mardi 10 octobre 2017

Méditer ce que l'on a à faire pour le réussir

Il me souvient un événement ordinaire mais très indicateur sur nos réalités, quelque chose que j'ai vécu enfant. A l'école, nous jouions au rugby dans la cours, le sport régional "universel et absolu". René était l'un des plus doués d'entre nous. Vif, il se jouait de nos défenses et déjouait nos attaques. Mon problème était donc "comment passer René ?". Je retournais le phénomène dans ma tête et me mis par hasard à visualiser les situations de jeux. Seul, méditant dans le calme de l'étude, les devoirs finis, je vivais mentalement ces moments où René m'attrapait alors que je tentais d'aller à l'essai. 
Je le voyais arrivant de biais, de face ou de l'autre côté. Je voyais son geste, comment il me regardait, comment il jetait ses bras, avançant son épaule... et là, méditant l'instant, je vis qu'en lui mettant la main sur le visage, il ne pouvait plus me "trouver", et donc m'attraper. Il ne pouvait alors que me "manquer". Je répétais donc la situation mentalement, des fois et des fois, jusqu'à ce que la cloche sonne annonçant le début de la récréation. Pliant livres et cahiers, nous nous jetions dans la cour, et dans le local aux ballons afin de récupérer les vrais ballons, bien ovales. Il fallait surtout ne pas risquer de se retrouver avec le "tout rond" dont personne ne voulait. Il n'était pas pratique et obligeait à jouer comme en handisport sans les mains... un jeux de gamins pour apprendre à marcher ou courir.
La situation que j'avais "rêvée" se présenta. J'avais le ballon dans les mains et René se profila dans mon horizon. Dès qu'il fut à la distance imaginée, mon bras gauche partit d'un trait couvrir son visage. René me manqua et je marquais l'essai. Je répétais alors plusieurs fois l'opération, de façon toujours fructueuse. Les copains trouvaient ça génial. Je venais de réinventer le "raffut" dont l'application sur le visage fut bientôt interdite.
Depuis, quand quelque chose ne me va pas, que je n'arrive pas à réaliser, soit, comme tout un chacun, j'intellectualise, je reviens sur les fondamentaux, je révise mes procédures et ça ne marche pas à tous les coups, soit je médite le phénomène, l'événement, je le rêve et le réalise dans l'imaginaire, et là, j'avoue que ça marche bien mieux.
Si la vision guide mes pas, comme nous l'avons plusieurs foi approché, la construction de la vision se fait dans nos représentations. La meilleure manière de construire ou travailler une représentation n'est pas le calcul ou la raison. Ladite raison sert plutôt à prouver ou démontrer, mais ne fait pas la vision complète, ne la rend pas opérative. Entrer dans la représentation pour la déconstruire et la reconstruire entièrement permet de considérer et de prendre en compte tous les paramètres de la situation : les sensations, les émotions, les distances ressenties, les mouvements avec leurs vitesses perçues, visualisées au ralenti, les perceptions internes et externes, les concomitances, etc. Seule la mise en situation le permet. Nous savons que, dans les formations par exemple, comme dans un jeu de préparation, les mises en situation ne sont jamais le réel. C'est là la limite des jeux de rôles où chacun sait qu'il est dans un jeux. Chacun se regarde jouer plus qu'il ne joue. Alors, la méditation constitue un sérieux recours dans la recherche et le développement de solutions.
Qu'il s'agisse d'une situation sportive, relationnelle ou réactionnelle, la méditation est le seul exercice qui permette une approche globale et totale de l'événement. En cela, elle est une panacée à nos ratés.
Nous savons aussi que nombre de nos rituels sociaux sont d'ailleurs des marqueurs émotionnels. Ils installent, dans nos représentations, des repères ressentis que la raison comprend mais n'explique pas. "L'expérience, me disait un éducateur sportif, ne se transmet pas. Il nous faut se la faire, se la vivre." C'est là toute la fonction des rites de passages (bizutages, compétitions, initiations, intronisations, adoubement, etc.) qui donnent à vivre un événement émotionnel qui marquera l'entrée dans un autrement. Il donnera à l'impétrant les sensations de son avènement. Rien dès lors ne sera jamais plus comme avant. Il aura appris quelque chose que les mots ne disent pas.
Eh bien, la méditation, dans l'apprentissage, le développement et la modification, joue cette fonction globale et totale d'expérimentation, parce que c'est bien là, dans l'imaginaire que les représentations se construisent avec les sensations topiques comme marqueurs.
Ainsi, méditer ce que l'on a à faire nous permet très efficacement de le réussir. Je vois bien des applications de cette méthode. C'est ce que fait, par exemple, le coaching cognitif, accompagnant l'impétrant à "s'y voir" et s'y exercer. Je vous laisse imaginer toutes les extensions et applications de cette pratique... Allez ! On commence tout de suite ?

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 10 octobre 2017