mardi 12 juillet 2016

A propos de la Posturologie

Quand nous passons à l'action, nous pensons qu'il s'agit du fruit d'une décision, qu'une raison nous dirige, qu'une cause nous pousse. C'est possible. Mais c'est là une représentation diantrement réductrice. Si c'était le cas (voire ça et seulement ça), cela prendrait pas mal de temps et il y a bien des sports qui n'auraient plus rien de spectaculaire. Mais, je reconnais volontiers que c'est peut être là une différence notoire entre le Rugby et le Football américain. Autant le premier nécessite une spontanéité (ce qui a fait le style frenchie), autant le second arrête la partie à chaque séquence pour poser la procédure tactique à jouer ensuite. 
Effectivement, ce qui anime la partie de rugby est cette vision partagée de ce qu'est l'équipe (valeur forte et structurante), ce qu'est l'arbitre (un directeur et élément du jeu, comme  peut l'être le temps), ce que sont les joueurs (une fonction dévolue, un combattant solidaire, modeste et dévoué), une vision du jeu (sport de combat collectif). Cette vision complexe développe chez chaque joueur une posture sur le terrain qui dirigera ensuite, toutes ses actions en fonction de ce qui se passe sur le terrain. Eh bien, il en va de même dans toutes nos actions. Cette vision qui guide mes pas*, construit en moi une posture. Je peux donc en faire collection, une par "terrain de jeu" : au rugby, au boulot, dans la rue, dans ma famille, dans mon association, etc.
La "posturologie**" s'occupe de ce champ là. Il s'agit de comprendre quelle est la posture de la ou des personnes sur un champ particulier, d'en analyser l'efficience et agir alors soit pour la corriger, soit pour la réaffirmer ou seulement l'ajuster, voire même la neutraliser. Si je connais la posture de telle personne dans la partie, je saurai comment il va agir et réagir. Si je veux améliorer mes performances, je travaille sur mes représentations investies et corrige ainsi ma posture. Je peux effectivement collectionner les postures. Même si elles ont certainement entre elles un lien de valeurs, elles sont chacune distinctes et singulières. C'est ce qui peut aussi produire des personnalités de type Docteur Jekyll et Mister Hyde, voire d'autres, plus complexes encore. Mais c'est aussi le lot des postmodernes qui zappent d'une tribu à l'autre, endossant à chaque fois la posture qui convient (comme le technicien inventif et rêveur au boulot, le blagueur expansif dans la tribu des amis, le sérieux taiseux teigneux dans le club de foot du mercredi soir, le charitable et discret guitariste-chanteur au temple baptiste du dimanche et le tendre père de famille rentré à la maison). C'est tout à fait possible.
Nous sommes bien là dans une intelligence pratique et réactive, celle qui a conduit l'être humain à travers les âges. Ces postures sont donc portées par des représentations, lesquelles sont tant sociales que personnelles, et faites de croyances, de symboles, d'émotions issus du vécu, de fantasmes, de constructions singulières ou sociales.
Le posturologue est donc un sociologue aguerri aux apports de la psychologie, de l'ethnologie, de l’anthropologie et de la psychanalyse. Toutes ces approches sont convergentes dans l'intelligence des postures, leur compréhension, leur analyse et leurs transformations. Cette approche ne s'inscrit pas dans une démarche moderne, toute faite de rationalité, de déductions, de mono-causalité ou prépondérante, de classe et catégories d'objet, mais de systèmes interactifs et interdépendants, de mouvements vivants et d'immersions compréhensives. 
Ainsi, je recevais en accompagnement un manager réputé indécis, imprécis sur ses directives et peu sûr de lui. Ce profil qui faisait la raison de notre rencontre obligée ne correspondait pas à son physique plutôt fort et bien charpenté. Notre premier entretien faisait effectivement apparaître une posture hésitante, peu engagée, retenue même. La personne n'était pas ce qu'on appelle un timide. En avançant émergeait un nouvel élément : une posture partagée entre plusieurs valeurs, et bientôt entre deux systèmes de valeurs. La personne témoignait d'une éthique personnelle généreuse et humaniste et un système professionnel requérant contrôle, rigueur et fermeté. Ce qui les séparait était leurs origines dans la vie de ce manager, c'est à dire leur historicité qui colorait de leur opposition deux postures distinctes adossées à ces deux systèmes de valeurs. La personne les voyait donc incompatibles. C'est sur cela que nous avons travaillé dans le respect absolu des systèmes et de leurs fondements perçus. Il suffit juste de réconcilier les deux systèmes jusqu'à reconstruire une posture de manager unique, cohérente et consistante. Le profil du manager changea alors radicalement, son efficacité et sa réputation aussi. Il avait atteint son désir profond. Nous avions "gagné",... ensemble !
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 12 juillet 2016


* Voir l'article : "La vision guide mes pas"
** Il existe deux types de posturologie, l'une mentale qui s'intéresse à la source naturelle des comportements et à l'étude de la vision qui la fonde, et l'autre, la posturologie physique, qui étudie les causes des troubles de l'équilibre.



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