mercredi 25 juillet 2012

" Management et Organisation, une évolution sociétale majeure "

La France a besoin de se réformer. Sa culture historique bureaucratique l’a installée dans des modes de blocage où le mot même « résistance » est une valeur forte. Elle se trouve aujourd’hui dans un temps comparable à la période suivant la révocation de l’Edit de Nantes où les « réformés » ont quitté le pays, emportant avec eux la dynamique économique. Ils sont allés la développer en Allemagne, en Hollande et en Angleterre. Il y a même des sociologues pour penser que se trouve là la première raison de la révolution française de 1789 au-delà des grands gels et des mauvaises récoltes. L’effondrement économique lent et continu aurait installé les conditions majeures à la grande rupture.

Ce qu’il reste alors de cette perte culturelle protestante nous habite encore : désir de permanence et résistance au changement (nous ne sommes pas des révolutionnaires et si nous faisons la révolution ce n’est que par violente résistance ou par défaut). Et comme le passé est toujours plus sûr que l’aventure de l’avenir, résister devient un mode de vie. Nous savons le développer contre vents et marées, vent qui gonfle les voiles de nos économies, marées qui alluvionne nos terres et nos cultures… Aurions nous à ce point adopté l’adage cathare « Mon frère, il faut mourir » ?

La réforme dont nous avons besoin est culturelle. Elle nous viendra soit par le sud dans les apports de courage et de volonté trempés, soit par le monde anglo-saxon dont la culture mouille l’ensemble de notre économie, de nos rapports. D’ailleurs, il est à se poser la question de savoir si nos rapports ne s’épuisent pas dans l’économie. Le commerce, s’il a été la raison ou le motif de nombre de nos contacts et relations, sera encore le lien de santé avec le reste du monde, santé économique et culturelle, santé d’une marche en avant.



Cependant il nous faudrait transformer notre regard sur ces champs là pour une vision d’un commerce et d’une économie faite pour l’humain et par l’humain. Des caricatures idéologiques nous servent de paravent confortables.

Comme l’avaient évalués les sociologues Paul H. RAY et Sherry Ruth ANDERSON dans les années 90*, une nouvelle culture est en création depuis plusieurs années, offrant une alternative à l’ultra consommation qui nous épuise matériellement, écologiquement, culturellement et humainement. Ces alter-consommateurs, ou « créateurs de culture », s’engagent, portent leurs projets et les développent. Humaniste, pragmatique, spiritualiste et hédoniste, cette population montante a besoin de plus de latitude d’action et d’alléger ses contraintes. Générations « Y » (comme Why) pour les uns, Alter-mondialistes ou Post-modernes pour d’autres, ces « acteurs » au plein sens du terme, saisissent toute opportunité pour créer, organiser, prester, réaliser.

Nous les trouvons trop zappeurs, ego-centrés, personnalistes, voire insaisissables ou peu « manageables ». Ils construisent leurs parcours au grès des opportunités, s’adaptent, cueillent la vie et les rencontres avec un redoutable pragmatisme. Aujourd’hui dans cette entreprise, demain ailleurs, plus pour le plaisir d’être là, de faire ça que pour gagner plus, ils développent une mobilité toute guidée par leur goût de la vie, leur plaisir de faire et leur sens aigue de l’autonomie. Ils vivent en réseau ou tribu, développent un multi entre soi où chaque acteur est un « hub ». Ils apprennent et s’adaptent constamment. Ils énervent les managers qui ne savent ni comment les prendre, ni gérer ou répondre à leurs questions constantes sur le sens, à leurs propositions perpétuelles pour un mieux faire ou autrement. Ils sont tout, peut être, sauf des bureaucrates.



Cette population énergique et énergétique, force de construction et d’innovation, n’a besoin que de structures légères pour évoluer. Ils ont donné aux sociétés d’intérim une manne temporaire parce qu’à la recherche de possibilité pour travailler où et quand ils veulent. Aujourd’hui, comme ils ont grandi, ces sociétés ne leurs suffisent plus. Plutôt créer une entreprise légère, plutôt en grande Bretagne d’ailleurs, ou zapper d’une boite à l’autre que de s’installer dans des fonctions pérennes. Ce qui leur irait le mieux serait le confort du salariat avec la liberté d’action du libéral… Ceci existe. Il s’agit du portage salarial. Il offre tous les avantages de souplesse et de sûreté qu’ils attendent, confort et liberté au service de leur créativité hyperactive.
Pour cette culture montante, cette population grandissante en nombre, en age et en compétence, cette forme d’inscription dans l’économie qu’est le portage salarial est bien le cadre qui leur va le mieux. Il y a fort à penser que se trouve là l’opportunité de ne pas voir partir nos talents, notre dynamique créatrice vers les pays anglo-saxons ou ailleurs, leurs projets et leur imagination ne connaissant pas les frontières.

Un jour, mon fils, qui appartient à cette nouvelle population, me dit : « L’anglais, finalement, c’est bien plus pratique que le français pour s’exprimer… ». Je restais bouche bé, moi pour qui la langue de Molière est une richesse, une arme d’expression redoutable… Le monde aurait-il changé ? Peut être mais pas sans nous…

Jean-Marc SAURET
26/06/2012

* - Paul H. RAY & Sherry Ruth ANDERSONThe Cultural Creatives: How 50 Million People Are Changing the World (illustrated ed.). New York: Harmony Books, 2000.


Lire aussi : "Management, une question de sens, de sens et de sens..."

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