mardi 21 mars 2017

Manager autoritairement est illégal, et alors...

Un arrêt du Conseil d’État du printemps 2016 est passé relativement inaperçu. Prise par la section du contentieux de la Haute juridiction, cette décision est pourtant forte de conséquences. Désormais, un directeur "autoritariste", méprisant, et insultant, risque ni plus ni moins qu’un licenciement pour insuffisance professionnelle. Le sens de cette décision pourrait presque être affiché dans les bureaux des dirigeants... Et pendant ce temps là, en février dernier, une enquête d'Hélène Marini est publiée sur la chaîne parlementaire. Elle porte sur le suicide d'une jeune factrice en 2013 en Haute Loire. La jeune postière n'a pas laissé de lettre ou quoi que ce soit qui fasse message. Mais c'est en l’occurrence tout un système managérial écrasant qui se trouve mis à jour. Climat de peur, pressions morales des encadrants, dégradation des conditions de travail, allongement des tournées, isolement des facteurs, dégradation de leur fonction historique de lien social, etc. La violence, insidieuse et directe, est mise à jour et personne ne répond... Pourtant les témoignages sont clairs, venus de toute parts, d'habitants, de collègues, de syndicalistes et d'autres postiers, voire même de cadres même. Dans ce reportage poignant, on assiste à une déshumanisation de la société. On assiste aussi à l'élaboration de résistances individuelles, à des "tentatives de protéger une idée de soi et du monde, de les soustraire à la destruction". On assiste à la destruction des institutions référentes, à l'effondrement du sens du travail, et à la négation de son propre sens... Mais que faire ?
S'il en fallait la preuve dramatique, la voilà donc. Notre civilisation est arrivée à son terme. L'ère moderne et son humanisme progressiste des lumières s'éteint. L'ère post moderne d'ultra-consommation, de frustration et d’effacement de la personne sous le sujet, cet "assujetti", est devenu totalement prégnante. Ses terribles conséquences sont là, sous nos yeux, et pourtant, nous laissons mourir les victimes et prospérer les malveillants. Alors, toute une population se met à distance, chacun selon sa forme. Les uns s'externalisent du "système" et ne vont plus voter ou alors radicalement, extrêmement. D'autres font leur chemin à part, dans des réseaux, hors du temps. Les organisations sont leurs terrains de jeux. Ils tissent une toile sans leaders, sans chefs, juste sur des valeurs, souvent humanistes et pragmatiques, avec un sens aigu de l'oeuvre. Ils ont le temps et ne recherchent absolument pas le pouvoir, juste l'efficience, la réalisation de leurs pyramides ou cathédrales. Ils sont malins et partout, et tellement puissants puisque rien ni personne ne les attachent. Ce sont, vous les avez reconnus, les alternants culturels.
Ainsi, le monde intermédiaire, ce temps post moderne, cette barbarie à visage humain, ce culte hédoniste du paraître et des objets, touche à son terme. Comme toute civilisation qui meurt, elle ne veut pas mourir toute seule et tente d’emporter dans sa chute tout ce qu'il y a autour. Voilà pourquoi, devant tant de violence, nous assistons à tant de défections, à tant d'abstentions, à tant de désistements, et pas forcément pour les mêmes raisons. Certains, coupables ou victimes, nous répondent par un "Et alors ?...". La Haute-Loire est la France.
Les élections présidentielles sont là, juste devant nous, dans une campagne totalement post moderne, émotionnelle, parjure, imaginaire, de mauvaise foi, où des candidats prennent sans aucun scrupule les gens pour des gogos. Voilà une violence, une maltraitance, qui reviendra en boomerang dans la tête... de la République, ...mais pas directement dans celle des auteurs de ces scandales. Combien de temps encore, ce monde stupide va-t-il durer ? Tant qu'il y aura de quoi l’alimenter et c'est bien ceci qui m'attriste. "Quousque tandem, ... Catilina" *...
Alors, je me demande à quoi bon ces sursauts institutionnels, avec l'apparition de décrets qui ne seront très certainement pas ou rarement appliqués. Il me semble encore que la rupture se fera par les gens et pour les gens. Nous savons que les institutions pérennisent l'existant et que les innovations sont des transgressions qui réussissent. Alors, mes amis, transgressons jusqu'à ce que cette "alternation culturelle" soit en place. Derrière chaque crépuscule, il y a un jour nouveau qui se lève...  
Jean-Marc SAURET
publié le mardi 21 mars 2017



* P.S. : Voici la citation complète de Cicéron contre la deuxième tentative de coup d'état de Catilina contre la république romaine : « Quousque tandem abutere, Catilina, patientia nostra » / « Jusqu'à quand abuseras-tu, Catilina, de notre patience ? ». La suite du discours monte en puissance devant la fourberie du sénateur : « Combien de temps ta folie nous défiera-t-elle ? Jusqu'où ton audace effrontée se déchaînera-t-elle ? »… Des mots qui me semblent très à propos aujourd'hui.

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