mardi 13 avril 2021

L'amour comme porte du progrès... (13 04)

Nous avons conscience que nos émotions font tourner notre monde, qu'elles sont à l'origine de tout ce que nous faisons, créons, que ce soient des objets ou des relations. Nous savons au fond de nous-même que l'amour est un moteur non seulement premier mais des plus puissant. Mais alors, de quel "amour" parlons-nous ? Il me souvient du propos de cette personne qui le définissait d'un point de vue sexué et de manière particulièrement triviale. Il me souvient aussi de ce dicton qui affirme que ce qui mène le monde sont "le sexe, le pouvoir et l'argent !" Au delà du sexe, on retrouve bien la puissance du pouvoir et la passion des biens matériels.

Il me souvient aussi de cette posture vorace qui consiste à consommer goulument les biens, les nôtres comme ceux des autres... Regarder se nourrir de jeunes chiots s'afférant autour de la gamelle, constitue un parangon de notre socialité : "d'abord ma gueule !" Comme le verbalise cette pensée populaire "tout pour ma gueule!". Ainsi le bonheur se résumerait à la satisfaction de besoins matériels dans un jeu de concurrences et de compétitions ? 

Mais dans cette compétition apparaissent des perdants et des gagnants, et le simple fait de jouer impose l'acceptation de perdre. Mais les gagnants, ayant ensuite peur de perdre ce qu'ils ont obtenu, développent alors des stratégies de défense. Voilà un bonheur particulièrement bizarre où il n'y a de fait que des perdants plus ou moins chanceux. On peut néanmoins relever une constante : à un moment, et de toute façon, les uns et les autres se retrouveront immanquablement stressés... 

Alors, l'amour serait-il toujours ce "aimer comme une orange"? La réponse m'apparaît plutôt comme revenant littéralement à "apprécier l'autre heureux". Bien sur, comme le dit le physicien quantique et anthropologue Philippe Bobola, il s'agit d'un égoïsme altruiste. Apprécier indique qu'une sensation conséquente nous comble véritablement. Je dirais même qu'il s'agit d'un "comblement de soi" par le bonheur de l'autre. Alors rendre l'autre heureux semble s'épuiser dans juste produire chez lui, selon ses propres critères, le plaisir d'être "entier", "rassemblé", "là"... lequel comblement nous comble à notre tour.

Mais la haine, me demanderez-vous, n'est-elle pas la même chose ? Elle me semble en effet, relever de la même mécanique. Elle serait le côté opposé d'une même pièce émotionnelle (mais pas son contraire qui serait plutôt la peur. Nous en parlerons une prochaine fois). La haine serait cet avers, dont les finalités se trouveraient perverties, voire tronquées. Il s'agit bien ici, et toujours, de traiter de l'état de l'autre. 

Selon l'image que je me fais de cet autre, son état me comblera, soit de plaisir, soit de douleurs. Il s'agit bien, dans ce cas aussi, d'un partage et en matière de sentiments, tout ce qui se partage augmente. 

Si nous en voulons à cet autre d'avoir blessé notre ego par la spoliation de l'image de soi ou de ses propres biens et attachements,... alors nous souhaiterons qu'il ressente au moins la même chose, sinon davantage. C'est là notre curieux principe d'égalité, lequel comporterait une sorte de "rattrapage", sorte de "valeur ajoutée" renversée et revisitée. 

Mais quelle idiotie ! Chaque fois que je tente de produire chez l'autre ce désagrément volontaire, au moins égal, voire un peu supérieur, à celui que je ressens, j'augmente la douleur pour chacun. Donc, de façon globale, j'augmente l'intensité aussi pour moi. A partir de là, comme cette douleur "ronge" littéralement ceux qui la vivent, je me pénalise, me punie moi-même. 

Il y a donc là quelque chose de réellement destructeur. Par ailleurs, si je tente de produire un comblement de satisfaction et de sensations chez cet autre, alors c'est son comblement qui me ravit. A partir de là, l'appréciation et l'amour qu'il produit augmentent réciproquement pour chacune et chacun. Ce comblement est de fait agréable, rassasiant et constructif pour chacune et pour chacun.

Intuitivement, nous savons bien que la haine s'avère destructrice d'autant qu'elle tente de spolier l'autre de ses biens et/ou de ses sensations exquises... celles qui justement sont censées le combler. Alors, l'amour, cette appréciation de l'autre heureux, constitue certainement une source de progrès puisqu'il comble les protagonistes de biens matériels et immatériels. On peut, en cette occurrence postuler que la situation ainsi décrite, produit des synergies et de réelles plus-values, donc une dynamique certaine.

Nous pourrions commencer par devenir ces dits "égoïstes altruistes" en habillant nos cœurs, nos pensées et nos intentions de ce désir d'être heureux... et ainsi alors heureux du bonheur des autres, celui qui nous comble tous les deux.

Si la haine réduit, voire détruit, les biens matériels et immatériels, l'amour les augmente et les développe. N'est-ce pas là une réelle source de progrès ? Il n'est en l'espèce, nul besoin d'aucun autre investissement, sinon sa propre appréciation de l'autre heureux... N'est-ce pas magique ? Il existe de pires perspectives !...

Jean-Marc SAURET

Le mardi 13 avril 2021


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