le trot et le galop à la demande). Ces deux acceptions portent le sens d'ordonner, d'organiser, de rendre plus amène et propice à l'usage, un peu à la manière du terme : "ça tourne, ou ça roule", que l'expression populaire retient pour dire que cela marche bien, que ça fonctionne... comme la marche d'un manège pour enfants !
La première fois que le mot "management" est apparu en France, c'est dans un article de l'Evénement Illustré, en 1868, assez récemment donc. De fait, ce mot de racine latine nous vient de l'italien où il comporte trois sens distincts. Ceux-ci peuvent nous parler vraiment et, cerise sur le gâteau, "manegiare" est un verbe transitif ("manegiarsi") apportant un quatrième sens des plus intéressants. Regardons cela de plus près.
Le premier sens, en italien, est celui directement issu de la racine latine, le "manu agire", le fait de faire à la main, le fameux coup de main que l'on retrouve dans l'expression "managiare la spada", qui veut dire "manier l'épée". Il y a du savoir, du savoir faire, du tour de main, de l'agilité, de l'expérience et de l'usage dans ce premier sens. Il est comme un fondement du concept de management.
Le second sens a rempli nos écoles de gestions. Il est cet art de "conduire une affaire", d'en maîtriser les détails, les forces et les contraintes. L'italien le prononce ainsi : "manegiare una faccenda". L'expression porte là tout le sens de planifier, diriger, contrôler, cher à Peter Drucker, un des "papes" du management dans les années quatre-vingt et suivantes.
Le troisième sens s'approche de ce style de management montant depuis quelques années, que l'on nomme humaniste, avec cette connotation d'intelligence collective. Il est aussi présent dans les modes et manières de l'hollacratie, de l'entreprise libérée, voire aussi du co-working ou encore de la sociocratie. La liste n'est pas exhaustive. Bien qu'application et processus peuvent se distinguer, le fondement de la démarche est le même. L'expression italienne "manegiare un cavallo" (conduire un cheval) l'illustre fort bien. 
Comme dans le développement des couples d'intelligence collective, il s'agit là de développer le binôme  "homme-cheval", de manière à ce qu'il réalise ce qu'aucun des deux ne saurait réaliser seul. C'est, par exemple, le cas du saut d'obstacle où le cavalier ne saurait jamais réaliser seul un tel parcours, surtout dans un temps aussi court. Le cheval, de son côté, ne s'intéresserait pas à cette gymnastique et pourrait la prendre dans d'autres sens et sans cadence. Le résultat serait tout aussi improbable. Si le cheval apporte la puissance et la justesse, le cavalier s'occupe de la cadence, de l'ordre et du sens du parcours. Il intègre également l'optimisation des pas de sa monture entre les obstacles. Les deux s'occupent de leur entente, chacun à sa manière.
Si l'on transfère ce sens dans nos organisations, il devient l'articulation du couple homme-organisation (et le mots homme est pris à son sens générique et neutre d'être humain). C'est là toute l'approche que Fritz Roethlisberger a développé dans les années 60 et 70 avec ces cours à Harvard de "organisational behavior", traduit malencontreusement en français par "comportement organisationnel", expression peu intelligible, au sens relativement abscons. Il s'agit là de comprendre la relation d'interdépendance et d'inter-influence entre le comportement des individus et celui de l'organisation, afin de faire avec, en optimisant le couple. Ce sens là est aussi celui de l'articulation entre tous les gens et toutes les parties d'une organisation : on retrouve là, cette fameuse manière de travailler ensemble en développant une intelligence collective (pour l'image, il est loisible d’affirmer que le “produit” est bien supérieur à la somme de chacun).
Et puis il y a la cerise sur le gâteau, cerise que l'on gardera en bouche et pas seulement pour le plaisir : ce verbe transitif, "manegiarsi", signifie "s'évertuer à"... On pourrait alors en déduire que le management est une science dont la mise en oeuvre est un art. Si c'est là le sens profond du management, je me demande comment nous avons autant dévié de la cible...


Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 21 novembre 2017




mardi 14 novembre 2017

Le devenir des gens ne dépendrait-il pas de la façon dont nous les considérons ?

En d'autres termes, l'évolution des gens dépendrait de la façon dont ils sont considérés par leur entourage et leurs relations... C'est là une observation que fit Paul Watzlawick dans les années soixante à l'occasion, écrivait-il, d'un événement dramatique qui s'était passé à Palo Alto, une banlieue aisée de San Francisco. Un enfant de huit ans avait fait une tentative de suicide dans son école. Tous les journaux, toutes les radios, relatèrent l'événement avec force de commentaires. Et voilà cet événement, en très peu de temps, devenu une préoccupation collective. Dans les quinze jours qui suivirent, un grand nombre d'enfants firent, dans leurs écoles, des tentatives de suicide soigneusement ratées. C'est ce phénomène de reproduction qui interrogea Paul Watzlawick. Pourquoi, comment, par quel phénomène ?
Il va comprendre, alors, que le discours collectif acquiert la force de la réalité, et qu'il s'y "substitue". Il se pose alors la question de savoir si, cette conscience que nous avons des choses, cette préoccupation que nous en avons, ne serait pas la, de fait, "toute" la réalité. C'est ainsi qu'il nous propose, dans ces écrits qui en découlent, le fait que la réalité n'est ni dans les objets ou les événements, mais dans la conscience que nous en avons. Le principe même de réalité ne serait ainsi constitué que par cet état de conscience. Il convient que ladite "réalité" (prise de conscience, ou reconstruction dans notre conscience) nous est effectivement indispensable, et absolument nécessaire à nos actions et autres agissements. En cette occurrence, il s'agit là du seul chemin que nous ayons pour agir sur e monde.
Paul Watzlawick ne s'est pas arrêté là, et il a poursuivit ses observations à l'aune de cette conception apparemment nouvelle de la réalité. Nous savons, par ailleurs, que près de deux siècles auparavant, le philosophe Arthur Schopenhauer avais déjà posé ce principe, dans son ouvrage "Le monde comme volonté et comme représentation" sans que quiconque, alors, n'en saisisse la portée exacte. L'un et l'autre ont bien intégré le phénomène, à l'inverse de l'adage prêté à Saint Thomas qui, lui, ne croit que ce qu'il voit. Nous, en l'espèce, ne voyons que ce que nous croyons. C'est à dire, seul ce qui nous préoccupe, ce dont nous sommes convaincus, existe. Et alors nous le voyons et tous le reste n'est qu'accessoire. Ainsi il me souvient que, quand mon épouse attendait notre premier enfant, il y avait subitement moult landaus et nombre de femmes enceintes en ville, alors que quelques jours avant, il n'y en avait évidement pas...
Paul Watzlawick se rendit compte que ce à quoi nous croyons a bien plus de chance de nous arriver que le reste. Il nomma ce phénomène la "prophétie réalisante" à l'instar de la "prophétie auto-réalisatrice" qu'avait élaboré Merton quelques années auparavant. Mais il ne s’arrêta pas là et se rendit compte que si ce phénomène marchait pour soi, il fonctionnait tout aussi bien à l'égard des autres. Ainsi il prit acte de ce qui devint bientôt une quasi évidence : ce que l'on pense de moi, m'incite à le devenir et ce que je pense des autres les invite à le devenir.
Ses élèves, à l'université de Berkeley, vont faire une expérience osée mais probante. Entrant dans une école de jeunes enfants, sous prétexte de proposer des tests d'intelligence, ils discutèrent avec la maîtresse d'école qui leur indiquait que l'un était intelligent et donc premier de la classe et qu'un autre n'y arrivait pas et donc était dans le fond du classement. Ils s'avisèrent de faire passer des tests aux enfants, test totalement inutiles et "bidons". Ils revinrent quelques jours après en annoncer les résultats. Ils affirmèrent à la maîtresse d'école que celui qu'elle avait indiqué comme intelligent et premier de la classe n'était pas si intelligent que ça, juste adapté et obéissant, et que ledit "cancre" était en fait doué d'une intelligence créatrice remarquable. Et ils la laissèrent... Plusieurs mois après ce faut test, les étudiants revinrent et constatèrent que celui qui leur avait été indiqué comme doué avait régressé dans le rang des bons élèves et que le cancre, en revanche, avait gagné plusieurs place dans ce classement. Ils venaient de faire la preuve suivante : ce que la maîtresse avait dans son regard s'avérait déterminant dans le comportement des enfants.
Les sociologues constructiviste, c'est à dire les disciples de Watzlawick et de l'école de Palo Alto, continuèrent ce constat : ce que les gens pensent de quelqu'un l'invite à le devenir. c'est ainsi que les rapports sociaux se trouvent transformés, et donc induits. On se rendit compte ainsi que les patrons qui avaient de la considération pour leurs collaborateurs avait, corrélativement des gens intelligents, engagés et productifs. a contrario, les patrons qui méprisaient leurs collaborateurs avaient affaire à des tricheurs et à des imbéciles. Il semble bien que c'est sur cette considération étriquée et malveillante des ouvriers queFrederick Winslow Taylor élabora l'approche scientifique du travail. C'est aussi ce qu'affirmait, en 2003, Yvon Gattaz, le père de Pierre, devant un parterre d'entrepreneurs : "Mettez du contrôle et vous aurez des tricheurs. Mettez de la confiance et vous aurez de l’efficience !"
Mais la démonstration de Paul Watzlawick indique un phénomène bien plus inconscient et bien plus profond encore reposant sur le fait constructiviste : ce que je pense fait réalité. C'est donc bien sur cette conscience partagée et commune du réel que ce construisent nos rapports sociaux, nos "vivre ensemble", et donc toute l'action sociale et sociétale. Il montre ainsi que "ma" pensée, "ma" conscience du monde, est inductive sur l'évolution dudit monde. Surprenant, non ? Du moins intéressant...


Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 14 novembre 2017



mardi 7 novembre 2017

Son frère l'a arrimé à l'essentiel

Je suis, à chaque fois, si heureux quand j'entends le discours d'un grand dirigeant, d'un manager, d'un collaborateur, d'un employé ou d'un consommateur, mettant la logique du vivant devant celle de l'économie. Ce discours inattendu du directeur général de Danone devant une promotion d'HEC, école dont il est issu, me donne à penser qu'on ne peut plus penser le monde en riches et pauvres, en droite et gauche, mais en humaniste simplement (si l'on veut agir dessus). Il nous appartient ainsi de ne plus hurler avec les loups, d'oser l'essentiel et de construire dès maintenant un monde meilleur fait pour chacun et par tous.


Je me suis souvent trouvé, comme beaucoup d'entre nous, dans le désarroi, dans la lassitude, devant l'impuissance de ce combat pour lequel nous nous levons tous les matins. Il m'est arrivé de vouloir abandonner, de baisser les bras. Nous pouvons tous l'avouer. Mais, la rencontre d'un personnage comme Emmanuel FABER nous rappelle que, sur l'envers du décor, il y a des postures généreuses chez des gens que nous avons peut être caricaturé à l’excès, sans vergogne ni contact. Ce discours non seulement me renforce dans le fait de poursuivre sereinement la route, mais aussi de ne pas hurler avec les loups, de toujours raison garder. Plus encore, cela me donne l'espoir que nous ne sommes pas seuls, voire si nombreux, à avoir l'humain au cœur.
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 7 novembre 2017