mardi 10 janvier 2017

La question sociale de la santé

Finalement, à la réflexion, je me rends compte que j'ai déjà tout dit et presque tout proposé dans mes articles précédents en termes de gestion et traitement de la santé, à savoir que la question de la santé ne peut et ne saurait assurément s'épuiser dans la seule organisation des soins, mais dans son approche globale, à commencer par répondre à ce qui en fait sa définition. Je garde comme point de départ celle donnée par l'OMS en  1946 : « un état complet de bien-être physique, mental et social, [qui] ne consisterait pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité ».
Il nous importe alors d'avoir une politique d'éco-santé, c'est à dire d'attention et de vigilance sur l'ensemble du traitement de toute la problématique, et du champ complet de ses variables. Il est loisible de citer notamment les suivantes : environnement, milieu social, imaginaire social, culture.... Il s'agit de considérer le " citoyen-patient " comme un être de raison, sain de corps et d'esprit, un animal social dont la force première est sa capacité d'adaptation, laquelle constitue aussi son point de fragilité.
Je prends un exemple : l'ultra-consommation promet le bonheur, le bien-être et la santé par l'acquisition d'objets. Cette démarche renvoie à chaque citoyen une image de soi d'incapable et d'assisté "addict", qui ne peut donc trouver de bien être que dans l'assistance et la consommation. Cette "fable" commerciale est devenue une légende sociétale, fondement de représentations collectives trompeuses mais efficientes. Cette "culture" de la consommation met les citoyens en état de manque permanent, de souffrance morale, phénomène qui n'est pas sans incidence profonde sur la santé de chacun.
Je prends un autre exemple : nous assistons, dans les entreprises ou toute autre organisation, à la ré-émergence d'un management taylorien, contrôlant, assignant, "procédurant" l'activité au travail. Ce mode de management fonctionne en creux, avec l'idée que le monde est mécanique et mesurable, que l'erreur est humaine, et que le bon fonctionnement productif est donc "procéduré", compté, mesuré, mécanique. Nous savons que ce qui fait l'efficience d'une organisation est incontestablement l'engagement des acteurs et que le contrôle le tue. Nous savons, également que le développement de l'autonomie fertile présente le double effet, pour l'organisation, de mieux produire et de permettre à l'acteur de se réaliser au travail (je renvoie aux 5 phases du travail décrits par Marcuse et confisquées à "l'œuvreur" par l'organisation scientifique du travail et les structures bureaucratiques tayloriennes). La retaylorisation du management du travail, qui occupe de plus en plus d'organisations aujourd'hui, produit des effets délétères sur la santé des acteurs (burn out, bore out, accidents de travail, TMS et RPS). Ce diagnostic se confirme d'autant plus que la population se diversifie entre modernes, post-modernes et alternants culturels (cf. mes articles dédiés). Chacun dispose de modes de fonctionnements sociaux différents, de coopérations et de défenses diverses.
La question de la santé de nos concitoyens s'avère donc aussi, comme une question d'environnement social, sinon sociétal, de management et de culture.
Pour cette bonne raison, je propose, dans un grand ministère de la santé, la coexistence de trois secrétariats d'Etat dédiés au management, au lien social (culture) et à l'environnement sociétal (consommation, écologie, etc.). Ce sont eux qui seront en charge de favoriser les "pratiques libérantes et autonomisantes". Il s'agit bien, en l'espèce, de produire la réappropriation populaire de l'organisation du processus vital commun et personnel.
Nous sommes bien convaincus que le bonheur n'est pas la jouissance, mais bien la sensation réelle de sa liberté et de sa capacité, ce facteur dont l'ultra consommation nous a privé. Soyons bien convaincus que la santé, comme le dit la définition de l'OMS en 1946, est une question complexe impactée par de nombreuses variables contextuelles, la question de la santé ne saurait être traitée que par la cure, laquelle, dans notre culture, "tue" la maladie "au dépend" du patient. A  l'approche mécaniste, nous préférerons une approche organique, celle du vivant.
Faut-il encore le redire, la vision mécaniste de l'humain et de l'organisation comporte des conséquences profondes délétères. Elle empêche le développement profond de chacun et de tous, tue la vie qui nous anime, bouche nos avenirs, brise nos perspectives, enterre nos solutions idoines. Elle nous conduit enfin, et c'est le comble, vers un "meilleur des mondes" insupportable et totalitaire, qui fait de nous des objets de consommation, des mécaniques de la mécanique sociale, loin de nos capacités créatrices, adaptatives et intelligentes. Voulons-nous réellement en sortir ? ...être libres, heureux et en bonne santé ? En réalité et de fait, le choix nous appartient !
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 10 janvier 2017

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