"Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Sur cela, nous avons la main et c'est là toute la puissance de notre pensée ! " Après avoir durant des années posté ici réflexions et conseils sur le management des organisations, je livre aujourd'hui une vision de la réalité, au plus profond de soi même sur l'être et l'univers. Profitez ! Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : à l'expresse condition d'en indiquer chaque fois la source et de ne pas en faire commerce, chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite.

Du réel à la réalité (21 04)

Des questions à propos de ce qu'est le réel et de ce que sont les réalités, se posent effectivement aujourd'hui. En effet, nous voulons davantage comprendre, plutôt que maintenir ce que nous croyons être le réel et les réalités. Je dis bien les réalités, car ce sont celles du discours et non une quelconque émanation du réel ou de ce qui le précède. A cet effet, il me semble que l'on peut affirmer que l'essentialisme devient un paradoxe en termes de sciences sociales. C'est un peu comme si la réalité se trouvait intrinsèquement dépendante des objets qu'elle "consigne". Elle ne peut être considérée comme précédant la perception. Et pourtant c'est bien ce que notre culture propose depuis des centaines d'années et spécifiquement depuis les lumières.

De fait, à propos de réalité, il s'agit plutôt d'une projection de nos représentations et croyances. Car c'est bien la conscience personnelle de notre environnement qui dit ce qui est et nous le laisse croire. Mais redisons le, à l'inverse de la phrase de Saint Thomas, nous ne voyons que ce que nous croyons. A ce propos, rappelons la phrase de Schopenhauer : "La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît." En l’occurrence, ce n'est jamais l'inverse qui se passe.

Si le réel est ce qui est là, précédant notre “considération”, alors, la réalité est ce discours de considération. Elle est donc plurielle, aussi diverse qu'il y a de cultures et de regards sur le réel, le réel cet inconnaissable ! On peut donc considérer le réel comme ce qui précède mon regard et ma considération : il ne sera là que quand je l'aurai nommé, et donc, "mis en réalité". Mais j'ai déjà beaucoup dit tout ceci et je voudrais aujourd'hui aller plus loin.

S'il est vrai que nos réalités se construisent dans nos consciences, alors, elles restent indissociablement liées à nos désirs, à nos représentations hiérarchisées et à nos intentions. Nos désirs sont ainsi la projection de nos manques, du moins les considérons et les construisons nous comme tels. Nous avons une fâcheuse tendance à nous poser ce type de questions de manière individuelle, et strictement personnelle. Par exemple "Est-ce que ma vie compte ? Ai-je une influence sur le déroulement du monde ou sur autre chose,... ou encore, ai-je simplement un pouvoir sur quelque chose ? En d'autres termes, la vie a-t-elle un sens, dans la mesure où nous ne sommes qu'une partie de l'univers, et du genre humain ?...

Je peux le redire : est-ce l'abeille ou la ruche qui constitue l'unité, ou l'entité de base ? Est-ce la fourmi ou la fourmilière qui est cette unité ? Certains l'ont compris de manière pragmatique et j'ai lu sur la toile l'activité d'une association dite "la fourmilière" qui se présente comme une communauté de 12000 personnes réunies. Ce qui motive cette communauté, c'est justement l'ambition de "rendre le bénévolat aussi convivial et accessible qu'un verre entre amis" ! Ce n'est donc pas l'abeille, l'unité de base, mais la communauté dans son "vivre ensemble". Ce n'est pas parce que je peux nommer ce “quelque chose”, le mesurer, le compter que cela existe en réalité. La chose ne devient réalité que lorsque j'en prends conscience. Ainsi est-ce chacune de nos cellules qui est l'unité de base de notre corps et de nous même ? Ou nous-même ?

Par ailleurs, sans la communauté il n'y a pas d'individu, car nous ne sommes que de l'autre, dans son regard et la relation que nous entretenons avec tous les autres. Ce n'est d'ailleurs pas seulement le regard, la pensée, le jugement que nous renvoie l'autre, et qui s'avère déterminant, mais c'est ici, surtout “ce que j'en fais”. Voilà un point de vue parfaitement stoïcien et nous voici au cœur de notre propre réalité : il s'agit bien d'une interaction, et donc, d’une construction mentale. Il ne s'agit aucunement d’un “objet”. La réalité n'est donc pas ce qui se compte, mais bien ce qui se vit ! D'ailleurs, compter les choses et les mesurer afin qu'elles “soient”, devient aussi une posture interactive de projection.

Nous avons trop l'habitude de considérer la réalité comme un objet. Elle n'est pourtant que la conscience que l'on se fait de ce qui est là, qui nous concerne et avec quoi nous interagissons. Notre regard, qu'il soit conscient, ou pas, fait un découpage dans le réel, ce qui est là, perçu comme tel, et donc comme "potentiellement réalisable".

Comparaison n'est peut être pas raison, mais c'est un peu comme une morsure dans un gâteau partagé lors d'un événement social. D'abord on le découpe, mais pas n'importe comment : il existe un modèle social convenu (par exemple, en étoile depuis le centre vers le bord de manière égale). On dit la démarche aussi "équitable", afin que le partage par distribution se fasse selon le principe de l'équité, où chacune et chacun reçoit une part équivalente. Certains pourront même réagir en demandant une part plus réduite parce qu'ils n'ont pas trop faim (on ne réclame pas une part plus grande ni ne rétorque qu'on n'aime pas ça. Question de civilité...).

Ensuite chacun mord une bouchée et commence à la déguster. Alors seulement, quelques gestes convenus manifesteront le plaisir (ou pas) de la dégustation. Puis les mots viennent "C'est délicieux ! C'est étonnant ? Tu as mis de la cannelle ? On sent bien la pomme..." Etc. L'acte social du partage indique le vécu de chacune et de chacun à l'aune de représentations sociales. Il se produit là une traduction en mots qui peut dès lors être "partagée". Chacun en fait ce qu'il souhaite et participe à la socialisation de l'expérience.

C'est là tout le parangon des échanges sociaux, dans la construction de la réalité. Il s'agit d'une mise en commun de vécus par association et dissociation, par différenciation et accueil des différences, par modélisation et comparaisons. Ainsi l'objet "réalité" se trouve-t-il ainsi “construit”, chacun sachant bien que chaque membre de ce collectif garde son expérience pour lui-même, et comme approche du "convenu". La "réalité" n'est aucunement une évidence. C'est peut être ce qui a fait dire à Oscar Wilde que sa propre puissance réside dans le regard des autres, ou que la beauté réside dans le regard de celui qui observe.

Aujourd'hui, nous pouvons préciser que l'endroit où l'on parle et le destinataire du propos donnent aussi du sens à la dite réalité. J'en veux pour exemple un propos tenu par le philosophe Michel Onfray sur la chaîne de télévision C-News sur d'autres propos tenus par le nouveau maire de Saint Denis. Ce propos fut qualifié de raciste par quelques observateurs simplement parce qu'ils étaient tenu sur cette chaîne d'information et que ces observateurs là qualifiaient habituellement de chaîne raciste, xénophobe et d'extrême droite. De ce fait, le propos tenu par Michel Onfray était estampillé des mêmes attributs. On comprend alors que la logique d'intérêts entre aussi en compte dans la qualification de la réalité. Ainsi les tenants de la fermeture de la chaîne d'information jugée ainsi considèrent la réalité qui se présente à eux en faveur de leur objectif ou désir : "Fermer C-News".

Selon le monde auquel l'on tient et que l'on défend cette vision de la réalité, nous aurons tel ou tel comportement et c'est bien normal : il n'y a pas de réalité objective puisque "réellement" la réalité n'est pas un objet mais une vision du monde, une conscience du réel à laquelle on s'attache parce qu'elle nous définit aussi.

Nos croyances et nos convictions précèdent notre perception du monde, et donc notre "création" de la réalité. Pour ma part je suis de ce point de vue relativement spinoziste, et considère que "la nature est le divin". Mais quelle nature ? Peut-être celle que la science décrit ? Je n'ai en la matière pas grand chose d'autre à mettre sous la dent de la conscience. Il est vrai que la science constitue une approche du réel pour en faire une réalité recevable, voire par tous, sinon opposable.

Mais vivre cette réalité en conscience et en partage équitable, en qualité d'écoute sans rivalité égotique, ni domination de l'un ou de l'autre, est devenu bien difficile, voire une gageure. La réalité est passée de la zone d'échange et de construction, à un champ d'affrontement, de compétition, ou de conflits parfois. Nous savons pourtant socialement que la construction de la réalité n'est ni une course vers le vrai, tout à fait relatif à nos croyances, ni un objet de convoitise. Il n'y a en la matière rien à conquérir, rien à se disputer, seulement à défendre "comme soi-même". Cet objet de réalité serait plutôt à accueillir, à contempler et à comprendre. Il en va de la réalité comme de la conscience de soi, un champ complexe à comprendre et à concevoir en "objet de réalité".

Nous devons alors nous souvenir que la réalité, dans une confrontation avec le réel pour son imagination, est l'aperçu de ses propres représentations. Rien de plus, mais rien de moins... Ainsi quand quelqu'un me parle, je cherche à comprendre son monde de représentations et d'enjeux sans a priori ni investissements de ma part. Cela peut parfois prendre du temps. Alors, il me faut beaucoup plus écouter que dire... C'est aussi là une leçon que je partage.

Jean-Marc SAURET

Le mardi 21 avril 2026

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos contributions enrichissent le débat.