"Ce n'est ni le monde ni ce que nous y sommes ou y faisons qui nous font peur, mais l'idée que l'on s'en fait, car la vision guide nos pas. Et sur cela, nous avons la main. C'est là toute la puissance de notre pensée ! " Après avoir durant des années posté ici réflexions et conseils sur le management des organisations, je livre aujourd'hui une vision de la réalité, au plus profond de soi même sur l'être et l'univers. Profitez ! Si vous êtes désireux d'accomplissement personnel, ce blog est pour vous. Fouillez dans ces plus de 500 articles ! Commentez ! Partagez ! Si ces contenus vous intéressent, le droit de copie, même partiel, est sous Licence Creative Commons : chacun est donc libre de les reproduire, de les citer comme il le souhaite, à l'expresse condition d'en indiquer chaque fois la source et de ne pas en faire commerce.

Excitation ou émotion ? (01 04) C

L'excitation, aujourd'hui, a pris la place de l'émotion. Au lieu d'ouvrir à des connaissances plus profondes, cette agitation ouvre à l'urgence, à la précipitation, à la peur, à l'erreur, à la bêtise, à la soumission, en un mot : à la dépendance...

L'excitation est une activité qui satisfait le mental, quand l'émotion remplit l'âme et le cœur. Dans le temps, on entretenait les choses et les relations, puis on réparait ce qui était abîmé. Aujourd'hui on le jette et on le remplace. Consumérisme... Alors que l'on construisait une vie à deux, aujourd'hui on partage un temps, et puis on jette, et on recommence "un autre couple". Quand il y a quelque temps encore, on vivait au sein d'une famille, aujourd'hui on zappe d'un partenaire à l'autre, sous l'invocation "et pourquoi pas ?", et puis, on a quelques amants ou amantes à l'occasion... Ainsi, il s'agit plutôt de jouir que d'aimer. D'ailleurs le mot "Jouir", est passé du sens d'avoir "l'usage de quelque chose" au sens exclusif de "tirer plaisir".

Mais qu'est-ce qu'aimer ? Nous faisons très habituellement la confusion entre "aimer" et "apprécier". Dans nos expressions langagières, on "donne de l'amour" et on "prend du plaisir". Dans d'autres expressions, on ne "prend pas de l'amour", bien qu'on "donne du plaisir". Nous sommes passés du "partage de bonheur" à le "trouver" : une démarche individualiste s'il en est, et particulièrement égocentrée. Et pourtant, nous avons appris que nous ne sommes rien sans l'autre. C'est ainsi que nous zappons de tribu en tribu... Nous sommes d'ailleurs devenus des champions du zapping !

Parce que nous sommes passés de "faire plaisir" à "se faire plaisir", nous sommes passés de la solidarité bienveillante à l'individualisme concurrentiel. Au lieu d'être "indispensablement" membre d'une "tribu", d'un collectif, nous nous soumettons à la solitude de l'individu, centre de son monde, centré sur son seul monde. La liberté n'est plus de choisir ce que l'on a, mais de se soumettre à l'excitante impulsion de la seule jouissance. En effet, dans ces conditions, la jouissance se réduit à la seule perspective du plaisir, et à la simple idée d'en "jouir".

Pourtant nous avons tous en commun une culture, un environnement, des faits qui nous impactent. Mais qu'en faisons nous ? Nous agissons, de fait, en fonction du regard que nous posons dessus : celui d'une intention, d'un désir sous-jacent, d'un but à atteindre, pas d'un état de bonheur opportun. Le néolibéralisme développe une culture individualiste et concurrentielle de consommation. C'est un peu comme si nous naissions seuls et mourrions seuls. Mais nous ne sommes “ que de l'autre”, et donc “que de, et par l'autre”. Revenons a ces fondamentaux qui font que nous sommes des enfants culturels de la tribu. Sinon nous mourrons : c'est la leçon de "l'expérience interdite" (j'en ai plusieurs fois parlé). Ainsi, ce que je vis dépend des autres et j'en suis moi-même coresponsable, comme je suis coresponsable de ce que chacun vit, comprend, et développe.

Mais le champ de l'excitation dans notre société n'est pas indépendant. Il enclenche d'autres concepts, d'autres réactions, d'autres conséquences et priorités. Je pense à l'urgence et à ce principe absurde de "gagner du temps" ! Mais pour quoi faire sinon en gagner encore ?. Il en va de même avec la richesse d'argent et de biens, comme s'il s'agissait de la finalité absolue, universelle, et réputée incontournable. En avoir davantage est certes excitant mais ne sert strictement à rien puisque le seul objet (outre qu'il est celui que l'on n'a pas) est seulement l'excitation d'en avoir plus, toujours plus. Par essence il s'agit juste de la perspective d'avoir ce qui manque. Comme le disait Mère Teresa : "Ces pauvres qui n'ont que de l'argent..."

Et puis, plus nous en avons et plus nous avons la peur au ventre d'en perdre. Perdre un peu de tout cet amoncellement excitatif ! Il me revient cette histoire d'un papa qui, donne à sa fillette une pomme dans ses mains. Elle sourit, toute contente. Puis il lui en donne une autre, puis une autre, et encore une autre et le sourire se transforme en rictus. Puis encore une autre que la fillette laisse tomber et elle pleure...

Et puis, l'excitation est aussi dans la production de peurs, dans “vivre la peur”. Alors nous nous expérimentons dans l'horreur, le manque, la sensation de ceci ou de cela jusqu'alors inconnu, du moins à ce point. Quand nous nous privons, c'est pour gagner sur d'autres plans, comme perdre du poids pour gagner en esthétique, en conformité à la norme, et avec, toujours sous-jacente, l'excuse d'un potentiel mieux être... comme si l'effort était la condition du gain et que tout le projet serait bien sûr de l'éviter.

Inutile de réfléchir, de penser, de comprendre puisque seule compte la sensation d'excitation. Penser, réfléchir ? Mais pour quoi faire puisque la jouissance est là, à portée de main. Etre intelligent est idiot puisqu'être malin suffit à atteindre cet objet : l'excitation. Développer l'inconséquence, l'absurde et l'immédiate perspective de jouissance s'avère suffisant ! Cultiver l'économie d'effort pour un maximum d'excitation revient à la vraie vie. Etre stupide, idiot, bête, n'a pas d'importance puisque l'objet n'est pas de transformer les choses, donc de comprendre leurs réalité, mais juste d'en jouir...

Alors à quoi bon se battre, résister aux courants des pressions et directives sur nos vies, puisqu'il est plus facile de se laisser faire, d'abandonner toute résistance pour qu'il ne reste que de bonnes sensations de jouissance... "Du pain et des jeux" était devenu la devise de la société romaine en pleine déliquescence, juste avant son effondrement total. Même l'invention du christianisme paulien par l'empereur Constantin n'y suffit pas, peut être seulement d'en retarder l'échéance.

Il ne reste plus, à l'instar des romains de l'empire de Constantin, qu’à se laisser glisser dans les draps de l'excitation jusqu'à l'effondrement final. Alors que vienne l'inconséquence, la consommation jusqu'à l'excès, loin de toute responsabilité. Les principes, dès lors, deviennent bien inutiles. Ils se trouvent bien loin de toute éthique. Le tout s'avère plein de non sens. La soumission à la levée de nouveaux désirs immédiats devient dès lors le nouveau dogme de vérité. Nous voici bien proches d'une autre définition de la “bêtise”. Arrive alors une nouvelle sorte d'esclavage, fait de sensations et d'inconscience. Autant d'éléments qui nous anesthésient, abusés que nous sommes par ces perspectives de jouissances.

Bien sûr, nous ne nous étonnerons pas de nous voir bousculés comme les noix d'un sac versé dans l'escalier, et ce avec tout autant de soif de respect et de considération. Voilà comment nous avons fait la confusion entre sentiments et sensations, et ce au détriment du bonheur...

Jean-Marc SAURET
le mardi 1er avril 2025

Lire aussi : "Bienveillance"

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos contributions enrichissent le débat.