mardi 6 octobre 2015

Les nouveaux liens sociaux 3 – Prospective

Comme nous l’avons vu précédemment, les objets idéologiques "fonctionnent" comme les objets de consommation, c'est à dire comme des objets de désir identitaires, symboles de liens sociaux particuliers, tribaux. Le symbole est bien dans son sens premier cet objet, ce bout de poterie, qui permettait à des gens aux missions communes de se reconnaître. Le symbole est bien l'objet du lien social et son sens est celui que la culture lui trouve et que l’imaginaire reconnaît.
Je pense par exemple à ces couples en désir de parentalité qui, ayant fait appel à la GPA (voilà justement que le principe s'installe dans le concept, lequel s'institutionnalise dans un sigle)... Dès lors, ceci existe comme un objet et non plus seulement comme un phénomène : la critique et la mise en cause deviennent alors incongrues), réclament aujourd'hui d'être reconnus comme parents réels de l'enfant ainsi apparu. La mécanique ordinaire de cette procréation connaît les parents-géniteurs réels, soit le fournisseur des plaquettes et le fournisseur de l’ovocyte et de l'utérus où se développe le fétus, futur bébé. Si le père est le même que le géniteur (on sait la différence et le poids de son importance symbolique), la mère et la génitrices ne sont pas les mêmes. Si la génitrice se retire du processus-événement, la mère devra procéder à une démarche d'adoption, sinon elle sera la belle-mère, la marâtre de l'enfant comme la culture l'indique... eh bien ce n'est pas ce qui se passe. Le couple récipiendaire de l'enfant se proclame parent réel de l'enfant. Bizarre ! Finalement ce serait seulement le désir d'enfant qui ferait la parentalité ? C'est du moins ce dont la pratique témoigne.
Ainsi le processus est le suivant : cristallisation du phénomène en concept dans le mot et donc "consécration" du phénomène en objet de réalité : le phénomène discutable, analysable, devient du "sacré", du fondement, du réel indiscutable. Dès lors, le débat n'est plus possible : l'objet existe. Puis, projection du désir par dessus le phénomène social ordinaire. Il y a là une substitution de la réalité sociale par de la croyance, de l' "imaginaire". La duperie est alors complète...


Ouverture...
Nous savons aussi, comme l'indiquait Serge Moscovici à propos de la théorie des représentations sociales, que là où il n'y a pas de représentation, tout peut s'y installer simplement et rapidement, que là où une représentation est installée, sa modification sera lente et complexe. Ainsi donc, l'éducation culturelle est particulièrement prégnante. Elle est tout aussi incontournable. Quelle que soit sa qualité et sa profondeur, quoi qu'elle véhicule comme valeurs et références, la culture est le fondement du lien social, et la culture dominante aujourd'hui est celle de l'ultra-consommation (cf. l'article sur la post modernité : "Post modernité et alternation culturelle : 1 - L'homo consommateur"). Voilà pourquoi la question de la culture est des plus importante pour l'évolution du lien social, du vivre ensemble. Les déclarations des valeurs républicaines ne font rien à l'affaire si elles ne sont pas inscrites dans une démarche culturelle. Je pense toujours qu'une bonne chanson fait bien plus pour la paix et la tolérance que toutes les longues déclarations politiques.
Nous voyons donc là que l'imaginaire fait réalité, que le désir et l'émotion se substituent au réel, l'investissent pour en faire la réalité "vraie". C'est bien ça qui participe à l'évolution des liens sociaux. L'imaginaire et l'usage prennent le pas sur l' "essentiel", ce qui relève de l’essence même, s’il en est une... Tout de nos identités en dépend aujourd'hui. 
Ainsi, actuellement, dans un monde fractal, tribal et multi-culturel, il se développe un lien social d’une construction identitaire perpétuellement renouvelée dans l’action. Il s’inscrit dans une culture du "zappable" et de l'éphémère. Le lien social est donc toujours provisoire, ajustable à l’aune du désir et de l’imaginaire. Il est jouissif, inconséquent, synchronique, impermanent. Je ne dis pas que c'est bien ou mal. Je ne dis pas que c'est mieux ou moins bien. Je dis juste que, maintenant, c'est comme ça.

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 6 octobre 2015





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