mardi 5 mars 2013

L'Autonomie Fertile, un principe en marche...

Quand on regarde le modèle du corps humain pour penser le management de nos organisations, que l'on regarde l'approche du leadership, la question du pouvoir, celle de la place de la sagesse, celle de l’harmonie des relations humaine, l’émergence exigeante de la confiance, l’évolution des jeux de rôle des acteurs, la question de la motivation et celles des évolutions sociétales, on comprend que tout ceci repose sur la personne humaine, son intelligence et son engagement. Chacune, en synergie, est le moteur de l'entreprise. Ceci nous indique que le management par la confiance, et donc l'autonomie, s'impose à notre porte. Développer l'autonomie des acteurs dans l'organisation pour libérer la productivité existe déjà. Nous l'avons vu avec l'exemple des sociétés FAVI ou SEMCO.

Il est vrai que deux management s'opposent aujourd'hui, l'un gestionnaire soumis à une dictature du chiffre, et l'autre humaniste et pragmatique. Si le premier est statique et comptable, gérant le certain, le second est vivant, dynamique, modulable et évolutif. Forts de cette dimension du vivant de l'organisation, nous usons du concept d'autonomie fertile des acteurs pour un système productif et rentable.


"L'Autonomie Fertile" est bien un principe de management en marche. Rien ne me semble pouvoir empêcher son développement aujourd'hui car il appartient à l'air du temps et suit nos évolutions sociétales. Rien ni personne ne saura l'estampiller, le "procédurer", car il repose sur l'engagement intelligent et fertile des acteurs. Il repose sur des valeurs, des visions et des postures. Ce sont là les trois variables du nouveau temps des entreprises. L'autonomie fertile repose sur la dynamique collective de l'organisation.

Il ne s'agit ni d'une croyance, ni d'une injonction idéologique, juste le constat que depuis trente ans ce modèle se développe et s'impose comme une réponse à la nouvelle complexité. Ainsi nombre d'auteurs en science de gestion et en sciences humaines, analysant le management, on largement théorisé toutes les parties, les fondamentaux de ce management que l'on pense « alternant culturel ».


Des démarches d'autonomisation des acteurs développées dans nombre d'entreprises montrent comment chaque organisation a inventé sa propre démarche, mis en place ses propres solutions, sa propre dynamique sur une structuration et un fonctionnement à chaque fois particulier (SEMCO, FAVI, POULT, SEW USOCOME, HCL Technologies, Bretagne Ateliers, Sew Usocome, New Sulzer Diesel, SOL Finlande, Lippi, Harley Davidson, Magnets Hospitals, Morning Star, Gore (Goretex), Whole Food, Valveetc.). Les exemples sont nombreux et variés et nous voyons aussi qu'il n'y a là jamais rien de définitif, de figé dans le marbre, pas de schéma ou procédure à suivre, juste un déclic dans la tête du patron. L'autonomie fertile développe du mouvement issu des acteurs, de l'innovation juste, de la réactivité utile et de l'adaptabilité constante.

Peut être sommes nous aujourd'hui devant un mouvement « vivant » des plus humanistes et des plus libéraux à la fois. On comprend la parfaite conjonction de ces deux principes : une dynamique professionnelle par et pour des personnes de facto libres a priori. Centrée sur l’œuvre à construire et ses "bénéficiaires", cette démarche lâche la dictature du chiffre, du contrôle et de la gestion du certain pour développer l'accueil d'une innovation ordinaire pragmatique.


Quelques différents principes étayent cette nouvelle conception dynamique. Il est vrai que nous avons tendance à ne plus parler de structure d'organisation mais bien de dynamique collective. Si les concepts nous aident à comprendre cette évolution indispensable et peut être inéluctable, ce n'est certainement pas pour la conduire, mais seulement pour mieux l'accueillir.

Dans ce concept d'autonomie, l'idée de rendre la maîtrise du travail à l'acteur de terrain est forte. Nombre de projets managériaux, en accord avec les préconisations des experts en management, prévoient à ramener la décision au plus près du terrain, là où se passe l'action. Comme le dit Jean-François ZOBRIST, il s'agit de « Tout mettre dans la même tête ! ». Ceci nous renvoie à la conception indiquant que le travail éclaté éclate la décision et donc dégrade l'action. Ainsi, il propose de réunir dans le même acteurs toutes les phases du travail que l'industrialisation a dissipé dans l'organisation.


C'est d'abord ceci que vise l'Autonomie Fertile et c'est bien là ce qu'elle génère. Herbert MARCUSE*, dans son homme unidimensionnel, en avait déjà posé sans le chercher, par la bande de sa réflexion libertaire, toutes les bases en 1964. Il a développé cette dimension en 68 dans "La fin de l'Utopie" où il montre le passage de la primeur du travail physique au travail mental et la course à la parcellisation du travail comme une utopie finie.

Jean-Marc SAURET
Le mardi 5 mars 2013


* Philosophe américain d’origine allemande, élève d’Heidegger, Herbert Marcuse (1898-1979) dénonce l’aliénation dans le travail et démasque la technique et la science telles qu’elles sont prises dans l’engrenage d’une croissance illimitée de la fin des années 60. On le considère comme l’un des Pères de la "Nouvelle Gauche" américaine, celle qui s’enracine dans les milieux étudiants et intellectuels, témoigne d’une "sensibilité révolutionnaire" à forte composante humaniste, hédoniste et esthétique, et remet en cause non seulement les rapports de production mais aussi l’ensemble des relations que les hommes établissent avec leur environnement.


Lire aussi : "L'innovation ne se décrète ni ne s'impose"

Licence Creative Commons

1 commentaire:

  1. Bernard Rohmer9 mars 2013 à 16:24

    Il me semble que "l'autonomie fertile" serait un excellent thème pour une prochaine conférence. Qu'en penses-tu ?

    RépondreSupprimer

Vos contributions enrichissent le débat.