mardi 20 juin 2017

Albert BANDURA a raison !

Ce psychologue canadien a bousculé les codes de l'apprentissage. Selon lui, le seul fait de croire en ses propres compétences, les rend réelles et efficaces pour chacun de nous ! Il a construit sa démarche sur ce concept constructiviste qui permet d’affirmer que la croyance en soi, en ses propres capacités, en ses compétences suffisantes, constituent non seulement les moteurs de la motivation, mais deviennent également le gage de la performance et du succès. Je dirais avec force qu'il n'a pas tort. 
C'est  aussi, toute une fonction, sinon « la » fonction du coaching : celle qui, justement, va permettre de « donner à voir » à son client, et de reconnaître avec lui, en l’espèce, qu'il est bon et compétent. Sur ce seul phénomène, ledit client reconnaitra de lui-même et en lui-même, ces « quelques choses » qui seront ses compétences, forces, et puissances. Il les vivra comme lui étant « propres ». Inutile, nous dit Albert Bandura, de donner à voir au client, même si le "coach", lui, les repère, des compétences qu'il ne se reconnait pas lui-même. Cela produirait des inquiétudes, des peurs, voire des freins, et peut-être des blocages.
"Mais alors, si le client ne possède pas réellement ces compétences ?". L’interrogation est légitime. Albert Bandura nous dit, à l’instar de la conception constructiviste, qu'il n'y a de compétences que celles que l'on se reconnaît. Ainsi, c'est bien du seul fait que l'on se la reconnaisse que notre compétence existe. La compétence en soi n'existe pas. Elle n'est pas un "produit" que l'on verse dans des contenants. Elle n'est qu'un "aperçu"...
Cela me rappelle encore une fois cette célèbre phrase de Samuel Langhome Clemens, dit Mark Twain : " Ils l'ont fait parce qu'ils ne savaient pas que c'était impossible ". La question de la conscience de soi ne tient nullement à une idée de vérité, mais à celle de la foi, de ce réalisme de charbonnier, du bon sens pragmatique : "Si je pense que je peux, alors je peux". En effet, cette conception fait plus penser à une démarche spiritualiste (la foi en soi) que matérialiste (la mécanique de la physique). Nous retrouvons là l'opposition des visions du monde mécaniques et organiques dont nous avons plusieurs fois parlé.
En ce qui nous concerne, il nous faut juste savoir que le management a déjà évolué vers cela aux Etats Unis : il projette de ne plus s'occuper du développement des compétences, mais de s'attarder sainement sur les capacités, les compétences et autres expériences possédées par le collaborateur, et qu’il « se » connaît. Il s'agit alors de s'appuyer sur elles pour confier de nouveaux chantiers au collaborateur, des chantiers bien différents du champ de sa seule spécialité. Sur ces nouvelles activités dans un champ inconnu, tout en exerçant ce qu'il sait, il apprendra encore et encore, dans des domaines même très différents. Il en tirera alors de nouvelles compétences et se développera de manière expérientielle. Voilà un pragmatisme réaliste.
Albert Bandura avait donc construit son principe d'apprentissage sur trois facteurs distincts, complémentaires et concomitants : 
- un facteur cognitif qui consiste en la croyance absolue en ses propres capacités 
- un facteur culturel qui convoque les comportements sociaux, les rites et liturgies groupales par lesquelles nous apprenons et nous développons par admiration, observation et mimétisme
- et un facteur environnemental qui est favorable à l'expérimentation (ou pas)...
Nous voyons là se dessiner une démarche de développement que l'on pourrait résumer simplement ainsi : admirer, imiter, développer, de manière interactive dans un milieu favorable. De quoi s'agit-il ? Ce n'est là qu'une démarche ordinaire que le bon sens populaire a déjà formalisé dans ses habitudes : "Regarde donc comment papa fait ! N'est-ce pas qu'il travaille bien, papa ? Tu seras fort comme lui, quand tu seras grand...". Lu comme cela, voilà qui fait quelque peu… « bisounours » ! Et pourtant, c'est bien de cela dont il s'agit : Voir - Admirer - Imiter et mettre à sa main, dans une interaction en milieu favorable. Voilà bien l’essentiel. (nous reviendrons une autre fois sur la part importante du « milieu favorable »).
Nous voyons là toute l'importance de la posture du coach, de l'enseignant, du manager, de l'éducateur dans le développement de l'apprenant : confiance, attention, reconnaissance, bienveillance... Nous voyons là que les postures dirigistes, contraignantes, "canalisantes", sont totalement contre productives : car ce sont bien elles qui tuent la dynamique vivante.
Mais, me direz-vous, ceci n'a rien de bien nouveau ! C'est bien comme cela que parents et grands-parents ont toujours fait avec leurs enfants et petits-enfants ! J'en suis tout à fait d'accord. Tout ceci relève bien plus du bon sens que de la technologie. Mais allons plus loin. Il nous suffirait de regarder comment font les grands singes avec leurs petits, comment font tous les mammifères avec leur progéniture, comment font toutes les espèces en la matière... Le « plus » que nous apporte Albert Bandura est qu’il nous donne les mots, les arcanes de la magie du phénomène. Dans la mesure où nous sommes des êtres de conscience, il nous est important et utile d’être conscient, dans les mots, de ce que nous faisons. Nous avons besoin de savoir pourquoi ça marche et comment cela se passe, avoir une vision claire du principe pour le produire et le reproduire. Et voilà qu’il nous apporte ceux de ce phénomène interactif d’enseignement et d’apprentissage.

Est-ce que nous sommes séduits par la proposition d’Albert Bandura ? Est-ce que nous croyons en nos « capacités-plaisirs » de le faire ? Et si le milieu y est favorable, toutes les conditions du succès seront réunies. Voilà le « secret »… Dès lors, puisque nous disposons maintenant d’une représentation claire de l’essentiel, tout le reste ira de soi... 
Jean-Marc SAURET
publié le mardi 20 juin 2017


2 commentaires:

  1. Excellente mise au point mon cher Jean-Marc. Cela ne peut que rappeler les études cruelles sur l'effet Pygmalion.

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  2. Bien vu, mon cher Thierry. Merci à toi

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