mardi 30 juin 2020

"Seule une affection peut arrêter une affliction"

On pourrait écrire tout un ouvrage sur le sujet de ce jour tant il me paraît large, profond et complexe. Il ne s'agira donc pas, de faire ici une description exhaustive de la problématique mais de poser le sujet, d'ouvrir les champs et d'indiquer des axes susceptibles d'émerger. Le détail des approches et résolutions se trouve et se trouvera dans les différents autres articles de ce blog (notemment), leurs titres nous servant de guides.
En tout premier lieu je me pose la question du sens des mots dans cette assertion en place de titre. A savoir ce que sous-tendent les deux termes d'affliction et d'affection.
L'affliction, si l'on parcourt les différents dictionnaires, porte un ensemble de sens convergents qui va de la peine profonde, l'abattement, la détresse, l'accablement, à l'affectation de l'âme, la grande douleur morale, voire le malheur, la désolation. On entend également, dans son prolongement, les notions de dévastation, de saccage, de ravage et de ruine. Nous voici en présence d’un spectre extrêmement connoté. Ce mot porte autant le sens de la douleur que de la déconstruction. Quand elle est avérée, tout est définitivement défait et sa trace restera, probablement indélébile. C'est bien ce que l'on en comprend.
Dans un champ plus restreint, celui du "spirituel religieux", il contient aussi le sens d'une génuflexion, d'un acte d'humilité, voire de la pénitence. Apparaît alors ici une dimension volontaire, ou du moins acceptée, du concept. Si elle ne l'est pas a priori, alors l'idée de "résoudre l'affliction" devient possible. Bien que l'a simple acceptation des choses qui ne nous vont pas soit un bon moyen de ne pas en souffrirl'élimination, du moins l'amoindrissement, apparaît comme un bien salutaire. En effet, chez les stoïciens, la chose qui est du champ sur lequel nous n'avons pas la main, est à accueillir plutôt qu'à combattre ou à y résister. Si ce n'est pas de l'accepter, qu'est-ce qui pourrait alors réduire l'affliction ? L'affection nous dit le taire. Mais alors regardons de plus près.
Si l'on consulte les doctes ouvrages, on retrouve deux affections : d'une part cet amour lié aux liens sociaux émotionnels, ou ce début d'amour parfois lié à la séduction. D'autre part nous trouvons la maladie qui s'attaque aux corps. On l'utilise notemment quand on parle des affections cutanées ou des voies respiratoires, par exemple...
Pourquoi l'une ou l'autre de ces affections réduirait ou arrêterait l'affliction. Nous connaissons la puissance de l'émotion et l'on en retrouve toute l'ampleur efficiente dans les phénomènes de somatisation, tant positive que négative. Nous savons que les douleurs morales peuvent occuper des parties du corps et s'y manifester sous forme de lésion, de pathologie, soit d'affliction. Nous savons aussi qu'un optimisme fort peut développer le système immunitaire de la personne. C'est justement ce fait qui va la rendre plus invulnérable aux attaques virales ou bactériologiques. 
Alors, l'affection d'un proche ou pour un proche développerait les capacités physiques et physiologiques de la personne. C'est ce qu'affirme la sagesse populaire et nombre de légendes en citent des exemples. C'est l'histoire de ce prince muet de naissance qui, devant l'agression des gardes du château, alors qu'ils s'en prenaient par erreur à sa mère, s'écria : "C'est la reine !".
C'est cette autre histoire d'une mère, lors d'un accident de voiture, qui aurait soulevé l'un  des véhicules parce que son fils se trouvait dessous.
C'est l'histoire d'un autre enfant, fragile celui-ci, (et il est utile de préciser que la famille croyait en lui) et qui, perdu dans la foule, erra durant trois jours dans une ville qu'il ne connaissait pas. Jusqu'à ce qu'il retrouva, à l'issue de cette errance (on dit par intuition) les membres de sa famille inquiète.
Oui, dans ce sens, et sous ces conditions, nous comprenons ce que l'assertion-titre veut dire. L'affection de proches ou pour un proche déconstruit les afflictions.
Mais qu'en est-il de cette affectation physique qui réduirait l'affliction ? Comment la maladie peut-elle résoudre le malheur ?
Nous savons que des altérations de capacités physiques ou mentales provoquent des compensations. Ainsi, quand des neurones sont déficients, le chemin du signal neuronal change. Il me revient ce cas, et j'en parle dans l'une de mes chansons, d'une personne née sans bras qui avait développé une grande "dextérité" de ses orteils, ses pieds jouant parfaitement la fonction des mains. C'est aussi le cas du pianiste de jazz, Ray Charles. Aveugle, il reconstituait "l'image", la représentation, de son environnement seulement à partir des sons qui lui parvenaient. Là où personne ne voyait l'oiseau derrière la vitre, lui l'avait entendu et signalait sa présence. Les exemples ne manquent pas.
Mais il s'agit peut-être d'autre chose. Je pense à ce cas où la personne, lors d'une randonnée en montagne, très préoccupée par son incompétence à se diriger la nuit, forçait sa marche le soir venu alors qu'une cheville endolorie la faisait souffrir. Elle en oublia même cette douleur qui, dans d'autres conditions l'aurait arrêtée, en l'empêchant de marcher.
Il y a donc bien, là aussi, des affections physiques qui stoppent des afflictions. Nous connaissons tous ce type de cas où nous avons dépassé quelques afflictions alors qu'une affection nous tourmentait davantage.
Mais allons plus loin. Ce qui existe au physique existe tout autant au moral. je rappelle cette expression qui m'est si chère : "La vision guide mes pas !" C'est bien, au physique, la vision du but qui me fait avancer alors que j'apprends la pratique du vélo ou autres. Nous savons qu'au plan psychologique il en va de même. La représentation mentale du but, de mes propres capacités et des contraintes environnantes est déterminante dans la décision de mon action et de ma façon de faire.
Hé bien, en la matière, nos affections mentales, comme la peur, l'envie ou le doute, rédhibitoires pour passer à l'acte, peuvent nous être utiles quand les circonstances s'y prêtent. C'est justement le cas quand l'affliction que l'on voudrait résoudre (ou dépasser) se fait trop gênante, trop prégnante, voire obsessionnelle. Une personne, en balade accompagnée en haute montagne, alors qu'elle était affectée de vertiges, associés à une peur panique du vide, se trouva prise dans un orage. Elle fut pourtant en mesure, en dévalant les éboulis, et donc une pente vertigineuse, de montrer à ses collègues la voie à suivre pour s'échapper au plus vite de la zone d'orage. 
Sortis de cette situation dangereuse, chacun lui demanda comment elle avait fait pour se transcender ainsi et inventer cette solution radicale. Elle répondit qu'elle ne savait pas, et avait eu trop peur. Elle s'était revue subitement toute jeune, dévaler des terrils en les "skiant carrément" dans ses chaussures. Elle avait donc, par peur, retrouvé cette attitude et ne se souvenait même pas comment elle avait "skié" ces éboulis.
Mais pour ce faire, il faut des conditions particulières, et il est indispensable que les souvenirs "portent" l'espoir de solutions. C'est à ces moments que l'on trouve, ou retrouve, un savoir-faire atypique. Des occurrences, comme les éboulis, sont là. Elles sont identifiables à du connu... comme la poussière des terrils par exemple.
En fait, comme le disait Marc Aurèle, ce ne sont pas les choses qui nous gênent mais le regard que nous leur portons. En fait aucune affection en tant que telle n'est préjudiciable au succès contre une affliction. Elle peut même constituer une véritable opportunité.
Il n'est pas rare que ce soit, comme dans cette histoire, la faiblesse qui soit la porte du succès. C'est bien à cause d'une irrésistible peur du vide, que la personne, prête à y succomber, vit la solution revenir du fond de sa mémoire : skier le terril !
Oui, nos freins sont le doute, l'envie et la peur, mais ces freins sont aussi des chemins d'opportunités, des passages pour vaincre des afflictions plus grandes encore. Notre héros a bien dit qu'il ne se souvenait pas comment il s'y était pris. Seule la vision du terril l'avait occupé et qu'il avait refait ce qu'il avait fait avec bonheur gamin. Lâcher prise sur le réel actuel permet de laisser monter toutes ses connaissances intuitives. Cela s'appelle aussi de la folie, ou bien de "la sagesse". Lâcher prise et accueillir l'enfant qui est en nous pour qu'il nous indique la réponse à la situation, bien de sages anciens l'ont préconisé...
Alors j'aime à me rappeler que nous n'avons à viser que la sagesse et la beauté sans jamais se faire une obligation de rien... C'est me semble-t-il le vrai lâcher prise : sortir de toute réflexion raisonnable pour laisser monter ce qui sommeille en nous.
Voilà pourquoi et comment une affection peut arrêter une affliction...

Jean-Marc SAURET
Le mardi 30 juin 2020




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