Penser en mode "moderne" consiste à se “faufiler”, par analogie et déductions, dans les concepts d'un monde absolument matériel. Le paradigme matérialiste constitue le cadre globalisant de cette vision, qui devient ainsi une analyse réputée “compréhensible” de l'univers.
Penser revient d'ailleurs au mieux à "démontrer l'intuition que l'on a eue" (c'est aussi ce qu'Einstein et Poincaré ont déclaré...). A partir de ces prémices, cette démonstration devient déductive et rationnelle, alors que, corrélativement, et dans une autre approche que l'on pourrait qualifier de spiritualiste, elle serait inductive.
Apprendre, dit la pensée bouddhiste, c'est se souvenir. Or, le souvenir n'est pas déduction mais induction. Il s'agit bien là d'une introduction directe, d'une conception, d'un aperçu, et donc d'un d'un conçu. L'apprenant voit ce qu'il cherche comme un souvenir. Ne vous est-il pas arrivé d'avoir ce que l'on appelle une illumination ? Subitement "C'est ça " ! Nous retrouvons le "Eureka !" d'Archimède.
D'un coup, vous avez ainsi vu la réponse à votre question, et le résultat de votre recherche comme s'il était déjà là. Alors, il nous faudra apprendre à réfléchir sur ce mode "immatérialiste", intuitif et inductif comme si nous allions "puiser dans la connaissance", ce que nous cherchons. Certains parlent des bibliothèques akashiques, d'autres de la connaissance universelle, qui serait sise dans le vide magnétique de l'univers. Mais pour ce faire, il va nous falloir lâcher prise sur nos approches rationalistes, celles qui justement, structurent notre conception du monde et de la réalité. Le concept de “divinité” n'y est peut être pas étranger.
La pensée hermétique nous indique qu'il n'y a pas plusieurs réalités, mais seulement plusieurs regards, car l'esprit est un, et il contiendrait tout. Il n'y a qu'une conscience, qu'une seule âme, qu'un seul homme “révélé”, et qu'une seule Monade. Ainsi, il n'y aurait qu'un seul esprit sous une diversité de formes. Il faut juste s'en souvenir, le connaître, le savoir...
Pour mieux comprendre, considérez la diffusion d'un livre. Factuellement, il est exactement le même pour chacun, et tous les lecteurs. Cependant, sa considération, son interprétation, ce que chacun en fait est à chaque fois singulier et unique. Quand les co-lecteurs en parlent entre eux, ils évoquent tout d'abord les sensations vécues à la lecture, puis, peut-être évoquent-ils des thèmes de l'ouvrage. C'est à ce moment, alors, que surgissent des expressions du type "Je ne l'ai pas vu comme ça !" ou "Ah bon ! C'est comme çà que tu l'as lu ?". Ainsi nous pouvons dire que l'esprit se comporte en “infinie possibilité” devenue manifeste.
Comme l'imaginait Spinoza, penser est non seulement un droit mais une manière sacrée d'exister. Nombre de religions, notamment celles du livre, proposent un chemin d'obéissance, de soumission et de foi dans des dogmes de vérités révélées. On y retrouve aussi, l'idée de la rédemption par la souffrance et le sacrifice. Les philosophies humanistes, comme celle de l'animisme, ouvrent la conscience vers un chemin de vie. Dès lors chaque être vivant est une parcelle de la conscience universelle, une voie qui en permet l'accès.
Penser le divin extérieur à toutes ces parcelles de conscience positionne "dieu" comme extérieur à nous même, voire supérieur. Mais développer cette conscience intuitive nous rappelle que nous sommes ce divin au seuil de l'univers du réel. Dieu ne parle pas, commentait Spinoza. Ce qui parle sont des hommes et ceux-ci ne parlent que dans le sens de leurs propres intérêts. La lumière ne vient jamais de l'extérieur, mais bien de l'intérieur, là où se trouvent l'univers et les dieux, comme le disait Aristote.
En effet, il est plus facile de croire en des histoires toutes faites, comme le proposent toutes les doxas, que de penser par soi-même et construire du sens au milieu du chaos, depuis le fond de nous-même. Ce qui se lézarde et s'effondre, quand la conscience produit la lucidité, n'est pas le mythe, mais le besoin désespéré d'en avoir un !
Nous n'appelons pas à "être sauvés", mais à penser librement, sans la peur, et sans les croyances susceptibles de s'effacer dans l'univers de la confusion et du trouble. Penser est cette lucidité qui balaye le réel, comme un “scan”. Nous sommes “la lucidité”, dès lors que nous lâchons dogmes et croyances pour regarder la peur et le réel en face. A partir de là, la peur s'efface d'elle-même, car, qu'y aurait-il à craindre puisque nous sommes de ce paradigme de la conscience universelle ? On nous a dit que la peur n'efface pas le danger, mais de quel danger s'agit-il, dans la mesure où nous sommes de ce grand tout, de cet au-delà du mot, et de l'effondrement des dogmes pour la révélation du réel ?
Alors pourquoi expliquer et tenter de "prouver" ce qui nous apparaît vrai ? C'est bien là le retour de l'ancien paradigme matérialiste. Un peu comme si n'existait que ce qui est démontré, mesuré, et quantifié. C'est ce à quoi ont répondu Poincaré, Einstein, Pascal, Descartes et bien d'autres. Ils ont tous eu la vision conceptuelle de ce qu'ils ont ensuite démontré par le raisonnement, afin d'être entendus et crus. Mais était-ce bien nécessaire ? Pour les tenants du matérialisme, oui, c'était indispensable,... mais totalement inutile pour "entendre" et "voir" le réel...
Ce n'est pas parce que les choses sont perçues et dites depuis ce paradigme matérialiste et rationaliste, que le réel est démontré ou prouvé par ces développements rationnels. Dans nos réalités, au fond de nous-mêmes, la contemplation, la méditation, l'intuition viennent apporter leur part de réel effectif, celui qui justement n'attend ni démonstration, ni preuves, mais juste le savoir, la connaissance, la vision aperçue.
C'est là que bascule le socle de notre paradigme, qui se trouve ainsi… bousculé. Il ne s'agit plus de démontrer mais de connaître. Or, la connaissance relève de l'expérience et de la contemplation. Combien de fois avons-nous échangé avec un quidam qui, faute de nous avoir convaincu, adosse ses allégations à la réalité de son métier, de son vécu, de ses expériences, de ses diplômes ? Nous avons quitté ici le champ matérialiste de la démonstration pour celui, toujours matérialiste, de l'action : la preuve par le vécu.
Il ne reste qu'un petit pas à faire pour arriver dans le "Je sais" ! Dès lors, on ne débat plus, on ne démontre plus, on n'explique plus. On raconte simplement comme on raconte des histoires, des fables à des enfants. Et ceux-ci nous entendent. Nos propos laissent la trace indélébile de la réalité que l'on a dite. Et même que ce à quoi l'on croit finit toujours par exister...

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