samedi 20 juin 2020


Aller plus haut ! Aller plus loin ! Comment développer son organisation pour qu'elle soit plus dynamique ? C'est la question du management (leadership, interactions et postures)La question devient donc : "Comment se développer soi-même pour le meilleur ?" Patron, manager et décideur de toute organisation, professionnelle ou associativece blog "le manager conseil" est fait pour vous. Il est une véritable bibliothèque thématique.
Vous trouvez ici des connaissances sur le management des personnes et des projets, comment ça marche, comment agir, avec des postures, des principes de fond, des leviers pour faire, et voir l'impact des évolutions de notre société sur nos métiers, nos pratiques et la vie au travail.
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Jean-Marc SAURET

mardi 18 juillet 2017

Les cinq Frances selon le CSA

Selon le Cahier CSA (conseil, sondage et analyse) 2014, 57% des Français pensent que ce qui nous divise est plus fort que ce qui nous rassemble. Selon le même CSA, dans le même rapport du moment, il existerait cinq France :
- La France amère, qui se sent lésée et craint le déclassement social : 31% des Français
- La France libérale traditionnelle : 25% des Français
- La France du collectif, qui croit au modèle social multiculturaliste : 22% des Français
- La France en parallèle, qui compte avant tout sur elle-même : 15% des Français
- La France absente, qui n’y croit plus et n’attend rien : 7% des Français
Nous sommes donc vraiment dans une période fractale et multiculturelle de type Post-Moderne... Et si nous regardons les résultats du premier tour des présidentielles de 2017, nous voyons que 22,23% se sont abstenus de voter (ils n'y croient plus ou se détournent des modes de gouvernances), qu'arrivent en tête les deux mouvements bousculant les habitudes (18,19% des inscrits pour un mouvement hors des partis traditionnels, et 16,14% pour une extrême droite anti-système), puis 15,16% pour une droite libérale et conservatrice traditionnelle, 14,84% des inscrits s'expriment pour une refonte radicale de la république, et 8,45% représentant 7 tendances disparates et dispersées.
Sans vouloir faire parler abusivement des chiffres qui disent tout ce que nous voulons sous la torture, nous voyons l'éclatement des comportements, la disparité profonde des points de vue, du désengagement au désintérêt, en passant par des envies de chamboule-tout. Peu de personnes s'inscrivent encore dans les mouvements traditionnels et encore moins dans ceux traditionalistes que, du coup, l'on entend davantage.
Ceci me fait penser à deux choses : 
la première est que nous pensons encore que le chiffre épuise la réalité. Ceci fait le commerce et la force des sociétés de sondages. Mais nous avons compris que la réalité ne serait pas là toute entière. Ces catégories sont-elles pertinentes ? Sont-elles suffisantes à décrire la population ? ... pour décrire toutes ses tendances ? Nous avons compris que les réalités sont multiples, les pensées aléatoires et mouvantes, incertaines et "zappables". Les dernières évaluations prédictives au Royaume Uni et aux Etats Unis nous ont montré à quel points les "variables" habituelles ne sont plus adaptées aux réalités actuelles.
La seconde est que la société est bien post-moderne, consumériste, émotionnelle et tribales, comme l'indique le sociologue Michel Maffesoli. Il s'agit d'une société fractale, composite, pleine de tribus disparates, ballottée dans des perspectives de jouissances immédiates, alimentées par des promesses de bonheur et d'héroïsation de chacun par l'objet de consommation. Nous sommes donc bien en pleine post-modernité.
Les sociétés humaines ne sont plus nationales où l'illusion républicaine d'une seule langue ne sait plus effectuer le rassemblement. Elles sont de fait sur deux axes : le local et le mondial (alors que seul le second horizon est porté en référence). Elles sont en même temps et de manière incompatibles dans l'ici et le maintenant post-moderne et le global-total de la modernité. Voilà pourquoi les schémas et modèles traditionnels ne saisissent plus la réalité de nos organisations. Cette double notion leur échappe.
J'écrivais à ce propos en 2003 (Des postiers et des centres de tri, un management complexe, L'Harmattan) que les agents des services postaux avaient une vision binaire : ils considéraient leur établissement d’une part et La Poste en général d’autre part. Entre les deux, tout n'était qu'un "no mens land", un vide, un inaperçu. Je constate aujourd'hui que cette représentation se généralise à l'ensemble des grandes organisations, qu’elles soient en réseau ou pyramidales. Elle se généralise à toutes nos populations qui débattent d’argument depuis des aperçus locaux et globaux. Sans la prise en compte de cette nouvelle particularité, ils ne peuvent pas se comprendre. Et ces catégories traversent les barrières, les frontières tant physiques que morales. Mais peut-être que je m'égare, après tout... ou peut-être pas !

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 18 juillet 2017


mardi 11 juillet 2017

La vision et le lâcher prise font la puissance réalisatrice

Manager n'est pas un métier, c'est une posture. Ne nous y trompons pas : que l'on manage une équipe, un projet ou simplement sa propre vie, le principe est exactement le même. Il s'agit de porter une vision positive et forte du résultat que l'on vise, de laisser disponibles les chemins et moyens pour y parvenir, d'avoir une conception positive et ouverte des gens qui peuvent être partenaires, contributeurs, coopérateurs ou supporteurs. Si l'on voulait résumer, on dirait qu'il convient en toute chose d'être positif et ouvert, d'avoir une vision claire et enthousiaste du but, de l'objet visé et une ouverture totale sur les "comment". 
Pourquoi ? Souvenons-nous de notre enfance. Qu'est-ce qui nous a motivés et permis d'apprendre à faire, quoi que ce soit ? Des modèles exemplaires, comme d'avoir vu son oncle, sa grand-mère, sa mère ou son père, son grand frère et sa grande sœur, le voisin, l'amie de la famille, ou tout autre, réaliser quelque chose qui nous met en admiration. Il me souvient de ce paysan, ami de mon père, qui levait les bottes de foin (plus lourdes que la paille) d'un coup de longue fourche en se basculant en arrière. Et la botte partait dans le ciel pour atterrir au sommet de la cargaison, sur la charrette... Subitement, simplement pour jouer, nous nous sommes mis en reproduction, en imitation, tout seul ou accompagné par notre héro(ine).
La culture de la gestion, nous le savons, a perverti cette posture, en faisant une démarche "procédurée", soumise à la dictature du chiffre. Nous savons ceci totalement contre-productif. Alors, dans ces conditions, gardons en tête la dynamique du vivant. C'est toujours de cela dont il s'agit. Nous savons bien, en effet, que la vision du "quoi" et du "comment" précède tout travail. Les gestionnaires nous parlent comme à des machines, comme à des abrutis incultes : "Faites comme ceci et cela ! Untel va vous montrer... c'est dans le fascicule..." etc. Nous savons qu'ils ne donneront ni l'exemple ni la passion de le faire, et c'est bien cet élément qui manque à la démarche, celui qui, justement, va s'avérer déterminant. Pour mieux voir, prenons quelques exemples courants, comme la frappe au clavier, l'apprentissage du vélo ou l'interférence amicale dans le coaching.
Quand j’étais enfant, il me souvient de mes grandes sœurs qui découpaient le fond de boites à chaussures pour s’en faire des « caches clavier ». Elles les glissaient autour du clavier de la machine à écrire mécanique (propriété de mon père), de manière à leur obturer la vue de ce que faisaient leurs doigts sur le clavier. Je trouvais cette pratique barbare, mais elle me fascinait parce que j’en savais la finalité, l’utilité. Elle obligeait mes sœurs à lâcher prise sur la vision oculaire et ouvrir celle que procurent les autres sens. Cette image admirable ne m’a jamais quittée. Elle est même devenue un certain modèle de l’apprentissage et de l’effort. Que nous dit-elle ? Que la vision guide nos doigts et que sans elle, la vision prend d’autres voies, comme par exemple, chez les aveugles, celle de la sensation tactile, de la sensation de l’espace, un substitut, en l’occurrence, très avantageux.
Il me revient ce souvenir d’amis d’adolescence aveugles qui venaient à la maison partager avec moi nos après-midi. Comme nous ne pouvions jouer au rugby ou à d’autres jeux culturels locaux, nous faisions de la musique autour d’une guitare et d’un piano. Ils m’ont appris bien des choses et bien des pratiques. Là aussi, j’étais admiratif de leur maîtrise de l’instrument, juste sans regarder la touche ou le clavier, juste en « sachant » l’espace dans lequel il s’inscrivait. Si la vision guide mes pas, elle n’a pas l’obligation d’être celle des seuls yeux, mais bien sûr celle de ma représentation mentale. La contrainte de ne pas « voir » devenait, dans ces conditions, le levier d’une connaissance meilleure. Il me fallait donc lâcher prise sur mes certitudes ordinaires, et m’ouvrir sur ces autres possibles, ceux-là même qui forçaient mon admiration.
C’est bien parce que j’admirais ces gens, mes copains, mes sœurs, avec leurs capacité à faire ce que je ne savais pas, que j’apprenais avec bonheur, admiration et plénitude. Nous avons tous ce type de souvenir en fonction de notre parcours. Certains parlent de leur instit, d’autre de leur prof de philo, de leur grand-père ou tante, auxquels ils se sont quelque peu identifiés, et dont ils ont épousé la voie de leur savoir.
Mais regardons un apprentissage plus commun, plus universel, celui du vélo. Nous étions envieux de faire comme ce voisin qui passait tous les jours à bicyclette devant la maison, ou son parent, ou tel autre qui pratiquait cet équilibre déambulatoire. Nous nous y sommes essayés, aidés d’un adulte bienveillant. Nous avons, depuis la veille, rêvé que nous pratiquions aisément. Devant l’objet, nous nous sommes précipités, partagés entre trouille et excitation, notre regard fixé sur la roue avant qui n’arrêtait pas de pivoter de droite à gauche. L’accompagnant nous a alors dit : « Ne regarde pas ta roue mais droit devant, là où tu veux aller ! ». Il nous fallait donc lâcher prise sur cette certitude que nous pouvions maîtriser les mouvements désordonnés de cette maudite roue avant… Nous l’avons fait, confortés dans notre introspection, et c’était nettement mieux. Tous nos sens en éveil, nous goûtions toutes ces perceptions informatives, corrigeant, adaptant, refaisant dans la passion d’y arriver : l’objet de notre performance nous mobilisait à la hauteur des compétences que nous n’avions pas encore. Et c’est ainsi que nous y sommes arrivés, avec passion, plaisir et admiration. Et nos accompagnants nous disaient : « Bravo ! », ce qui nous renvoyait à cette admiration motrice, et, partant, la renvoyait vers nous même…
Copier, recopier et refaire ce qui nous fascine, imiter ceux que nous admirions, a constitué nos meilleurs apprentissages. L’imitation est notre meilleure voie de la connaissance. Nous avons commencé par jouer à ceci ou cela, conscients que nous ne savions pas, mais passionnés de le faire un jour, comme une visée d’avenir. Et puis nous nous somme crus capables de le réaliser et nous l’avons fait à force d’essais, d’imitations, de répétitions et de chutes. Nous avons fait tout cela parce que nous n’avions aucune certitudes sur les comment faire. Dès que nous en avons eu, il nous a fallu aussi lâcher prise sur elles pour continuer d’apprendre.
Certains chercheurs parlent aussi de neurones miroirs. Ils seraient responsables de nos imitations et apprentissages. Ce que pense et fait l’autre exciterait chez nous certain neurones qui entreraient alors en résonance. C’est là un adoubement de la science à cette démarche d’imitation qui nous est si naturelle. Ce que je vois et crois développe mes capacités utiles. La passion, l’émotion, la sensation seraient donc les moteurs majeurs, prédominant à l’apprentissage et au développement. On dit que des leaders admirables emportent les foules…
Mais regardons un autre exemple, une petite histoire que j’ai vécue aussi et qui m’a interpellé. Un patron me confie le coaching d’un de ses collaborateurs dont la faille principale repérée était cette absence de confiance en lui. Celle qui ne lui permettait pas de tenir la fonction qui lui était confiée. Nous avons travaillé dans ce sens. Il convenait aussi de modifier le regard du commanditaire sur ce collaborateur. Sa représentation de la méthode de coaching développait une confiance dans le résultat et les choses se passaient très bien. Les trois protagonistes évoluaient de concert : le collaborateur dans la confiance en soi, le patron dans la confiance en son collaborateur et moi, dans la confiance en leurs changements.
Un jour, le patron rencontra un vieil ami à lui, dirigeant d’une autre grande entreprise, une personne que la durée dans la fonction rendait remarquable et référentiel aux yeux du patron. Ce vieil ami lui dit : « Ton gars n’est pas fait pour ça et ce n’est pas un coaching qui va le changer. On ne fait pas d’un âne un cheval de course ». La croyance du patron changea subitement.
Ce n’est pas ce qu’a dit le dirigeant ami qui fut déterminant, mais la croyance qu’avait le patron en lui. Il lui aurait fallu lâcher prise sur la certitude de la référence que représentait son ami pour qu’il continua sa propre démarche apprenante. Sa confiance dans le résultat déconstruite, le comportement du patron vis-à-vis du collaborateur se modifia et je m’en rendis compte. Dès lors, le comportement du collaborateur devint régressif. Mon action ne faisait plus que gonfler une baudruche que le quotidien de travail dégonflait bien vite. Le programme contractuel terminé, le patron m’annonça sa décision de prévoir une autre fonction pour son collaborateur et il accompagna ce changement. J’ai lâché prise…
Nous constatons qu’il y a bien souvent une distorsion dans la posture, des écarts entre ce qui est demandé (le changement du collaborateur) et ce qui est observé (la croyance dans son changement). On appelle cela des injonctions paradoxales (Double Bind, Gregory Bateson, 1956). Elles créent de la confusion, du stress, de l’anomie, du dégoût, de la contestation et donc des blocages. Cet ensemble renforce le principe de la représentation, c'est à dire ce qui se passe dans la capacité à réaliser. Il s’agit alors de lâcher prise sur nos certitudes pour accueillir la vision d’autres possibles.
Il nous reste à savoir que la  représentation que nous avons du résultat le détermine. C’est aussi ce que nous enseigne la démarche constructiviste de Paul Watzlawick. Cette représentation est faite de passion, de confiance, d’admiration, d’imitation et de résonances. Ce n’est jamais le seul déroulé de procédures mécanistes qui est efficace. Ce ne sont là qu’apparences. L’essentiel est bien ailleurs et la carte n'est pas le territoire...
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 11 juillet 2017


Lire aussi : " Le lâcher prise "

mardi 4 juillet 2017

Un changement de paradigme

Le psychosociologue Serge Moscovici avait écrit "Les lois de la nature sont celles que la culture lui trouve". Et en effet, notre culture voit deux types d'organisations dans la nature, celui de la prédation et celui des collaborations.
Le premier, sur le modèle du prédateur et de sa proie, nous raconte l'histoire des conquêtes guerrières vivant sur l'épuisement des stocks. Le second, sur le modèle du Yucca et du papillon, du requin et du poisson pilote, de l'anémone et du poisson clown, nous présente les interdépendances constructives, des modes de co-développement. Ces modes constituent des réponses (ou réactions) adaptées, des solutions intelligentes, et des richesses par l'association. Il est loisible d’y ajouter, dans ce contexte qui est le nôtre, qu’en termes de conséquence cela se traduit par zéro déchet. Ultime conséquence et, peut-être plus importante encore : il n’existe en l’espèce, pas de perdant...
Le premier est l'histoire du monde occidental où l'homme, "finalité de l’univers", se sert dans son jardin (le monde) et l'épuise. Le second est l'histoire des populations dites, par le premier, primitives : les populations de culture animiste ou chamanique. Elles ont développé une pensée systémique depuis des millénaires, parce qu'elles ont le sens de l'interdépendance des choses, le sens de la relation, de la "reliance" (comme la nomme Marcel Bolle de Bal*), et de la coexistence. Il est vrai que c'est un mode de pensée qui arrive maintenant en occident et que nous semblons découvrir comme une nouvelle intelligence.
Mais regardons encore de plus près. Effectivement, le premier mode est issu des religions du livre où un dieu, universel et unique, crée l'homme à son image, en le considérant comme l’apogée, le summum, de ce monde qui l'entoure. Ledit monde, en cette occurrence devient donc son jardin. L'homme se pense à l'image de ce dieu. Il n'a donc plus qu'à cueillir, récolter, ici et là, les fruits et les animaux "mis à son service". Il est le prédateur ultime de ce monde.
Quand un humain de ce monde voit une plante, il arrive qu'il s'exclame : "Oh ! Quel beau Triticum Aestivum !". Il est en fait devant... un brin de blé.
Il s'agit pour lui de nommer le brin de manière à ce qu'il soit dans une espèce, une famille, une catégorie. Il voit le monde en collection d'objets.
Le second type d'organisation est celui des religions chamaniques ou animistes. Ce mode religieux, ou plutôt philosophique, est le plus ancien et le plus répandu sur la planète, du Nenet de Sibérie au Yaki du Mexique, en passant par le Bushman de Namibie. Ce mode relève du principe suivant : tout ce qui existe fait partie du "nœud de nature", ainsi, tout est donc relié. Ce lien entre chaque chose se fait dans le monde invisible des esprits. D'où la nécessité de recourir au chamane qui, lui, sait aller dans ce monde spirituel ou mystique, sait communiquer avec lui et en rapporter les enseignements utiles et nécessaires. L'humain fait donc partie intégrante de ce tout de nature, de cette complexité systémique.
Quand un humain animiste voit un brin de végétation, il se dit donc plutôt : "Tiens ! Il y a de l'eau à trois ou quatre coudées là dessous", ou bien encore "Tiens, un phacochère est passé là, il y a moins d'une heure...". Le bushman de Namibie voit là davantage la relation entre les choses plutôt qu'un objet à classer. Il a culturellement une vision et conception systémique du monde.
Dans ces conditions, quelles sont alors les conséquences sociétales et organisationnelles de ces approches de la réalité ? Si, dans le premier mode, l'humain se voit comme l'aboutissement du monde, il se sert du monde, l'épuise et se comporte comme un prédateur final et ultime. Ce qui n'est pas humain est "chose". Nous avons ainsi un monde de la prédation où chacun peut être à son tour proie et prédateur, agresseur ou victime. C'est le monde de la violence brute.
Si dans le second mode, l'humain fait partie intégrante de la nature, et participe de sa complexité, il tente alors de comprendre les relations et les interdépendances. Naturellement, il intègre le système-monde pour s'y couler, s'y inscrire et, sans déranger, s'en arranger. C'est là un monde de l'intelligence et des coopérations, voire peut être celui d'une autre sagesse.
Aujourd'hui, nous arrivons à la fin mécanique de ce monde de la prédation, au moment même où les ressources s'épuisent,... quand elles ne le sont pas déjà. C’est ainsi que nous assistons à deux postures antagonistes. La première tente de nier l'épuisement des richesses et cherche, à l’infini (?), de nouvelles sources d'énergie et de consommables. La seconde tente de comprendre, de regarder autrement, fait simultanément l’hypothèse d'autres voies. Elle tente ainsi de s'adapter et de se réinscrire dans le nœud de nature, avec sa cohorte d’intelligence collective, associée à des cycles de production sans déchets (voir Gunter PAULI**).
Le constat me semble alors assez clair et il “explique” pourquoi nous rejetons l'étranger, le migrant, le différent, pourquoi nous jouons de l'exclusion et de l'anathème : il y a ce qui est de l'humain (et gare à ne pas sortir de la définition) et ce qui n'en est pas, ceux qui n'en sont pas. La définition de ce que nous sommes, de ce qu'est l'humain ("notre" humain), prend alors, dans cette cosmogonie une force dévastatrice. Nous comprenons ainsi, la mécanique des xénophobies, tout en nous donnant, en même temps, cette capacité à les défaire, à nous en débarrasser.
En changeant de paradigme, nous changeons donc aussi de définition de soi. Cette perspective se développe tous les jours, et à chaque pas. Voilà pourquoi, selon moi, être juif, musulman, chrétien ou athée, est du même ordre qu'être amateur de bière trappiste, de rugby, du silence ou d'art contemporain : voilà qui reste une affaire très personnelle, du domaine de l’intime, pour organiser et savourer sa vie.

Alors, sans attendre, un peu à l'instar de la pensée latérale d'Edward de Bono, nous avons à changer notre regard sur nous-même, mais aussi sur le monde et peut être, alors pourrons nous découvrir ou inventer la troisième voie… elle reste (encore)... ouverte !

* "Voyage au cœur des sciences humaines. La reliance", Marcel Bolle de Bal, L'Harmattan, Paris, 2000)
** "L'économie bleue" Gunter PAULI, Caillade, 2012 
- voir aussi : "Les nouveaux entrepreneurs du Développement durable", Gunter PAULI, Caillade, 2013 
(Voir aussi l'article dans Libération : http://www.liberation.fr/futurs/2012/12/16/gunter-pauli-suivre-la-sagesse-de-la-nature_868007)

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 4 juillet 2017



Lire aussi : " Développer la pensée active "