vendredi 15 février 2013

Management - Le modèle du corps humain, jusqu'où ?...

On a souvent comparé le fonctionnement des organisations à celui du corps humain. Ainsi le mot "chef", qui voulait dire tête au moyen age, indique-t-il depuis l'époque moderne celui qui commande. Nous utilisons d'ailleurs aujourd'hui le mot "tête" pour désigner le groupe des dirigeants d'une organisation. Dans nombre d'approches la comparaison se décline. Ainsi, avons nous lu ou entendu que tel groupe d'acteurs était le bras armé ou le bras séculier d'un régime ou d'une entité. Combien de fois avons nous entendu la comparaison "la tête et les jambes" qui dans les années soixante dix avait même fait l'objet du nom d'une émission divertissante à la télévision ?


Mais poussons la comparaison plus loin. Cœur,  foie, rate, poumons, seraient les fonctions support de notre organisation corporelle, et les systèmes immunitaires, sa sécurité, etc.
Où je veux en venir ? Eh bien, dans toutes ces fonctions de l'organisation corporelle, combien sont elles dirigées volontairement ? Si nous arrivons par l'entraînement à "contrôler" notre respiration, notre volonté intervient-elle sur le système immunitaire, sur la production des globules rouges, sur le travail de nettoiement et de régulation des reins, du foie, de la rate ?... Certes non et si nous avions à le faire ce serait bien ennuyeux. Il me souvient de cette maladie rare que l'on nomme le syndrome d'Ondine où la personne arrête de respirer quand elle s’endort. L'appareillage devient alors indispensable.


Alors, si le corps est notre modèle organisationnel, s'il est la référence de nos fonctionnements, pourquoi voulons nous tout contrôler, tout réguler, tout vérifier dans nos organisations ? Du coup, cette prétention reflète quelque chose de paranoïaque. Pourquoi ne laisserions nous pas nombre de nos services faire comme ils l’entendent ? …leur laissant aussi un lien direct avec leurs "clients", les bénéficiaires de leurs productions et services ?
La société FAVI, société de production de pièces de fonderie pour l'automobile et l’industrie, sous l'égide de son patron Jean-François ZOBRIST, a déconcentré la décision, écrasé la pyramide, rendu à chaque opérateur de penser sa méthode, de produire et de contrôler ses pièces.  Dans le même esprit que ce que Ricardo SELMER a fait dans sa société SEMCO, au Brésil, dans les années quatre vingt, il déconstruit la pyramide en redonnant la totale autonomie responsable à ses opérateurs. Jean-François ZOBRIST, ne parle d'ailleurs pas d'ouvrier et de cadres dans sa société, mais bien d'opérateurs et de leaders. « Si vous mettez tout sous clé, vous vous faites voler, dit Jean-François ZOBRIST. Si vous laissez tout ouvert, les gens ne touchent à rien. »

Chez FAVI, comme chez SEMCO, on laisse l’autonomie le plus totale aux opérateurs dans leur production, de l’accueil du client, l’étude de sa demande, jusqu'à la livraison. « Ça marche bien mieux que quand on utilise des ingénieurs et des cadres » déclare le patron de FAVI.
Alors, à l’instar du corps humain, comme la personne ne s’occupe pas de réguler l’activité de ses viscères (et cependant le corps vit, et vit bien même), pourquoi voudrions nous que l’entreprise marche mieux sous contrôle ? L’expérience nous indique le contraire. La confiance semble être le cœur du système : « La preuve que desserrer l'étau étouffant les ouvriers en supprimant les échelons hiérarchiques et en leur faisant confiance est efficace ? Il n'y a jamais de retard de commande chez FAVI, jamais...»



Comme Luc BOLTANSKI, dans l’élaboration de la sociologie pragmatique, prône la valeur comme structurante de la vie de l’organisation, Jean-François ZOBRIST parie sur deux principes qu'il met au cœur de son entreprise : « L’homme est bon » et « l’amour du client ». Il pense ces deux valeurs comme la seule chose limitant la liberté de chacun, ou plutôt l’encadrant. A partir de là, tout est possible et personne n’a plus besoin d’indication. Ça marche ! Confiance et lâcher prise…
Jean-Marc SAURET
Vendredi 15 février 2013

Lire aussi : "Management, un nécessaire retour du gestionnaire à la "Clinique" "

Licence Creative Commons