mardi 22 octobre 2019

Le problème est la trahison de la promesse

Lors d'une conférence, une personne de l'assistance me demanda comment se faisait-il que les personnes se révoltent contre un pouvoir dont la stratégie de communication s'affine de jour en jour. Je lui répondais que si l'humain est socialement influençable, il était individuellement critique et analytique. Il s'agissait, alors, peut-être d'une question de trahison de la promesse. 
Si vous dites à un enfant que s'il obtient un dix en dictée vous lui offrirez un éclair au chocolat dont il raffole, ne vous avisez pas de ne pas tenir votre promesse. L'enfant risquerait de s'en souvenir toute sa vie et votre relation avec lui serait définitivement biaisée, peut-être même rompue, au moins corrompue.
Avec nous-même, il en va de même. Si l'on nous promet un programme politique et qu'il n'est pas tenu, alors ce personnage politique-là peut aller faire sa vie ailleurs. Son rapport au peuple est "cramé".
La personne me rappelait que Charles Pasqua avait dit cette phrase célèbre : "Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent". C'est bien là une pirouette de politique, mais le fait est que si vous trahissez la promesse, rien ne va plus. Si en outre on vous annonce que les promesses ne sont que fariboles, alors c'est toute la démarche politique qui est corrompue, et le crédit rompu.
On peut se tromper. On peut rater. On peut être en retard, mais quand l'annonce a été faite, il ne reste plus qu'à faire ce que l'on a dit. Le pire, en effet, qui puisse arriver est la trahison de la promesse. C'est simplement là la question de fond de la confiance.
Le pire arrive quand les gens n'attendent plus rien de vous. Vous ne représentez alors plus grand-chose à leurs yeux. Leur défiance augmente, la méfiance aussi et ils se détournent de vous. Si l'espérance ou l'attente de quoi que ce soit, ne serait-ce qu'un bout de rêve, n'est plus de mise, alors le seul motif à vous porter un peu d'attention sera la compassion ou la pitié. On change là radicalement de registre.
Plus nous avançons dans le champ de l'évolution sociétale, c'est-à-dire que nous passons de la modernité à l'alternance culturelle via (ou pas) la postmodernité, plus nous lâchons la "respectabilité" ou l'autorité de l'autre pour sa sincérité, pour ce qu'il ou elle est réellement. Alors, dès lors il n'y a plus de chefs et de vassaux, mais des "collaborants" aux responsabilités particulières et distinctes. Ce sont ces postures-là qui s'imposent avec l'alternance culturelle, que j'appelle aussi, l’ère quantique.
Ainsi, la question de la promesse prend une dimension prépondérante. La promesse engage totalement non seulement la personne qui la propose, voire seulement l'inspire, mais aussi tous ceux à qui elle est destinée, ou pas, simples entendants... car toutes les relations en réseau des "alternants culturels" reposent sur la promesse de réalisation ou de contribution. Cette promesse est le nœud, voire le moteur, des relations circulaires dans le réseau. C'est la qualité "sine qua non".
Ainsi donc, plus nous avançons dans le temps, dans l'évolution sociétale et plus la trahison de la promesse est sensible, "disqualifiante", voire destructrice. Il n'y a alors plus de projet possible puisque la relation repose sur la confiance de facto dans la promesse de potentiel, de "faire", d'apports, de contributions, d'engagements, de réalisations.
Voilà pourquoi nombre de "gilets jaunes" ayant expérimenté sur les ronds-points, quelque chose de la solidarité, de la reconnaissance mutuelle et réciproque, de la possibilité de produire, de créer, d'inventer l'avenir, ouvrent un rapport à l'autre hors de toute autorité, de toute représentativité. Ils veulent désormais un rapport direct et sincère, et donc que la promesse induite soit tenue, honorée. Comme elle ne l'est pas, la confiance est perdue et ces gens-là commencent à reconstruire un monde ailleurs, alternatif, voire sans les riches ni les politiques...
Jean-Marc SAURET
Le mardi 22 octobre 2019

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