"Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Sur cela, nous avons la main et c'est là toute la puissance de notre pensée ! " Après avoir durant des années posté ici réflexions et conseils sur le management des organisations, je livre aujourd'hui une vision de la réalité, au plus profond de soi même sur l'être et l'univers. Profitez ! Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : à l'expresse condition d'en indiquer chaque fois la source et de ne pas en faire commerce, chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite.

Penser le monde dans les paradigmes d'hier et d'aujourd'hui (27 01)

Pour penser le monde et se penser dans ce monde nous usons de modèles et de modes de raisonnements, de paradigmes qui nous servent de matrices. Ils disposent d’une “part sociale”, dans la mesure où ils participent de notre identité groupale, tout en constituant un filtre pour voir le réel, un peu comme à travers des lunettes de soleil. À la seule différence qu'il n'y a pas, en l'espèce, de "réalité du réel". En d'autres termes, ce que l'on regarde n'est pas une entité réelle en soi, mais juste une intention, une visée ou encore une projection de celui qui regarde.

Nous pouvons une fois de plus rappeler la posture constructiviste du philosophe allemand Arthur Schopenhauer. Nous nous souvenons, à cet effet, de sa phrase fondatrice : "La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît". Schopenhauer est de ce fait le premier philosophe constructiviste. Nous savons ainsi qu'il existe autant de paradigmes que de groupes sociaux. Dans ces groupes sociaux, chacune et chacun façonne ainsi ce paradigme à l'aune de ses propres représentations et expériences. Mais il se trouve aussi des courants sociaux qui supervisent les rapports sociaux. Ils deviennent les doxas du moment, et du temps. Ainsi va le monde...

Depuis Saint Dominique, on admettait que la conscience du monde était structurée par la doxa religieuse, plus précisément catholique. Hors de ce paradigme, point de salut et les hérétiques étaient impitoyablement brûlés. L'autorité de ce paradigme était particulièrement intransigeante. Puis, en réaction au dogmatisme totalitaire religieux, ce fut l'arrivée des “Lumières”. Dès lors la démarche scientifique devint la doxa dominante et absolue dans le monde occidental. C'est en son nom que l'on discrimina ceux qui relevaient de la pure raison et les autres, étaient forcément dans l'erreur.

C'est ainsi qu'apparut l'approche scientiste : elle se justifie par le lien qu'elle se donne avec une démarche scientifique. On évitera néanmoins de la confondre avec elle. L'approche scientifique se caractérise et se singularise par le fait qu'elle doute, compare, analyse, déduit, classifie et structure l'univers qu'elle contemple. Apparemment, l'intransigeance produite par ce paradigme scientiste se retrouve avec la même importance et la même intensité que celui que l'on constatait avec le paradigme antérieur : c'est lui qui produisit les "complotistes" et autres dissidents, nommés aussi “les hérétiques de l'irrationnel”. Le totalitarisme y est donc identique car il s'agit pour les sujets de transformer leur certitudes en "vérité universelle", et donc en évidence de fait.

Et puis, l'expérience aidant, on put associer l'évolution scientifique à l'approche de l'intelligence de la personne humaine, et donc à celle du cœur. Cette évolution intuitive et ouverte serait-elle à son tour en train de devenir une nouvelle doxa ? Peut être… J'attends de voir et le “comment“ m'intéresse... J'ose penser qu'en l'absence de “vérité absolue” de référence, surtout associée à cette émergence de conceptions relatives, la nouvelle doxa, “définitive” s’avérerait, de fait, fragilisée. En effet, avec cette “qualité” qui s'offre à la pensée de toutes et de tous, l'idée, ou l'hypothèse, d'une doxa absolutiste, et donc “définitive”, ne pourrait apparaître ici logiquement qu’improbable, voire contre nature.

S'il est inévitable de penser et concevoir le monde hors de tout paradigme, il nous est loisible de choisir celui qui représente notre référence. En d'autres termes, celui avec lequel nous voudrions lire le monde et le vivre. Nous sommes en capacité de décider ce que nous allons extraire de la réalité considérée. Alors faisons le, et pensons à la meilleure manière de penser et de se penser dans le monde. Il s'agit ici de prioriser des valeurs.

Les sagesses anciennes, comme la pensée grecque, nous rappellent que le beau, le bien et le vrai sont du même ordre. L'approche quantique, quant à elle, nous confirme que le monde est dépendant de nos pensées, sensations et représentations. Les approches orientales, bouddhistes, shintoïstes, hindoues et zens, nous rappellent que le seul temps qui soit, est le présent, que la bienveillance et l'altruisme répondent à une représentation réaliste du monde. C'est à ces conditions que tout est harmonie, et que la seule entité qui soit, est bien l'univers empreint d'une conscience universelle. Alors, si cela nous touche et si cela nous convient, nous saurons en faire le socle de notre nouveau paradigme.

Dès lors, l'univers dans lequel nous vivons, pensons le monde, [et nous pensons dans le monde], devient un instantané, un universel unique auquel nous appartenons. Ce monde “est” aussi “nous-mêmes”, de la même façon que notre pensée est génératrice de réalité. C'est en son sein que nous évoluons, et il n'y en a pas d'autre. Nous comprenons ainsi nos interdépendances et la totalité qui les inclut. Pouvons-nous, alors imaginer et décrire la réalité dans laquelle nous baignons, celle qui, justement nous enveloppe ? Quelle perception pouvons nous avoir de ce que nous considérons comme étant un simple élément, une partie, un morceau inséparable du tout ?

Laissons nous alors le temps de concevoir, de comprendre et d'user de ce nouveau paradigme tellement ouvert et universel. Laissons nous le temps afin que ce paradigme accueille tous les regards sur soi et sur le monde, avec toute la bienveillance, la générosité, et même l’amour. Ainsi commençons à parler de ce monde : C’est peut être celui que nous espérons, après tout ! Il est évident que dans ces nouvelles conditions, nous lâcherions tout de cette approche néolibérale, matérialiste, individualiste, compétitive et concurrentielle des "seuls contre tous".

Nous ne jugerons pas les conceptions précédentes, ni ne les condamnerons. Nous les regarderons comme celles d'un autre moment, d'une autre conception du monde et en comprendrons les conséquences solipsistes, individualistes, singulières, disparates, et dangereuses, si éloignées de l'univers auquel nous appartenons après tout.

Il est vrai aussi que notre corps est l'outil de notre conscience avec ses sensations, ses sentiments et ses émotions. Il se manifeste une induction du corps vers l'esprit par l'expérimentation et sa traduction immédiate en imagination. Il s'agit là d'un investissement pour comprendre et s'approprier le réel. Faire l'amour et jouir est le chemin de l'ancrage "sensationnel" d'un altruisme bienveillant. Il peut être celui de la conquête et du pouvoir égotique. Chaque paradigme porte le principe d'une réalité propre. Ses valeurs sont primordiales.

Ainsi, si le désir, la peur, l'amour ou toute autre attraction nous dirigent, alors la manifestation qui en découlera, sera celle de cette sensation là, et de ce point de vue même. L'expérimentation sera celle que notre mental vise, offrant un ancrage "objectif" au paradigme ainsi installé, et “canonisé”... Ceci nous renvoie à la prépondérance du mental dans notre conscience du réel, tout comme le sont les sensations sur le savoir rationnel, déductif, et analytique.

Nous avons déjà remarqué que quelques pensées fondamentales occupent nos cœurs et nos esprits au point de colorer nos points de vue. Ces pensées premières déterminent notre vision du monde, de l'autre, et de soi dans ce monde. Par exemple, ce sont les désirs matériels, accompagnés des sens matérialistes de pouvoir, de propriétés et donc d'individualismes concurrents, qui sont le lot et la caractéristique de la culture néolibérale. Ce paradigme là est lui-même issu du totalitarisme des précédents paradigmes, dans la mesure où ils sont “globalisants”.

Ainsi, dans ce modèle à penser et voir le monde, chacun est seul contre tous et chacun est élevé, éduqué dans cette représentation là. L'autre devient ainsi un concurrent, un adversaire,... quand il ne représente pas une menace… Chacun se méfie et développe des stratégies de défense, ou d'alliances, de conquête pour atteindre ses envies, ses besoins de pouvoir. Cette pseudo “nécessité de possession”, on va la qualifier de manière plus “noble”, d"objectif". Ici, la violence fait totalement partie des moyens.

Mais, a contrario, ce peut être aussi la compassion, l'altruisme et la bienveillance qui façonnent le lien social. Dans ces conditions, la primeur est accordée à l'humain vu et considéré comme un autre soi-même. Le nouveau paradigme sera alors celui de la solidarité et des interdépendances, le "ubuntu" sud africain. Le modèle sera de cette même couleur que nous avons connue avec les sagesses anciennes. Je pense au stoïcisme, au bouddhisme et aux autres sagesses relatives, celles où l'autre est un partenaire sans lequel je ne suis pas.

On peut aussi retrouver ici la peur de l'autre et du monde. Nous rencontrons ou retrouvons alors des postures d'effacement, de secret, de jugements, quand ce ne sont pas des critiques ou même des condamnations des autres. On ne se trouve plus en concurrence avec eux, et on ne leur vient pas davantage en aide. On s'en distancie et on s'en protège. Dans cette hypothèse, une société devient propice au totalitarisme, avec des populations fragiles, peureuses, et donc manipulables. Nous en avons connu la mise en place et l'ancrage lors d'occupations étrangères, parfois sous des régimes flous, fondés sur de la communication sans projet précis. Ce sont des sociétés de l'apparence, de l'inaction et de l'influence. Leurs objets premiers restent à découvrir, car, la plupart du temps, il s'agit exclusivement de construire des bénéfices pour quelque élite dirigeante.

Bien d'autres sociétés peuvent être analysées et imaginées autour de valeurs différentes que celles que les événements font émerger. Je repense à ces sociétés discriminantes qui se sont construites sur la haine de l'autre, du juif, du noir ou du voyageur tzigane, encore actuellement. En effet, les civilisations se sont aussi élaborées sur des conceptions et affrontements de sédentaires et de nomades, où le monde était soit une propriété, soit un environnement à vivre. Tout dépend en effet des points de vue et des priorités. Ce sont soit les biens, soit les gens, soit une transcendance... Les combinaisons sont donc multiples. Nos représentations sont donc les berceaux de nos paradigmes. Ainsi parler, débattre et partager deviennent essentiels pour espérer bien vivre, ensemble, autour de biens communs, ou a contrario dans un chacun pour soi… Les “vérités” sont… successives, les paradigmes,... aussi. Ainsi va le monde…

Jean-Marc SAURET
Le mardi 27 janvier 2026

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