vendredi 16 novembre 2012

La crise ! Quelle crise ?...

Nous avons pris l’habitude de parler de notre temps actuel comme d’un temps de crise et donc de traiter tout ce que nous y voyons comme des éléments de ladite crise ou comme des substrats de celle-ci. Ors, il ne me semble pas que tout soit crise mais que nous faisons peut être un peu de confusion et de mélange des genres.
Tout d’abords de quoi s’agit il quand nous parlons de crise ? En premier lieu nous parlons d’un moment entre deux, donc d’un temps de transition et d’instabilité. La crise est un temps exacerbé, un temps d’excitation ou des éléments sont en état paroxystique. Dans la notion de crise, nous entendons aussi la question du risque, surtout celui d’un effondrement, quelque chose de l’ordre de la maladie sociétale ou économique. Ça tombe bien, le mot nous vient justement de la culture médicale où il désigne un état exacerbé sur lequel nous avons à prendre une décision : crise de nerfs, crise d’asthme, crise de paludisme, crise de foi(?)... avec ou sans "e", etc.


Certes, oui, il y a une réelle crise économique et nous avons tendance à la penser aussi comme une crise de société. Si l’économie est en crise, il y a des économistes pour nous en expliquer les mécanismes (si tant est que nous voulions bien avoir une vision mécaniste de la société). En ce qui concerne l’évolution sociétale, nous assistons en fait à un changement, peut être majeur, de paradigme mais certainement pas, à mes yeux, à une crise. L’état de changement, s’il est la résultante de nombre de variables qu'influence l’économie, ce n’est que la représentation que nous en avons qui en fait un évènement ordinaire, extraordinaire, voire insupportable. Sénèque disait que ce ne sont pas les choses qui nous dérangent mais le regard que nous leur portons. Ceci semble toujours vrai à nombre de sociologues et psycho-sociologues.
Alors peut être devons nous séparer les choses. D’un côté nous avons une vraie crise économique et de l’autre nous avons une évolution sociétale rapide, sournoise et surprenante à la fois, et quasi radicale. Si nous succombons à la religion du chiffre, alors les dogmes de la croissance et de la primeur économique nous font lire la société comme exclusivement économique. Les petits sont mangés par les gros. Ce bon La Fontaine ne disait pas autre chose... Dans une société que l’on aperçoit fondée sur la prédation, il est normal que les loups mangent leurs proies. Cette vision issue d’un darwinisme qui me parait excessif, voire déplacé, nous empêche probablement de voir la société comme une dynamique humaine et donc de voir les nombreuses autres possibilités d’existences. Et si la société n’était pas une mécanique et si elle ne s’épuisait pas dans le chiffre?...


Voilà que nous venons de réunir les conditions essentielles et suffisantes pour penser l’évolution sociétale et ses ruptures successives, différemment du référent économique, et sans indexation nécessaire au "modèle". Nous pouvons ainsi envisager que c’est la culture qui donne la forme du lien social et que c’est ce lien social qui constitue société : l’être ensemble. En effet, les représentations sociales qui fondent nos cultures communes ont été bouleversées par des évènements majeurs comme l’évolution consumériste, les technologies de l’information et de la communication.
Mais est-ce une crise pour autant. Si nous étudions ce phénomène sociétal, le regardons de près pour en comprendre les variables et les éléments, les logiques d’acteurs, alors celui-ci devient un évènement clair et logique : une mutation profonde, un changement de paradigme. L’étude de la modernité, de son évolution post-moderne récente et de l’émergence progressive et certaine d’un temps d’après dit « alternation culturelle », montre le déroulé d’un cheminement ordinaire. Comme écrivait Thierry GROUSSING sur son blog « Indiscipline intellectuelle » le 27 septembre dernier « En ces temps non pas de crise mais de métamorphose, il n’est guère d’entreprise qui ne se sente menacée. Le monde que nous avons connu, dont nous maîtrisions et exploitions les logiques, se dérobe inexorablement sous nos pieds. Ma conviction est que l’avenir est bien au delà de ce que nous sommes capables de concevoir aujourd'hui. Nous avançons dans l'inconnu en essayant de ne pas perdre de vue des représentations familières, mais celles-ci coïncident de moins en moins avec la réalité ». Il consacra une dizaine d’article à ce thème : « Alors, crise et retour en arrière, ou métamorphose et bond en avant ? ».


Nombre d’exemples viennent illustrer le propos sur cette mutation sociétale. Dans ce changement de paradigme (abandon du dogme de croissance pour un certain humanisme), la lecture même de la crise économique devient différente. Elle apparaît alors davantage comme une fin de système et, pourquoi pas, un espoir...
Jean-Marc SAURET
Le 4 novembre 2012

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