mardi 31 janvier 2017

Le secours de la maïeutique : 5 questions simples

Edward de Bono inventait dans les années soixante les principes de la pensée latérale ou pensée créative. Il suffisait, disait-il, de regarder autrement le monde pour imaginer de nouvelles perspectives, pour trouver de nouvelles approches à des situations dites complexes. Cela était rendu possible en changeant d'approche par de "petits pas" de côté. Il faisait référence pour cela à notre SPA historique et universelle, il voulait parler de Socrate, Platon et Aristote. Tout avait déjà été posé par eux...

Alors, en reprenant le principe de la maïeutique, chère à l'école philosophique péripatéticienne de Socrate, il réhabilitait l'art du questionnement . Cet art qui nous invite justement à voir le réel autrement, donc à le penser différemment. C'est au terme de cette démarche qu'il devenait loisible d'imaginer de nouvelles voies, susceptibles de constituer de nouvelles approches, et donc de réponses et de solutions.

Voici donc un mode de questionnement, dit en "poupées russes", qui peut nous être fort utile, voire auto-utile. Cela s'avère d'autant plus nécessaire que, ne disposant peut être pas de contradicteur courtois et bienveillant à proximité, nous nous pouvons effectuer l'opération nous-mêmes pour nous même.

Posons ainsi la problématique sur la table, telle qu'elle nous apparaît maintenant et regardons cela à l'aune de ces cinq questions :

- Qu'est-ce qui fait que c'est comme ça ?
- Quelle est la raison d'être ou finalité ? (Que vise l'état, l'action ?)
- Comment cela devrait-il être pour chacune des parties concernées ?
- Qu'est-ce qui ferait que cela puisse bouger ?
- Comment s'y prendre pour atteindre le nouvel état visé ?

C'est là un principe de questionnement "enchâssé" que j'ai l'habitude de développer, d'accompagner et d'adapter à chaque situation, à chaque particularité, à chaque singularité.

Maintenant que chacun a pu "mettre ses doigts dedans", chacun sait comment le système fonctionne, mais pas encore à quel point. Il s'avère efficient. J'ai beaucoup rencontré de personnes certaines d'avoir trouvé le Graal de la sagesse, ou celui de la connaissance. Combien m'ont donné les "solutions" aux questions que je posais, bien plus même que des réponses ? Certains avaient fait pousser les panacées qu'ils vendaient, donnaient, ou distribuaient en disant bien qu'ils en étaient les pères ou les mères. Socrate disait que ce qui faisait la qualité de son travail était justement qu'il savait qu'il ne savait rien.

Cependant, j'ai déjà comparé la posture du consultant coach à celle du grand père, cet "expériencé" bienveillant et sans enjeux. Ce "sage", justement, ne l'est pas. Il a tout juste la prudence et la malice de ceux qui ont accumulé des expériences pratiques. Le cas qu'on leur présente les renvoie à bien d'autres qu'ils ont vécus. Alors ils les réinterrogent à haute voix avec vous. Bien sûr qu'ils n'ont pas "La" solution, ni même une solution intelligente, voire même une autre directement applicable. Ils ont juste l'expérience de ce qu'ils on vu marcher "à peu près" et parfois même de manière peu satisfaisante. Ils s’interrogent donc et ont peut être quelques bonnes questions qui vous feront aller plus loin.

Montrer les solutions aux problèmes des autres me parait alors relever d'une immense prétention. Pourquoi ? Parce que cela supposerait, d'une part, que la problématique posée (pour être soumise au questionnement) est entièrement identifiée et "reconnue" (l'expérience montre qu'elle ne l'est jamais et que cela relève de croyances, d'attributions et de projections). D'autre part, la problématique s'épuiserait donc rapidement dans une mécanique simple. Malheureusement (ou heureusement, mais c'est comme ça), toute problématique contient aussi son contexte et ses environnements ainsi que ce que le sujet en comprend. Une part importante de la réponse appartient donc de facto à celui qui vit (et pose) la problématique, dans la mesure où il en constitue une variable importante par les enjeux qu'il y a et l'intérêt qu'il y porte. Il me souvient de la phrase de Schopenhauer : "La réalité est un objet pour un sujet qui le regarde. Si le sujet s'en va, l'objet disparaît..." Si le questionneur s'en va, la problématique disparaît aussi... Si quelqu'un d'autre la questionne, nous aurons alors une autre problématique.

Mais, la posture de Socrate va plus loin encore : il sait qu'il ne sait pas. Alors il écoute de manière attentive. Il pourra apprendre quelque chose, ne serait-ce que la posture de son interlocuteur, sa manière de voir le monde et bousculer la sienne propre, de l'y voir en action ou pas, d'apercevoir d'autres "possibles" depuis d'autres "points de vue".... S'il est un sachant (et nous en connaissons), il attendra, au mieux poliment, que l'autre ait fini de parler pour lui poser "sa" question, pour montrer à son interlocuteur à quel point ce qu'il raconte est limité, abusif, erroné, décalé, peu sérieux, ou bien dans la saine doctrine, intelligent, rapprochable d'autres connaissances dont cela fait illustration, un bel exemple, etc... Oui, il y a là quelque chose d'agaçant, voire d'insupportable. Le rapport à la "vérité" qu'entretiennent les interlocuteurs est aussi déterminant dans la démarche, voire plus, que ce qu'ils disent eux même. Nous voyons la différence entre la juxtapositions de discours "auto-nettoyants" et l'intelligence collective.

Ainsi, la qualité même de l'approche de la problématique est dans notre posture de vie et dans le regard qu'on lui porte, dans la qualité du questionnement de compréhension qui l'entoure. On la retrouve également dans la conduite de l'inspection de son objet, de sa raison d'être, mais aussi dans les enjeux investis, les jeux de rôles et d'acteurs. Elle dépend, à l'évidence, de celui qui pose la question et voudrait y répondre. Alors, peut être et pourquoi pas, à bientôt, un jour, pour le faire... Voilà qui mérite au moins... d'être essayé !

Jean-Marc SAURET
publié le mardi 31 janvier 2017


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