"Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Sur cela, nous avons la main et c'est là toute la puissance de notre pensée ! " Après avoir durant des années posté ici réflexions et conseils sur le management des organisations, je livre aujourd'hui une vision de la réalité, au plus profond de soi même sur l'être et l'univers. Profitez ! Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : à l'expresse condition d'en indiquer chaque fois la source et de ne pas en faire commerce, chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite.

Se sauver du désarroi (20 01)

Je lisais un court article sur la toile, traitant de réflexions de Viktor Frankl, psychiatre inventeur de la logothérapie. Cette approche repose sur le sens de la vie que s'accorde ou non la personne. Durant l'occupation Nazie en Autriche, ce psychiatre autrichien résista aux nazis, et refusa d'euthanasier les patients psychiatriques de l'unité dont il avait la charge à l'hôpital de Vienne. Pour ce refus d'exécuter les ordres, il fut déporté avec sa famille. Celle-ci ne survécut pas. Lui-même connut plusieurs camps de concentration nazis, mais survécut. Il avait fait de cette douloureuse et dure expérience une véritable leçon de survie, en observant ses camarades : certains résistaient mieux que d’autres. Ceux qui, apparemment, semblaient les plus fragiles et qui avaient développé une vie intérieure, faisaient bien mieux face à l'adversité que les plus forts considérés pourtant, comme plus combatifs et plus actifs. Il en tira quelques préceptes pratiques et efficaces sur ces comportements et représentations qui nous rendent plus résistants, plus endurants, plus résilients et pourquoi. Il inventa, à partir de ces observations, la logothérapie : une cure fondée sur le sens, qu'il enseigna plus tard à l'université de San Diego en Californie.

Viktor Frankl s'aperçut ainsi que les "déportés enfermés", qui avaient développé et cultivé un sens à leur vie résistaient bien mieux que les autres apparemment plus endurants, installés dans la seule résistance physique. Dans ces conditions, ces derniers s'avéraient bien plus fragiles et beaucoup moins armés pour survivre. Le fait de se voir une place dans le monde, permettait aux premiers de développer une vision qui donnait du sens à leur vie. C'est cela qui les tenait debout. Face aux vertus de courage et de combativité, il n'y avait aucune commune mesure. Les plus résilients étaient ceux qui donnaient un sens aux valeurs morales, et les privilégiaient. Ces valeurs qu'ils mettaient en avant, les incarnaient également. On dit que la foi sauve, certes, mais c'est à condition qu'elle oriente l'acteur vers des valeurs spirituelles souventhautes, et à portée universelle. Viktor Frankl s'aperçut aussi que la facilité de choisir sa posture face à l'adversité, et aux phénomènes immédiats, constituait la première des libertés, et que celle-ci était de surcroît imprenable. On pouvait même la qualifier d’indéfectible. À défaut, c'était seulement soi-même qui pouvait “décider” d'une autre option. Sa perte relevait bien de l'abandon personnel. Cette précision devenait essentielle ! Il comprit alors qu'il s'agissait là d'une force mentale de premier rang, capable de donner à la personne une consistance et donc une résistance forte, aussi déterminante que durable. Elle était et devenait par là même, la condition de garder non seulement une certaine estime de soi et une densité identitaire, mais aussi et surtout, une congruence en capacité de résister à toutes pressions extérieures.

Quand il vit des prisonniers contempler un beau coucher de soleil à travers les barbelés, il s'aperçut que cette contemplation redonnait de la consistance aux personnes, et même aux plus vulnérables. Il comprit que contempler la beauté dans l'horreur était un outil de reconstruction mentale. Nous savons que la pensée grecque ancienne louait le vrai, le bon et le beau comme les variables de la réalité. Ces valeurs, simultanément, donnaient sens à cette réalité. Elles en devenaient des variables indéfectibles, inséparables et insécables. Viktor Frankl en déduisit ce principe, et le fait qu'il existe du beau dans toutes choses, et même dans les plus horribles. Il suffit alors de s'y attarder, de s'y attacher, pour vivre. Contempler ce “moment” devenait une source d'espoir, unautrement, possiblement meilleur.

L'auteur s'aperçut aussi que garder un objectif de vie à terme, comme le projet d'écrire un livre, de faire des conférences, de reconstruire une maison, de créer une entreprise, une boutique, une famille ou autre, constituait une véritable "boussole" dans la tempête qu'ils vivaient. Il s'aperçut que ceux qui disposaient de ce type de perspectives, résistaient mieux. Ce projet de vie projeté dans l'avenir rendait le présent plus distant et faisait du projet un possible concret et viable. Ce n'est pas le projet lui-même, ni sa nature qui sauve et rend fort, mais le fait simple, en tant que tel. A partir du moment où il est là, il devient suffisant pour donner consistance à l'homme, de sa vision d'avenir, et de soi dans ce monde.

Viktor Frankl s'aperçut aussi qu'aider les autres en toute circonstance conférait à la personne une possible sortie de soi. Cette disposition donnait un sens d'utilité et une place dans sa propre représentation de soi dans ce monde. On se situait alors bien au-delà de l'ordinaire, au-delà de la condition qui était infligée aux victimes. Aider les autres s'apparentait à un pouvoir de faire autrement. Cette alternative amenait à une posture qui sortait chacun de sa condition imposée. Aider conférait une force au-delà du réel.

Comme nous l'avons plusieurs fois développé, la puissance de la pensée dépasse tous les murs qui nous résistent. Ainsi la puissance des faibles se situe dans cet esprit bien plus puissant qu'un caractère fort et volontaire. À aucun moment, on ne saurait le réduire au seul entêtement physique. Nous retrouvons dans la pensée et les observations de Viktor Frankl bien des principes que les sagesses anciennes nous ont déjà données. On retrouve ici la compassion, la vision intérieure, la sortie de soi, la contemplation du beau, du bon et du vrai.

Si l'on ajoute à cela les exercices de respiration ralentie, de centration sur le présent et le calme détaché de l'agitation intérieure, on arrive à lâcher la précipitation et l'urgence pour se fixer sur la plénitude du moment présent. Nous comprenons ainsi, à notre tour qu'il n'y a, en fait, qu'un seul temps : le présent, cet instant perpétuel et éternel. De la même manière, on va pouvoir considérer qu’il n'y a qu'une seule entité, c'est à dire, de facto, l'univers, et qu'il n'y a qu'une seule pensée, la conscience universelle.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 20 janvier 2026

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