mardi 24 mai 2016

Et la confiance, nom de nom !

Nous avons vu précédemment comment Georg Simmel posait les conditions et les mécanismes de la confiance. Elle est cette capacité qu'a l'acteur à prédire ce qui va se passer, comme les réactions de l'autre, les conséquences de son propre geste, la réaction de cette personne. Ainsi le footballeur a confiance en son pied droit avec lequel il se sait capable de donner la bonne trajectoire courbe au ballon jusqu'au fond des filets. Il le sait. Pour que nous ayons confiance en notre époque, pour que nous soyons bien dans notre siècle, dans notre collectivité humaine, il nous faut un rapport de confiance avec notre environnement, avec notre organisation, avec les éléments et les personnes, en notre intégration au système.
Ainsi, ce qui différencie les gens joyeux, voire heureux des autres est ce rapport de confiance qu'ils entretiennent avec le monde, avec l'instant. On dit des protestants qu'ils ont le sens de la grâce, c'est à dire qu'ils savent que la providence divine subviendra à tous, à leur salut, à leurs besoins et nécessités. Ils ont confiance et ils vivent dans un monde de grâce quand les gens pessimistes vivent en regardant leur monde comme étant fait de contraintes et de menaces.
Nous pouvons dire que les gens optimistes, ceux qui regardent le verre à moitié plein, pensent un monde d'opportunités et de possibilités quand les pessimistes, ceux qui regardent le verre à moitié vide, pensent un monde menaçant et défavorable.
Mettre de la confiance dans une organisation revient donc à rendre le monde prédictible, favorable et opportun. Imaginez ce que vous pouvez faire en tant que manager pour cela et imaginez ce que vous pouvez faire pour cela en tant que collaborateur... Il me revient cette histoire d'une gouvernance départementale de la territoriale qui, pour se démarquer de la gouvernance précédente, affirmait haut et fort que la situation financière dont ils avaient hérité était dramatique et l'institution désœuvrée. La confiance disparut tant chez les agents du conseil départemental que chez les partenaires associatifs et financiers. Les positions des agents et des syndicats se sont rigidifiées et les fournisseurs devinrent plus que frileux à fournir des prestations.
Oui, en management, tout le monde travaille au changement. L'idée que ce soit toujours à l'autre de faire les changements, les efforts, les prises de conscience est un facteur d'échec. Oui, "L'autre est un idiot" est une posture d'échec absolue parce qu'elle coupe la contribution de la moitié des acteurs, et d'abord la sienne propre. "Oui, mais ce n'est pas à moi de faire le premier pas !" Qui a parlé de premier pas? Qui a mis un préalable, un pré requis à la construction partagée ? Personne, sinon soi-même...
J'ai connu un DRH qui considérait ses collaborateurs comme des adversaires, des "résistants" à son autorité, à ses ordres et projets. Qu'imaginez-vous du résultat de son management, de la dynamique de ses équipes, de son impact sur la dynamique collective de l'organisation ?... Vous avez trouvé : son patron lui a suggéré de se chercher un autre poste ailleurs.
La prédiction est indispensable à l'action, qu'elle soit en bien ou en mal d'ailleurs. C'est ce que nous avons nommé la confiance positive et la confiance négative. Il me souvient de cette histoire d'une journaliste réputée opposante au pouvoir dans son pays qui est arrêtée par la police pour être questionnée. Elle sait que ces policiers torturent avec des chiens. Au cours de l'interrogatoire, elle entend des aboiements dans le couloir à proximité. Elle "comprend" que la torture va commencer et donc elle "sait" qu'elle va mourir. Elle raconte alors que, persuadée d'être perdue, d'être dans ses derniers moments de vie, elle a intégré cette perspective négative comme une réalité. Alors elle se leva devant les policiers et leur dit : "C'est fini, je ne joue plus". Là dessus elle les regarda d'un calme déterminé et sortit de la pièce. Elle raconte que ces policiers sont resté bouche bée et l'ont regardée partir, sidérés. Le temps qu'ils réagissent, elle était dehors... C'est ceci la confiance négative, pas de peur ni de capitulation, juste une toute autre détermination.
Managers, quand les gens sont persuadés, ils vont au bout de leurs représentations, qu'elles soient positives ou négatives. Il faut juste le savoir et en faire quelque chose.

Jean-Marc SAURET
Publié le mardi 24 mai 2016




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