samedi 13 octobre 2012

Trois touches Maffesoliennes sur la toile managériale

Lors de la dernière nuit blanche parisienne, Michel MAFFESOLI a donné conférence autour du concept de l'évènement, accompagné de deux jeunes auteurs et journalistes de l'art qui lui ont rendu la conversation. A l'écoute des quelques concepts qu'il a évoqué et articulé ce soir là, m'est alors venu de voir autrement la dynamique collective de nos organisations, de la repenser. Hors de toute tentative inutile d'exhaustivité, cet incontournable sociologue de l'actuel et du quotidien m'est apparu très justement éclairant dans la situation de réviser une philosophie du management. Sans racler profond, car la pensée de Michel MAFFESOLI n'est pas une doctrine, mais un élargissement du regard dans un questionnement permanent, à partir de seulement trois remarques, voici juste trois touches posées sur la toile du management.
La première idée, et qui dirige sa pensée, est que ce sont dans les interstices de la réalité, de l’être ensemble, le non regardé, le mal aperçu, le presque indiqué que se trouvent les symptômes du réel de notre « être au monde », de notre culture profonde. Ainsi, dans le management des organisations, ce n’est pas ce qui est à la lumière, ce qui brille et se démarque qui fait le sens de l’organisation, le brillant, le net et le lumineux mais le sombre, le discret, le mobile, l’interstitiel. Ainsi, les organigrammes ne nous indiquent rien, les chartes affichées non plus. Les discours, les tracts, tout ce qui fait affichage officiel n’a de vocation qu'à nous indiquer que l’organisation qui se donne à voir se déclare ou se pense "normale", "normée" ou "ça". Elle dit là seulement son intention de similitude avec sa cible.




C’est donc dans les courts rituels locaux de salutation, les rites du café matin, du déjeuner, des transgressions simples des procédures, des pontages hiérarchiques, des désobéissances et squisages décisionnels, le masquage des résultats, etc., que nous verrons réellement ce que vit une organisation, ce qui la fonde, l'arrange ou la dérange, comment elle le vit, s’en accommode, ce qu'elle en fait. Ce n’est pas dans la bibliothèque qui trône derrière le bureau du patron, que se trouve l’idéologie de la boite mais dans ses corbeilles à papier. Avis donc aux consultants internes, c’est dans les zones de chaos que se niche l’essentiel : les symptômes sont sur les marges.
Ce  6 octobre là, Michel MAFFESOLI nous indiquait aussi que, à l’instar d’une certaine pensée orientale, le mal ne lui apparaît pas comme un « défaut » à éradiquer, la scorie de trop, l’empêcheur  mais quelque chose d’inhérent au réel. Ainsi, je me faisais cette réflexion que le bon pour l’organisation n’est pas forcément celui affiché institutionnellement. Les transgressions, les coulages et autres dites « mauvaises pratiques » ne le sont qu'en regard d’affichages officiels d’objectifs, de procédures et de déontologie. Ces mauvaises choses sont du fonctionnement de l’organisation et n’ont d’écart qu'avec le conforme et pas forcément avec les nécessités réelles de l’organisation. Ce qui est à regarder est l’utilité de ces « scories » dans la vie, la dynamique de celle-ci.



Ainsi, on peut se demander si ces transgressions ne participent pas à l'homéopathisation de l’horrible de l’organisation. Car nous posons aussi le postula qu'une organisation sans horrible n’existe pas… Ainsi, harcèlement, violences morales ou physiques peuvent trouver un édulcorant, un dérivatif, une expiation dans la transgression, homéopatisant la vengeance, structurant un rapport déviant, le socialisant… Une organisation qui n'homéopatiserait pas son horrible pourrait fort bien le voir surgir de manière exacerbée, terrible, radicale.
Ainsi, la transplantation de la lutte de classe entre ouvriers et patrons vers l’intervalle aujourd'hui "entreprise créatrice / investissement boursier", porte de l’horrible, de l’insoutenable de l’ordre du sacré : la croissance monétaire par dessus toute dimension humaine. Sans cette homéopathisation régulatrice, un mouvement d’indignés serait peut être une révolution arabe...



Aujourd'hui le monde est fractal, nous indique le sociologue de la post modernité, éclaté en tribus et communautés et nous continuons de penser l'organisation monolithiques.  Ainsi, je me demande si, à trop policer nos organisations, à trop vouloir les réguler, les réglementer, les blanchir, nous ne courrions pas le risque d’une explosion violente définitive. N’y aurait-il pas une voie du milieux à contempler l’entreprise comme une agora ordinaire, un échantillon du système sociétal, comme un creuset des forces en fusion et peut être alors comme un laboratoire expérimental dans la cure et le faire avec nos maux ?
L’entreprise en aucun cas ne peut être ce joli jardin à la française avec ses lignes pures et ses courbes pleines. C’est bien dans ses herbes folles en marge des parterres que se lit son avenir, sa météo, son climat réel.
A suivre…

Jean-Marc SAURET
Le  vendredi 12 octobre 2012


P.S. : « Je saurai grès à Michel MAFFESOLI d'avoir construit une sociologie qui dit, entre autres, le sens et l'importance du confus, du banal, de l'émotion, du lieu commun »  (André DEDET, Doc es Lettres, Univ Poitiers, « Lieux communs », in « Dérive autour de l’œuvre de Michel Maffesoli », CEAQ, L'Harmattan)


Lire aussi : "Management + Post-Modernité = Complexité"



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