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Trois principes de punition (29 09)

Une conversation entre amis autour d'un cas patent de pédo-criminalité posa sur notre table la question de la finalité de la peine. Est-elle là pour arrêter une situation dangereuse ou hors la loi ? Est-elle là pour protéger la société de dangereux individus désocialisés ou asociaux ? Ou est-elle là pour éduquer le prédateur ? Je prendrai pour comparaison d'analyse le cas de l'arbitrage de matches de rugby que je connais assez bien et je reviendrai sur celui de l'arbitrage de football et nous en verrons quelques particularités.

Dans le sport de rugby, l'arbitrage d'un match est considéré comme la "direction du jeu". C'est à dire que l'arbitre est celui qui dirige et gère la partie, sans jamais influer sur les stratégies des équipes. Il dirige juste le cadre dans lequel le mach se déroule. Il dispose de trois outil : le sifflet qui stoppe momentanément le jeu en attendant une explication et une décision, et déclenche aussi le redémarrage de la partie. Il possède aussi deux cartons : le jaune qui exclue le joueur pour dix minutes et le rouge qui l'exclus définitivement de la partie et pourra de plus avoir d'autres conséquences en commission de discipline voire même sur la suite de la carrière du joueur. 

Dans la justice sociétale de tous les jours, le coup de sifflet arrête la situation et protège les acteurs dans la configuration présente. Le carton jaune envoie le joueur réfléchir un moment sur son action jugée dangereuse. Le carton rouge préserve tous les joueurs d'un acteur transgressant la règle jusqu'au point de mettre en danger l'intégrité d'autrui. Il est de ce fait exclu du jeux. Ce carton rouge réaffirme de droit, ce qui est possible ou pas de faire dans le cadre limité de la partie.

Dans la vie sociale et sociétale, le coup de sifflet est l'interpellation à laquelle personne ne peut se soustraire et risque une intervention plus lourde en cas, justement, de "refus d'obtempérer". On protège la situation en la stoppant immédiatement avant d'en analyser les différents éléments et composantes. Celui qui tient le sifflet est un référent de la règle, celui qui l'indique et la promeut. Il en est le garant actif. 

Le carton jaune est ce temps d'incarcération invitant le "prévenu" à réfléchir sur la situation, sur ce qu'il a fait et sur les conséquences intelligibles. La prison a donc théoriquement un temp de réhabilitation. Elle a ici une portée pédagogique propice à la réflexion et à l'analyse de la situation, des actes posés et commis. Si la prison et le système carcéral est considéré comme un adversaire, voire une force d'opposition, alors le système pédagogique ne marche pas. Si, de plus, des parties sociales prenantes, type association, prêtent assistance au prévenu, l'aspect pédagogique est totalement déconstruit, effacé, démonétisé... Cela peut aussi venir de la "socialisation" ou "désocialisation" de la peine que produit cette forme d'assistanat. Il ne reste alors que le recours au carton rouge et à la sortie définitive du quidam inconséquent.

A noter que dans le football, le carton jaune remet à plus tard et sous conditions la décision de la sanction. Le caractère pédagogique disparait donc dans un hypothétique "plus tard". On en comprend les conséquences dans la psychologie des joueurs. L'idée d'une éducation corrective se dissous dans un "on verra...".

Le carton rouge est une sortie définitive du jeux pour protéger le match afin qu'il puisse se dérouler sereinement jusqu'à son terme. Il sanctionne autant le faute démesurée que la posture du joueur qui ne réaliserait pas son "hors jeu". Les conséquences sur l'équipe qui perd un joueur peuvent être importantes, soit en produisant une incapacité, soit en surdéveloppant la motivation de l'équipe pour dépasser le handicap et peut-être remporter le match (comme a pu le vivre l'équipe du "Racing 92" lors d'une finale européenne). 

Le système d'arbitrage fait donc partie des conditions de jeu comme le temps, la pluie ou le vent. En aucun cas, il ne peut être un adversaire supplémentaire. Dans la vie de tous les jours, ce peut être donc la sortie définitive de la vie sociale, soit par une incarcération permanente irréductible, soit par une peine capitale.

Autre élément important dans ce sport, c'est le principe de solidarité absolue. Personne ne peut décider seul de la victoire. C'est le jeu collectif qui fabrique la victoire ou subie la défaite. Un joueur par trop individualiste pourra produire des conséquences négatives, voire définitives, sur le résultat du match.

A la différence d'autres sports comme le football, dans le jeu de rugby la victoire viendra plus de la coordination des talents que du jeu d'un ou de quelques individus.  Pour pousser la comparaison plus loin, je dirais que le football est un jeu de concurrences d'individu, qui, comme dans le néolibéralisme, oppose chacun à tous les autres quand dans le rugby l'interdépendance des acteurs impose la solidarité et l'action collective comme dans toutes société humanistes voire d'origine comme les peuples premiers. Si le football est un modèle néolibéral, éduquant dans ce sens de la performance personnelle, le rugby reprend les principes des sociétés premières comme la solidarité et l'interdépendance. On sait les qualités pédagogiques des structures sociales.

Ainsi, l'arbitrage est un élément du jeu dans le rugby alors qu'il peut être une force supplémentaire en jeu dans le mach de football. Tout dépend de la culture en vigueur chez les participants. Aussi, on a pu voir des "glissements" non éthiques dans l'arbitrage de matchs de rugby, même en coupe du monde possible du fait que l'arbitre est le directeur du jeu... Dont acte !

Jean-Marc SAURET
Le mardi 29 septembre 2026





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