jeudi 24 octobre 2013

Dans un monde qui change vite, repenser le management...

Le monde se complexifie. Le lien social bouge, mute sous les effets pressant de l’ultra consommation. La post-modernité, hyper-modernité, Génération Y, alter-consommateurs, alternants culturels, l’après modernité, sont autant de termes ou concepts, souvent mal maîtrisés et mal utilisés, qui nous disent que le monde a changé. Et ce monde est dans nos organisations. 

Manager aujourd'hui les personnes et les projets dans cette nouvelle complexité relève toujours de la combinaison harmonieuse des sciences de gestion et des sciences humaines. Décideurs et consultants s’accordent aujourd'hui à dire que le management est une science dont l’application est un art. Quatre vingt pour cent de notre management est aspiré par un travail relationnel, de compréhension, de communication, d’articulation des acteurs, de gestion du sens…

Les symptômes de l’autorité et de la compétence n’ont plus la même figure qu'hier. Les leviers d’un « vivre ensemble » au travail sont radicalement nouveaux. Les logiques d’honneur, les identités, la dynamique d’organisation ont radicalement muté. La leçon ne passe plus, le zapping répond à la contrainte, l’évitement subroge l’affrontement, la violence surgit de nulle part, la concurrence s’articule avec les systèmes de coopération. Enfin, le jeu et le plaisir ont une place légitimes au travail.


La souffrance par contre y est une insupportable réalité. Il faut l’éradiquer quand, il y a encore trente ans, elle était acceptée par nature comme inhérente aux métiers, au travail lui-même, même à « l’être au monde ». Par ailleurs, elle n’a jamais été aussi intense qu'aujourd'hui. Les risques psychosociaux sont des préoccupations de santé au travail au moins égales, voire supérieures, à celles des traumatismes musculeux squelettiques.

...vers une autonomie fertile des acteurs.

La question de la motivation a remplacé celle de l’obéissance. L’ordre a été remplacé par l’organisation. Le ludique fait son apparition dans le management et la question du sens et des valeurs émerge comme un manque à combler, comme une impérieuse nécessité.

Après « l’homo scientificus », un homo émotionnel à l’identité complexe, affirmée dans l’agitation d’un actionnisme désordonné, se nourri d’informations dont les prothèses communicationnelle nommées TIC le gavent jusqu'à l’addiction. Il s’agite sous l’impulsion de cascades d’informations, ne prenant plus le temps de la réflexion, et pourtant…



Le temps de prendre du recul, de se poser un moment, de s’élever par l’observation, le partage et la réflexion revient dans nos vies. C’est le retour d’un homo hédoniste qui se glisse peu à peu dans les failles d’un système marchant et financier. Le ludique, le savoureux, le pragmatique empreints de réflexions humanistes, voire spiritualistes, viennent caresser l’humain en chacune et chacun. 


Alors, faire la pause, rencontrer l’autre, partager simplement, choisir ses outils, se rendre compte que nous ne sommes pas seul, trouver et co-construire des réponses pragmatiques à des problématiques quotidiennes, deviennent des activités ordinaires des acteurs du quotidien et donc des managers d'aujourd'hui. Cela s'exprime dans ce besoin accru de développer pour soi une autonomie fertile servant la réalisation de ses œuvres.



Ainsi donc, au delà des formations aujourd'hui moins adaptées, ce sont les groupes d’échanges de pratiques (GEP), les groupes de parole métier, la logique de réseau, qui répondent le mieux au besoin d’évolution, d’élévation, de « grandissement » personnel et professionnel tant chez les managers que chez leurs collaborateurs. La formAction est préférée au conseil. Le consulting interne s’installe dans les organisations. Le développement personnel est un sujet professionnel. Le projet de vie est travaillé en formation des dirigeants. 

D'autre part, le bien être au travail est un champ connexe à la réalisation des objectifs de production. Réussir sa vie passe avant la seule réussite professionnelle, même si elle s’y connecte. Aussi, les logiques de territoires sont supplantées par des logiques d'autonomie, de confiance et de responsabilité réclamées pour mieux faire. Oui, les logiques d'autorité se sont déplacées de la légitimité (les gallons cousus sur la bras gauche) vers la capacité de contribution. Quelle facilitation j'apporte ? ...m'apporte-il (-elle) ?. 

Combien de managers en grandes entreprises choisissent la conduite d’un gîte rural, l’expérience d’un artisanat ? Combien d’Erin Brokovitch ? Même les publicitaires se sont emparés du thème… Si la société enregistre le retour de la valeur humaine, pourquoi ne serait elle pas déjà dans nos organisations, dans la peau des acteurs ?... L’immédiate dictature du chiffre achoppe sur les dynamiques d’organisation, sur les intelligences collectives. Aujourd'hui une nouvelle lutte de classe s’installe entre le monde de la création, de la production et celui du financement, de la bourse.


Le manager aujourd'hui ne veut plus perdre son temps à courir. Il souhaite comprendre vite, faire mieux et prendre du plaisir. Il butine, zappe, expérimente, revient, réfléchi et produit. L’outil dont il a le plus besoin n'est pas un outil près à l'usage mais celui qui lui permettra de comprendre simplement. La réflexion lui apporte les réponses pragmatiques aux questions qu'il se pose au présent, du plaisir à  faire, une adaptabilité à ses attentes immédiates, une maniabilité de concepts de suite « articulables » au réel. Il veut mieux comprendre au plus vite pour décider et agir vite. Agir, faire, c’est ce qui le fait se lever le matin.


Lors de mes conférences, je tente d'apporter ce regard nouveau qui veut être lucide sur cette "non-crise" mais monde nouveau, mouvant, incertain, impermanent, instable, mutant... Lors de mes accompagnements, nous mettons tout cela en ligne, à sa place, près à l'usage.

"Vous êtes très pressés ?" disais-je un jour à l'un de mes clients, "Alors peut être faut-il prendre le temps de préparer". C'est vrai qu'entre réparer et préparer, il n'y a qu'une lettre de différence. Sur le Scrabble du management, elle tombe à chaque fois sur la case Mots compte triple. Il se pourrait bien qu'il nous faille trois fois plus de temps pour réparer ce que nous n'avons pas préparé". Et si ce "P" était le même que celui de penser, prospérer, perpétuer...

Jean-Marc SAURET
Le  25 octobre 2013


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