Quand on a mal physiquement ou moralement, ça fait mal. En matière de gestion de la souffrance on tente d'agir sur les parcelles de réalité qui la produisent ? On parle alors de lâcher prise, de prise de hauteur, de considérer l'impermanence afin de retrouver la paix intérieure. Il s'agit juste de séparer la pensée de ce que l'on est. Ce que la sagesse bouddhique nomme "Anika". En effet nous ne sommes pas les pensées qui nous traversent même si celles ci deviennent obsédante ou terrifiantes. Elles finissent toujours par passer et nous sommes toujours là.
Les neurosciences nous indiquent en effet qu'une pensé ne dure au mieux que quatre vingt dix secondes si on ne l'alimente pas. Puis elle disparait... Il suffit d'attendre durant ces quelques secondes pour que notre esprit s'apaise. Pendant ce temps, nous alimentons ces pensées par la recherche de leurs causes afin de mieux les défaire. Ce que nous faisons alors se résume à les renforcer. La crainte nous fait creuser le mauvais chemin. Nous tournons en rond dans cette pensée corrosive et en produisons alors bien d'autres similaires et conséquentes alors qu'il suffit de s'arrêter de penser, de regarder passer cette pensée dure à vivre, comme on regarde dans le ciel passer les oiseaux.
Chaque pensée difficile devient obsédante et en fabrique de nouvelles toutes aussi difficiles et dures. Le bouddhisme appelle ce cycle infernal "samsara". On ferme un cycle en rompant sa course, c'est à dire en lâchant prise, en regardant passer cette pensée comme on regarder passer un nuage dans le ciel. Nous sommes le ciel et notre pensée n'est qu'un nuage qui passe. Il suffit de se dire simplement : "Voilà une pensée qui passe..." et elle passe.
En référence à la pensée quantique nous ne sommes que l'observateur et c'est lui qui fait la réalité. Décidons donc simplement de ce que nous observons : le ciel ou le nuage ? Si analyser c'est comprendre parce que comprendre déconstruit notre rapport aux choses, remettre la pensée dans son identité de nuage qui passe, la réinstalle dans l'impermanence et lui assigne un temps limité à quelques secondes.
Pour ce faire, les moines zens donnent un nom à chacune de ces pensées, un nom de la qualité de ce à quoi ils l'associent, à ce dont ils la reconnaissent, comme la honte, la culpabilité, la souffrance, la tristesse, la colère ou l'anxiété. Des recherches en neuroscience ont montrées que les personnes qui nomment leurs émotions les gèrent rationnellement alors que ceux qui ne les nomment pas les subissent de plein fouet comme une turbulence émotionnelle. C'est ce que les moines bouddhiste nomment la sagesse, et les chercheurs en neurosciences "affect labeling". C'est la même chose. Il s'agit d'un lâcher prise de déconnection émotionnelle, d'une distanciation. De fait, nommer une émotion nous autorise (voire nous permet) à reprendre le pouvoir sur elle.
Le bouddhisme nomme "Rikpa" la capacité à nommer en plus celui qui ressent, que ce soit de la peur, de la honte, de la colère ou autre. Ainsi, celui-ci reprend la maitrise des émotions et donc prend le pilotage de ses actions en retour. Il ne s'agit donc pas d'acquérir de nouvelles pratiques ou techniques qui s'avèreront peut être inutiles, mais de reconnaître et nommer les émotions qui apparaissent et de qui y est en jeu.
Il ne s'agit donc nullement de se forcer à l'insensibilité mais de délacer la posture de l'observateur. Comme lorsque nous jouons avec les enfants, nous lui disons: "Je te vois !" et l'enfant rit. Voilà comment la douleur devient un jeu simple et apaisant.
Par contre, ce que le philosophe américain Neville Goddard a développé dans sa philosophie est la puissance de notre propre pensée sur la construction de notre propre réalité. Il affirmait que la pensée avec laquelle on s'endort est définitive dans la réorganisation de ce que nous allons vivre car c'est dans ce moment là que notre inconscient est le plus à même de façonner notre réel, écrivait il...
Il prenait pour exemple l'histoire du moment où il désira quitter la Barbade pour aller vivre à New-York, chose logiquement parfaitement impossible à ce moment là de sa réalité. Il s'imaginait chaque soir déambulant dans les rues de sa destination rêvée jusqu'au jour où des circonstances favorables et inattendues se présentèrent. Et il arriva à New-York ...
On se souvient de cette perception développée par Jung quand il rapportait que ce à quoi nous pensons intensément apparait dans notre réalité, non pas parce que dès lors nous le voyons mais simplement parce que nous l'avons pensé comme déjà existant. On retrouve ce phénomène développé dans la pensée bouddhique.
C'est aussi ce que je développais dans mon ouvrage "La puissance de la pensée imaginaire" Retour vers l'animisme ( bookelis.com Paris 2024). On peut aussi le dire dans une courte phrase comme : "c'est bien ce que l'on contemple qui élabore notre réalité concrète". A vivre comme l'instant présent. Alors, après tout pourquoi pas ?


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