vendredi 1 février 2013

Harmonie et management

Le titre laisserait à croire que cette "note" va développer la métaphore du manager chef d’orchestre. Il n’en est rien. Quoique... Le 19 janvier dernier, j’étais invité à parler dans le 9° colloque interdisciplinaire de l'EMCC France, association professionnelle de coachs. Le colloque bâti sur le thème « Coaching et management en temps de crise » faisait participer une bonne douzaine d’intervenants et intervenantes sur des champs spécifiques. Comme mon intervention terminait la journée, je me suis naturellement mis à l’écoute des richesses distribuées à la tribune afin d’articuler plus tard mon propos. Je ne savais a priori rien de ce qu'ils allaient aborder (ni de leurs points de vue).
Le maître d’œuvre de l’évènement, Philippe THOREL, avait imaginé un fil conducteur ludique, poétique et très interpellant. Il racontait le cheminement questionnant d’une certaine « Anofa », représentante du peuple imaginaire des « Astrabans », porteuse de nombre de questionnements de l‘humanité face à un inconfortable temps de crise. Philippe THOREL racontait les étapes de sa quête, accompagné d’un excellent guitariste, Manu RIVIERE. Dans ces intervalles, il présentait Anofa à un rendez-vous imaginaire avec chaque intervenant qu’il invitait ainsi à monter à la tribune.
Assis à coté du musicien pendant les interventions, nous échangions autour de ce que nous entendions. Comme son métier est un sujet qui me passionne, à la pause, nous avons discouru sur ce thème, échangeant remarques et sentiments. Nous convenions que ce qui s'avère indispensable dans une rencontre de musicien, du type jam session en jazz, c’était essentiellement l’écoute, de manière à articuler son jeu à ce qui se passe. Combien de fois avions nous assisté à des sessions dites d’improvisation où s’entrecroisaient simultanément, du début à la fin, autant de soli qu'il y avait de musiciens… Nous convenions que c’était là le comble de l’horreur… Et les travaux reprirent.
Je repensais à notre échange et l’image de l’harmonie jazz m’occupait. Il était évident qu'il y avait une similitude étroite entre le management et la session d’improvisation. Outre l’intérêt d’apports innovants, il y avait tout d’abord la question de l’intérêt premier : étions nous là pour l’œuvre produite ou pour être vus ou remarqués ? De la même manière, si l’œuvre est catastrophique, tous les protagonistes en sont éclaboussés. Si elle est merveilleuse, alors quels beaux acteurs étaient là pour ce moment magique !...



Arrivé à une heure de mon intervention, j’avais en conscience qu'en passant en dernière position, il allait me falloir tenir l’attention, continuer à nourrir sans provoquer, ni ennuyer. Fort de tout ce que j’avais entendu dans la journée, j’ajustais mon propos afin qu'il s’articulât parfaitement à tout ce qui venait d’être dit avec intelligence et brio. Je resserrais mon propos, le recentrais sur ce qui me semblait avoir été peu abordé ou par la bande.
Je me rendais compte que je venais de faire ce que les musiciens font : écouter et s’articuler pour avoir l’apport juste. Mieux vaut moins en dire et être apporteur, que trop bavard, redondant et lassant. Ainsi, on pourrait dire qu'en management, comme en musique, la qualité de la production, de nos contributions, ne dépend pas des processus, de méthodes particulières, de la hiérarchisation des équipes ou des modes de décision, mais, dans une pyramide alors écrasée, de notre qualité d’écoute. Le reste peut alors aller de soi…
Jean-Marc SAURET
Le dimanche 20 janvier 2013



P.S. : A l'invitation de Philippe THOREL, Manu RIVIERE et moi expérimentions, pour conclure, ce dont nous échangions : produire dans l'écoute.

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