Notre culture néolibérale nous aspire vers la disparition de l'Autre comme dans une fin du collectif. Nous avons remplacé les interlocuteurs humains par des interfaces. Plus de guichets, plus de regards ni de discussions.
La posture néolibérale est bien que toute posture et démarche devienne efficace et la vie ensemble devient inutile. Tout cela parce que nous avançons chacun dans notre cellule et dans nos "cellules-cellulaires numériques" : équipés, connectés et assistés. Et pourtant nous y sommes tellement seuls.
Cela peut sembler confortable. Jusqu’au jour où l’on réalise que le collectif n’existe plus, où l’on ne sait plus comment demander de l’aide. Ni contredire, consoler ou aimer. tout ceci jusqu'au jour où l’autre devient un frein, presque une menace. Et alors même le désir se passe de partenaire.
Ce que je décris dans mon nouvel article n’est pas une dystopie. C’est une clinique du présent; un coup d’œil sur ce que nous sommes déjà en train de perdre : nous ne protégerons pas les enfants en corrigeant simplement “les écrans” mais en préservant l’altérité. Parce que ce n'est pas seul face à une intelligence artificielle que l'on se construit, c'est en rencontrant des humains.
Nous ne gagnons pas du temps avec le numérique, nous perdons des mondes*... Comme le contact avec ce que nous avons reconnu longtemps comme étant le réel.
Cette fin de l'altérité nous renvoie à la perte de notre propre identité car, comme l'avait montré Lacan : "Nous ne sommes que de l'autre". Cette perte de l'altérité qui nous donne à être est l'aboutissement du néolibéralisme, le bout du bout du solipsisme, la fin du miroir, la fin de notre humanité.
Tolstoï disait que "si tu souffres c'est que tu es vivant, mais si tu ressens la souffrance de l'autre, alors tu es humain !" Et la culture néolibérale nous en exonère, nous affirmant qu'il n'y a pas d'autre réalité que celle que chacun ressent.
Les mutations tellement inquiétantes qui sont déjà bien à l'œuvre, sont en train de "tuer" notre humanisme sur l'altérité, pourtant tellement nécessaire à la santé mentale de notre monde !
Je vous confirme personnellement que, rien que sur Linkedin (pourtant, pour moi, peut être le meilleur réseau social en terme d'informations factuelles), la "parano" de l'infiltration croissante et bien dissimulée par les labos d'IA, via une multiplication exponentielle des faux-profils, notamment dans les milieux de la psychologie clinique, ou de la psychanalyse.
Ce phénomène est en train de se répandre et de démolir toute la confiance inter-individuelle, ou inter-subjective, ou encore inter-humaine sur les réseaux sociaux et dans nos interactions, c'est selon chacun... Cela devient même épouvantable au sens réel du terme ! C'est du moins ce que révélait Pol Longrée, ce psychologue clinicien, de formation freudienne et lacanienne à l'Université Catholique de Louvain (UCL).
C'est bien en conclusion de tout cela que nous développons dans nos pratiques cet intérêt pour les pratiques de l'art, de tout ce qui, totalement subjectif, "fait rencontre", introduit l'émotion partagée, etc... Redisons le : "Nous ne sommes que de l'autre" voire de tout ce que nous lui partageons et lui reconnaissons ! Ainsi, le problème ne sont pas les écrans mais la perte de l'altérité.
*https://www.fugitisme.fr/post/fugitisme-disparition-autre-numerique
Jean-Marc SAURET
Lire aussi : " Particularités et conséquences de la Post-Modernité "

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
Vos contributions enrichissent le débat.