mardi 1 octobre 2019

Quand la dictature du chiffre remplace la sagesse...

J'entendais dernièrement, la ministre de l'écologie se plaindre que la justice à Lyon ait relaxé deux militants écologistes, "décrocheurs" de portraits présidentiels, au prétexte qu'il n'était pas sain d'encourager les actes d'incivilité (sic). En premier lieu, je m'étonne qu'un ministre commente une décision de justice, la juge même et la critique, sans que cela ne fasse sourciller personne. Peut-être que l'indépendance de la justice n'est plus à l'ordre du jour... Mais au delà de ce fait, se dessine une autre réalité : l'Etat (...pour peu qu’il mérite (encore) sa majuscule...), quand il en vient à critiquer sa justice, à violenter son peuple, à poursuivre ses opposants, doit être bien faible et bien peu sûr de lui-même, bien peu sûr de la direction politique qu'il poursuit... ou pas.
Ce gouvernement-là a-t-il un projet, une éthique, une raison d'être ? La question, dès-lors, se pose : Que poursuit de fait ce gouvernement, au delà des éléments de langages inaudibles lâchés çà et là ?
Par défaut, les gens y répondent à sa place. Parce que, nous le savons, si la nature a horreur du vide, la nature humaine a horreur du vide de sens. Là où il n'y en a pas, ou là où il en manque, la pensée humaine comble le vide par des constats, des croyances, des construits ou des aperçus. Alors montent dans l'opinion des éléments de pensées bien loin des formes d'opinions qu'aurait espéré ce gouvernement, et notemment, dans la population qui le légitime.
Alors quelle analyse de ces retours, de ces remontées, nous viennent aux oreilles ? De fait, notre civilisation a échoué, tant sur le bonheur des gens, sur l'organisation sociétale de notre processus vital, que sur la conservation de l'environnement. C'est le premier enseignement que tous les mouvements sociaux nous indiquent depuis plus d'un an.
A un tel point, que depuis des années les citoyens se détournent des urnes. Il m'est arrivé bien souvent d'entendre cette réflexion, ou une autre du genre : "A quoi sert-il de voter puisque les gouvernants font ce qu'ils veulent sans nos avis ? De plus, ils annoncent vert et  ils font bleu !"
Ce global détournement du "politique" ne me semble pas imputable à autre chose qu'à des mensonges et fausses promesses, à des espoirs déçus, à la sensation d'avoir été "baladé", manipulé, voire trahi. 
Il m'est arrivé d'entendre que la cause pourrait être imputable à cette attitude d'ultra-consommation, au développement de consommateurs versatiles, une autre forme de clients volatiles. Si l'on considérait la proposition, il faudrait alors entendre que l'Etat n'est, de fait, qu'une entreprise de production dont la finalité est de faire du profit. Il faudrait entendre qu'il n'y a d'autre voie que le libéralisme, que tout ne serait qu'une question de sous et de marchés, que la dictature du chiffre serait aux commandes de la planète... C'est d'ailleurs peut-être le cas...
Avec cela, nous entendons que ledit mouvement des gilets jaunes serait une réponse sociale à la perte de sens de l'Etat, à la perte de sens social du politique. Combien de personnes sur les carrefours nous indiquent avoir retrouvé là du lien social, du vivre ensemble, et cette chaleur humaine dont la société les a privés. Mais elles rencontrent aussi, ici, des raisons de partage humanistes et bienveillants, assurément bien loin des marchés et des contraintes gestionnaires d'une société sans morale ni humanité.
La société a donc bien failli ! Elle a failli sur sa promesse des lumières que le progrès apporterai le bonheur et le bien-être, dans un nouveau processus vital qui les servirait, dans une certaine idée d'un monde meilleur... C'était bien là la promesse républicaine. En réalité, que voyons nous émerger dans les têtes et les cœurs de nombre de trentenaires ? D'une part, l'affirmation d'un certain nihilisme où plus personne n'attend plus rien, tout en tentant de se "servir sur la bête"... Avec en corollaire et d'autre part, des projets de petits collectifs pour refaire "à côté du système" une société meilleure, pleine d'art, de lien social, d’authenticité, de "relations vraies"... 
Un peu partout en France, émergent ces projets associatifs d'épiceries solidaires, de bars associatifs avec scènes ouvertes ou d'accueil, de coopératives locales. Elles sont parfois accompagnées d'une économie aux règles locales, voire d'une monnaie hors banques et pouvoirs supérieurs, construite sur la cooptation et la solidarité... Mais, chut... Ça pourrait se développer... et ça se développe !
Bien des gens ont compris le mensonge organisationnel, sinon institutionnel, et ne sont plus dupe de ce système "libéral totalitaire". Il ne s'agit plus de "changer la société" mais de la quitter, pour faire autrement ailleurs. Voilà ce qui est en train de se "jouer" dans nos banlieues, nos villes et nos campagnes...
L'état s'effrite non pas par manque de pouvoir, mais par manque de projet de société, par manque de sens, mais aussi par manque de loyauté, de valeurs, d’éthique. Il y a là certainement une bonne raison pour que la question écologique (qui nous "crève les yeux") occupe le devant d'un scène politique où plus personne n'est sûr de rien.
Quand une personne, ou encore un parti, se trouve porteur d'un projet de société, alors le combat de dénigrement commence : procès d'intention, petites phrases, enregistrements tronqués, vidéos parcellaires, perquisitions et véritables procès s’enchaînent. Il n'y a là aucun débat d'idée, aucun débat de société, aucune construction de projet, mais juste une stratégie "commerciale" de discrédit, et de destruction d'image...
Quand la dictature du chiffre remplace l'indispensable sagesse, celle d'un projet pour les gens et par les gens, alors le totalitarisme n'est plus très loin. Le libéralisme n'est qu'une guerre commerciale, une guerre de profits où seul le résultat dans le portefeuille compte. Alors, on peut dire que le système est arrivé au bout de lui même, au bout du rouleau, et pas loin de son effondrement.
Jean-Marc SAURET
Le mardi premier octobre 2019

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