mardi 12 juin 2018

L’insidieux et certain retour du totalitarisme

Nous avons plusieurs fois indiqué les symptômes d'un certain retour du totalitarisme en Europe. Les mouvements nostalgiques du troisième Reich sont légions (et ce n'est pas là un jeu de mots). Un nouvel événement nous indique que l'escalier est bien en train d'être gravi tranquillement.
Le 18 mai dernier, en Italie, le Mouvement Cinq Etoiles et la Ligue, avant même de révéler la composition de leur future équipe gouvernementale, ont présenté leur contrat de gouvernement. Il prévoit explicitement d'interdire l'accès au gouvernement aux personnes condamnées pénalement ainsi qu'aux francs-maçons. La confusion des genres est alarmante. Bien-sûr, le grand orient d’Italie a vivement réagi déplorant une décision qui rappelle les lois fascistes d'avant guerre. Mais je n'ai pas vu, en Europe, de mouvements politiques d'indignation. La mollesse de la démocratie, comme l'avait déjà fustigé en son temps Pierre Mendès-France, ouvre la place aux entrismes et au conquêtes de l’extrême droite. Bien que cette déclaration italienne soit contraire aux principes constitutionnels du pays, la boue brune passe par n'importe quel interstice laissé ouvert pour venir dissoudre la démocratie, réduire les libertés, installer son "ordre juste et justifié".
Nous sommes justement en train de nous demander quand arriveront les prochaines interdictions au juifs, aux gays, aux handicapés ou autres descendants de certains types de migrants... Ainsi, le 9 juillet 1940, à la quasi unanimité (moins trois députés et un sénateur) Laval et Pétain abolissaient la troisième république, et ouvraient la voie à un changement radical et totalitaire interdisant justement toute fonction régalienne aux juifs, aux franc-maçons, aux gays et autres "déviants sociaux". C'était pour la bonne cause, semble-t-il... et pourtant ce fut le début d'une des périodes les plus sombres de notre histoire. Cette mise en parenthèse de la république "a permis" de supprimer communistes, juifs, franc-maçons, nomades, tziganes, handicapés et toutes personnes en opposition à l'occupant et à ce régime prosterné devant lui.
Comme disait Churchill, l'histoire ne se répète pas, elle bégaie... Il n'est nul besoins d'épiloguer, nul besoin de démontrer quoi que ce soit, le populisme extrême-droitier est en marche en Europe et nous prépare à de certains lendemains qui déchantent. Pouvons nous avoir assez de lucidité et de vigilance pour simplement donner ceci à voir, et le dénoncer chacun à son niveau... et celui ou celle qui dira qu'il ou elle n'est pas concerné pourrait bien être considéré comme un combattant de l'autre camp, celui de la boue brune… 
A cet égard, la résistance s'exprime et s'organise, même doucement. Et l’on se souvient du Pasteur Niemöller, d'abord adhérant du parti Nazi, puis, comprenant ce qu'il se passait, il s'en excluait pour finir déporté à Dachau, où il rédigea, en 1948, ce poème :
«  Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs, je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques, je n'ai rien dit, je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour dire grand chose, plus personne pour me défendre.  »… 
Cette résistance puisse-t-elle retentir aujourd'hui, pour nous faire comprendre avec Churchill, que l’histoire béguait encore...
Jean-Marc SAURET