mercredi 25 juillet 2012

Proudhon aurait-il eu raison ?

Irions-nous vers une société sans chef ni leaders ?

L’avenir entre sans frapper. La vague sociétale d’après est déjà là. L’an-archos, cette absence de pouvoir centralisé, formalisé ou incarné, surgit au milieux de la société post moderne. C’est peut être pour cela que le courant alter-consommateur, représentant sûrement le monde « d’après » la post-modernité, ne se voit pas encore. Nous aurions tendance à le penser comme un courant politique et donc qu’il en emprunte les oripeaux, le formalisme.

Et bien non, le monde alter consommateur ressemble à l’empire Comanche des 18 et 19°siècles, un empire sans empereur ni cours, sans commandement ni armée permanente, sans administration ou bureaucratie. Hélène RICHARD aurait raison : la post modernité n’est qu’un temps entre la modernité et un « après » qui émerge, à l’instar de la renaissance qui fermait le moyen age avant l’ouverture de la modernité. Est en train de s’installer un alter empire, somme dynamique d’acteurs portés par un esprit libertaire fondé sur les valeurs que Pierre Joseph Proudhon revendiquait et portait haut et fort. Le 19° siècle européen l’a formulé, l’a décrit. Le 20° siècle l’a qualifié d’utopie. Le 21° siècle le réalise…


Geek, Créateurs de culture, alter consommateurs, Parti pirate, Anonymus, tous moralement nés dans la post modernité, ne réclament rien mais posent a priori la liberté, l’indépendance individuelle, la force de la reliance1 et des coopérations. Ils pratiquent la réinvention du monde. Conséquent, pragmatiques et spiritualistes, ils déconstruisent les codes et tissent de nouvelles manière d’être au monde.

Furtifs, ils gèrent leurs relations, leurs créations, leurs coopérations, leurs réalisations et les partagent selon leur désir, projet, imaginaire avec pragmatisme. Ces gens là n’ont besoin ni de chef, ni de leaders, ni de représentants, ni même de territoires puisque celui-ci, par essence, est commun.

Déniant la société de masse, ils décrochent les idéologies et font de la consommation un outil de lien social. Ils ne ressentent aucun intérêt à y succomber. Plutôt peu consommateurs, voire alter-consommateurs, ils organisent et gèrent leurs rapport aux objet. « La propriété c’est le vol ! » proclamait Proudhon. La propriété, ils s’en moquent, ils sont dans des logiques d’usage.

Oui, ces gens là sont des furtifs-pragmatiques et donc leur système identitaire est déconnecté de l’objet. L’identité est une activité produisant de la sensation d’être. Pas d’affichage, pas de valorisation ou de reliance par l’objet comme l’a installé en post modernité la culture de l’ultra consommation. Ces gens là louent les objets usuels, les partagent, s’associent pour l’usage. L’objet retrouve une place d’outil pratique. Il ne valorise rien.



La maîtrise d’usage prend une part centrale dans leur rapport au monde. Ils déploient cette intelligence pour l’exploration. Après l’enfant de cinq ans tout puissant qui faisait peur à Freud et qui qualifie le post-moderne, voici l’hybride adulte de sept ans, explorateur et responsable du monde.

Tribaux, ils pratiquent le multi entre soi, se liant, déliant, reliant dans l’élaboration ludique de leurs projets. Il n’est plus question que le travail fasse souffrir. La réalisation de soi, sommet de la pyramide d’Abraham Maslow, est la base de leurs projets. Comme l’étiquette n’est pas l’identité, les voilà zappant de tribu en tribu, liant des reliances entre elles, construisant des ponts efficients quoique éphémères : ils auront le temps de l’utilité.

Nous ne les voyons pas parce qu’eux même ne se distinguent pas. Ils ne se sentent pas hors de la société, parce qu’ils ne la considèrent pas comme un système mais comme un champ. Et s’il y a système, ils n’en sont pas. Les révolutionnaires se voient parce qu’ils sont en posture et rôles d’opposition. Pas eux. Pragmatiques, ils font avec, usent des usages qui s’offrent à eux, développent les pratiques qui leurs conviennent et servent leurs projets. Ils ne sont pas des consommateurs mais des utilisateurs.


Regardons comment fonctionnent les tribus de type Anonymus ou Parti Pirate : pas de leader, pas de porte parole, pas d’idéologie dominante, pas de représentants, juste un débat ouvert où chacun parle en son nom, porte sa contribution. Ce n’est plus un monde dirigé mais auto construit de juxtapositions.

Les modernes qui jugent « intenable », « voué à l’échec » ce type de structure (que nous qualifions de « réellement anarchiste »), se réveilleront avec ce monde derrière leur porte. Il est là, toujours plus présent. Il est l’altère opportunité derrière le monde marchand qui s’effrite. Pierre-Joseph Proudhon l’avait prédit : « L’anarchie, c’est l’ordre sans le pouvoir ».

Jean-Marc SAURET
06/07/2012

1 Marcel Bolle de Bal, Reliance, déliance, liance : émergence de trois notions sociologiques, In Société, De Boeck Université, 2003/2 no 80, p. 99-131. DOI : 10.3917/soc.080.0099

3 commentaires:

  1. Il me semble que la jeunesse et les jeunes parents qui veulent avant tout se réaliser sont bien repré-sentés, mais s'ils se retrouve dans ce texte, il me semble que certaines jeunesses bien éduquées, bien construites sont plus organisées qu'on le croit mais avec des objectifs de plus de justice, plus de liberté, plus d'éducation et de cultures des arts et sports. Merci. Danielle Maloberti

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  2. je ne sais pas si mon 1er commentaire est parti : pour la nouvelle génération l'essentiel est plus de justice, plus de liberté démocratique, plus d'éducation et plus de culture accompagnées de sports aussi bien pour les hommes que pour les femmes dans le monde : donc plus de respect pour la laïcité universelle. Merci pour vos belles synthèses.

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  3. Bel article, revalorisons Proudhon après un XXème siècle hostile.

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