"Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Sur cela, nous avons la main et c'est là toute la puissance de notre pensée ! " Après avoir durant des années posté ici réflexions et conseils sur le management des organisations, je livre aujourd'hui une vision de la réalité, au plus profond de soi même sur l'être et l'univers. Profitez ! Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : à l'expresse condition d'en indiquer chaque fois la source et de ne pas en faire commerce, chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite.

Logique mécaniste et inconséquence (08 09)

Il y a quelques jour, mon épouse me rappelait combien il lui insupporte d'être confrontée à une mécanique qui "décide à sa place". Par exemple, ma voiture a un système de maintien dans la voie qui redresse la trajectoire du véhicule malgré les gestes de la conductrice. La sensation de ne pas maîtriser la voiture devient ainsi éprouvante, voire insupportable. C'est vrai pour le fer à repasser qui se met à produire un bruit inhabituel, comme pour signaler un dysfonctionnement, ou une anomalie. Mais rien ne vient traduire ce signal en indication compréhensible. Ceci aussi devient insupportable. Après avoir retrouvé la notice et épluché les pages qui se veulent explicatives, le phénomène reste abscons et elle se désespère...

Je compatis à son exaspération car, comme elle, il m'arrive d'être confronté à ce genre de phénomène. C'est comme si la mécanique se mettait donc à "penser d'elle-même", sans que l'explication ou la traduction ne me parvienne. Cela m'arrive; comme à elle, quand je suis confronté à des objets dit "smart". Je pense à mon téléphone justement appelé "smartphone". Et nous nous mettons à regretter les temps où la mécanique des objets était simple et facile à comprendre. On dirait que tout est fait aujourd'hui pour nous embêter, nous énerver, voire nous mettre dans la "panade".

Il y a donc deux natures d'objets : les mécaniques et les programmés. Et ce sont bien ces derniers qui nous posent problème. Pourquoi ? Parce qu'ils relèvent d'une logique qui n'est pas la notre. Autant les objets simplement mécaniques s'avèrent-t-ils totalement contrôlables parce que "logiques", comme une bicyclette, un marteau, des vis et des tournevis, une chignole ou un téléphone à cadran,... autant un smartphone, une voiture actuelle, un nouveau réveille-matin deviennent-t-ils des objets incompréhensibles et de ce fait ''insupportables''... Mais de quelle logique relèvent-ils pour que ce phénomène soit ainsi ?

La première cause de cette confusion est culturelle. Celui qui a conçu le mécanisme électronique l'a fait dans une culture qui n'est pas forcément la notre. Ainsi la logique qui la structure est suffisamment particulière pour devenir inutile à toute personne étrangère à cette culture. Ainsi, regardons les différentes notices d'entretien des objets connectés. Un grand nombre est rédigé sous la forme de schémas censés représenter pas à pas la démarche de remise en état ou de suivi du programme.

Cette façon de faire ne répond en rien aux habitudes qui sont les notre dans les “habitus” culturels européens, ou occidentaux. Au contraire, ces schémas voudraient tenter de correspondre à toutes les cultures au-delà des barrières de la langue. Et c'est là qu'apparaît le hiatus. En effet, une représentation par l'image correspond à une structure de langage et n'a absolument rien d'universel, comme si la réalité précédait de la dire. Ors, c'est bien de la dire que dépend la réalité.

Prenons le simple exemple de la lecture des langues d'origine européenne qui se fait de gauche à droite alors que celles dans les cultures proche orientales se font de droite à gauche. De ce fait, une suite de vignettes voulant montrer le fonctionnement d'un lave linge indiquera pour un arabe ou un hébreu le fonctionnement d'une machine qui salit le linge...

Mais ce n'est pas tout. On se rend compte à l'usage et dans le temps que ces objets dit "connectés", dans leurs fonctions et capacités à corriger les fautes de comportement en lieu et place de leurs utilisateurs, influencent nos compréhensions et aussi nos comportements. Ces jolis objets du quotidien qui corrigent nos erreurs sans explication ni retour, développent des postures véritablement inconséquentes. L'objet, ayant corrigé de lui-même l'erreur de "pilotage", pallie l'incompétence de l'utilisateur et l'installe dans l'habitude que ce soit toujours ainsi, voire même que l'objet fasse à sa place.

Dès lors l'utilisateur, ne sachant pas qu'il aurait pu faire quelque part une erreur, aussi légère ou grave soit elle, ne peut comprendre les conséquences de sa pratique. Voilà comment, en faisant à la place de quelqu'un on détruit sa compétence et on l'installe dans une attitude inconséquente. Il ne viendrait jamais à l'idée d'un parent de surprotéger son enfant qui risquerait de prendre ainsi quelques distances avec la réalité. C'est à partir de ces prémices qu'il risquerait de devenir incompétent, sinon inconséquent dans la gestion de son quotidien. Au contraire, nous lui apprenons à gérer ses chutes et ses échecs aussi minimes soient-ils, à comprendre ce qui se passe alors, et comment mieux faire.

Nous assistons ainsi à une mutation culturelle où les jeunes auront l'habitude de se laisser porter par ces IA qui décident à leur place et des "anciens" qui chercheront toujours à comprendre la réalité de la procédure et s'épuiseront tant concrètement que nerveusement à tenter de trouver la logique des choses. Risquerions nous ainsi la dislocation sociale entre "mécanistes" et les autres, que l'on pourrait qualifier d’"assistés" ?

L'environnement qui nous résiste impose un apprentissage pour s'y adapter. Si l'environnement ne résiste pas, alors aucun apprentissage ne se fait. A partir de là, l'adaptation gérée par la machine elle-même n'apparaît même pas visible. Le processus d'apprentissage s’efface de lui même. C'est ce qui va expliquer la présence du risque. Là où la logique mécaniste invite à comprendre et s'adapter, le développement intellectuel et moral se poursuit. A contrario, quand le monde lisse les aspérités du contexte, l'environnement n'a plus à être géré… C'est alors que surgissent les sensations désagréables d'être pilotés comme des objets, tenues par la main et forcées. Il arrive même que l'on s'énerve quand “la machine” vous indique comment faire mieux. On se prend parfois alors à rétorquer : "Mais de quoi je me mêle ?" ...

Peut-être nous faudra-t-il passer du matérialisme néolibéral à l'intuitionnisme fondamental ? Ce ne sera pas chose simple ! Pour ce faire, il nous faudra apprendre à lâcher prise et à se poser cette question de fond : la science saurait-elle indiquer ce qui se passe quand quelqu'un est triste ?... Dont acte. Effectivement la science en est totalement incapable comme elle ne sait considérer que ce qui se mesure, le reste n'existant même pas. Ainsi, ne cherchons pas dans la science les réponses à toutes nos questions de fond. En revanche, cherchons dans la sagesse, car celle-ci est traversée par l'intuition et le bon sens meublé de représentations construite dans l'histoire culturelle.

Alors, quelle démarche choisir ? La réponse tombe quelque peu sous le sens…

Jean-Marc SAURET
Le mardi 8 septembre 2026



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