mardi 9 février 2021

Accueillir l'intuition (9 02)

Comme je l'indiquais la semaine dernière, j'ai l'habitude de prendre un temps de méditation chaque matin, un temps de regard et de sensations de soi dans son environnement. Alors, l'intuition s'invite et ouvre à quelques représentations, sensations, liens vers quelques réalités inaperçues.

Hier, par exemple, contemplant le cloaque de notre actualité, m'est venue l'image actualisée de la caverne de Platon avec cette représentation : on juge de tout et on ne connaît du monde que quelques ombres au fond de la caverne. Conscients du phénomène, on cherche alors à sortir pour voir la lumière. Mais l'extérieur est inaccessible. Il n'y a pas de sortie car il n'y a pas d'extérieur. Alors, ne vaut-il pas mieux aller au fond, là où sont les ombres et se retourner pour enfin voir la lumière ? Car c'est au fond de soi que se trouvent toute l'humanité et toute la réalité des choses. (Oui, cela mériterait aussi quelques commentaires...)

Il m'est aussi arrivé de sentir que tout était lié, relié, chaque particule à chaque particule, chaque rayonnement à chaque rayonnement et que chaque particule est un rayonnement... Conscient que nous ne percevons par nos sens pas plus de trois pour cent du spectre des ondulations du réel (c'est du moins ce que j'ai appris dans mes lectures scientifiques), je comprends que l'univers est bien plus vaste qu'on ne le croit, bien plus profond, bien plus diversifié, bien plus dans le détail d'une architecture complexe.

Il m'est arrivé aussi de ne rien ressentir, de ne rien voir et de regarder mes pensées s'agiter et mes préoccupations quotidiennes m'envahir. Je comprenais alors que ce sont les peurs qui paralysent et font remonter ces agitations mentales, lesquelles bougent et tournent en tous sens, s'enchevêtrent sans rien résoudre... Ce sont des peurs idiotes de type "je ne vais pas y arriver", ou encore "ceci va me déranger" ou "cela est actuellement interdit et ça me gène profondément". Ce sont des peurs ordinaires auxquelles nous nous sommes habitués. Depuis elles nous habitent et quand quelqu'un nous fait remarquer que ce ne sont que nos propres peurs, nous avons tendance à lui répondre : "Mais tu ne te rends pas compte, c'est affreux...".

Ce sont aussi les frustrations, quelques blessures et agressions extérieures que l'on accueille à tort et que l'on fait siennes. Dès lors, nos préoccupations sont liées à la résorption de ces blessures et on oublie que ce ne sont pas les choses qui nous gênent mais le regard que nous leur portons. Dès que l'on s'en souvient, nous pouvons reprendre le cours de nos travaux avec sérénité. "Ce que pensent les gens de moi, ne me concerne pas. Cela concerne ceux qui le pensent" me rappelle à la sagesse ordinaire.

Reste donc à lâcher prise, à revenir au silence intérieur, à accueillir ce qui vient à nos perceptions, comme images et sensations. C'est alors comme une conversation avec l'univers. Comment enclencher cette conversation ? Simplement en lâchant prise, en "laissant passer les gamberges" comme on laisse passer les nuages dans le ciel, les poules sur la route, les chiens sur les chemins, etc... Nous n'y pouvons rien, ils sont là, de passage. Eh bien, qu'ils passent ! Eh bien, que les pensées passent aussi ! Restent alors les images, les sensations et quelques bribes d'une réalité qu'on croirait avoir inventée. Et pourtant...

Il y a cette pensée de Marc Aurèle qu'il adresse à ses dieux : "Donnez-moi la force d'agir sur ce que je peux changer. Donnez-moi la sérénité d'accepter ce qui ne dépend pas de moi. Donnez-moi la sagesse de bien faire la différence."

Alors je m'installe devant mon clavier et je laisse courir les images, et mes doigts les racontent. Tout arrive évident, structuré, construit. Il ne reste plus qu'à y penser, c'est-à-dire à regarder, prendre en moi et rattacher cela à tout ce à quoi j'ai "pensé" jusqu'alors, accueilli, histoire de parachever l'édifice. Chaque jour apporte sa pierre et il ne reste plus qu'à l'assembler aux autres, à les articuler. Accueillir l'intuition ne me paraît pas plus compliqué que ça. Et cela se fait presque à notre insu, en fait...

Jean-Marc SAURET

Le mardi 9 février 2021

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