mardi 13 juillet 2021

Se nourrir, vivre et se débarrasser ou l'art d'être heureux (13 07)

Il me revient cette historiette où le jeune déclare au sage : "Quand j'aurai cette moto, je serai heureux !" Le sage lui répondit : "Sois heureux et ensuite occupe-toi de cette moto"... Oui, il me semble bien que l'art d'être heureux est bien une posture. Cela relève de l'être et certainement pas de l'avoir. J'ai plusieurs fois développé ce point-ci. Alors, allons plus loin aujourd'hui et plus concrètement, procédons par l'exemple.

Comme je l'ai déjà indiqué, j'ai l'habitude de prendre un temps de méditation chaque matin, au cours duquel me viennent des réponses à des questions que je ne pensais parfois même pas me poser. C'est comme çà : l'intuition s'invite et sème quelques représentations, germes de réflexion, quelques mots, phrases ou sentences que je note le plus souvent à mon retour.

Ce matin, par contre, il m'est venu cette image que tous les animaux se nourrissent, vivent et se développent... puis ils évacuent ensuite tout ce qui leur est inutile ou nuisible. Il m'est venu aussi à l'esprit que les végétaux en font de même. Ils attrapent la lumière et le carbone par leurs feuilles, les sels minéraux par leurs racines et les transforment en en faisant quelque chose pour vivre et se développer. Et puis ils rejettent ce qui ne leur sert à rien comme l'oxygène. Il m'est venu que tous ces cycles sont interdépendants, complémentaires, et partie d'un tout.

Je réalisais alors que nous-même, faisant partie du même tout, faisions aussi cela pour nous-même, notre âme ou notre esprit. Ceci est à l'instar de tous les êtres vivants qui se nourrissent pour vivre, se développent, puis rejettent leurs déchets, lesquels peuvent servir à d'autres. Nous nous nourrissons d'amour, de beauté et de lumières. On en fait notre vie et on se débarrasse des déchets, comme de tout ce que nous considérons comme toxique. 

Comment faire pour ce faire ? Une réponse vient, pratiquement d'elle même : on la retrouve dans le lâcher prise, qui peut se traduire par l'abandon de l'inintéressant, même si parfois il vient percuter nos émotions. On va donc le retrouver dans la méditation sur le sens des choses qui nous importent. Les scories se délitent d'elle-même par l'inintérêt que nous leur trouvons, simplement en les considérant. Il s'agit du même processus d'arrêt que lorsque, en méditation, nous accueillons une démangeaison naissante, une crispation, voire une douleur. Celles-ci disparaissent alors. Elles se dissipent d'elles mêmes dès lors que l'on considère simplement ce qu'elles sont.

Se nourrir reste imaginable par tous, même si nombre d'entre nous se trompent de nourritures. Pour les uns, ce sera combler l'envie, le désir, jusqu'à la cupidité, et même l'orgueil ou la richesse. Bref, certains tentent le comblement par l'acquisition de biens et de signes de pouvoir et de reconnaissance. D'autres ferment parfois les médias de masse, gavés qu'ils sont de malheur, de haine et de misères. Ceux-ci, plus sages, lâcheront ce monde abscons et se nourrissent d'amour, de créations et de sérénité. Ils iront méditer, faire des balades dans la nature. Ils écouteront ou feront de belles et douces musiques harmonieuses en rapport avec ce qu'ils sont. Ils se nourriront de belles images que parfois ils créeront, etc. Ce dont on se nourrit nous fait...

Mais à propos d'amour, j'entends dire qu'il y aurait une différence entre un amour égoïste, comme aimer une orange, et un amour altruiste, comme donner son attention. Voilà qui mérite que l'on s'y arrête. En effet, si l'autre est un autre moi-même, et si nous sommes du même grand tout, alors il n'y a plus aucune différence entre ces deux postures. Aimer l'autre, c'est s'aimer soi-même, et s'aimer est aussi aimer l'univers… L'argument vaut à la seule condition que les ego se soient tus ou fondus dans l'universelle réalité. Ce n'est là juste qu'une question de conscience.

Mais continuons notre propos. Car ensuite, il nous faut faire quelque chose de ces nourritures. Si elles sont toxiques, elles nous empoisonnent. Si elles sont riches et saines, elles nous régénèrent. On entend que nous sommes aussi ce que nous mangeons. A voir de plus près... Comme le bon sens populaire l'évoque, il nous faudra quand même toutes les "digérer", ces choses-là, quelles qu'elles soient. 

Digérer "les toxiques", c'est accueillir puisque elles sont là ! Et surtout ne rien en faire, les laisser passer comme les poissons dans l'eau, comme des nuages dans le ciel. Et c'est quoi "digérer l'amour, la paix, la joie, la lumière de la beauté" ? Certainement simplement les installer dans notre cœur, comme l'on dit, les accueillir et leur faire toute la place. Alors nos êtres se transforment en force de sagesse, en force créatrice.

Je reconnais ainsi trois déchets dont nous avons à nous débarrasser : les peurs, les haines et les souffrances. Déjà quand elles deviennent la peur, la haine et la souffrance, leurs objets s'en sont dissociés et c'est là un premier pas décisif, qui pourrait bien devenir concluant.

Parmi ces peurs, qui nous installent dans le "Ne rien faire", il y a les peurs de notre enfance, de notre histoire, comme la peur du noir, des araignées, des monstres, du loup, du bruit, etc. Il y a les haines qui nous poussent à de mauvaises réactions, à des projets destructeurs et autodestructeurs. Ce sont la haine de l'autre qui nous a touché là où ça nous a fait mal, des haines personnelles ou sociales qui se transforment en quelconques "vendetta". 

Ce sont des haines par refus de la différence, par refus de changer notre ordre des choses, par refus de voir ses propres responsabilités. Et puis il y a les souffrances qui détournent notre attention sur nos valeurs, sur nos projets, sur nos "essentiels". On retrouve ici cette souffrance globale que le Bouddha s'est attaché à comprendre, pour mieux apprendre à "comment nous en débarrasser".

Par ailleurs, l'éducation nous a invités à vaincre nos peurs et nos doutes. Une certaine éducation nous incite à lâcher prise sur nos rancœurs, nos haines, et à laisser tomber nos perspectives de vengeance, de règlement de comptes, voire même à pardonner. Mais qu'est-ce que pardonner, sinon simplement lâcher prise sur ces "objets toxiques" ? 

Il s'agit alors de se détacher des conséquences et de la responsabilité, de laisser à leurs auteurs d'en vivre et assumer seuls les effets, quels qu'ils soient. Il suffit de ne pas "prendre" l'agression. "Ne cherche jamais à te venger de qui ou de quoi que ce soit, nous indique un proverbe bouddhiste. L'univers s'en charge. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer le cadavre de tes ennemis !"

Evacuer les toxiques consiste en fait à laisser faire la nature et la vie, à surtout ne pas leur donner l'importance qu'elles n'ont pas (cela les nourrirait...). Sinon, elles la prennent dans l'espace de nos vies, et nous en serions alors "coupables".

En résumé, à l'instar de tous les êtres vivants qui se nourrissent pour vivre et se développer, puis rejettent leurs déchets, on se nourrit de ce qui est important pour nous et qui nous préoccupe, comme l'amour, la beauté et la lumière. Gare à ceux qui sont occupés par la violence, la haine ou la peur. Ils se retrouvent immanquablement dans une impasse. On fait de cet essentiel notre énergie de vie, celle-là même qui nous développe. Et on se débarrasse des déchets par la méditation, le ressourcement et le lâcher prise. 

Mais de manière pratique, comment effectuer ce ressourcement, ce lâcher prise ? En nourrissant son cœur et son esprit, en les remplissant des choses qui nous font du bien comme la musique, la beauté d'une personne. Ce peut-être également l'esthétique d'un environnement, d'un fait, ou des sensations du beau et du bon. La liste n'est pas limitative...

Dans ces conditions, il n'y aura plus de place pour les déchets. Nous pourrons en lâcher la prise, l'attachement, car c'est bien souvent ce qui, inconsciemment, nous retient. On appelle cela remords, rancœurs, vengeances, etc... Je crois que dans nombre de cultures, on nomme ce travail d'évacuation la "contemplation".

"L'inverse de l'amour n'est pas la haine, mais la peur !" écrivait l'auteure Kathrin Hudson dans son ouvrage "Les anges me l'ont dit". "Sois le monde que tu espères" écrivait le Mahatma Gandhi. "Sachez que l'on devient ce que l'on consomme !" écrivait la médecin Christine Durif-Brucker

La jeune yogi Brigitte Fabi a repris à son compte cette sentence et nombre d'alternants culturels l'ont fait comme elle. "Je suis ce que j'aime et j'aime ce que je suis, tout simplement" résume-t-elle... Se nourrir, se développer, se libérer sont bien un seul et même processus global d'éclosion, et ce n'est pas qu'une affaire personnelle... A suivre !

Jean-Marc SAURET

Le mardi 13 juillet 2021

Lire aussi  "Comme un poisson dans l'eau"

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