J'ai envie d'aller plus loin que mon précédent article et montrer comment, en quoi et pourquoi le néolibéralisme n'a rien de libéral et que pouvons nous y faire. Ce qui caractérise le libéralisme est la logique de marché prédominant dans les échanges sociétaux de types commerciaux. Ils sont fondés sur la liberté de choix et les logiques d'échanges sur des valeurs en miroir (voire communes) d'un groupe à l'autre, d'une situation à l'autre. Et je ne suis pas le seul à le penser.
La philosophe politique Barbara Stiegler, par exemple, montre, dans ses travaux sur le néolibéralisme, notamment dans son ouvrage "Il faut s'adapter ! (Sur un nouvel impératif politique...)" que notre nouveau monde économique est loin d'être libéral. Elle nous rappelle que le néolibéralisme trouve son socle dans les années trente en combattant les totalitarismes de toutes formes et en comprenant que l'homo économicus n'est pas "conforme" à la logique de marché, qu'il convient donc de le façonner pour qu'il y soit. D'où la nécessité d'un état fort omniprésent, jusqu'à être invasif... Il se trouve, comme nous l'avons vu lors de précédents articles, que l'orientation des échanges et partages sociaux ne suivent plus la même logique néolibérale.
D'une part, les échanges ne profitent plus toujours aux mêmes et voire pourraient déraper, échapper aux "maitres du monde" actuels, ces propriétaires auto-proclamés. D'autre part, dans les années trente, ces nouveaux libéraux réagissent aux totalitarismes récents incarnés alors par Hitler et Mussolini. Ils rêvent d'un monde marchand qui s'autoréguleraient à condition que les gens soient "dirigés" dans ce sens. Il leur faut éviter le retour des dérapages politiques anciens ou récents.
Il se trouve que totalitarisme et néolibéralisme partagent la même propension radicale à user des techniques de "fabrication du consentement", chères à Walter Lippmann et Edward Bernays. Bien que les néolibéraux prétendent combattre les totalitarismes de tout poil, ils sont de la même nature totalitaire, et s'effondrent de la même manière, depuis les mêmes réalités.
L'industrialisation fatale de “la fabrique du consentement” se développe avec les médias, qu'ils soient de masse comme la télévision et le cinéma, ou personnalisés comme par et avec l'internet. Ces deux “modèles” produisent le même effet hypnotique. Cette pratique industrielle déconstruit la personnalité pour lui substituer un comportement social dont les caractéristiques sont l'acceptation et la soumission. Il s'agit bien, en effet, d'une politique totalitaire. Alors, osons l'affirmer : le néo-libéralisme est bien un totalitarisme et on comprendra mieux ainsi pourquoi et comment, comme tout mastodonte, il s'effondre aujourd'hui par sa démesure.
Dans sa propagande, le néolibéralisme se présente et se propose comme un portail de liberté et en favorise la sensation. Le client est roi et tout lui est dû. Nous sommes bien en présence de la fabrique d'enfants de trois ans, omnipotents, directs et gourmands de vie. C'est de cette illusion que vient la trompeuse sensation de liberté. De fait, la culture néolibérale ressemble bien à une soumission totale aux pulsions de désirs et d'envies, leviers de ce nouveau totalitarisme. Ce sont les mêmes stimuli que provoquent et produisent sa propagande.
Il est vrai que notre environnement, duquel nous sommes de fait partie intégrante, participe à ce que nous sommes. A l'instar de la phénoménologie de la perception promue et développée par le philosophe Edmund Husserl (qui considère chaque objet dépendant du fond sur lequel il est vu) ce que nous sommes se met en relief de ce dans quoi nous sommes : notre environnement, notre communauté.
Sans l'avoir bien compris, les néolibéraux l'ont utilisé. Il ont fabriqué industriellement le consentement des peuples via l'appropriation et le développement des communications et du divertissement. Ils ont installé l'idée que penser autrement était dès lors une déviance inacceptable. Ils ont fabriqué les moules du nouveau citoyen devenu consommateur et ont œuvré à ce que chacun reste dans le moule. Ils ont fait de chacun le gardien du système. C'est bien là la forme du totalitarisme, seul contre tous dans la peur, la honte et le désir de plénitude, ce qui conduit directement à la frustration, cet autre moteur de l'obéissance.
Aussi, comme je l'ai déjà évoqué, notre environnement social et sociétal contribue à notre identité. Il en est partie prenante et donc, de ce fait, il la constitue. Mais encore, la plainte que nous formulons à l'encontre de notre cadre de vie insatisfaisant est aussi une formulation de l'environnement qui me constitue. Il devient alors partie intégrante de mon être. J'en suis donc le co-créateur. Je comprends alors que j'ai la main pour changer et faire évoluer mon environnement, c'est à dire "mon fond", cette part de moi, la "référence" dans quoi je bouge et manœuvre : il s'agit donc bien de moi-même. Alors, qu'attendons nous pour le faire bouger ? Nous savons que la réalité est l'échos de ce que nous croyons du monde.
Si le néolibéralisme est un totalitarisme ordinaire doté de sa doxa routinière et mortifère, alors ce n'est pas mon cadre social et sociétal rêvé. Je peux m'en désolidariser, le déconstruire, et m'en défaire, m'en dissocier. Les peuples que nous disons premiers ont construit un monde interdépendant, solidaire et créatif, autant que récréatif. Prenons alors simplement exemple sur eux, et reconstruisons pour nous, ici et maintenant, ce monde meilleur, solidaire et bienveillant dans lequel nous souhaiterions, et voudrions vivre ! Si nous "voulons" vivre, et vivre ce changement, alors, le choix s'impose : il “suffit” d'en prendre conscience et de vouloir la transformation… Ce n'est peut être pas le plus simple, alors, “Raison” de plus ...

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