jeudi 13 mars 2014

Je ne devrais pas vous le dire...

En effet, il est tout à fait indécent de donner à son interlocuteur les modalités de sa relation à lui et c'est pourtant ce que je m'apprête à faire dans cette note. Mais beaucoup m'en rendront grâce ensuite... certainement.
Bien des consultants cherchent à vendre leurs conseils, préoccupés aussi par leur chiffre d'affaire. Plus ils cherchent à vendre, moins on leur achète... Pourquoi ? Parce que nos clients, êtres humains eux aussi, s'en rendent compte, inconsciemment ou en toute conscience. 
Jacques LACAN écrivait que la seule chose qui intéresse chacun dans la relation, c'est soi-même. Donc la seule chose à faire pour vendre, c'est plutôt de se faire acheter. Et pour que cela se passe, il faut essentiellement "être apprécié". Et si vous vous intéressez aux gens, ils vous apprécient. 
Donc, je l'avoue, je m'intéresse plutôt à mon interlocuteur qu'à son porte monnaies. Oui, j'ai pleins d'autres bonnes raisons de m'intéresser à lui, l'amour des gens, la curiosité de ses postures et motivations, de ses talents et de ses réflexions, l'enrichissement par sa connaissance tirée de ses expériences mais aussi son inscription, ou pas, dans une dynamique d'organisation. Quelles sont ses valeurs, ses principes et ses représentations ? Qui est il ? etc... un peu comme vous aussi, je crois.



J'ai eu le plaisir de me rendre compte (il faut avouer qu'on m'y a un peu aidé aussi) que s'intéresser aux gens est séduisant pour son interlocuteur, voire parfois troublant, et si l'on insiste un peut, dérangeant, voire agaçant. C'est là quelque chose du jeu de l'intrusion dans le champ privé de l'autre. Il y a donc une juste mesure dans l'attention et la curiosité dont nous garde notre humanisme ou notre empathie véritable, c'est selon.
Donc notre interlocuteur a, comme tout un chacun, plus de plaisir à partager avec une personne charmante qu'avec quelqu'un d'agaçant. C'est, de fait, ce que font nos partenaires de client lorsqu'ils nous achètent nos prestations. C'est ce que nous faisons aussi lorsque nous achetons une prestation ordinaire, comme coiffure, infirmerie, mécanique, etc... quelle qu'elle soit. En cette occurrence, d'une certaine manière, il s'agit de prolonger la relation, de la relancer, la faire vivre, et s'enrichir d'elle.
La clé du commerce, donc, ce serait peut être de ne pas en faire. Il s'agit davantage d'aimer les gens, d'être attentif à leurs questionnements et d'être disposé à leur prêter main forte. 
Marcel MAUS a bien montré que dans la relation de don et de contre don, celui qui donne prend le pouvoir. "Je suis votre obligé, votre débiteur", disait-on au dix-neuvième siècle, comme Emile Littré l'a répertorié dans son dictionnaire. Explicite, non ? Pour se débarrasser de l'ascendance de l'autre, nous rendons le don. C'est le contre-don. Pour éviter toute relation de ce type (un peu complexe, je l'avoue), nous réunissons, dans la relation dite commerciale, le "règlement" et la prestation. C'est plus simple, plus direct et plus court.



Voilà comment, sans faire de commerce, nous faisons sereinement des affaires, pour le meilleur de chacun et chacune. Car, ce qui est important, c'est la simplicité de la relation d'attention. Les affaires ne sont que le superflu de ce rapport. Comme l'écrivait aussi LACAN au sujet de la psychanalyse à l'attention de ses confrères : "Dans l'analyse, ne cherchez pas la guérison. Analysez ! Analysez ! La guérison viendra par surcroît". Celui qui ne chercherait que l'argent pourrait être taxé d’escroc, peut être ?...
La vie sociale est une affaire de relations humaines, pas de gros sous. L'argent n'y est qu'un outil de régulation dans les relations sociales, pas un objectif. On dit que ceux qui s'en font un sont les voleurs... Alors, si besoin est, arrêtons de penser à l'argent, l’essentiel est dans les cœurs. Oui, je sais, il n'y a pas que des bisounours dans ce monde cruel...
Mais je voudrais aller plus loin car l'objet commercial n'est pas mon objectif d'aujourd'hui, ni ma préoccupation ordinaire. Dans nos relations professionnelles, nous apercevons que la majorité des gens évitent la proximité des personnes prises dans des conflits, qu'elles en soient coupables ou victimes. La colère, l'amertume, la violence, (même légitimes) qui s'en dégagent engendrent de l'évitement.



Il y a bien longtemps, pris dans un environnement plus qu'inconfortable, un cher ami me dit un jour : "Jean-Marc, lâche prise...". Effectivement, la colère qui aurait pu monter en moi ne m'aurait servi à rien. Il ajoutait quelques temps plus tard, non sans humour : "Ton patron est nerveux ? Prends des calmants..."
Dans nos relations personnelles et professionnelles, à l'instar de cette "stratégie" développée par Nelson Mandela, le principe de la réconciliation accorde la paix, ouvre les chemins de progrès. Il me semble bien que la compassion, l'humilité et le pardon ne sont pas des valeurs à abandonner aux religions. Elles sont celles d'une philosophie de l'efficience et de l'action. 
Un mouvement collectif sociétal est décidément en plein développement actuellement : celui des coopérations de tous ordres pour créer et produire, lâcher prise, pardonner, désactiver nos guerres de personnes. Voilà qui va nous permettre de nous centrer sur les cathédrales à construire. 

Jean-Marc SAURET
le jeudi 13 mars 2014


Lire aussi : "Les pousseurs de mur"


Licence Creative Commons

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos contributions enrichissent le débat.