mardi 13 septembre 2016

Le talent et l'intérêt

Si vous imaginez que vos talents sont les visas sur votre "passe-portes" professionnel ou personnel, vous vivrez de larges déconvenues. En effet, ce n'est pas ce que vous êtes ou pensez être comme apporteurs d'innovation, de pensées justes ou de solutions pour vos prospects, vos patrons, vos collègues et vos relations, qui fera votre présence sur votre marché, qui fera votre place dans le monde. Ce ne sont pas vos capacités mais seulement la manière dont les gens vous voient, vous perçoivent et vous considèrent qui fait votre chemin. Vous voient-ils comme une menace ou comme une opportunité ? Ceci n'a rien à voir avec vous mais avec leurs propres solutions et leurs propres intérêts seulement, avec leur propre vision du monde. Que les gens soient généreux ou égoïstes ne change rien à l'affaire. Cela n'a aucune importance. Les publicistes et commerciaux ont compris tout cela depuis bien longtemps et leur démarche professionnelle est d'abord de comprendre ce qui vous plait, ce qui vous séduit, les couleurs, les sentiments et les formes qui vous font vibrer. C'est là dessus qu'ils construisent. Exister est tout d'abord une question de sens, celui et ceux des autres.
Si vous êtes beau, si vous êtes belle selon les canons locaux, votre humour et votre intelligence en seront qualitativement augmentés et bien plus appréciés. De fait, rien ne change à l'intérieur de vous même, mais sur le marché, oui. Si votre relation à l'autre est ressentie comme bienveillante et à l'écoute, vous serez quelqu'un de bien. Si l'on vous considère comme disant ce que vous pensez réellement, vous risquez d'être perçu comme quelqu'un de naïf ou de sincère, et selon ce que vous dites, peut être comme quelqu'un d’obtus et rigide, voire même une forte tête... quand ce n'est pas agressif. Si vous craignez les réactions de votre interlocuteur (c'est que vous êtes quelque peu timide), vous serez alors perçu comme un nerveux imprécis, voire dissimulateur. La vie des relations est ainsi faite. L'approche PNL (Programmation Neuro Linguistique*) joue sur ces registres relationnels et propose quelques trucs et astuces. Bien qu'ils soient conçus (et donc inscrits) dans la culture anglo-saxonne, ils fonctionnent assez bien aussi dans la notre. Dans l'idée de cette approche, il s'agit de "donner le change" comme nous disons communément, en se mettant davantage en résonance avec son interlocuteur, plutôt  qu'en empathie. On comprendra que l’authenticité relationnelle peut être parfois bien aléatoire.
Ainsi, réservez vos talents pour "réaliser" ce que vous avez à faire et n'en attendez rien en termes de publicité, de marqueur, de clés relationnelles, de marchepieds ou autre passeport. Les compétences que l'on vous reconnaîtra sont avant tout celles que possède ou imagine votre interlocuteur. Rien d'autre. Finalement, tout n'est que jeux de relations. Soyez lisse et secret et ne levez pas les ambiguïtés circulant sur vous-même, cela ne vous sert pas, disait François Mitterrand (une référence assurément, pas nécessairement un "modèle"). 
On a tendance à penser que le juge de paix de votre réputation constitue la somme et la qualité de vos résultats. Mais qui les a obtenus ?... Qui a réellement réalisé la "cathédrale" ? Quelle est votre contribution exacte à l'ouvrage ? Vous est-il reconnu ou contesté ?... Mais aussi, quelle qualité, dans son regard, le "spectateur" déduit-il de vos "œuvres" ? Quel talent vous reconnait-il... et pour quel intérêt pour lui ? Je suis donc convaincu que ce que l'on dit de vous ne vous concerne pas mais plutôt celui et ceux qui le disent. Quel intérêt ont-ils à vous voir ainsi, et surtout à le propager ? Question froide, certes, mais réaliste et bien souvent si vraie.
J'ai croisé nombre de grands dirigeants. Ce qui m'est apparu comme étant chez eux un point commun est leur retenue et leur capacité d'observation, leur attention. Ils parlent peu et écoutent beaucoup. Les autres s'exposent et paient le prix fort. D'ailleurs ces patrons sont de grands patrons parce qu'au delà de cette posture, on leur suppose des qualités humaines, techniques ou professionnelles exceptionnelles. Les ont-ils vraiment ? Certains oui et d'autres en ont d'autres... Ce qui m'a amusé est que chacun leur voit les qualités de son propre métier ou de sa propre posture, de sa philosophie ou celles que sa culture véhicule et porte aux nues...
Par ailleurs, ce qui constitue réellement le meilleur marchepied du pouvoir et du succès est le réseau professionnel ou autre, celui qui propage ce qu'on dit de vous et cela se travaille. Mais ceci est une toute autre histoire.
Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 13 septembre 2016


Méthode ou technique relationnelle, pratique communicationnelle élaborée par Richard Bander et John Grinder sur des conclusions dudit "collège invisible" de Palo Alto.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Vos contributions enrichissent le débat.