mardi 21 avril 2015

Une question de posture

Face à notre environnement, faces aux situations rencontrées, c'est bien ce que nous en comprenons, ce que nous en lisons, ce que nous en savons, qui construit ce que nous allons en faire. En effet, tout est une question de représentations et de postures, ensuite viennent nos comportements. C'est cela que je souhaite aborder quelque peu aujourd'hui, en brosser quelques indications.

L'alpiniste qui démarre sa montée vers le sommet, comme l'indique même l'énoncé, a un but bien présent dans sa représentation de son immédiat, de son actuel : atteindre le sommet. Mais, ceci ne lui est pas suffisant. Il se fait une image, une représentation qu'il souhaite juste et suffisamment précise de ce sommet qu'il souhaite "conquérir", du parcours à accomplir, de l'environnement météo, de tout ce qui fait contexte (voire même la perception qu'il a de son état musculaire). En fonction de cela, il construit sa préparation et son chemin. Peut être même que chacun de ses pas, de ses gestes sera dosé, calculé, évalué à l'aune de son objectif et de son environnement, de son contexte. S'il pleut ou s'il fait beau, le geste sera différent, n'est-ce pas ? S'il se sent bien ou pas, également...

Il en va ainsi pour tout ce que nous faisons. Si nous avons une vision claire de ce que nous voulons atteindre, nos gestes s'adaptent justement. Il me revient ce conseil d'un entraîneur de rugby que j'avais enfant : "Quand tu as le ballon, me disait-il, ne regarde pas les adversaires. Tu vas leur rentrer dedans. Regarde les intervalles et tes pas vont t'y conduire." La vision guide donc mes pas et si ceci est bien vrai dans les postures physiques, il en est exactement de même dans les postures psychologiques. La vision que j'ai du but, de l'environnement et de moi-même dans ces circonstances détermine ce que je vais faire, comment je vais le faire.



Effectivement, la vision que j'ai de moi même dans cette histoire participe complètement du succès ou de l'échec. La "conscience" de mon potentiel est déterminante. Il me souvient de ce coach qui disait "Imaginez vous déjà sur le podium". Il souhaitait par cela augmenter notre détermination à l'action. Je reviens sur le sujet de cet entraîneur de Handball, Claude Onesta, dont on sait qu'il s'occupe à donner confiance aux joueurs, leur laissant décider de ce qu'ils vont faire, de leurs stratégies. Pour cela, il transmet sa vision de chacun, sa confiance en chacun et dans l'équipe. La conscience des joueurs fait le reste.

A ce propos, un amis fan et ancien bon joueur de rugby me disait qu'il soupçonnait Philippe Saint André, le sélectionneur actuel de l'équipe de France, d'être très directif, ordonnant des stratégies et demandant des applications rigoureuses. Je ne sais pas si c'est tout à fait exact, mais le comportement des joueurs lors du tournois des six nation 2015 et une réaction énervée dudit sélectionneur en interview, pourrait laisser penser que cette hyper-directivité aurait pu être la cause, chez les joueurs, d'une image défaillante de soi, des possibilités, du plaisir de faire, qui les aurait amené à "déjouer".

Ainsi, la représentation complexe de l'objectif, du contexte et de soi dans l'événement produit une posture définitive pour l'action. C'est là un mode d'être et de faire complet qui ne fait appel à rien d'intentionnel, à rien de réfléchi. Alors, si je veux modifier mes comportements, il me faudra passer par revisiter mes représentations. C'est là l'objet du coaching cognitif.


Mais approfondissons un tout petit peu. Ainsi, la question n'est pas de savoir, puisque le savoir n'est jamais que la représentation que j'ai de la situation, de la problématique, mais d'en avoir une conscience consciente, à savoir que je suis conscient que cette réalité (ce dont j'ai conscience) n'est jamais le réel qui se présente à nous mais la "préoccupation" que j'en ai, que j'y mets. Schopenhauer avait écrit que la réalité n'est que la conscience que j'ai du monde, pas le monde, que la réalité est un objet pour un sujet qui le regarde, que si le sujet n'est pas là, l'objet disparaît. Il avait bien posé là les bases du constructivisme que Watzlawick formula dans les années soixante : la réalité n'est que la conscience que j'ai du monde, de la situation, de l'environnement, de ce qu'il se passe. Il ajoutait ainsi cette part de système qui a fait l'esprit, la philosophie du collège invisible de Palo Alto. C'est donc cette conscience immédiate que j'ai du réel qui fonde ma posture et mes hypothèses d'actions.

Ainsi, Paul Watzlawick  nous invite plus à regarder qu'à voir, plus à comprendre qu'à connaitre, l'indispensable pour ainsi supposer agir juste. Il s'agit donc plus d'affiner notre regard, le déconstruire et le reconstruire incessamment, pour ainsi développer d'autres postures face aux situations que nous rencontrons, que c'est bien là l'essentiel, tout le reste étant accessoire. Et pourtant, bien que Platon, Socrate et Aristote nous y aient invité depuis bien longtemps, notre culture occidentale ne sait, sous prétexte de science et de rigueur du chiffre, que projeter des schémas, du contrôle et des modèles sur ce que nous devrions mieux voir. Il est bien là le principe du mythe de la caverne.

De son côté, le sociologue et philosophe Michel Maffesoli pense que "le réel est la réalité augmentée de ce qui est rêvé, de l'imaginaire, de la croyance"... Nous comprenons alors que notre imaginaire est percuté, convoqué par notre regard et vient l'augmenter, le reformer. Ce n'est donc plus une dialectique "Expérimentation / Culture" qui construit notre connaissance comme s'y est fondamentalement appuyé le siècle des lumières et la démarche scientifique, mais une réelle trialectique entre " Expérimentation / Culture / Imaginaire". Serge Moscovici indiquait que nous ne savons que sur ce que nous savons déjà, à savoir que nous "accrochons" ce qui nous apparaît sur ce que nous savons déjà, ce qu'il nommait le processus d'ancrage. Ainsi les associations symboliques entre les objets et leurs qualités, caractéristiques font un travail de reconstruction où la part de l'imaginaire peut être considérable.

Ainsi, comme le dit Michel Maffesoli, ce contre quoi je ne peux rien, me devient indifférent. Cela semble comme une mise pragmatique à l'usage de la pensée zen : "Ne t'occupes pas de ce sur quoi tu n'as pas la main". C'est comme si cette invitation avait déjà été intégrée dans la pensée et les comportements post-modernes.


Jean-Marc SAURET
publié le mardi 21 avril 2015



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