mardi 10 février 2015

Les organismes vivants s'autoréparent

Je rencontrais récemment un ostéopathe qui m'indiquait la merveille du corps humain, sa grande complexité systémique et sa grande capacité à se régénérer lui même, à se réparer tout seul. Il m'indiquait que l'action qu'il conduisait était essentiellement d'accompagner le corps à réaliser ce qu'il savait faire tout seul. Il me venait alors à l'esprit qu'il en était de même avec les organisations,... et les métiers de manager et de consultant.
Si les entreprises et organisations constituent bien des systèmes vivants, avec leurs cellules autonomes en relations complexes (les gens), elles disposent aussi de cette capacité à se régénérer elles mêmes, avec, à l'état latent, tous les ingrédients de leurs changements, de leurs réparations, de leurs développements. Chaque "module vivant de l'organisation" et je pense à chaque membre du personnel, possède pour lui même toute cette autonomie créatrice et régénératrice. Mais en fait-il tout ce qu'il peut ? 
Les métiers de manager et de consultant ne consistent, en effet, qu'à stimuler, donner à voir, laisser vouloir et permettre de s'autoriser à faire. L'apporteur de solution a vécu. Le manager et le consultant d'aujourd'hui sont devenus cet acteur modeste et discret qui met en perspective les réalités de l'organisation, les articule avec des "possibles", des "déjà fait ailleurs", des opportunités non encore perçues, des potentialités internes ou partenaires. Il facilite simplement ce que peut faire l'équipe, ou l'organisation, toute seule.
Il y a vraiment dans les organisations cette force vivante à se régénérer, à se développer, à se réparer, celle, justement que notre longue culture bureaucratique et taylorienne passe son temps à défaire, empêcher, brider, ou carrément nier. Plutôt que d'adopter une posture de "propriétaire de l'organisation", celle-là même que prône l'approche de l'organisation scientifique du travail, il conviendrait plutôt de prendre celle du jardinier. Un peu sous la forme propre aux "cultivateurs des valeurs et des talents", celle-là même que prône l'approche du vivant. Tout ce qui se rapporte à la gestion du vivant vaut pour l'organisation. Tout !
Ce que nous avons à changer dans notre regard, puisque tous nos comportements viennent notamment de sa qualité, de son angle d'approche, c'est l'admiration et l'émerveillement devant ce qui se passe sans nous. Laissons-nous étonner par tout ce qui marche tout seul. Et cela se passera mieux. Il me souvient de cet interview du sélectionneur de l'équipe de France de Handball, Claude Onesta, où il explique qu'il lâche la décision stratégique et surtout, qu'il la partage avec les joueurs. L'effet est tel que les joueurs, sur le terrain jouent un autre jeu que celui qu'il imaginait, ou même que celui qu'il avait cru comprendre s'installer. D'où cette surprise, ces surprises, ressenties par lui au moment du match. C'est ça aussi le management du vivant.
Nous sommes  bien là, au delà du principe de confiance, car le manager et le consultant prennent conscience qu'ils ne sont pour pas grand chose dans la performance des équipes. Ils ne sont là, comme nous l'indiquions, en tant que stimulateurs, ou libérateurs d'énergie, des "donneurs à voir", des "articulateurs des possibles",... et ils ne sont jamais aussi bons que quand ils lâchent la décision... Est-ce un complexe d'existence qui pousse les "décideurs" à décider, et à tout décider ? Illusion à peu près totale, de surcroît ! 
Et d'ailleurs, pourquoi les nomme-t-on "décideurs", puisque c'est justement cette fonction qui s'avère abusive, inutile, voire contre productive dans le management ?... Il est urgent donc de changer de paradigme, car le monde va, et il ira sans nous si nous sommes et restons à son contre courant. Les alternants culturels sont de plus en plus présents. Ils se reconnaissent, se rassemblent, et s'articulent pour l'action en réseau. Le début de la vague me semble déjà là. L'organisation est bien vivante et poursuit sa croissance, son développement. Le plaisir de faire l'arrose, l'irradie. Le déplaisir des contraintes inutiles la nourrit aussi. Il est bien là le changement en marche...
Jean-Marc SAURET
Le 09 février 2015








Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos contributions enrichissent le débat.