mardi 7 janvier 2020

La résolution de phénomènes sociaux : le cas des gilets jaunes

La quasi totalité des phénomènes sociaux naissent sur un motif superficiel, quasi anodin, mais socialement recevable et concernant un grand nombre. Il est une sorte de lieu commun vers lequel convergent des groupes aux intérêts divers. Ensuite les motifs s'affinent, les raisons se précisent et les discours se construisent plus exactement. Mais il faut que l'action commune de rébellion ou de résistance soit effectivement posée pour que cela soit. Dans le phénomène des gilets jaunes, par exemple, le point de convergence fut l'augmentation des tarifs des carburants. Ensuite, nous avons vu émerger différents motifs de mécontentement, différents discours singuliers pour qu'enfin, après quelques semaines, ce soit un projet de changement de société qui s'affirma.
La réponse à ce type de phénomènes sociaux est simple. C'est soit l'intégration, soit la répression. Dans l'intégration, le débat est instamment ouvert et les échanges rationnels commencent jusqu'à l'obtention d'un lieu commun d'entente, puis d'accord. La chose est simple et constructive. Je pense, par exemple, aux accords de Grenelle qui ont succédé aux événement de mai soixante-huit.
Et puis il y a parfois le choix de la répression. C'est une succession d'action posées jusqu'à ce que la population se taise. Mais que fait-on à un enfant qui pleure ? Le punit-on, le menaçons-nous, le battons-nous jusqu'à ce qu'il se taise ? Bien sûr que non car nous savons bien que cela est contraire au résultat attendu, contraire à la dynamique qui est là sous nos yeux.
Soit l'enfant crie de plus belle et c'est une bonne conséquense qui nous amène à changer de stratégie. Soit l'enfant se tait et nous ne savons pas à ce moment là que nous avons "fabriqué" un rebelle, peut être à vie, ni comment cela se manifestera par la suite...  Pseudo ''réussite de très court terme'', ou victoire à la Pyrrhus ? Si les enfants sont plusieurs à vivre ensemble la situation, alors peut-être avons-nous solidarisé un groupe de rebelles qui s'auto-alimentera jusqu'à la victoire : notre chute. On ne sait juste pas quand ce sera...
Là, le problème devient crucial. Un enfant battu qui se tait est un rebelle qui se prépare, voire un psychopathe, comme aime à le dire la sagesse populaire actuelle. Imaginez s'il s'agit d'une population... Le phénomène de rébellion n'est donc pas tu mais seulement repoussé. Certes, il ne réapparaîtra pas avec la même intensité, mais avec une violence et une détermination bien supérieures. Et ces réactions peuvent n'avoir plus rien de raisonnable, avec leur cohorte de haine et de colère trop longtemps rentrées. Nous sommes alors là face à des phénomènes d'insurrection encore moins métrisables, ou canalisables. La réponse violente s'appelle alors une guerre civile.
Mais si dès le départ, on intègre la revendication à la problématique sociale, voire sociétale, alors, comme dans les accords de Grenelle, une convergence d'intention apparaît et une troisième voie peut être trouvée. Mais pour le savoir, il faut parler, écouter réellement, ouvrir un débat honnête et surtout pas une mascarade de débat. Un débat de type monologue néo-explicatif ne fait qu'empirer les choses, augmenter les résistances et sublimer les actes de réprobation.
Ainsi, quand le débat est arbitré et organisé par une seule des parties, et assortie d'une orientation mono-axe, que si, de plus, les débatteurs sont sélectionnés par la même partie, et que la circulation de la parole est bloquée par le protocole, alors tout le monde comprend qu'il y a là une supercherie. Les conséquences risquent d'être terribles.
Mais, imaginons, à contrario, par exemple, la situation sociale suivante : des gens dans la population se plaignent des difficultés de circulation, et de l'immobilité dans laquelle ils sont contraints. Par ailleurs, en étudiant la situation, on s'aperçoit que tout le marché du vélo est en régression. Si, dès lors, les responsables des infrastructures développent un réseau de pistes cyclables, avec toute une infrastructure de garage, de stationnement, de location, d'échanges, etc. alors une dynamique en réponse apparaît.
Certes, elle ne résout pas tout mais elle soulage déjà les déplacements de proximité, ouvrant un "possible", avec une zone de progrès. Cela introduit l'hypothèse qu'en la matière quelque chose est faisable, qu'à partir de là, la situation peut changer. Il devient alors certain que l'intention de résolution de la problématique se trouve partagée. La voie de progrès est ouverte et le chemin d'une reconstruction, d'une co-construction, est, dans la représentation de tous, envisageable.
Cette nouvelle facilité dans les déplacements de proximité est alors vécue comme un soulagement pour tous et un espoir pour chacun. Alors les acteurs sont enclins à devenir collaboratifs. Ils vont aussi créer de nouvelles solutions que la gouvernance organisatrice n'aura plus qu'à intégrer à sa politique. Mais pour cela, il faut une intention commune : le bien-être de chacun et de tous, soit l'intention d'une politique égalitaire accueillant librement tous et chacun, et œuvrant pour eux.
Si la fraternité est la somme de la liberté et de l'égalité (comme l'écrivait Jean Castaldi), quand la liberté est réduite et l'égalité bafouée, voire confisquée, alors partout la fraternité se délite en égoïsme. Le signal d'un individualisme forcené est donné et il ne demande qu'à s’amplifier.
Le fait est que, plus on est haut dans une hiérarchie, plus la mission est universelle, d'autant plus essentielle. Si l'on y poursuit des intérêts personnels (et de plus ouvertement), on devient alors un traître, un parjure et un escroc aux yeux du plus grand nombre. C'est au choix...
Alors, pourquoi une telle mauvaise posture chez notre Président ? Pourquoi même une telle radicalité, dirai-je ? Parce que nous avons affaire là à un idéologue. Sa représentation du monde est binaire. Et comme tout idéologue, il est enfermé dans sa posture de représentant de l'axe du bien. Tout ce qui lui résiste est donc dans l'axe du mal. Il s'installe dans une moraline, comme l'aurait dit Nietzsche, qui condamne l'opposition et même le débat avec elle. Car il y a l'élite qui est bien pensante et le peuple qui ne comprend rien. Voilà pourquoi il a conduit sa politique et son dit "grand débat" de cette manière totalitaire, docte et hautaine.
Prisonnier dans cette moraline, par laquelle il fédère son "camp", il amalgame les oppositions dans un même sac où tout est populiste, antisémite, xénophobe, homophobe, raciste, voire même pédophile, pourquoi pas... Car il s'agit de "salir" tous et tout ce qui s'oppose à son "axe du bien". Ainsi, toute opposition est anathématisée, et proposée à la vindicte populaire, laquelle ne le suit pas. Mais il s'en moque car, par définition, le peuple, toujours dans sa moraline, est un adversaire idiot. Voilà pourquoi cette posture et tous ces choix contre-efficaces !

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