vendredi 28 septembre 2012

Pourquoi tant d'employés n'ont pas confiance en leurs dirigeants ?


Le discours économiste et gestionnaire des dirigeants en France ces trente dernières années met l'accent sur le développement des marges et l'économie des coûts. Il n'y a là aucune chance de donner aux employés l'envie d'être là, de contribuer à l'action. Sumantra GHOSHAL écrivait avec Christopher BARTLETT en 97 dans The Individualized Corporation (« L'entreprise individualisée » est publié en français en 98) que la première mission d'un patron aujourd'hui était de donner à leurs employés de la fierté à travailler avec eux sur leur projet. Plutôt préoccupés à faire de l'argent, nous en étions effectivement très loin.
Les employés en France ont alors pris de la distance avec leurs organisations, séparant leur activité professionnelle de leur vie personnelle. Sciemment j'utilise les termes de « activité » et « vie » représentant bien la nature de cette séparation. Quand le travail était identifiant et réalisant depuis le moyen âge jusque à la fin des années cinquante, depuis les employés puis les ouvriers trouvent le champ de leur propre réalisation personnelle en dehors du boulot.


Le temps a bougé et effectivement nombre de patrons ont bien compris qu'il importait de donner du sens à l'action, de reconnaître les acteurs du projet qu'ils dirigeaient. Leur discours est donc parti vers les registres du sens et de l'empathie. Seulement, face à des contraintes de marché de plus en plus dures, face aux restrictions des ressources, leurs pratiques managériales se sont retaylorisées.
Était-ce la bonne solution ? Certainement pas et nous l'avons vu dans un précédent article traitant des visions des organisations mécanistes ou en équilibre impermanent.
L'effet a donc été pervers car, si le discours institutionnel donnait du sens et de l'empathie, la pratique managériale, elle, tenant de la procédure et du résultat financier, donnait une couleur gestionnaire et administrative. On peut dire, en fait, que ce management a mis les moyens en objectif, perdant de vue la cathédrale à construire.


La césure entre le discours institutionnel et les politiques managériales fait sens à leur insu. Les employés, qui ont les mêmes neurones que leurs patrons, même s'ils peuvent parfois manquer de mots pour le dire, ont bien vu et compris cette dichotomie (nous l'avons maintes fois entendue déclarée dans les discours revendicatifs). Dès lors, le discours officiel plein de sens et d'empathie est perçu comme une supercherie et la confiance s'effondre.
Voilà pourquoi, nombre d'employés n'ont pas confiance dans leurs dirigeants. Reste à ces derniers à redresser, non pas leurs discours, mais leurs pratiques. Il est vrai qu'il nous est parfois arrivé, à nombre d’entre nous, d'avoir, dans la vie courante, déclaré des valeurs et pratiqué d'autres. Cette dichotomie n'est pas une anomalie mais un ordinaire. Ainsi, par exemple, l'Abbé Pierre reprocha-t-il aux catholiques d'aller à la messe le dimanche et de perdre leur charité en en sortant. Quelques journalistes politiques on marqué les différences entre les discours de campagne et les pratiques locales.


Ajuster nos actes à nos paroles est un vieux thème moral. Il nous reste du chemin à parcourir qu'un peu de temps d'introspection, pourquoi pas accompagné, raccourcira.

Jean-Marc SAURET
Le 28 septembre 2012



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