mardi 15 avril 2014

Le coach, ce " traducteur de regard "

Longtemps, les peuples sans écriture, comme les nommait Claude Lévi-Strauss, installaient dans l'image, le sens de leur réalité. Sculptures et peintures, éphémères ou stables, portaient les parts de leur histoire et des parts de leur imaginaire, les traduisant ainsi en réalité. Plus tard, les troubadours, comme les griots actuels, perpétuèrent la gloire et l'amour dans leurs poésies chantées. Le livre les fit disparaître. Ils se sont plaints que leur voix vivante et légère fût balayée par ces "chiffons lourds qui tâchent les doigts et sentent si mauvais" (sic). Ainsi, le scribe vint, à son tour, figer la mémoire, stabiliser les histoires communes, grandes et petites. Ils traduisaient dans de beaux verbes des faits simples. Ils firent d'histoires sordides des épopées lyriques.
Aujourd'hui, quoique le monde ait bien changé... et même plusieurs fois, nous sommes toujours des demandeurs d'assistance. Que peut être notre réalité si elle n'est pas partagée ? Que peut être l'existence d'un secret si personne ne sait qu'il existe, pire, peut être, si l'on ne trouve pas quelqu'un qui demande, simplement, à le connaître ? Que devient, d'ailleurs, notre pensée si elle n'est pas comprise ? Que peut-elle bien être pour nous mêmes si elle n'est pas entendue, "con-prise" par d'autres, par seulement un autre, simplement quelqu'un d'autre ? Que pourrions-nous être nous mêmes sans ce reflet dans le regard de l'autre, de "l'Autre" ? Que peut être notre réalité si rien ni personne ne l'attrape, ne la connaît, ne la considère ? Le mendiant du métro, ou bien de la ruelle, celui qui parle tout seul, et dont le pas ne mène nulle part, existe-il ? Existe-t-il encore quand les regards des passants effacent son reflet, ne lui répondent rien, même pas du mépris ou de l'agacement, juste... rien ?


"Nous ne sommes que de l'Autre" répétait Lacan. "Nous ne savons de l'autre que ce que nous lui prêtons de nous même" proposait Piaget. "Nous avons tendance à devenir ce que les autres nous considèrent" indiquait Watzlawick.. Il existe une grande interdépendance entre les êtres, entre les humains. Même notre réalité est systémique. Il y a dans notre lecture du réel une part d'interprétation, voire d'imaginaire. Serge Moscovici écrivait que "Les lois de la nature sont celles que notre culture lui trouve". 
Alors, penser notre réalité pour agir dessus n'est pas chose simple. Cela ne va pas de soi. Quand le monde nous résiste, nous appliquons les recettes qui sont les nôtres et parfois ça ne marche pas... Alors, combien de fois avons nous dit ou entendu d'un proche (ou pas d'ailleurs) : "Il faut que je t'en parle". Avec bienveillance, nous avons écouté et questionné pour bien comprendre et parfois nous n'avons pas bien compris, voire même... rien. Parfois l'autre nous a remercié, repartant plein d'une confiance qui nous a échappée. Parfois, nous "avons pris son singe" et à sa place avons raisonné, projetant nos solutions :"A ta place, je ferais comme ça !" et ça n'a pas bien marché, l'autre affichant des résistances, débattant, expliquant, justifiant..."Non, non, tu n'as pas compris..."


L'art est complexe, certes. Pourtant nous, comme l'autre avons besoin de ce "retour gagnant" dans les propos de l'autre. Mais la posture de répondant est étroite. Elle doit être bienveillante, "non jugeante", à l'écoute, empathique, non inductive et non intrusive, comme nous l'a bien expliqué Carl Rogers. Il s'agit seulement d'écouter et d'entendre dans un champ de repères différents, dans une pensée qui mets tous les éléments en relation, dans une autre relation, conscient que, comme dans un système, ces éléments sont déjà dans des interdépendances. Il suffit de "pointer" ces rapports, pointer dans une autre pensée, dans une pensée latérale comme l’indiquait Edward De Bono. Il s'agit ainsi de mettre toute cette "réalité" dans un autre champ, celui de connaissances théoriques différentes, particulières, sociologiques, ethnologiques, analytiques, psychosociologiques...
Alors, c'est comme ça que je fais le traducteur de regard... Si le dicton italien nous indique "traduttore, tradittore" (traducteur, traître), il n'en indique pas moins que la contradiction en retour de l'autre m'interpelle et me construit. Il faut que l'imaginaire s'en mêle pour que notre histoire fasse sens, prenne du sens. Le sens est le regard que nous projetons sur les choses, les mettant en perspective, en mouvement, en avenir, en destinées... Alors, seulement, nous sommes en capacité d'en faire quelque chose. Et si le regard de l'autre ne me contredit pas, alors je suis peut être "Roi", ou peut être fou, ou peut être les deux...


C'est pour cela que je fais le traducteur de regard, apportant à ceux qui me le proposent, une controverse, comme savaient déjà le faire les troubadours, les débatteurs et les juges du moyen âge. Selon eux, la controverse révélait la "vérité". Du débat naît la lumière, avons nous l'habitude de dire. Et pourtant, dans le creux des alcôves de l’intime, c'est l'approbation que nous venons chercher, la "confortation"... toujours dans le retour de l'Autre.
Et bien, pour répondre aux problématiques qui sont les vôtres,  je vous apporte la controverse, celle qui vous propose un autre regard, une autre perspective, un autre relief, faisant émerger, prendre en compte, d'autres variables, d'autres repères dans le décor. Vous en faites alors ce que vous désirez. Vous prenez vos décisions avec plus de connaissance, avec une analyse peut être plus large, plus intense. Et c’est bien votre solution, votre propre réponse, la plus juste, la plus appropriée que vous prenez et suivez. D'un coup, tout sera surement plus clair…C'est de ça dont il s'agit dans l'accompagnement (ou coaching) cognitif.

Jean-Marc SAURET

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